Feb
16
L'ONU accuse le Vatican d'avoir violé la convention des droits de l'enfant

Un rapport recommande plus de transparence dans la gestion des affaires de pédophilie

Une forme d'exaspération prévalait au Vatican après la publication, mercredi 5 février, du rapport de l'ONU sur la protection des enfants et la gestion par l'Eglise catholique des affaires de pédophilie. " On dirait que le rapport était préparé à l'avance ", s'est insurgé Mgr Silvano Tomasi, l'observateur du Vatican qui, en janvier, avait défendu la politique du Saint-Siège sur ces sujets devant la commission des droits de l'enfant, à Genève. Au-delà de la " surprise " suscitée par l'ampleur des critiques, le prélat a même vu dans " la ligne idéologique " et la sévérité des conclusions la main d'associations de défense de l'homosexualité.

De leur côté, les experts du comité ne mâchent pas leurs mots. " Le Vatican a violé la convention des droits de l'enfant, juge la présidente du comité, Kirsten Sandberg, car - ses responsables - n'ont pas fait tout ce qu'ils auraient dû " pour protéger les enfants.

Dans son long document, en grande partie à charge, le comité demande au Vatican de faire preuve de plus de transparence, de déférer devant la justice civile tous les religieux soupçonnés d'actes pédophiles et " de relever immédiatement de ses fonctions toute personne suspectée d'abus sexuels ". Il se dit " profondément préoccupé par le fait que le Saint-Siège n'ait pas reconnu l'étendue des crimes commis et n'ait pas pris les mesures nécessaires pour traiter les cas de sévices sexuels sur des enfants et pour protéger ces enfants, qu'il ait retenu des politiques et des pratiques qui ont conduit à la poursuite de ces agressions et à une impunité pour leurs auteurs " - allusion aux mutations de paroisse en paroisse des prêtres accusés de tels actes.

Or, si de telles pratiques ont de fait été systématiques au cours des dernières décennies, si la hiérarchie catholique a longtemps privilégié, par tous les moyens, la réputation de l'institution au détriment de la sauvegarde des enfants, la politique officielle du Vatican a connu une inflexion à la fin des années 2000, notamment sous la pression des scandales révélés en Irlande ou en Allemagne.

Durant son pontificat, Benoît XVI a admis que la pédophilie était " un crime atroce " et, contrairement à ce que laisse entendre le comité, le pape a reconnu en 2010 que la manière dont la hiérarchie catholique avait géré ces scandales était " erronée ". Depuis, le Vatican a davantage incité ses ouailles à saisir la justice civile, à lever la loi du silence et à mettre en oeuvre une " tolérance zéro ". Le Vatican a récemment indiqué que 400 prêtres accusés de pédophilie avaient été défroqués entre 2011 et 2012

Mais la persistance de " procès canoniques " opaques, débouchant sur des sanctions inconnues du public, met à mal la réalité des recommandations officielles. En dépit des discours et de la bonne volonté de certains responsables catholiques, il semble que les mentalités évoluent trop lentement. Dernier exemple en date : le nonce en poste en République dominicaine, accusé d'abus sexuels, a été rapatrié à Rome discrètement à l'été 2013, pour y subir un procès canonique. Rien ne dit qu'il passera un jour devant un tribunal civil.

Après la publication du rapport, le Vatican a également dénoncé " une tentative d'ingérence ", visant cette fois les remarques sur la doctrine de l'Eglise en matière de contraception, d'homosexualité et d'avortement ; le comité a notamment demandé une modification du droit canon pour autoriser l'avortement quand la santé de la mère est menacée et a mis en garde contre une stigmatisation des homosexuels et de leurs enfants.

De manière plus anecdotique, il demande aussi un décompte du nombre d'enfants nés de prêtres catholiques et leur meilleure prise en charge. Le comité accorde toutefois quelques bons points au Vatican, notamment ses efforts pour supprimer le terme d'" enfant illégitime " de ses textes ou les déclarations " positives " du pape François sur les homosexuels, que ce dernier s'est interdit de " juger ".

Ce rapport devrait en tout cas constituer pour le pape François, qui s'est peu exprimé sur les abus sexuels, mais a récemment qualifié de " honte " ces scandales, une incitation à accélérer la mise en place de la " commission " qu'il a annoncée pour améliorer l'accompagnement des enfants victimes de pédophiles et la prévention de tels actes au sein de l'Eglise. Le Vatican a jusqu'en 2017 pour mettre en oeuvre ces recommandations, non contraignantes.

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