Sep
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PERSPECTIVES SUR LA CROISSANCE MONDIALE.

Samedi et dimanche dernier, les ministres des finances et gouverneurs des banques centrales du G20, les vingt plus grandes puissances économiques de la planète se sont retrouvés à Cairns en Australie. A l’ordre du jour : comment relancer une croissance mondiale qui patine ? Le ministre australien souhaitant des propositions concrètes de la part des collègues, cela a donné lieu à la présentation de 900 plans de réformes susceptibles de doper la croissance mondiale de 2% dans les quatre prochaines années.
 
Au-delà d’un catalogue « à la Prévert » de réformes structurelles et de projets d’investissement, le renforcement de l’économie de marché par l’amélioration du fonctionnement des marchés constitue la principale caractéristique de tous ces plans. Mais cela ne fait pas une politique économique !
 
La croissance mondiale est particulièrement faible en Chine et en Europe. La Chine a besoin d’une forte croissance au-delà de 8 % pour satisfaire les besoins de sa population et atténuer les tensions sociales. L’Europe aussi a besoin d’une forte croissance pour créer des emplois, et relativiser son endettement.
 
Pour y faire face, les banques centrales chinoise et européenne, après la banque centrale américaine, ont décidé d’injecter d’énormes liquidités dans l’économie par l’intermédiaire des banques pour leur permettre de développer le crédit aux entreprises.
 
La banque centrale chinoise va prêter 100 Mds de yuans à chacune des cinq grandes banques chinoises sur trois mois avec des taux très faibles. L’ensemble de ces liquidités, soit 500 Mds de yuans ou 63 Mds € devraient en priorité financer les petites entreprises et la construction de logements sociaux. Même si ces liquidités n’étaient pas utilisées pour ces deux priorités, elles vont aider les banques chinoises, notamment par rapport à ce risque des créances irrécouvrables qu’elles portent dans leurs bilans.
 
Ce montant est probablement insuffisant, et n’est pas à la hauteur des besoins d’une véritable relance chinoise, comme les autorités l’avaient fait en début 2009. Les autorités semblent privilégier les réformes de l’économie chinoise, et veulent éviter un accroissement de l’endettement déjà considéré comme excessif- je vous en avais parlé le 14 janvier dernier-. Les autorités craignent aussi de recourir de manière excessive à des solutions d’argent facile susceptibles de créer de l’inflation et des bulles spéculatives.
 
De son côté la banque centrale européenne propose 400 Mds€ aux banques européennes à des taux très faibles. Il est attendu de ce programme dit TLTRO une relance du crédit aux entreprises, et par voie de conséquence de l’activité économique.
 
Rien n’est moins sûr ! Un crédit facile est nécessaire, mais non suffisant ! Il ne crée pas automatiquement de la demande susceptible de pousser les entreprises à investir, et donc à emprunter. Néanmoins personne ne pourra dire que la banque centrale européenne ne fait rien face à cette croissance atone et au chômage de masse que connaissent l’Europe depuis trop longtemps. Depuis deux ans, la BCE et son président Mario Draghi ont tout fait pour sauver la zone euro, faire baisser l’euro, et aujourd’hui relancer l’activité économique.
 
La zone euro a été sauvée, le taux de change de l’euro face au dollar se déprécie régulièrement. Il se situe maintenant au-dessous de la barre des 1,30$ pour 1€, et le mouvement devrait se poursuivre avec toutes ces liquidités mises dans le circuit économique.
 
Il est probable que les banques européennes utiliseront cette facilité, mais aucune assurance n’est donnée que cela se traduira par une augmentation du crédit et de l’investissement. Certaines banques pourraient prendre cette facilité de la BCE et acheter des titres d’Etats européens. Cela permettra au minimum d’améliorer la situation des banques, et de faire pression sur les taux d’intérêt et donc sur le coût du refinancement des dettes publiques.
 
Néanmoins, le risque est grand que pour combattre le risque de déflation, on se retrouve avec l’inflation. L’inflation est peut être utile pour diminuer la valeur nominale des dettes, mais défavorise, voire appauvrit les retraités et les classes défavorisées. Et si on sait comment créer de l’inflation, c’est plus compliqué de la combattre. Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la BCE avait coutume de dire que « l’inflation est comme la pâte à dentifrice, une fois sortie du tube, on ne sait pas comment remettre la pâte dans le tube ! »
 
Le risque est aussi grand de voir l’excès de liquidités et la recherche de rentabilité à un moment de taux faibles créer des bulles spéculatives.
 
Attention de ne pas se retrouver confronté à ce que j’appelle le paradoxe du pompier ! Toute personne qui a eu à faire face à un incendie a pu constater que les plus gros dégâts ne sont pas occasionnés par le feu, mais par l’eau. Le pompier ne peut pas prendre le risque de laisser le feu se propager ou couver sous des objets ; aussi, il arrose au maximum.
N’oublions pas que ce sont les plans de relance mis en place en 2009 pour éviter la récession consécutive à la crise financière, qui sont à l’origine de la crise des dettes souveraines. Pour endiguer la déflation, ne créons pas d’autres problèmes.
 
Ces risques devraient néanmoins être circonscrits compte tenu du faible niveau de l’inflation et de la politique monétaire américaine.
 
La présidente de la Réserve fédérale, Mme Janet Yellen a annoncé une nouvelle réduction de10 Mds$ du montant mensuel de rachat d’actifs, et surtout l’extinction de ce mécanisme dans un mois. La croissance américaine est suffisante pour ne plus recourir à cette politique. Toutefois, elle n’a annoncé aucune mesure de remontée des taux d’intérêt car la croissance n’est pas encore totalement assurée.
 
Malgré les résolutions du G20 ce week end, la gouvernance mondiale n’a pas encore trouvé la formule commune pour asseoir une croissance durable.

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