Jan
18
Nouvelle passe d'armes entre Israël et Européens sur la relance des colonies

Cette crispation intervient alors que les négociations israélo-palestiniennes entrent dans le vif du sujet

Un haut diplomate israélien, qui préfère conserver l'anonymat, résume avec philosophie cette passe d'armes diplomatique : " Jeudi, ils ont convoqué nos ambassadeurs ; vendredi, pour répliquer, nous avons convoqué les leurs, c'est de bonne guerre. " " Ils ", ce sont les gouvernements de quatre pays - France, Grande-Bretagne, Italie et Espagne -, dont les ambassadeurs en Israël ont été reçus, vendredi 17 janvier, par le directeur général du ministère israélien des affaires étrangères, Nissim Benchetrit.

" La position partiale qu'ils adoptent de manière constante contre Israël et en faveur des Palestiniens est inacceptable et donne le sentiment qu'ils cherchent à faire peser la faute sur Israël ", a affirmé Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie israélienne.

La veille, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, avait réagi à la décision de ces quatre pays de convoquer l'ambassadeur d'Israël, en dénonçant l'" hypocrisie " des Européens, qui n'hésitent pas à provoquer une tension diplomatique " à cause de la construction de quelques maisons "...

En réalité, c'est la récente relance de la colonisation - condamnée par les Européens -, sous la forme d'appels d'offres portant sur 1 400 à 1 800 logements (le nombre reste incertain) à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, qui est en cause. " Quand l'Union européenne a-t-elle convoqué des ambassadeurs palestiniens à propos d'appels à la destruction d'Israël ? ", a insisté M. Nétanyahou en stigmatisant un " deux poids deux mesures qui ne fait pas avancer la paix ". Lorsque Palestiniens et Israéliens ont décidé (fin juillet 2013) de reprendre des négociations, a-t-il affirmé, il était prévu, selon un " accord informel ", qu'il n'y aurait pas de " retenue dans la construction " de logements de la part d'Israël, ce que contestent les Palestiniens.

Cette brusque tension diplomatique est-elle le signe que, paradoxalement, le processus de paix est moins dans l'impasse qu'on pourrait l'imaginer ? Certains diplomates et observateurs israéliens, à Jérusalem, veulent le croire : selon ce raisonnement, c'est parce qu'Israéliens et Palestiniens sont entrés dans le vif du sujet que l'on assiste à cette crispation. Cela expliquerait le récent incident entre le ministre israélien de la défense, Moshé Yaalon, et le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, le premier évoquant l'" obsession et le sentiment messianique " du second.

Les Américains n'ont pas apprécié et, comme le reconnaît un diplomate israélien, il est probable que M. Yaalon va être " mis sur la banquise " pendant quelque temps à Washington. Mais l'issue ne fait aucun doute : John Kerry soutient à bout de bras le processus de paix et les Etats-Unis sont l'allié indispensable d'Israël, comme des Palestiniens.

Avec les Européens, c'est autre chose. Les Israéliens ont été obligés de passer sous les fourches caudines de l'Union européenne (UE), s'agissant du programme scientifique européen Horizon 2020 (qui ne pourra pas être appliqué dans les colonies), et ce différend a laissé des traces.

L'ambassadeur de France en Israël, Patrick Maisonnave, a publié, le 3 janvier, dans le quotidien Haaretz, une tribune au ton très ferme pour s'étonner que l'offre européenne d'accorder un " statut spécial de partenariat privilégié " à Israël en cas d'accord final avec les Palestiniens ait été accueillie par un mutisme total des autorités israéliennes. " Quelle doit être la conclusion européenne ? Qu'Israël n'a pas besoin de l'Europe, qu'il ne se sent apparemmentpas si isolé (...) ? Que les Israéliens ne souhaitent pas approfondir leurs relations avec l'Union européenne ? Qu'Israël n'écoute les Européens que lorsqu'ils exercent une amicale pression, mais se bouche les oreilles quand ils essaient de tracer un avenir commun ? Que l'Europe n'est pas un acteur du jeu ? "

C'est bien ce qui est en cause. Les Israéliens ne veulent pas laisser l'UE jouer le moindre rôle dans le processus de négociations en cours, alors que les Palestiniens aimeraient voir celle-ci exercer un contrepoids face à l'influence américaine, jugée trop favorable à l'Etat juif. Ils ont le sentiment - fondé - que les Européens ont plus d'empathie naturelle pour la cause palestinienne, du moins s'agissant du refus de la poursuite de la colonisation.

En même temps, Israël ne peut nier que le rôle important de bailleur de fonds de l'Autorité palestinienne que joue l'Europe lui donne voix au chapitre.

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