Nov
16
Si les ricains n'étaient plus là!

Depuis une semaine, on entend, voit et lit tout et son contraire à propos de Donald Trump. Mon propos n’est pas d’épiloguer sur son équation personnelle, son sexisme, ses liens avec le Klu Klux Klan, sa prédisposition à la provocation…Essayons d’y voir un peu plus clair en matière internationale.
 
Il convient tout d’abord de noter que Donald Trump s’inscrit en l’accentuant dans la démarche de Barak Obama du repli sur soi, de l’isolationnisme. Après les expéditions militaires, voire les aventures guerrières, de George Bush junior, les Américains ne veulent plus payer le prix d’être les gendarmes du monde, le prix du sang de leurs enfants. La fin de la République impériale américaine constituerait un changement radical, source d’incertitudes et d’inquiétudes. Mais, il peut être source de paix, s’il conduit à un nouvel équilibre. Jusqu’à preuve du contraire, Donald Trump n’est pas un va-t’en guerre. Qui s’en plaindrait ? Il est étonnant de voir ceux qui hier critiquaient les Etats-Unis pour leur immixtion dans la gouvernance de nombreux pays se plaindre de cette évolution…A les entendre, ils en seraient à demander que les GI’s continuent à faire le boulot !
 
Parallèlement, cette approche reconnait implicitement un monde multipolaire. Donald Trump reconnait que la Chine et la Russie sont des puissances qui ont leur part de responsabilité dans la stabilité du monde.
 
Il a laissé entendre qu’il veut négocier un accord avec Vladimir Poutine. Qui peut s’en plaindre alors qu’avec Barak Obama, on avait renoué avec la guerre froide ? Les paramètres de ce probable accord porteraient sur :
  • Une acceptation implicite de l’annexion de la Crimée, et d’une influence sur le Donbass, l’est ukrainien…Cela pourrait conduire la Russie à tirer avantage en accentuant sa pression sur les anciennes Républiques soviétiques
  • Un retrait de Syrie pour y laisser les Russes faire le ménage. Les Américains, et plus généralement les Occidentaux sont dans une situation difficilement explicable. Comment combattre DAESH sans aider automatiquement Bachar El Assad que l’on veut voir partir, et sans s’appuyer sur d’autres groupes salafistes tout aussi dangereux que DAESH. Trump tranche le nœud gordien en laissant entendre qu’il appartient à la Russie d’y rétablir l’ordre
  • Cela ne signifie pas pour autant qu’il laisse à la Russie les mains libres sur tout le Proche Orient. Il est probable qu’il demandera en contrepartie le soutien de la Russie pour la remise en cause de l’accord avec l’Iran. N’oublions pas qu’Hilary Clinton avait annoncé qu’elle proposerait au Conseil de sécurité de prendre des sanctions contre l’Iran pour non-respect des dispositions relatives aux essais concernant les engins balistiques. Donald Trump veut revenir sur la remise en cause par Barak Obama de l’alliance historique avec les pétromonarchies.
 
Il est clair que l’Europe risque d’être la grande perdante de cet éventuel nouveau Yalta américano-russe, d’autant que Donald Trump, comme l’avait commencé Barak Obama, a menacé de retirer des troupes si les membres de l’OTAN ne consacraient pas 2 % de leur PIB à la défense. 70 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, et 25 ans après la chute du mur de Berlin, les Américains ne veulent plus payer pour la défense de l’Europe. A quel titre pourrions-nous le critiquer ? Il renvoie les Européens à leur responsabilité de se défendre. Si l’Europe ne veut pas devenir une zone de convoitises, il est urgent qu’elle prenne en charge sa défense. Cela sera difficile avec le Brexit, eu égard que les armées britannique et française sont les deux plus importantes d’Europe.
 
Cela reflète le désintérêt américain pour l’Europe déjà manifeste avec l’Administration Obama. Donald Trump veut garder ses ressources pour le principal défi auquel sont confrontés les Etats-Unis, la Chine avec ses velléités de contrôler la Mer de Chine. Tout en ayant déjà rassuré la Corée du Sud pour le maintien du soutien américain à la défense de la frontière avec Pyongyang, le président élu souhaite que le Japon aussi, comme l’Europe, assume sa défense, y compris avec des armes nucléaires.
 
