May
30
Arabie Saoudite, l'arroseur arrosé

J'avais 12 ans quand la guerre de kippour éclata, à la suite de laquelle l'OPEP, sous l'égide de l'Arable saoudite déclara l'embargo sur le pétrole et la flambée des prix qui s'en suit. Seuls les pays-bas, comme toujours, refusèrent de céder à la pression des pays arabes et d'adopter une politique contraire aux intérêts d'Israël, pourtant clairement attaqué en ce jour solennel. Je me rappelle alors de mon père, ce prophète, brave parmi les braves,  qui me glissa à l'oreille, "Guy, mon fils les pays arabes, ils le boiront un jour leur pétrole" Je ne compris pas de suite d'où venaient la certitude de cette analyse économique, mais je savais qu'en général les prévisions économiques de mon père à court terme au moins se réalisaient. Celle-ci mit toutefois plus de temps à se réaliser. Ce fut donc naturellement à mon papa que je pensais lorsque je lus cette nouvelle,il y a une semaine, quelque 34 ans après ce chantage au pétrole, pour  que l'Europe lâche enfin Israël, considéré alors, comme le "cancer" du proche Orient: Réunis à Vienne jeudi dernier, les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ont décidé de prolonger jusqu’en mars 2018 les quotas de production arrêtés en novembre dernier. Cartel de 13 pays producteurs, l’OPEP représente 30 % de la production mondiale contre 50 % dans les années soixante-dix. Il a été élargi à 11 pays supplémentaires dont la Russie.
 
Faisons un petit rappel historique.
 
Après avoir cassé la barre des 100 $ le 2 janvier 2008 et frôlé les 160 $ en août 2008, le prix du baril a connu un trou d’air en 2015-2016.
 
A partir de 2014, Le pétrole est orienté à la baisse, entrainant le prix du baril de 110 $ jusqu’à moins de 30 $ début 2016. Cette évolution a résulté d’un phénomène de ciseaux :
 
  • Une baisse de la demande consécutive au ralentissement de la croissance mondiale, et plus particulièrement dans les pays émergents
 
  • Une offre excessive alimentée par le retour de l’Irak et de l’Iran sur les marchés, et surtout par la stratégie de l’Arabie saoudite. Même si l’OPEP ne regroupe pas tous les pays producteurs, elle imprime la tendance des marchés. Au sein de l’OPEP, la position du Royaume wahhabite a toujours été déterminante. Jusqu’à novembre 2016, ce pays a refusé de réduire sa production avec un triple objectif :
 
  • Fragiliser la production américaine des gaz de schiste dont l’exploitation n’est rentable qu’avec un prix supérieur à 55-60 $ le baril
    • Empêcher l’Iran de profiter pleinement de son retour sur les marchés après la levée des sanctions, et l’affaiblir financièrement pour compliquer ses engagements en Syrie, au Yémen, et dans toute la péninsule arabique. La confrontation entre Sunnites et Chiites est passée par les marchés pétroliers
     
    • Il en était de même pour le grand exportateur de gaz qu’est la Russie que l’Arabie saoudite affronte par Syriens interposés.
     
    La baisse à moins de 30 $ et la perspective de voir le baril à 20 $ a fini par pénaliser tous les acteurs au premier rang desquels l’Arabie saoudite. Pour faire face à la baisse de ses recettes et financer un budget en déficit, elle a été obligée d’emprunter. « L’arroseur arrosé » a fini par amorcer un revirement avec un rapprochement avec la Russie, avant de souscrire un accord au sein de l’OPEP.
     
    Cela s’est traduit par l’accord de novembre dernier avec la mise en place de quotas pour diminuer la production à concurrence de 1,8 million de barils dont 1,2 pour la seule OPEP. Cela a eu de nombreuses conséquences :
     
    • Bien évidemment, la remontée des cours autour de 50 $
     
    • Par appels d’offres internationaux, l’Iran a sélectionné une trentaine de compagnies européennes et asiatiques pour l’aider à développer sa production. Cela va encore prendre du temps car il manque les financements. Les banques européennes refusent de s’engager de peur des représailles des Etats-Unis qui n’ont pas encore levé les sanctions. En attendant, l’Iran vend son pétrole en n’hésitant pas à pratiquer des rabais importants par rapport aux prix de marché.
     
