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Né sous Z

Robert Vaeza a 8 ans lorsque le gouvernement français décide, après la défaite de Dien Bien Phu (1954), d'évacuer vers la métropole, au mépris des liens maternels, près de 5 000 enfants eurasiens non reconnus par leurs pères soldats.

De cet arrachement douloureux, jamais depuis cinquante ans, cet homme, aujourd'hui retraité, n'avait dit mot, même à ses proches. Jusqu'à l'appel d'une cousine de son père désirant le rencontrer pour " réparer ".

C'est dans l'éclat émouvant de ces retrouvailles que Frédéric Pollet-Rouyer a choisi d'ouvrir son documentaire. Un film de mémoire qui dévoile, à travers un pan méconnu de l'histoire coloniale française, la quête d'un homme qu'elle a accompagné et a épaulé pour retrouver cette part d'identité volée, au nom du sang français.

MÈRES DÉCHUES

FRANCE 2 23.50 | DOCUMENTAIRE | Un film de mémoire sur l'histoire coloniale de la France

Car au coeur de cette (en)quête intime, nourrie de documents d'archives et de lectures, se révèle non une simple évacuation dictée par l'urgence du moment, mais un plan bien plus ancien, motivé dès les années 1930 par le souci de compenser le faible taux de natalité. Et surtout de soustraire au regard ces " enfants du désordre " et d'effacer toute trace d'une dégradation des Français afin de maintenir, comme le souligne l'historienne Emmanuelle Saada, la symbolique de la domination coloniale. Et qu'importe les mères déchues prestement de leurs droits ; et leurs enfants qui vivront avec le sentiment douloureusement amer d'avoir été de trop.

Une mère dont Robert Vaeza va tenter de retrouver la trace, au Vietnam, en confrontant ses images et ses souvenirs épars, avec " la sensation diffuse d'observer sans comprendre ", d'être étranger à son pays natal.

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