La confrontation avec la Chine va principalement porter sur les échanges commerciaux et les changes. La nécessité de conclure un accord s’imposera compte tenu de l’implication chinoise dans le financement du déficit de l’Etat fédéral. Cela risque néanmoins d’entrainer des perturbations économiques.
 
Il faudra attendre pour être fixé sur la véritable déclinaison des déclarations de Donald Trump. Sa volonté de mieux défendre les intérêts américains dans le cadre des accords bilatéraux conduit-elle pour autant au protectionnisme ? La remise en cause des accords multilatéraux Trans pacifique ou transatlantique pourrait constituer un frein à la mondialisation, sans pour autant conduire au protectionnisme. Il est étonnant que cela ne réjouisse pas tous les détracteurs du libre-échange, tous les altermondialistes.
 
N’oublions pas que le protectionnisme et les dévaluations compétitives de l’entre-deux–guerres avaient accentué les exacerbations nationalistes qui ont conduit à la seconde guerre mondiale. Rappelons-nous que ce sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni qui, pour éviter ces dérives avaient préconisé le commerce entre les nations et la stabilité des changes. En tout état de cause, nous avons besoin de plus d’Europe pour faire face à cette nouvelle situation.
 
Enfin, les prises de position de Donald Trump sur la lutte contre le réchauffement climatique sont problématiques, car les Etats-Unis sont le deuxième émetteur mondial de COderrière la Chine. Même s’il ne va pas jusqu’à remettre en cause la signature américaine des Accords de Paris, il faut s’attendre à un combat d’arrière-garde sur la COP 22.
 
Au total, nous pouvons constater que, pour faire face aux défis entrainés par l’élection de Donald Trump, nous avons besoin de plus d’Europe, de beaucoup plus d’Europe !
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Commentaires

Nom: 
fitoussi guy
Depuis jeudi dernier, nombreux sont les responsables et commentateurs qui ont critiqué la confirmation par Donald Trump de son engagement durant la campagne, de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat.
 
Cette remise en cause de l’accord est grave, préoccupante. Néanmoins le double échec du sommet de l’OTAN à Bruxelles et de celui du G7 à Taormina en Italie est encore plus grave.
 
Commençons par ce sommet de l’OTAN qui s’est réduit à l’inauguration du nouveau siège de l’organisation. Donald TRUMP a profité de cette rencontre pour répéter une nouvelle fois qu’il ne veut plus payer pour la défense de l’Europe. Cette position déjà défendue par Barack Obama, laisse entendre que les Etats-Unis ne jugent plus utile de défendre le vieux continent, que leurs intérêts économiques ne justifieraient plus une telle dépense. L’isolationnisme américain, esquissé sous Obama et affiché ostensiblement par Trump, laisse les Européens, et surtout les Allemands démunis, sans protection. La solidarité transatlantique est mise à mal.
 
Cela n’a pas échappé à Vladimir Poutine qui peut continuer à remettre en cause les frontières européennes de l’ancienne Union soviétique. Ce n’est pas un hasard s’il est le seul dirigeant à n’avoir pas critiqué Donald Trump pour la remise en cause de l’accord de Paris.
 
Cela n’a pas échappé à la Chancelière, Mme Angela Merkel qui n’a pas hésité à faire des déclarations radicales. Alors qu’elle avait défendu en 2003 l’intervention américaine en Irak sans résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies, elle rompt avec la tradition atlantiste de l’Allemagne, en estimant que les Européens ne peuvent plus compter sur les Américains, et qu’ils doivent prendre en main leur destin.
 
Comme je l’ai déjà développé mardi 16 janvier, 2017 pourrait être une année européenne surtout avec le renforcement de l’axe franco-allemand.
 
L’Europe doit développer une politique globale de défense, avec toutes les composantes armées, des industries de l’armement et une dépense militaire représentant au moins 2 % du PIB.
 
Ce positionnement radical de Donald Trump et le repli sur soi conduisent à l’éclatement du bloc de l’Ouestconstitué pour lutter contre l’Union soviétique. Dans ces conditions, a-t-on encore besoin de l’OTAN ? Les Européens iront-ils jusqu’à lancer une OPA sur l’OTAN ? Assisterons-nous à la résurgence de la Communauté européenne de la défense (CED) envisagée au début des années cinquante et enterrée par le Parlement français en juillet 1954 ?
 