    • La production américaine est repartie. Non membre de l’OPEP, les Etats-Unis font ainsi pression sur la remontée des prix et contrarient le processus engagé il y a plus de six mois. Grace aux innovations technologiques, la production serait aujourd’hui rentable avec un prix de 45 $ le baril.
     
    Cette situation est préjudiciable à tous les pays exportateurs de pétrole. En effet, ils n’arrivent pas à préserver leurs recettes car la remontée des cours ne compense pas la baisse de la production.
     
    L’Arabie saoudite est dans une situation particulière. Le ministre saoudien du pétrole n’a pas hésité à déclarer ne pas se soucier d’un baril à 40 $. En fait, le plan Vision 2030 du vice prince héritier Mohamed ben Salmana pour objectif de réduire la dépendance du Royaume au pétrole par le développement des énergies renouvelables et la diversification de l’économie.
     
    Mais, les Saoudiens ont besoin d’un cours soutenu pour réaliser leur exceptionnelle opération, l’ouverture du capital de la société nationale ARAMCO, numéro un mondial du pétrole. Valorisée à 2 000 Mds$, soit trois fois la plus importante valorisation boursière, celle d’Apple. Introduire seulement 5 % du capital de ce géant reviendrait à faire la plus importante opération de tous les temps. Cela explique l’impérative nécessité d’avoir un prix du pétrole satisfaisant…Mais les pressions à la baisse font que le secteur pétrolier est en ébullition !
    Jusqu'à ce qu'ils le boivent leur pétrole,on en est pas loin et la prophétie de mon père, se réalisera peut-être! Sacré papa...
     

Commentaires

Nom: 
fitoussi guy
Site: 
Guy fitoussi
Le cours des matières premières est de nature cyclique, avec un déséquilibre quasi-permanent entre l’offre et la demande, avec pour conséquence une volatilité des prix.
 
Lorsque l’offre n’est pas en mesure de satisfaire la demande, soit parce que celle-ci s’emballe, soit parce que l’offre est contrariée pour des raisons naturelles ou par faute d’investissement, l’ajustement se fait par une hausse des prix. Cela incite les producteurs à augmenter leur offre, mais les délais de réaction sont différents selon qu’il s’agisse de matières premières agricoles relevant d’un cycle annuel, ou de minerais nécessitant de lourds investissements. En l’absence de toute coordination entre producteurs, l’offre finit par redevenir tôt ou tard supérieure à la demande et un nouveau cycle baissier prend le pas. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande de matières premières expliquela fluctuation des prix, voire leur volatilité. Le niveau des prix détermine la réalité de la croissance mondiale ; les matières premières constituent ainsi une boussole de l’activité économique mondiale.
 
Le baril de pétrole est particulièrement caractéristique de ces mouvements. Dans les années 2 000, la demande chinoise a fait exploser les prix à plus de 100 $/bl. Certains envisageaient un baril à 200 $. Cela a conduit à un accroissement des investissements qui devenaient plus rentables à ce niveau de prix. La hausse de l’offre est intervenue alors que la demande diminuait consécutivement à la crise de 2008-2009. Les prix ont alors baissé, et certains voyaient le baril à 20 $. Cela a entrainé une baisse de la production car certains puits étaient fermés, car ils n’étaient plus rentables à ce niveau.
 
Ce raisonnement s’applique particulièrement pour la production américaine de pétrole ou de gaz ; alors que le seuil de rentabilité se situait à 55-60 $/bl, les innovations technologiques le placeraient maintenant à 35-40 $/bl. Cela a entrainé d’importants investissements, avec un endettement élevé du secteur, et cela devrait peser sur le prix aujourd’hui autour de 50 $/bl, sauf si la demande mondiale était soutenue.
 
