guy.fitoussi

Par guy.fitoussi le 16/09/07
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Le suivant, c'était moi. Ce genre de tracas, je les connaissais fort bien, sur le bout des doigts, oserais-je dire. D'une part, en tant qu'avocat israélien, qui faisait subir à longueur de journées ces procédés effroyables contre de malheureux indigents, y compris la prison pour dettes, mais d'autre part en tant que victime de ce même système qui fait fi des libertés et de la dignité humaine. C'est ainsi que des dizaines d'ordres d'interdiction de sortie du territoire avait été issus contre moi sur la demande de mon ex-femme, sur le seul motif d'être un homme, tout simplement. Bien sûr, ceux qui n'ont pas lu ma thèse de droit portant sur le droit israélien de la famille (publiée dans www.editeurindépendant.com) ne peuvent comprendre. Mais moi, je me comprends et c'est tout ce qui importe, pour l'instant. Cette effroyable machine judiciaire qui brise et broie tout ceux qui ne demandent qu'à vivre, à être libre, à être des hommes, tout simplement... mais pourquoi continuer plus loin!? Vous mes frères, vous mes coreligionnaires, qui vouait une fidélité indéfectible envers l'Etat d'Israël, savez vous de quoi je parle? Voulez vous simplement le savoir? Connaissez vous les brimades quotidiennes de vos frères séfarades en Israël, appelés "Arab Jews" par "nos frères" ashkénazes, "coupables" d'être nés qui en Algérie, qui en Tunisie, qui au Maroc, et contre lesquels sévissent des méthodes spartiates, indignent d'un État qui se dit "Juif"!? Et vous allez, bien entendu, me répondre: mais quoi, c'est fini tout ça! De prestigieuses personnalités d'origine séfarade prouvent bien tous les jours le contraire. Il y a deux ans, on me citait avec fierté Moshe Katsav, le Président de l'Etat d'Israël. Où est-il aujourd'hui? Il y a dix ans, on me citait Itzik Mordecai, ministre de la défense et concurrent pour le poste de premier ministre contre Binyamin Natanyaou: où est-il maintenant? Et il y quinze ans, on me citait le tout puissant ministre de l'intérieur, ancien président du parti religieux séfarade "Shas": Où est-il aujourd'hui? Contre ces trois là, des actes d'accusation infâmes ont été introduit par le procureur de l'Etat, dont deux concernant des affaires de moeurs, comme si de manière soudaine, ces mêmes personnes s'étaient découvertes des âmes de criminels. Est-ce sérieux? L'instrumentalisation de la justice pour éliminer des opposants politiques, principalement si ce n'est toujours d'origine séfarade, est elle-même criminelle, ni plus ni moins! Mais vous me direz, Oh! Que je vous connais bien: "mais enfin, cela prouve qu'Israël est une démocratie"! Et pour le prouver, elle doit ruiner des vies, l'honneur de l'homme, sa dignité, son intégrité. C'est le prix à payer, me direz vous! Je vous connais si bien: vous pensez en terme généraux, votre vision du monde est globale, elle est intellectuelle, elle est théorique, elle est lointaine. Vous parlez d'Israël, vous l'aimez, vous la défendez, mais de loin. "L'an prochain à Jérusalem"... et vous le dites de Paris, du Quebec, de Montréal, jamais de Jérusalem même, sauf en touriste, de temps en temps, bien entendu!

Et moi, je vous propose d'aimer et de respecter les hommes qui composent Israël, non pas seulement Israël elle-même, si théorique, si lointaine, si imaginaire que vous en oubliez les hommes qui la composent. Je vous propose, pour peu que cela vous intéresse véritablement, une introspection réaliste et humaine d'un pays bâtit pour donner un peu de bonheur et de joie au peuple juif, mais qui oublie tous les jours un peu plus sa finalité et sa véritable destinée.

Allez, venez, n'ayez pas peur, je ne mords pas!

Par guy.fitoussi le 16/09/07
Dernier commentaire ajouté il y a 4 années 12 mois

Les hommes attendaient près du poste frontière du nouveau terminal trois de l'aéroport Ben-Gourion en Israël. Une femme à côté pleurait: "Je ne partirai pas sans mon mari", gémissait-elle! Celui-ci, qui avait quitté Israël il y a plus de 40 ans, et qui n'y était pas retourné depuis, avait été tragiquement retrouvé par son passé: malgré son passeport français et sa nationalité française, c'était bien lui, Shlomoh Cohen, détenteur d'une carte d'identité israélienne sous le numéro 015774172, qui avait été interdit de sortie du territoire par ordonnance du juge de l'exécution, sur la demande de son créancier, pour une dette qui s'élevait à l'époque, 40 ans plus tôt, à la somme de 43 lires.

Comme lui, ils étaient des dizaines à attendre près du poste frontière, une réponse favorable, un sourire, la clémence peut-être, des nouveaux Dieux du terminal trois de l'aéroport Ben-Gourion, les gardes frontières de l'Etat hébreu, qu'ils daignent bien les laisser passer rejoindre leurs familles, prendre leur avion ; mais ces gardes frontières, de jeunes filles policières en général, au regard froid, placide et taciturne, à qui "on ne la faisait pas", demeuraient insensibles aux plaidoyers des hommes qui gémissaient: "Laissez moi partir, je dois subir une oprération urgente en France"; mais rien n'y fit! La loi était la loi et l'ordinateur ne mentait jamais. L'ordre d'interdiction de sortie du territoire était bien valide, issu par l'honorable juge du tribunal de l'exécution de Petch Tikvah, le juge Abraham Jacob. La valise de Shlomoh Cohen sera donc descendu du vol IZ 743 de la compagnie d'aviation israélienne "Arkia", le billet annulé et Shlomoh Cohen, dont l'identité israélienne avait été découverte malgré la présentation de son passeport français, ne retrouvera probablement plus jamais la France ni ses enfants là-bas puisque, entre temps, la dette s'élevait maintenant à plus de 560,000 shekels soit près de 100,000 euros, qu'il était dans l'impossibilité la plus absolue de payer.

"C'est bien fait pour toi", lâcha comme malgré elle une jeune policière, qui ne connaissait certainement pas encore la vie, ses difficultés, ses contours, ses surprises, souvent si imprévisibles, imbue qu'elle était de ses certitudes à elle, qui s'arrêtaient à ce qui apparaissait sur l'écran de l'ordinateur, juste devant elle. "Tu aurais dû payer tes dettes"! martela-t-elle encore un peu plus, sans la moindre contrition, sans le moindre sentiment. Et la femme de Shlomoh Cohen, non loin de là, qui gémissait encore un peu plus : "Mais ce sont les fêtes de Roch Achanah, la nouvelle année juive, pourquoi faites vous celà, pourquoi êtes vous si durs envers vos frères"? Mais rien n'y fit!

Le vol de Shlomoh Cohen et de sa femme Soucha était déjà parti.

"Au suivant", retorqua la jeune fille au regard d'acier!