guy.fitoussi

Par guy.fitoussi le 25/01/14
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Il n'y a qu'une chose sur laquelle s'accordent les responsables du Soudan du Sud : leur pays court au suicide. En cinq semaines de violences, des villes importantes ont été ravagées, prises, perdues, une épuration ethnique s'est mise en place. Le nombre des victimes pourrait dépasser la dizaine de milliers. Et les Nations unies recensent désormais 560 000 déplacés, dont 76 000 sont hébergés sur les bases de la mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) en raison des menaces pesant sur leur sécurité, pour des raisons ethniques.

Dans ce grand naufrage, la signature, jeudi 23 janvier, d'un accord de cessez-le-feu à Addis-Abeba, en Ethiopie, entre les deux camps aux prises sur le terrain est une bouée de sauvetage lancée au milieu de l'océan : une solution antinoyade immédiate, mais sans garantie de retour à la terre ferme.

Vu des couloirs d'hôtel d'Addis-Abeba, l'accord entre ennemis sud-soudanais (une cessation des hostilités limitée essentiellement à une injonction d'arrêter les attaques) devrait théoriquement envoyer dans les meilleurs délais rebelles et loyalistes dans leurs casernes.

Mais aucun des deux camps n'est homogène. Du côté de Riek Machar, on trouve des groupes armés ou des milices (comme l'Armée blanche, vaste coalition de groupes locaux) qui se définissent plus par leur opposition au président Salva Kiir que par leur soutien au chef des rebelles. Il y a peu de chances, estiment des sources contactées par Le Monde, que les multiples commandants rebelles s'estiment tous liés par la signature de la délégation Machar.

Seyoum Mesfin, l'ancien ministre éthiopien des affaires étrangères qui dirige la délégation de l'IGAD (l'organisme régional des pays de la Corne de l'Afrique), l'a signalé lors de la signature : " Je suis persuadé que les défis de l'après-guerre seront plus importants encore que la guerre elle-même. Le processus sera imprévisible et délicat. " Quelques jours plus tôt, sous le sceau de l'anonymat, une source impliquée à ses côtés dans les négociations résumait le climat en termes plus durs encore : " Un cessez-le-feu ne servira bien entendu à rien, mais il faut à tout prix faire semblant d'y travailler, pour mener en parallèle d'autres actions et essayer d'éviter la catastrophe. "

Parmi les priorités figure celle de " briser le tête-à-tête ", assure la même source, entre Salva Kiir, contesté dans son propre camp, et Riek Machar, son ex-vice-président, démis de ses fonctions pour couper les ailes à ses ambitions quelques mois plus tôt. Asseoir ces deux hommes à la table d'un éventuel gouvernement d'union nationale serait stérile : ils ont déjà partagé le pouvoir et ont fini les armes à la main. Alors les médiateurs espèrent ranimer la vie politique sud-soudanaise en s'appuyant sur le parti au pouvoir, le Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLM), et sur la libération de 11 détenus, qui ont fait l'objet d'un accord séparé, également signé jeudi soir.

Ces onze personnalités politiques ont été arrêtées à Juba, lors de l'éclatement de la crise le 14 décembre 2013, par les forces loyalistes, qui les accusent d'avoir trempé dans une " tentative de coup d'Etat " aux côtés de Riek Machar. Ces accusations n'ont été relayées par aucun gouvernement, aucune institution internationale, à la grande colère des partisans de Salva Kiir. Avant la signature de l'accord d'Addis-Abeba, une source au sein du SPLM expliquait au Monde sa solution pour les détenus : " On doit les envoyer devant un tribunal militaire, les juger, les condamner, et les exécuter. Il faut que le sang coule, ce sont des traîtres. " Il faudra cependant attendre leur sortie pour connaître leurs intentions.

Mais la crise sud-soudanaise ne se joue pas seulement dans les combinaisons politiques de la capitale. Les forces loyalistes ont regagné du terrain grâce à l'appui des troupes ougandaises. Bor, Malakal et Bentiu, les trois villes principales où les garnisons s'étaient mutinées, ont été reprises. Mais les rebelles restent parfois tout près.

