guy.fitoussi

Par guy.fitoussi le 16/03/08
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Tout était noir autour de lui.

Mais de temps en temps, des lueurs rouges et jaunes éclairées l'horizon.

Et un grand bruit accompagné ces lueurs rouges et jaunes.

"Plus vite", semi implorait, semi criait la voix.

Il fallait riposter, le plus vite possible, sinon, c'était la fin.

Déjà, à quelques centaines de mètres de là, on sentait, on voyait venir la déflagration.

Elle se rapprochait dangereusement.

Il fallait trouver l'ennemi, le neutraliser.

Dans la pénombre de la nuit, il fallait trouver ses repères.

Il venait juste de s'endormir pourtant.

Il avait été de garde entre 1 heure et trois heure du matin, il venait juste de s'endormir quant une demi-heure plus tard seulement parvenait ces déflagrations.

Pourquoi n'avaient-elles pas eu lieu plus tôt, durant sa garde.

Pourquoi n'était-ce jamais lui qui devait réveiller ses compagnons de combat mais toujours lui que l'on devait réveiller.

C'est à ses choses futiles, terriblement concrètes et tout à fait égoïstes, qu'il pensait à ces moments là.

Non pas à la mort, non pas au combat mais plutôt à savoir pourquoi moi et pas eux.

Pourquoi cette horrible souffrance d'être tiré du sommeil juste après avoir fermé l'oeil, oeil qu'il n'avait pratiquement pas fermé depuis 48 heures maintenant.

Eux au moins avaient réussi à fermer les yeux trois heures au moins.

L'attaque était donc pour eux un moindre mal.

Mais pour lui, c'était une nouvelle journée longue et terrible qui s'annonçait, sans avoir pu fermer l'oeil auparavant; il n'en pouvait plus!

Depuis combien de temps était-il au Liban: 30 jours, 35 jours au moins.

Il aurait du déjà rentrer au bercail.

Mais les attaques incessantes des Hisballahs ne le permettaient pas.

Il fallait attendre une accalmie pour rafraîchir les troupes, pour remplacer les réserves par d'autres réserves plus fraîches.

Il avait dû pourtant fermer son bureau durant trente jours d'affilé.

Comment les clients le prendraient-il!?

Lui n'avait pas d'associés, il ne disposait pas d'une grande structure.

Il était arrivé en Israël accomplir son devoir, petitement, humblement, sans aucune ressource financière ni parlant la langue du pays.

Il ne connaissait personne, n'avait aucun appui mais on lui avait dit que c'était là son devoir.

Il se rappellait alors de cette blague sur ce qu'est un sioniste: un Juif qui réfléchit avec un deuxième Juif comment faire partir un troisième Juif en Israël.

Il se rappellait de ces conversations passionnées de son père et des amis de son père sur Israël, tout imbus qu'ils étaient chacuns de se présenter qui plus "sioniste" que l'autre.

Il y avait là le chirurgien, qui n'avait pu résister à la tentation de s'acheter une nouvelle jaguar, ou une nouvelle ferrari, il ne s'en souvenait plus très bien, mais qui demeurait néanmoins fervent supporter et un inconditionnel ami d'Israël, comme il aimait le déclarer.

Il n'y a, après tout, aucune contradiction à aimer une jaguar, une ferrari, une belle blonde ou Israël en même temps, pensa t-il!?

Israël aimait particulièrement ces hommes là: Plus même, Elle les courtisait ! N'avait-elle pas décernée un diplôme de doctorat honoris causa a Bernard-Henri-Lévy pour son oeuvre pro-sioniste et s'identifiant avec tous les régimes en place en Israël!?

Pour ces gens là, le sionisme pouvait s'avérer lucratif: d'une part, il créait une bande d'amis partageant strictement les mêmes idées sur la nécessité de soutenir inconditionnellement l'Etat et la politique d'Israël, d'autre part, le faire sans risque aucun de perdre les privilèges attachés à leurs présences sur le territoire français, comme par exemple le travail, la carrière, la famille, la sécurité, la retraite et de manière générale tout ce qu'un Etat moderne en paix peut proposer à ses citoyens.

Plus même, si l'on pouvait obtenir un doctorat honoris causa sans véritablement avoir jamais mis les pieds en Israël, si ce n'est en touriste, alors cela valait véritablement la peine de ce déclarer "sioniste"; celà donner un sentiment de joie et de dignité intense et surtout, cela faisait vivre.