Tout comme les Européens, les Japonais se posent les mêmes questions. Peuvent-ils encore compter sur le parapluie américain alors que les visées chinoises en mer de Chine sont de plus en plus précises et que les provocations nord-coréennes de plus en plus nombreuses.
 
On aurait pu s’accommoder de l’échec de Bruxelles s’il n’avait été suivi de celui de Taormina. Les blocages occasionnés par Donald Trump ont limité les conclusions du sommet à 6 pages sur la lutte contre le terrorisme.
 
Donald Trump a considéré que son périple européen a été un grand succès ; il a estimé comme une victoire politique majeure la mention dans le communiqué final l’immigration et le contrôle des frontières comme prérogatives nationales. Cette considération est peut-être compréhensible eu égard les positions de Donald Trump mais néanmoins étonnante. Avec le Canada au Nord et le Mexique au Sud, la protection des frontières est plus compliqué, beaucoup plus compliqué pour l’Europe que pour les Etats-Unis.
 
Aucun autre sujet n’a fait l’objet d’un consensus à Taormina. Donald Trump a répété sa préférence pour le bilatéralisme au multilatéralisme. L’approche nationaliste de Donald Trump tourne le dos à la gouvernance mondiale des 70 dernières années. La construction de l’après-guerre a reposé sur un consensus, les dévaluations compétitives et la multiplication des barrières douanières ont accentué les oppositions entre pays et exacerbé les nationalismes. Dès 1944, avec la création du Fond monétaire international et de la Banque mondiale, ainsi que la signature des accords de libre-échange s’est ouvert une période de développement exceptionnel du commerce international. La croissance des relations commerciales entre les pays est le meilleur ciment de la paix.
 
Qu’en sera-t-il demain avec cette nouvelle politique américaine ? Au-delà du risque de remise en cause du libre-échange, les Etats-Unis sont peut-être en train de contester l’intérêt de ces sommets du G7, de refuser toute tentative de gouvernance mondiale…L’accord de Paris en est la première manifestation. Pourtant, à la différence du protocole de Kyoto également refusé par les Etats-Unis sous la présidence de George Bush junior, l’accord de Paris ne prévoit ni amende ni mesure de rétorsion.
 
Face à cette nouvelle Amérique, certains évoquent un nouvel axe avec la Chine, premier pollueur de la planète, oubliant que depuis près de 40 ans l’Europe a été confrontée aux trois dumpings chinois, social, monétaire, et environnemental. Ils ont bousculé son niveau de vie et son système social.
 
Ces deux sommets de Bruxelles et Taormina fragilisent un peu plus le leadership américain. Après la chute du mur de Berlin, la république impériale américaine était la seule super puissance, même si la puissance économique chinois commençait à s’affirmer. Le monde n’était plus bipolaire. Il n’était pas encore multipolaire. Il est unipolaire. Comment les Etats-Unis ont-ils pu perdre en quinze ans leur suprématie ?
 
Trois erreurs ont remis en cause cette suprématie américaine :
 
  • Même si la recherche de Ben Laden, inspirateur de l’attentat terroriste des « twin towers », justifiaitl’intervention en Afghanistan, mais le maintien quinze plus tard constitue un enlisement sans fin. Pour faire face à une guerre asymétrique, il faut éviter de s’implanter dans le pays avec des troupes régulières dans des camps retranchés, en s’appuyant sur un régime à faible légitimité. Les Soviétiques en avaient faire l’amère expérience, sans oublier le Vietnam ou la Somalie. Une réponse adéquate repose sur des moyens aériens, et sur des forces spéciales mobiles.
 
  • Rien ne justifiait la guerre d’Irak, engagée sans résolution du Conseil de sécurité. Les pertes humaines, tant militaires que civiles, les destructions, la déstabilisation du pays…font de cette intervention un échec
 
  • A ne pas vouloir contrôler son monde bancaire et financier, les Etats-Unis ont frôlé la catastrophe avec la faillite de Lehman Brothers, entrainant tout le monde dans la crise.
 
Au-delà de ces erreurs, les incertitudes de Donald Trump interpellent sur la capacité des Etats-Unis de retrouver leur position dominante alors que les stratégies chinoise et russe sont clairement déterminées et exécutées avec une détermination implacable.

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