A une vingtaine de kilomètres au sud de Bor, la veille de la signature de l'accord, une colonne rebelle s'est abattue sur Mingkama, pillant le dépôt du Programme alimentaire mondial et contraignait les humanitaires à évacuer, comme dans de nombreuses autres régions des Etats d'Unité, du Nil supérieur ou de Jonglei. Malgré l'entrée en vigueur, vendredi soir, du cessez-le-feu, la Minuss relevait plusieurs " combats sporadiques ".

Par guy.fitoussi le 25/01/14
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LE MARCHÉ EUROPÉEN des émissions de gaz à effet de serre, aujourd'hui moribond, devrait rester un instrument central de la politique de lutte contre le changement climatique de l'Union européenne (UE). Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a annoncé, mercredi 22 janvier, un plan de sauvetage qui n'entrerait cependant en vigueur qu'en... 2021, en même temps que le " paquet énergie-climat " qui fixera les objectifs de l'UE à l'horizon 2030.

La Commission propose de réduire de 40 % les émissions de CO2 à cette échéance. En attendant, seul le gel temporaire d'une partie des quotas d'émissions devant être mis aux enchères d'ici à 2020 est prévu.

La réforme annoncée consisterait pour l'essentiel à introduire un mécanisme automatique de stabilisation du marché. La proposition de la Commission a été transmise au Conseil et au Parlement européen. Parvenir à un consensus demandera probablement plusieurs années.

Vitrine de la stratégie communautaire, le marché d'échange de quotas de CO2, lancé en 2005, devait inciter les industriels à s'équiper de technologies propres en donnant un prix à la pollution. L'augmentation progressive de ce prix était censée pousser les entreprises à investir plutôt que de s'en acquitter. Ce scénario ne s'est pas réalisé : mal calibré, ce marché, qui concerne près de 12 000 installations industrielles, responsables de la moitié des émissions polluantes de l'UE, s'est noyé dans la surabondance des crédits. Le prix du quota a dégringolé de 27 euros la tonne en 2008 à moins de 5 euros actuellement.

" Le prix du carbone a joué un rôle marginal dans la réduction des émissions observée dans l'industrie entre 2005 et 2011 ", confirme Emilie Alberola, spécialiste des marchés du carbone à CDC-Climat, filiale spécialisée de la Caisse des dépôts et consignations.

" Signal politique "

La réforme annoncée par Bruxelles peut-elle permettre au marché carbone de sortir la tête de l'eau ? " L'annonce a au moins le mérite d'envoyer un signal politique fort : le marché du carbone doit rester une pièce importante du dispositif européen ", estime Raphaël Trotignon, chercheur à l'université Paris-Dauphine.

La Commission prévoit qu'à partir d'une quantité de quotas en circulation jugée trop importante pour envoyer le bon signal-prix aux entreprises, une partie soit automatiquement retirée pour être placée dans un fonds de stabilité. A l'inverse, en cas de tensions trop fortes sur le marché, des quotas seraient remis en circulation.

Bruxelles souhaite également que les entreprises ne puissent plus utiliser de crédits extra-communautaires pour remplir une partie de leurs obligations de réduction d'émissions à moindre coût. Ce qu'elles ont fait jusqu'à présent, en finançant des projets du mécanisme de développement propre (MDP) mis en place par la convention climat des Nations unies pour aider les pays en développement à assurer leur transition énergétique. Ces crédits s'échangent à moins d'un euro la tonne.

Le projet de la Commission constitue une menace sérieuse sur les MDP, pour lesquels le marché européen constitue le principal débouché. Tout dépendra de l'issue des négociations internationales sur le climat, dont l'objectif est d'aboutir à un accord mondial en décembre 2015, à Paris.

Par guy.fitoussi le 25/01/14
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L'ouverture de marchés carbone régionaux est le prélude à la création d'une Bourse nationale

Aucun des participants n'ignore qu'il ne s'agit encore que d'un balbutiement, mais tous soulignent que voir la Chine, premier émetteur de CO2 de la planète, se tourner vers les marchés carbone pour réduire ses émissions est un grand pas. Un pas certes un peu forcé, le gouvernement central ayant exigé, début 2012, que sept villes et régions pilotes ouvrent des marchés de droits à polluer à l'échelle locale avant la fin de l'année 2013.

