Jan
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Affaire Méric : maintien en détention pour l'agresseur présumé Samuel Dufour

Il n'a plus le crâne rasé, mais ni son nouveau look - chevelure fournie et moustache naissante - ni les éléments de l'enquête en sa faveur n'ont convaincu les juges de mettre Samuel Dufour, l'un des deux sympathisants d'extrême droite soupçonnés d'avoir porté des coups mortels à Clément Méric, en liberté sous contrôle judiciaire.

Vendredi 24 janvier, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a décidé du maintien en détention de cet apprenti boulanger de 20 ans, huit mois après la mort de Clément Méric, étudiant à Sciences Po de 20 ans et militant antifasciste lors d'une rixe l'ayant opposé, le 5 juin 2013, avec des amis de la même mouvance, à plusieurs jeunes skinheads, à la sortie d'une vente privée de prêt-à-porter dans le 9e arrondissement de Paris.

La cour présidée par Marie-Anne Chapelle s'est fondée sur deux des réquisitions de l'avocat Jean-Louis Lecué qui craignait un " trouble à l'ordre public " et a réclamé, " pour les nécessités d'une instruction " qui n'en était encore " qu'à ses débuts " le maintien des " différentes parties à l'abri de toute pression ".

" Nous comprenons mal cette décision, a déclaré Me Julien Fresnault, conseil de M. Dufour avec Me Antoine Vey. Il est maintenant établi que notre client n'a jamais frappé Clément Méric. M. Dufour n'a pas de casier judiciaire et était inconnu des services de police et de justice avant le drame, et il a des garanties de représentation. "

En rémission d'une leucémie depuis dix-huit mois, Clément Méric, 1 mètre 80 pour 66 kilos, avait fortuitement croisé, le 5 juin 2013, avec ses amis antifascistes, des sympathisants des mouvements d'extrême droite Troisième voie et Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) - dont Samuel Dufour et Esteban Morillo, vigile intermittent de 20 ans.

Perplexité des experts

Ces derniers ont toujours affirmé avoir été attaqués par les " antifas ". Depuis le drame, les compagnons de Clément Méric soutenaient qu'Esteban Morillo et Samuel Dufour étaient armés de poings américains. Ce qu'ils ont toujours farouchement réfuté.

Placés en détention provisoire peu après les faits, MM. Dufour et Morillo ont été mis en examen pour " violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ". M. Morillo a immédiatement reconnu avoir frappé M. Méric " deux fois " au visage " à mains nues " tandis que M. Dufour a toujours assuré ne l'avoir " jamais eu face à lui ". Dans cette affaire, deux autres skinheads de 23 et 25 ans sont également mis en examen pour " violences volontaires en réunion " et une femme de 32 ans pour complicité de ce chef. Ils sont libres sous contrôle judiciaire.

M. Dufour espérait bénéficier dès vendredi du même régime. Le 16 janvier, la juge d'instruction chargée du dossier avait en effet ordonné sa libération sous contrôle judiciaire. M. Dufour jurait depuis le début de l'enquête n'avoir jamais porté de coup à Clément Méric et - en dépit des affirmations répétées de deux amis de ce dernier - n'avoir pas été armé d'un poing américain.

Il avait en revanche été interpellé avec une bague en métal blanc à tête de cochon, une autre en métal à tête de mort portant des traces rougeâtres. Mais les expertises ont révélé qu'il ne s'agissait pas de sang et que l'ADN de Clément Méric n'y figurait pas. Par ailleurs, lors d'une audition le 4 novembre 2013, Matthias Bouchenot, 24 ans, ami de Clément Méric interrogé sur la possibilité qu'aurait eu M. Dufour - avec lequel il a lui-même échangé des coups -, de frapper M. Méric, avait finalement répondu : " Non, je dois être honnête, il - M. Dufour - a été en face de moi durant tout l'affrontement. "

Le sympathisant d'extrême droite n'aurait pas porté de coup au militant antifasciste, tué en 2013

Les expertises médicales n'ont pas permis d'établir si une arme avait été utilisée contre Clément Méric. " Les lésions faciales ne permettent pas de préciser si la victime a été frappée à poings nus ou s'il a été utilisé des objets métalliques contondants de type bague ou poing américain, dit le rapport. Ce type d'arme laisserait cependant et probablement des traces superficielles beaucoup plus importantes. ??? "

Les points d'interrogations témoignent de la perplexité des experts... Selon le dossier résumé par la présidente Chapelle, les examens médicaux précisent en outre qu'une ponction lombaire subie par M. Méric peu avant les faits - et ayant occasionné des maux de tête - " ont pu favoriser le saignement intracrânien " provoqué par les coups et la chute fatals à la victime. Samuel Dufour, comme Estaban Morillo, demeure donc pour l'heure en prison.

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