Israël appréciait également ces gens là: Ils venaient tous les ans en Israël dépenser leur argent là-bas, ils achetés de temps en temps des appartements de luxe, faisant grimper les prix en créant une bulle financière, alors que les jeunes couples israéliens devaient dangereusement s'endetter pour l'acquisition d'un logement, et surtout, ils ne critiquaient jamais l'Etat d'Israël, formant une armée secrète de doux et loyaux "combattants" de la propagande israélienne, embrigadés qu'ils étaient inconditionnellement à sa cause, comme de véritables robots ou plutôt esclaves d'une idéologie qu'ils ne vivaient pas et à laquelle ils n'avaient, en fait, jamais pris véritablement part, si ce n'est dans l'imaginaire "l'an prochain, à Jérusalem".

Mais lui au milieu de ces bombes, qui n'en pouvait déjà plus de fatigue et de sommeil, qui avait contribué, modestement, à garder le pays dans ses frontières et à l'extérieur de ses frontières, que ce soit à Hebron, Schem, Gaza, la plaine du Jourdain, le Liban ou le Golan, voire même la prison Ktsiot dans le Néguev créée durant la première Intifada, qui devait fermer son bureau pour ces milouim (réserves) de trente à quarante cinq jours tous les ans pendant vingt ans au moins, et qui devait s'entendre dire en surplus par un petit juge "Ca suffit d'introduire des appels contre moi", à savoir "tu n'as pas le droit de penser ni de me critiquer et dis merci que l'on t'accueille dans cet Etat", ne ressentait pas exactement la même chose que son père et ses compagnons de fortune.

Et ces derniers venaient dire à celui-ci que son fils ne parlait pas exactement comme le fils d'un sioniste "pur et dur" devrait parler, qu'il fallait donc le "corriger", le "régénerer", le "réformater", lui dire que tout est "pour le mieux dans le meilleur des mondes" et que tout va bien.

Mais sont-ils aveugles, ces gens là!? Ne voient-ils pas qu'on ne les aime pas, ni en Israël, ni ailleurs. Ailleurs, ils sont des Juifs, en Israël ils sont des Juifs-arabes, à savoir des séfarades.

Or, les séfarades forment en Israël 95% de la population carcérale.

S'ils avaient fait, comme moi, leur Alya, leur chance, ou celle de leurs fils ou fille de terminer en prison, aurait été augmentée par mille au moins.

D'un autre côté, la chance d'accéder à une profession respectable ou une profession tout court, pour eux et leurs enfants, auraient été proportionnellement elle aussi multipliée par mille en France, pays pour lequel ils n'ont pourtant que de l'aversion et du mépris.

Sur onze juges formant la Cour suprême d'Israël, seul un est d'origine séfarade et encore, à cause du fait qu'il existe un quota, une place gardée pour un juge séfarade sur douze devant la Cour suprême, comme s'il s'agissait d'une ethnie en voie de disparition, de véritables Indiens dont il faut assurer la préservation, puisqu'il s'agit d'une "race" en voie d'extinction.

D'un autre côté, les ashkénazes, eux, occupent la majeure partie des fonctions administratives et gouvernementales du pays et forment à eux-seuls plus de 95% des élites judiciaires et universitaires dans ce pays; 9% seulement des maîtres de conférence dans les universités israéliennes sont d'origine séfarade, alors que la population séfarade forme la majorité du pays.

On aurait pu penser après soixante ans d'existence qu'un pays comme Israël, fondé sur les ruines de l'antisémitisme moderne et qui se dit représentatif du peuple Juif dans son ensemble, dans toutes ses variantes et composantes, réussisse à combler cet handicap et parvienne, notamment grâce à l'amour et à l'esprit d'entraide qui devrait normalement régir les relations des israéliens entre eux, quelques soient leurs origines ethniques, suivant la doctrine sioniste officielle de l'Etat hébreu, à l'égalité la plus complète, au bout de deux, voire trois générations, tout au plus; Pierre Drey en France n'est-il pas devenu le Président de la Cour de cassation française!?

Loin s'en faut: au lieu de cela, le fossé s'écarte de plus en plus.

Y aurait-il du racisme en Israël aussi? Y a-t-il de la part de la diaspora juive un phénomène de non assistance à personnes en danger, imbue qu'elle est de l'apparente sécurité qu'Israël leur offre en tant "qu'assurance vie", en cas de "pépin" ou de "coup dur", à tel point qu'elle se masque volontairement la face et collabore avec un régime fondamentalement raciste envers les Juifs séfarades particulièrement, au lieu de le combattre et de le condamner, de là, il n'y a qu'un pas à franchir, que nous franchirons ensemble, pour peu que vous ayiez l'esprit ouvert et non obtu de ceux qui prétendent tout connaître, tout savoir et tout imposer...!

Par guy.fitoussi le 04/03/08
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Mais de quel système s'agissait-il? Le combat qu'il menait était-il digne d'intérêt? Ne perdait-il pas son temps?