On en a vu s'ouvrir un, en juin 2013, à Shenzhen, aux portes de Hongkong, puis d'autres à Pékin, Tianjin ou Shanghaï, et encore un à Canton, pour l'ensemble de la province du Guangdong (sud-est), tout cela entre la fin novembre et décembre. Restent deux retardataires : la ville de Chongqing (ouest) et la province du Hubei (centre).

A Shanghaï, Jian Lin, le PDG du nouveau marché carbone, assure avoir bien tiré les leçons des expériences étrangères. La ville s'est ainsi appuyée sur les conseils de Britanniques, d'Allemands et de Français pour analyser le fonctionnement de la Bourse du CO2 du Vieux Continent. " Nous avons beaucoup appris des Européens ", confie Jian Lin. Et aussi étudié ce qui a conduit le marché carbone communautaire à dysfonctionner, à savoir une distribution trop généreuse de crédits et surtout le net ralentissement de la croissance, qui a sapé la demande. " Un marché carbone doit toujours rester accroché à la réalité économique ", estime le responsable chinois.

Malgré un grand tableau d'affichage, on ne voit guère de traders hystériques au Shanghai Environment and Energy Exchange, installé dans un quartier du nord de la ville la plus peuplée du pays. Le marché est virtuel, les ordres sont passés par les entreprises depuis leur siège et par ordinateur. Des transactions ont bien lieu quotidiennement, mais sur des montants modestes, explique le PDG.

Les entreprises sont dans une phase d'observation, pour comprendre ce qu'elles peuvent y gagner et ce qu'il leur en coûte. A Shanghaï, elles ne sont de toute façon que 191 à participer pour l'heure, issues de neuf secteurs particulièrement polluants tels que la production d'électricité, la métallurgie, la chimie ou les transports.

On compte parmi elles le géant étatique de l'acier Baosteel ou le chimiste allemand BASF. Il faudra nettement élargir cette base pour assurer la fluidité de l'offre et de la demande, mais pour l'heure, et comme souvent dans le processus d'ouverture de la Chine, il s'agit d'avancer à petits pas, afin d'éviter les retours de bâton.

Des critiques se font déjà entendre. L'organisation non gouvernementale Greenovation Hub relève des failles. Exemple : les organismes chargés de l'audit des émissions des entreprises contraintes de se joindre à ces plates-formes ont été nommés par le gouvernement alors que nombre des groupes concernés sont publics.

Surtout, les plafonds d'émissions fixés dans ces villes et provinces ne sont pas définis en valeur absolue mais par rapport à la progression économique. La province du Guangdong s'est ainsi fixée pour objectif de réduire de 19,5 % son intensité carbone par point de croissance entre 2011 et 2015, et le marché reprend cet objectif.

Pour Jeff Huang, responsable en Chine d'IntercontinentalExchange, la plate-forme qui supervise notamment les marchés de carbone de Chicago et de Californie, rien de tel qu'une mise en situation réelle pour apprendre. " Les participants doivent parvenir à un consensus sur la manière d'opérer sur ces marchés, dans un contexte chinois qui est différent ", dit-il. Comprendre par là qu'il reste des progrès à faire concernant la transparence et l'audit si la Chine veut susciter la confiance au niveau international.

Jeff Huang conseille de se préparer dès maintenant à une intégration au niveau national. Car le but avoué de Pékin est d'unifier un jour ces marchés. Pour l'heure, la tonne de carbone ne s'y échange pas au même prix, puisque l'offre n'est pas uniforme d'une ville à l'autre.

La date précise de cette étape majeure sera déterminée en fonction du succès des expériences locales. " Personne n'a de boule de cristal, mais le plus important est que les décideurs politiques réfléchissent au plus tôt à une harmonisation au niveau national ", estime M. Huang.

Le moment venu, le gouvernement central décidera du modèle le plus adapté, de sorte qu'une certaine compétition s'instaure entre chacun des marchés pour savoir qui emportera le trophée, ainsi que les gains en termes d'image et d'activité économique qui vont avec. Le marché de Shenzhen se présente comme le plus ouvert aux entreprises, en comparaison de celui de Shanghaï, où la participation a été imposée aux plus gros émetteurs sans que d'autres puissent y entrer. Mais Shanghaï a l'avantage d'être le symbole d'une Chine ouverte à l'international.

