Feb
08
Troisième partie: l'homme en blanc

L'homme se revoyait encore, tout vêtu de blanc.

Il montait sur la montagne et des gouttes de sueur transparente coulées sur son front.

Un jour, j'y arriverai, se dit-il.

Arriver où, pour quoi faire: il ne le savait pas très bien lui-même.

Mais il montait, et la fatigue, et la sueur, l'ennivrait.

Un jour, j'y arriverai, se plaisait-il à répéter.

Que c'était beau: la neige, la montagne, le soleil.

N'était-ce pas là la vraie joie, la pure vérité.

Il avait 20 ans.

Tout était possible.

Il revoyait ce jeune médecin qui se proposait de l'exempter de l'armée.

Qui faisait l'armée à cette époque? Des nuls, ceux qui n'avaient pas compris, ceux qui n'avaient pas de "pistons".

Lui n'en avait pas.

Mais ils venaient à lui, ces "pistons", de manière naturelle, sous la forme d'un médecin juif, un frère, un coreligionnaire, qui se proposait, par sa simple signature, de l'exempter du service militaire français.

Lui voyait l'affaire autrement.

Il aimait la France. Elle ne lui avait rien fait. plus même: elle l'avait aidé.

N'avait-il pas réussi, grâce à elle, à faire de brillantes études universitaires.

Et on lui demandait, aujourd'hui, de cracher sur la soupe qui l'avait nourrie, durant tant d'années.

Non! Il fallait payer le prix de la générosité française.

Il fallait remplir son devoir, payer sa dette envers la France, envers l'Etat français.

C'est ainsi qu'il voyait les choses.

C'est ainsi qu'il se portait volontaire dans une unité alpine, à Barcelonnette, comme grenadier voltigeur, bref comme chasseur alpin.

Et c'est ainsi qu'il montait sur la montagne, que les gouttes de sueur coulées sur son front, que la fatigue et la sueur l'ennivraient, qu'il voulait y arriver mais ne savait pas où exactement, qu'il ne se rendait pas compte encore que le véritable bonheur était bien là, à portée de main, sur cette montagne blanche imbibée d'un soleil jaune pur comme des gouttes d'or, ces gouttes de sueur transparentes et jaunes à la fois qui coulaient sur son front jeune de 20 ans, qui le faisaient vivre et le rendaient heureux de son choix et de sa destinée.

mais il s'entêtait encore malgré tout : un jour, j'y arriverai, se dit-il!

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