A ce moment, le téléphone sonnât.

"Ne met pas Yaakov" dit la voix.

Yaakov! Il s'en souvenait comme si c'était hier. C'était bien lui, pourtant, la cause de tous ces tracas, de tous ses soucis. Il n'y avait aucun doute. Shalom Banin l'avait bien dit: ce Yaakov, il ne t'aime pas.

Comment expliquer qu'un juge crie à un avocat, en salle d'audience, "Maître Fitoussi, ça suffit d'introduire des appels contre moi". Et pour mieux le montrer, rendre une décision comme si son propre jugement n'avait pas été invalidé, le même exactement qu'il avait rendu avant son infirmation par la Cour d'appel, par le juge Rivlin, aujourd'hui vice-président de la Cour suprême à Jérusalem et alors juge à la Cour d'appel de Beer-Shéva.

Ne détenait-il pas aujourd'hui sa revanche, faire ce qu'il aurait du faire il y a huit ans déjà, se plaindre.

Mais lui n'était pas homme à se plaindre. Sa philosophie, il la tenait précisément de ces merveilleuses années de judo, où le courage, le sens de l'honneur, la vérité du combat digne et loyal ne permettait pas de solliciter les faveurs d'ue tierce personne. La plainte, c'était cette faveur que l'on sollicitait sans combat, c'était l'arme des peureux.

C'était pourtant la seule voie légale qui se présentait à lui.

Mais il l'avait refusée!

On ne se plaint pas, on combat.

Et le combat, c'était le duel des temps modernes, l'assignation en justice, l'un contre l'autre, à armes égales, et que le meilleur gagne.

C'était ce face à face des braves, des gens qui n'ont pas peur de mener le combat jusqu'au bout, pour leur honneur, tout simplement.

Mais lui, Yaakov, refusait le combat! Il demandait à s'abritait derrière son immunité de juge, il décidait de ne pas répondre de manière factuelle si les actions et omissions qui lui étaient prétaient étaient véridiques, oui ou non. Il avait choisi la fuite. Il se cachait derrière son immunité et avait refusé le combat des braves, le combat des hommes.

Mais à vrai dire, celà ne le surprenait pas! Un homme, un véritable homme, agirait-il de cette façon? Avoir une animosité particulière envers un avocat qui gagnait tous ses appels contre lui, et utiliser l'assignation de la femme de ce même avocat introduite devant lui pour régler ses comptes personnels avec ce même avocat, ou du moins lui faire sentir à présent qu'il, cet avocat, mangeait "entre ses mains" et lui devait donc obédience, y compris dans leurs relations de "travail". A savoir, ne plus faire appel de mes décisions, ce qui rsique de freiner ma promotion de simple juge de paix à juge de Cour d'appel et qui sait, juge devant la Cour suprême.

"Donnant-donnant", semblait dire Yaakov: je suis gentil avec toi dans ton dossier de divorce, tu es gentil avec moi concernant ma carrière, à savoir, tu ne fais plus appel de mes décisions. On est à Eilat ici, l'extrême sud d'Israël. La loi, c'est moi et tu aurais du le savoir.

Les choses étaient simples pourtant: Yaakov n'avait aucune compétence pour connaître de ce litige personnel!

Tout le conflit était traité devant le tribunal rabbinique; or, selon la législation en présence, il est interdit aux tribunaux civil de connaître d'un litige familial si le tribunal rabbinique a été précédemment saisi.

Règle de simple courtoisie, prétendait-on. Mais aussi du fait que des ordonnances contradictoires risquaient d'être rendues par deux juges différents. Comme le disait les australiens, de chez qui avait été puisé le système actuel, "one family, one judge", à savoir, "une famille, un juge", du début à la fin du proçès.

Ces règles de simple logique judiciaire n'interessaient pas, à vrai dire, le juge Yaakov.

Il pensait, à ce moment là, beaucoup plus à sa carrière de juge qu'au problème personnel de cet avocat.

Plus même, il allait utiliser ces problèmes personnels pour "museler" cet avocat décidément trop encombrant.

C'était du chantage mais lui n'en avait cure: la vie est un combat, certes, mais la fin justifie toujours les moyens. Il avait appris du philosophe allemand Nietzsche, qui reprenait La Fontaine sur ce point, que la raison du plus fort est toujours la meilleure, et peu importe les lois, peu importe les moyens: il fallait gagnait!

Il allait se déclarer seul compétent sur le dossier de divorce introduit par la femme de cet avocat.

Il allait causé un tort effroyable à cet avocat.

C'était là le début du combat!

Lecteur, je demande ton conseil.

Sur quoi?

Sois patient, je ne t'oublie pas.. nous en reparlerons par la suite.