Et il ne faut pas négliger Canton, capitale d'une province dont le produit intérieur brut dépasse désormais celui de l'Indonésie ou de la Turquie, de sorte que son marché carbone est devenu, dès son ouverture, le deuxième plus important de la planète.

Par guy.fitoussi le 25/01/14
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Avec un soupir de soulagement, Iyed Dahmani s'est levé et, à l'unisson avec les autres députés, a entonné l'hymne national. Après deux ans de débats houleux et trois semaines de séances plénières quasi ininterrompues, l'Assemblée nationale constituante (ANC) a achevé, jeudi 23 janvier au soir, l'examen de la nouvelle Constitution tunisienne, censée définitivement tourner la page des années Ben Ali, trois ans après la chute du régime. Un vote solennel, requérant les deux tiers des voix de l'ANC, devait conclure dimanche 26 janvier cette étape ô combien sensible de la transition.

La veille, samedi, le nouveau premier ministre, Mehdi Jomaa, devait présenter son gouvernement de technocrates qui succède à celui dominé depuis plus de deux ans par les islamistes du parti Ennahda, poussés à la démission. Une autre étape cruciale qui nécessitera un vote de confiance de l'Assemblée.

" Je suis content, c'est une bonne Constitution, qui met en place la démocratie en Tunisie ", se réjouit Iyed Dahmani. Jusqu'au bout, cet élu de Siliana, une région agricole de l'ouest située à 130 km de Tunis, théâtre en novembre 2013 de manifestations violemment réprimées à la chevrotine par la police, a croisé les doigts. C'est lui qui a défendu, dans l'Hémicycle, l'article 6 instaurant la liberté de conscience. Une première dans le monde arabe, voire dans les pays musulmans : seules les anciennes républiques soviétiques du Tadjkistan et de l'Ouzbékistan l'ont inscrite noir sur blanc.

Membre du parti Al-Joumhouri, une formation centriste de l'opposition laïque, qui a perdu en cours de route huit de ses seize députés, Iyed Dahmani, 37 ans, est l'un des plus jeunes élus issus des premières élections libres d'octobre 2011, marquées par la victoire du parti islamiste Ennahda. Né à Tripoli, en Libye, de parents immigrés - son père travaillait dans une station-service -, il a passé dix ans en exil en France après avoir été exclu en 2000 de la Faculté du 9-avril de Tunis. Inscrit en licence de philosophie, il avait fait partie des syndicalistes partis en campagne pour réclamer une enquête après la mort d'un étudiant électrocuté sous la douche. Un conseil de discipline avait exclu dix d'entre eux.

Réfugié à Paris, Iyed Dahmani rejoint aussitôt les Tunisiens contraints à l'exil par le régime Ben Ali. En 2005, il est l'un des membres du collectif dit " du 18 octobre " qui associe pour la première fois en France et clandestinement en Tunisie les deux ailes de l'opposition, islamiste et laïque. Parmi ces derniers, figurent notamment Moncef Marzouki, aujourd'hui président de la Tunisie, et Nejib Chebbi, le chef de file du parti Al-Joumhouri.

De ce collectif naîtra une plate-forme commune destinée à montrer un front uni contre la dictature de Ben Ali. Des textes sont rédigés, parmi lesquels figure, en 2007, signé par le parti Ennahda, celui sur la liberté de conscience. Mais, trois ans et demi plus tard, une fois l'ancien régime disloqué, les exilés revenus et les élections passées, il faut tout recommencer.

Iyed Dahmani devient l'un des plus farouches contradicteurs des islamistes, l'un des plus virulents aussi à dénoncer, à l'Assemblée, leur " complaisance " envers les salafistes. " Au début, ce qui m'a étonné, c'est leur arrogance, je ne les reconnaissais pas, affirme-t-il. Et puis, avec les épreuves, leur attitude a progressivement changé. " En commission, lors de la rédaction de la Constitution, les débats sont âpres. Des députés d'Ennahda ne veulent pas entendre parler de liberté de conscience. " Il faudra l'intervention personnelle de Rached Ghannouchi - le président d'Ennahda - ", assure Iyed Dahmani. Certains quittent la séance en pleurant.

