Feb
28
Cinquième partie: la robe noire.

Cette ceinture noire, personne ne là lui prendrait.

Elle était acquise pour la vie, quels que soient les actes de son détenteur, qu'il en soit digne ou non.

On ne retire pas le prix du sang, le prix du courage et de l'abnégation.

Il est acquis à vie.

Mais quid de la robe noire, celle qu'il avait acquise aujourd'hui après sept longues années d'études?

Celà faisait maintenant 20 ans qu'il exerçait cette fabuleuse profession, avocat, et voilà maintenant qu'on le menaçait dans son intégrité même, on voulait lui reprendre cette robe noire qu'il avait acquise elle aussi au prix de tant d'efforts; on s'était apparemment trompé: il ne la méritait pas, disait-on!

Son crime? Il avait décidé de remettre le système en question, de mettre en cause des juges.

Tout, sauf celà: il s'agisssait bien là d'un crime de lèse majesté.

On ne poursuit pas des juges impunément en Israël.

Il fallait payer.

Comme l'écrivait le juge Gourfinkel du tribunal de paix de Tel-Aviv, un juge peut être corrompu, recevoir des pots de vin, avoir une animosité particulière envers l'une des parties, fausser le jugement, la règle juridique est qu'il bénéficie d'une immunité complète et totale.

La partie victime de telles actions ou omissions ne peut s'en prévaloir pour obtenir dédommagements; article 8 de la loi sur la réparation des dommages, faisait-il valoir...!

Mais lui était tenace: il avait fait appel et son appel reçu, non pas sur le fond de l'affaire elle-même mais sur un problème de procédure, puisqu'il n'avait pas été mise en demeure de répondre à la demande du parquet de rayer son action pour immunité des juges en Israël.

Le dossier était donc revenu à la table du respectable juge Gourfinkel, qui allait donner exactement la même décision, ajoutant, après avoir lu les conclusions de cet avocat décidément bien trop tenace, que l'Etat bénéficiait de la même immunité que le juge, à savoir qu'on ne pouvait poursuivre ni le juge ni l'Etat coupables d'un déni de justice ou d'une infraction pénale quelconque liée au monopole et à la prérogative de rendre la justice. Autorité de droit divin, en quelque sorte. Et pour mieux lui faire comprendre les choses, on allait le condamner à une amende au profit de l'Etat de 20 000 shekels, soit près de 4000 euros, comme lors du premier jugement intervenu en la matière, histoire de l'éduquer, en quelque sorte!

Mais l'avocat demeurait opiniâtre et têtu à la fois: il faisait de nouveau appel mais cette fois, c'est le parquet qui cédait: que veux-tu? lui demandait-on pour la première fois. Tiens donc, on s'intéressait vraiment à lui, pour la première fois, depuis qu'il avait mis les pieds en Israël, il y a vingt ans déjà?!

Mais la vérité, répondit-il, du tac au tac. La vérité, tout simplement!

Le juge du tribunal de paix, chargé des affaires familiales, n'avait pas compétence pour connaître de cette affaire. Il doit le reconnaître "Mais nous le reconnaissons, en son nom, et nous nous excusons", s'était-il entendre dire.

Voilà comment s'est terminée cette affaire: reconnaissance pour la première fois en Israël du tort qu'un juge a causé à un citoyen avec excuse à l'appui. C"était peu, mais beaucoup à la fois. Il avait gagné contre le système, contre les juges...

On ne le lui pardonnerait pas!

Commentaires

... Mais je trouve votre plume remarquable (j'ai tout lu).

Merci à vous!

En lisant la suite, je suis sûr que vous comprendrez un peu plus.

Guy FITOUSSI

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