L’orientation à la baisse s’explique par la pression d’une offre américaine en constante progression, mais également par un respect limité des quotas mis en place par l’OPEP, en liaison avec la Russie. Elle est évoquée pour expliquer la remise en cause du méga projet saoudien d’introduction de l’ARAMCO à la Bourse. Il s’agirait maintenant d’une ouverture du capital avec des placements privés pour 1 000 à 2 000 Md$. Cela s’expliquerait aussi par la difficulté de concilier l’exigence de transparence des marchés boursiers avec la gouvernance de cette entreprise étatique
 
D’une manière générale, le niveau de l’économie a conduit la Banque mondiale à pronostiquer pour 2017 une hausse des cours des matières premières qui devrait se poursuivre en 2018.
 
Après une baisse de 10 % en 2016, l’indice Cyclope du prix des matières premières progresserait de 11 % en 2017, grâce au pétrole, au gaz, et au charbon à coke. En revanche, les prix des matières premières agricoles, comme le blé, le cacao, le café, l’huile de palme, le soja ou le thé sont orientées à la baisse à cause de récoltes abondantes.
 
Selon la FAO, la production mondiale de céréales atteindrait un nouveau record en 2017 à 2,612 Mdt, en augmentation de 0,3 % par rapport au précédent record de 2016. Ce résultat serait notamment atteint grâce une hausse de la production mondiale de blé de 750 Mt en 2017, et malgré une production de riz maintenue à 500 Mt à cause des inondations et la sécheresse en Extrême Orient.
 
Même si elle supérieure de 26 Mt par rapport à 2016 2017, la demande mondiale de céréales en 2017-2018 devrait diminuer, selon la FAO, à 2,589Mdt, Il en résulterait une augmentation des stocks mondiaux de céréalesqui, en 2018, devraient atteindre le niveau record de 720 Mt ; le rapport stock/demande de céréales se situerait alors à 27 %, niveau voisin de celui 2016-2017 mais bien supérieur au plus bas de 20 % en 2007 2008. Dans le même temps, les échanges mondiaux de céréales en 2017 2018 devraient s’établir à un nouveau record historique de près de 400 Mt.
 
Dans ce commerce international, le maïs tient une place particulière. Après avoir été longtemps exportatrice, la Chine en importe de plus en plus pour fabriquer l’éthanol, carburant que le pays s’est engagé à utiliser à partir de 2020.
 
Alors qu’il est difficile d’avoir une idée précise de la croissance chinoise, la conjugaison de tous ces indicateurs permet de considérer qu’elle est encore soutenue.
 
Après cinq années de baisse, 2017 enregistre une hausse de plus de 15 % des prix des métaux grâce à une forte demande chinoise, et à une offre liées sujette à de nombreuses perturbations dans des sites miniers du chiliens, indonésiens ou péruviens. Tel est particulièrement le cas du cuivre, quatrième métal le plus extrait. Le prix a augmenté de 60 % en 2016, de 25 % depuis janvier, et est au plus haut depuis une décennie à 3 000 $/t ; certains prédisent 3 500 $ dans les six à douze mois.
 
L’or aussi est à des niveaux élevés au-dessus de 1 100 €/once, mais en-deçà de son niveau du premier trimestre lorsqu’il avoisinait les 1 200, ou de ses plus hauts de 2012 lorsqu’il dépassait à la fin de l’année les 1 300. Une des caractéristiques de ce marché est l’explosion de la demande allemande depuis la crise ; la peur de la politique accommodante de la Banque centrale européenne et le souvenir de l’hyper inflation de 1923-1924 conduisent 57 % des Allemands à se tourner vers l’or.
 
L’attrait de placements refuge s’est dernièrement traduit par la création par la Singapore Diamond Mint d’unDiamond Bullion, produit fongible et négociable en Bourse à l’image d’un lingot d’or, alors que jusqu’à présent c’est un produit qui ne s’échangeait qu’entre professionnels ou particuliers.
 

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