Aussi, ce 4 janvier, lorsqu'il doit défendre le fameux article 6, l'élu de Siliana, qui se définit comme un " musulman pratiquant et démocrate ", choisit ses mots avec soin. Il ne dispose que de trois minutes de temps de parole. " La liberté de conscience est la base et l'essence même de toutes les libertés individuelles inscrites dans cette Constitution, lance-t-il. Peut-on parler de liberté de culte si l'être humain ne peut pas choisir entre croire et ne pas croire ? Peut-on parler de liberté d'expression si la liberté de conscience n'est pas garantie ? " Il en appelle au verset 29 de la sourate de la " caverne ", dans le Coran : " Quiconque le veut, qu'il croie, et quiconque le veut, qu'il mécroie. " Et ça passe. Malgré les pressions, malgré l'appel d'imams entrés en rébellion, malgré un bloc parlementaire d'Ennahda fort de 89 députés sur 217, 152 élus approuvent, 15 votent contre, 16 s'abstiennent, moyennant d'ultimes concessions. Désormais, en Tunisie, " l'Etat est gardien de la religion. Il garantit la liberté de conscience et de croyance, et le libre exercice du culte. Il est le protecteur du sacré, garant de la neutralité des mosquées et des lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane ".

Inexistante dans l'opposition, qui n'a cessé de se diviser, la discipline l'a emporté dans les rangs d'Ennahda. " Ce n'était pas qu'une bataille numérique, avance Iyed Dahmani. Contrairement aux Frères musulmans égyptiens, les islamistes tunisiens ont eu l'intelligence de comprendre que leur survie dépend d'un consensus national, pas d'une confrontation avec la société. " Ce fragile équilibre a pourtant bien failli être remis en question après une nouvelle altercation entre un député islamiste et un élu de l'opposition, accusé par le premier d'être un " ennemi de l'islam ". L'Assemblée s'est aussitôt enflammée, et un amendement a été introduit pour proscrire l'accusation d'apostasie (takfir), fournissant à d'autres l'occasion de vouloir " criminaliser les atteintes au sacré ".

Il faudra encore des heures de discussion pour dénouer la crise. Au bout du compte est ajouté : " L'Etat s'engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger le sacré de toutes violations, à proscrire l'accusation d'apostasie et à s'opposer à l'incitation à la haine et à violence. "

La Constitution tunisienne contient d'autres avancées qui en font la plus progressiste du monde arabe, avec l'inscription de la liberté d'expression et d'opinion, l'égalité des citoyens et des citoyennes en droit, le principe de la parité, la prohibition de la torture physique et morale, ou bien encore l'impossibilité pour le législateur de réviser les dispositions constitutionnelles en matière des droits de l'homme.

Un vote solennel doit permettre l'adoption définitive, dimanche, du texte le plus progressiste du monde arabe

Au fond, Iyed Dahmani n'a qu'un seul regret : l'indifférence absolue pour la Loi fondamentale de ses électeurs de Siliana, troisième région de Tunisie la plus touchée par le chômage.

Principales dispositions

Le préambule définit l'Etat tunisien comme " un Etat civil ".

L'article 1, repris de la Constitution de 1959, ne peut être révisé. " La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, l'islam est sa religion, l'arabe sa langue et la République son régime ".

Le texte garantit la liberté de conscience, d'expression, d'association, du droit à l'information,

et du droit de grève. L'égalité entre citoyens et citoyennes est reconnue. L'exécutif est partagé entre un président de la République élu et un gouvernement responsable devant le Parlement. L'opposition disposera " obligatoirement " de la présidence de la commission des finances.

Par guy.fitoussi le 24/01/14
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Franck Ribéry et Karim Benzema ne se sont pas présentés, lundi 20 janvier, devant le tribunal correctionnel. " Pour raisons professionnelles ", ont indiqué leurs avocats. Zahia Dehar, la jeune femme avec laquelle il leur est reproché d'avoir eu des relations sexuelles tarifées alors qu'elle était mineure, a elle aussi considéré qu'elle avait mieux à faire que de raconter son histoire à la barre. Restent les autres prévenus de cette affaire, deux gérants de bar parisien, une prostituée occasionnelle, un agent autoproclamé de joueurs et Abousofiane Moustaid, l'ami de tout le monde.

