Jan
18
Sous le " Soleil trompeur " du pouvoir stalinien

Nikita Mikhalkov, entre nationalisme et critique au vitriol

Cinéaste capable du meilleur (Les Yeux noirs, 1986, avec Marcello Mastroianni) comme du pire (Le Barbier de Sibérie, 1999), Nikita Mikhalkov est un personnage controversé, à qui l'on reproche, en Russie, sa nostalgie de l'époque tsariste, sa proximité avec Eltsine puis Poutine.

Qu'il préside depuis plus d'une dizaine d'années, d'une façon quelque peu autoritaire, l'Union des cinéastes russes n'arrange pas l'image de cet homme de la nomenklatura moscovite, petit-fils d'un peintre célèbre, fils d'un poète qui, à la demande de Staline, écrivit les paroles de l'hymne national et frère d'un autre cinéaste, Andreï Mikhalkov-Kontchalovski...

Après avoir été un acteur adulé, il devint au milieu des années 1970 un metteur en scène à la sensibilité frémissante, dont les premières réalisations (Le Nôtre parmi les autres, 1975 ; Partition inachevée pour piano mécanique, 1977) se plaçaient dans la tradition intimiste de Tchekhov ou de Tourgueniev. Ce nationaliste affirmé, anti-communiste virulent, conçoit ses films comme des odes à l'ancestrale trinité de l'âme russe (foi, amour, espérance).

SOUFFRANCES DES SOLDATS

La trilogie constituée par Soleil trompeur (1994), L'Exode et La Citadelle (2010), qui se déroule entre 1936 et 1945, n'échappe pas à ce principe, alternant entre émotion éternelle et dérision insolente du régime stalinien. Autant le premier volet, qui obtint le Grand Prix du Festival de Cannes en 1994, démarre comme une sorte de Cerisaie à l'ère bolchevique, autant les deux autres, qui traitent des souffrances des soldats russes de 1941 à 1945, relèvent plus de la fresque à la Spielberg, période Il faut sauver le soldat Ryan... De la subtilité des sous-entendus de La Mouette, Mikhalkov est passé aux grandes orgues de Guerre et Paix, avec des scènes à couper le souffle, comme celle d'après la bataille, où la neige recouvre les morts...

Même si on peut préférer la fausse légèreté du début, il reste que Soleil trompeur, à travers une formidable galerie de personnages et en dépit d'un nationalisme outrancier, dresse un portrait au vitriol du pouvoir soviétique.

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