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A Malte, on peut désormais obtenir un passeport moyennant 650 000 euros

Les députés européens ont voté, jeudi 16 janvier, une résolution critiquant l'initiative de La Valette

A Malte, le premier ministre, Joseph Muscat, parle déjà de " célébrités ", de grands noms de la jet-set et du Bottin mondain qui se presseraient pour obtenir un passeport et la nationalité de l'île. Pour y parvenir, une seule condition : être riche.

Jeudi 16 janvier, le gouvernement travailliste s'apprêtait à lancer ce qu'il appelle le Malta Individual Investor Program (IIP), un dispositif permettant à quiconque d'acheter un passeport maltais, obtenant ainsi la nationalité de ce pays membre de l'Union européenne (UE) contre quelque 650 000 euros.

Le candidat à la nationalité devra également acquérir une propriété de plus de 350 000 euros - ou louer une résidence pour 16 000 euros pendant cinq ans - et s'acquitter de 150 000 euros d'investissement dans un instrument financier approuvé par le gouvernement de La Valette. Sa dette, par exemple.

Le nouveau citoyen de l'île de Malte peut ensuite obtenir un passeport pour sa famille à prix soldés : 25 000 euros pour ses enfants mineurs et 50 000 euros pour les majeurs, l'époux (se), les parents et beaux-parents. Une fois bourse déliée, l'espace Schengen leur sera ouvert.

Malte n'est pas un cas à part. A la faveur de la crise, des pays comme le Portugal ou l'Espagne marchandent des visas pour remplir les caisses de l'Etat. Mais la petite île va plus loin et n'oblige pas les millionnaires à résider dans le pays. L'achat ou la location d'une propriété suffit, selon le gouvernement, à témoigner d'un engagement de résidence pendant cinq ans, afin d'obtenir le sésame.

" C'est une honte ! ", s'étrangle le député conservateur Jason Azzopardi. Joint par téléphone, le Maltais promet, si son parti revient au pouvoir, d'annuler l'intégralité des passeports ainsi vendus. " La citoyenneté n'est pas un produit qu'on peut acheter ou vendre ", dénonce-t-il, inquiet et méfiant du rôle joué par l'entreprise Henley & Partners, chargée de collecter les fonds - mais aussi de mener les due dilligences de l'opération, moyennant une commission de 3 000 à 7 500 euros par passeport. En clair, de vérifier la " propreté " de l'argent versé par le futur citoyen. " Un professeur peut-il noter honnêtement des élèves qui lui offriraient 10 000 euros ? ", souffle M. Azzopardi.

A Bruxelles, aussi, cette initiative passe mal. La vente de passeports maltais est " la porte ouverte aux réseaux mafieux et au blanchiment d'argent ! ", tempête la députée européenne (UMP) Véronique Mathieu Houillon. Emmenés par les conservateurs, les députés européens ont voté jeudi, à une très large majorité, une résolution visant à rappeler à La Valette quelques principes. Entre autres, que " les valeurs et acquis - européens - n'ont pas de prix et ne sauraient être monnayés ".

Mais l'indignation de l'Europe n'ira pas très loin. L'octroi de la citoyenneté relève de la compétence des Etats et la résolution votée jeudi reste non contraignante. " C'est le problème de Malte, pas de l'Union européenne. Je ne vois pas à quel titre l'Union européenne se mêle du code de la nationalité à Malte ", appuie le député d'extrême droite Bruno Gollnisch, qui fait partie des " antirésolution ".

Malte, de fait, ne semble pas ébranlée par les protestations de Bruxelles. " On prend note, on comprend. Mais nous sommes en conformité avec les traités ", explique une diplomate maltaise. Le gouvernement argue aussi qu'il n'a aucun intérêt à faire rentrer des criminels en Europe.

Enfin, cette mise à prix de la citoyenneté maltaise - censée se limiter à l'octroi de 1 800 passeports - pourrait rapporter à l'Etat un milliard d'euros. Assez pour vivifier les investissements dans les hôpitaux, les infrastructures, l'éducation...

Hannes Swoboda, le président du groupe social-démocrate au Parlement européen, en tire des conclusions : " Il faut, dit-il, que l'Europe fasse preuve de plus de solidarité, aide davantage les investissements et définisse clairement des valeurs communes aux citoyens de l'Union. "

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