" Je suis un gars sympathique ", dit-il au président Denis Couhé. La vie d'Abousofiane Moustaid a basculé le jour où, explique-t-il, " j'ai été révélé par “La Nouvelle Star” ". Adieu la banlieue de Lyon et son job de steward, à lui les nuits parisiennes. Sa toute fraîche notoriété lui ouvre les portes des discothèques et des " afters " où les héros de la télé-réalité font le plein d'amis utiles entre deux coupes de champagne.

" Star fuckeuses "

Le sens aigu des relations humaines d'Abousofiane Moustaid y fait merveille, pour tous il devient " Abou " et le voilà promu " organisateur de soirées ". Son carnet d'adresses et son compte Facebook se remplissent de prénoms féminins en " a " - Zahia, Nadia, Dorra, Sashia, Sephora -, jeunes, jolies et peu farouches qu'il accompagne parfois à Cannes (Alpes-Maritimes), pendant le Festival. Et comme " Abou " aime rendre service, il présente volontiers ses amies à ceux qui s'ennuient seuls la nuit. " Des prostituées ? ", s'enquiert le président. Abousofiane Moustaid s'offusque.

" Pas du tout ! Il faut vivre dans le milieu de la nuit pour comprendre, Monsieur le juge. Il y a une nouvelle génération de filles. "

Et le voilà parti dans une longue et subtile explication sémantique.

" Il y a d'abord les, si je peux employer un mot, euh, un peu...

- Oh ! Allez-y ! Le tribunal en a entendu d'autres, soupire le président.

- Donc, les “star fuckeuses”. Star, comme star et “fuck”, c'est de l'anglais, ça veut dire qu'elles aiment, euh, avec les stars...

- Et ça leur sert à quoi ?

- Ben, c'est comme dans un CV, Monsieur le juge, Brad Pitt, Tartempion... "

Il poursuit.

" Et puis il y a les “michetonneuses”.

- Vous pouvez définir ?

- C'est une fille qui, contrairement à la star fuckeuse, est plus intéressée par... la matérielle. Par exemple, se faire offrir un sac Vuitton, un voyage... Avec la crise, rares sont les filles qui refusent. Bon, une star fuckeuse peut être aussi une michetonneuse. Mais ça n'a rien à voir avec une prostituée. Rien. Une michetonneuse, ça a du tact ! "

Placé sous surveillance pendant l'enquête, le portable d'" Abou " révèle qu'il était souvent sollicité par des " amis " qui lui passaient commande de filles et qu'il prélevait régulièrement sa part sur ces prestations tarifées. Le code pénal appelle cela du proxénétisme. " Je les présentais, elles me dépannaient parfois d'un petit billet, c'est tout ! Un proxénète, c'est quelqu'un qui force les filles et qui leur prend tout ! "

Le président lui lit la définition : " Avoir aidé, assisté, protégé, tiré profit de la prostitution d'autrui. " Il ajoute : " J'ai toujours pensé que l'audience pouvait avoir un côté pédagogique. "

Poursuite des débats mardi 21 janvier.

Par guy.fitoussi le 24/01/14
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Les tensions s'aggravent à Kiev, capitale de l'Ukraine, entre les partisans de la démocratie à l'occidentale et les partisans du rapprochement avec la Russie.

L'Histoire de l'Ukraine (la «Petite-Russie») et notre analyse de ses rapports avec la «Grande» Russie permettent de comprendre l'impasse actuelle..L'Ukraine a été ainsi baptisée en 1187 d'après un mot slave qui veut dire «frontière» ou «marche».

UkraineUne «petite Russie» en quête d'identité

Ce grand État en mal de visibilité s'étire de fait aux marges du monde russe, dont il a été le berceau, et à la jonction entre le monde orthodoxe et le monde catholique. Indépendant depuis 1991 seulement, il peine à trouver sa place entre un Occident attirant mais lointain et une Russie proche mais crainte.passe actuelle..

L'Ukraine s'étend de part et d'autre du Dniepr et au nord de la mer Noire. Elle est un peu plus vaste que la France (600.000 km2) mais moins peuplée. Ses 45 millions d'habitants) ont été aussi longtemps désignés sous l'appellation de «Petits-Russiens» du fait de leur parenté étroite avec la Russie.

Mieux, c'est même autour de Kiev, capitale actuelle de l'Ukraine, que la nation russe est née, aux alentours de l'An Mil, avant qu'elle ne soit divisée en trois groupes principaux : Russes proprement dits, Ukrainiens et Biélorusses, avec des langues nationales qui ont lentement et légèrement dérivé par rapport à l'ancienne langue commune.

