Jun
03
LE FOOT ET LA MONDIALISATION‏

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de l’exigence d’une bonne gouvernance dans notre monde globalisé, et qu’à défaut, la mondialisation est remise en cause, critiquée. Le football nous en offre aujourd’hui un exceptionnel exemple.
 
Au-delà de son universelle popularité, le football est une des activités humaines les plus caractéristiques de la mondialisation. Cinq critères au minimum permettent d’étayer cette affirmation :
 
-       La libre circulation des personnes. Aujourd’hui, toutes les équipes, et notamment celles impliquées dans les grandes compétitions européennes ont des joueurs provenant de tous les pays au monde. Il n’y a pratiquement plus aucune frontière au recrutement de joueurs. Que dire alors des équipes nationales constituées avec des joueurs fraichement naturalisés ?
 
-       La libre circulation des capitaux. Les grands clubs ne sont plus des associations, ou la propriété de nationaux, mais appartiennent à des personnes fortunées à la recherche de profits ou de notoriété. Certains sont même cotés en Bourse.
 
-       La force du marché. Les lois de l’offre et de la demande fonctionnent à plein, au point d’être surpris, voire choqués par les salaires (jusqu’à 1 M€ par mois), les montants des transferts (le record de 100 M€ a dernièrement été atteint), le coût des achats des droits de retransmission, ou les sommes payées par les sponsors. Le foot est le sport le plus populaire, celui qui remplit les stades ou mobilise le maximum de personnes devant les télévisions, et les prix d’équilibre semblent toujours à la hausse. Jean-Luc Mélenchon a raison de dire qu’un stade de foot est le seul endroit où des smicards applaudissent des milliardaires.
 
-       La médiatisation. Telle une trainée de poudre, le monde des médias, de tous les médias, s’est enflammé sur le « FIFAgate ».
 
-       Les interférences géopolitiques. Au lendemain de sa dernière réélection, Sepp Blatter n’a pas hésité à crier au complot anglo-saxon. Les Etats-Unis, avec leur justice, renverraient la balle de ne pas avoir eu la Coupe du monde en 2022 attribuée au Qatar, et le Royaume-Uni, avec sa très influente presse, n’aurait pas dépassé l’amertume de ne pas avoir décroché celle de 2018 accordée à la Russie.
 
Même si cela reposait sur une quelconque réalité, cela n’élimine pas pour autant la corruption qui concernerait au minimum neuf élus dont un vice- président et cinq salariés. Ainsi va le foot mondialisé aujourd’hui.
 
Sepp Blatter nous sert l’argument classique de la méconnaissance des pratiques et faits… « Je ne peux pas contrôler tout le monde en permanence » a-t-il déclaré ! Est-ce crédible après quarante ans passés à la FIFA dont 17 ans comme président ? Rappelons que malgré les énormes masses d’argent brassées, la FIFA ne compte que 400 personnes, qui seraient difficilement contrôlables. La FIFA est une multinationale par ses ressources, son audience, mais nullement par le nombre de ses salariés.
 
Les réserves financières de la FIFA sont passées de 643 M$ en 2007 à 1523 M$ en 2014, une extraordinaire force de frappe financière qui permet de s’attacher beaucoup de soutiens.
 
Pour justifier le système de la FIFA, certains n’hésitent pas à effectuer un subtil distinguo entre clientélisme et corruption. Payer des billets d’avion, rembourser des frais de déplacement ou de bouche, financer des projets de développement du football notamment dans les pays où les fédérations nationales n’ont pas beaucoup de moyens…ne constitueraient pas de la corruption. Mais alors, comment qualifier le vote, les votes de vendredi dernier ? La tourmente dans laquelle s’est tenu le 65ème congrès de la FIFA, aurait dû conduire à reporter le vote dans l’attente de voir plus clair dans la réalité des faits…Il n’en fut rien et cela démontre une extraordinaire solidarité entre la très grande majorité des responsables, les deux tiers !
 
Mais l’histoire n’est qu’à ses débuts. Tout d’abord, l’enquête de la justice américaine va apporter son lot de révélations, comme c’est le cas ce matin même. Il est probable que certains inculpés se mettent à coopérer et à parler pour s’innocenter. Par ailleurs, les fractures créées la semaine dernière, notamment avec la fédération européenne emmenée par Michel Platini vont entrainer des manœuvres diverses et variées. Enfin, la presse va continuer son travail en exploitant les nombreuses opportunités ainsi ouvertes.
 
La première opération à engager serait au minimum la publication du rapport de plus de 400 pages réalisé l’an dernier par le procureur américain Michaël Garcia qui met en exergue des « comportements douteux ». La chambre de jugement de la commission d’éthique de la FIFA refuse sa publication. Elle a, en revanche, publié un résumé réalisé par ses soins que le Michaël Garcia a jugé « erroné et incomplet ».
 
Cette première opération devrait être la manifestation d’une indispensable transparence sur les comptes et leur utilisation. Est-il possible, envisageable d’aller plus loin et de changer radicalement la gouvernance ?
 
La FIFA compte 209 membres, plus que les Etats membres de l’ONU, et les décisions sont prises sur la base d’une voix par membre. Certains n’hésitent pas à critiquer cette règle, et à préconiser une pondération selon le nombre de licenciés ou la contribution aux ressources de la FIFA, ce qui serait de nature à favoriser l’Europe. Cette évolution est quasiment impossible, car tout changement des statuts n’est possible qu’à la majorité qualifiée de l’assemblée générale. Il est peu vraisemblable que les petites fédérations acceptent de diminuer leurs pouvoirs !
 
Certains espèrent que les sponsors vont secouer le cocotier. Ont-ils abandonné le cyclisme malgré les nombreux scandales de dopage ? Non ! Les spectateurs non plus ! De la même façon que l’affluence est toujours importante sur les routes du Tour de France, personne ne désertera les stades en signe de protestation.
 
Alors que faire ? s'indigner semble déjà bien dérisoire!
Pour nous, avocats, à l'occasion de ces nouvelles élections de notre prochain bâtonnier, sans doute est-il temps de prendre la mesure du danger del politique qui fut jusqu'ici la nôtre de  ne pas percevoir le conflit d'intérêt patent qui nous guette à ne pas dévoiler les masques entre un ordre "affairiste" et un ordre droit de l'hommiste. C'est cette dernière vision que je promeut. Voilà pourquoi, le tiste exemple que nous offre le foot, n'est pas inutile pour nous permettre de prendre les bonnes décisions, telles que celles-ci se reflètent dans m campagne, que je vous invite à suivre.

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