Les divisions

Après le baptême du grand-prince de Kiev Vladimir, en 988, une fédération prospère de principautés marchandes s'épanouit autour de Kiev.

En 1386, l'État polono-lituanien s'empare de l'Ukraine occidentale. Les nouveaux souverains, catholiques bon teint, supportent mal leurs sujets orthodoxes de rite byzantin.

Les seigneurs polonais s'attribuent d'immenses domaines dans le pays et réduisent peu à peu leurs paysans au servage, alors même que ce statut, qui fixe les paysans et leur descendance au domaine, est en voie de disparition dans toute la chrétienté occidentale.

À partir du XVIe siècle, beaucoup de paysans ukrainiens s'enfuient vers le Sud, au-delà des cataractes du Dniepr, et se constituent en communautés indépendantes, les Cosaques Zaporogues (d'une expression mongole ou tatar qui signifie : «hommes libres d'au-delà des rapides»).

En 1654, las d'être harcelés par les Polonais, ils se placent sous la protection du tsar qui règne à Moscou.

La Pologne proteste et il s'ensuit une longue guerre qui se termine par le traité de paix d'Androussovo du 31 janvier 1667. À cette occasion, la Russie des Romanov, en pleine ascension, récupère la rive orientale du Dniepr. Vingt ans plus tard, Kiev et Smolensk passent à leur tour à la Russie. Seule la Galicie demeure polonaise.

Domination russe

Dans l'esprit du tsar, l'Ukraine est terre russe et n'a droit à aucun statut particulier. Ainsi le métropolite de Kiev, chef religieux de l'Église orthodoxe ukrainienne, est placé sous l'autorité du patriarcat de Moscou. C'est dès lors du joug russe que commencent à pâtir les Cosaques et autres Ukrainiens.

Quand le tsar Pierre le Grand entre en guerre avec le roi de Suède Charles XII, le nouveau chef des Cosaques, le hetman Ivan Mazeppa, offre son alliance à ce dernier. Et Charles XII, désireux de soutenir son providentiel allié, décide de le rejoindre avec son armée au lieu de marcher sur Moscou.

Il met le siège devant Poltava mais en est délogé le 8 juillet 1709 par des renforts russes. Charles XII et Mazeppa n'ont plus d'autre choix que de demander asile à la Turquie. C'en est fini pour deux siècles des espoirs d'indépendance ukrainienne.

Catherine II la Grande destitue le dernier hetman cosaque et abolit les dernières libertés cosaques.

La reconquête de l'Ukraine par Moscou est complétée à la faveur des deux premiers partages de la Pologne, en 1772 et en 1793. Ils font passer l'ensemble du territoire ukrainien mais aussi la Biélorussie sous l'autorité du tsar.

Taras Chevtchenko, autoportrait (9 mars 1814 - 10 mars 1861)Au XIXe siècle, la montée des nationalismes conduit le gouvernement tsariste à réprimer les forces centrifuges.

Alexandre II, bien que réputé «libéral», interdit la langue ukrainienne dans l'imprimerie et à l'université et c'est de l'autre côté de la frontière, en Autriche-Hongrie, dans l'université de Lvov ou Lemberg (Ruthénie), que les lettrés et intellectuels ukrainiens trouvent refuge.

Le peintre et poète romantique Taras Chevtchenko (1814-1861), fils de serfs et serf lui-même, est le symbole de cette renaissance douloureuse de la culture ukrainienne à travers sa courte vie, tissée de servitude, de prison et d'exil.

Avec la première Révolution russe, en 1905, une éclaircie se fait jour. Le Manifeste publié par Nicolas II le 30 octobre 1905 promet de respecter les nationalités. Aussitôt fleurissent en Ukraine des dizaines de journaux dans la langue nationale.

Scène du film Le cuirassé Potemkine (Serguei Eisenstein, 1925), sur l'escalier Richelieu d'Odessa, qui mène du port à la ville

La première indépendance

Les Révolutions russes de 1917 offrent aux nationalistes ukrainiens une opportunité inattendue de recouvrer leur indépendance et le droit de pratiquer leur langue, si peu différente qu'elle soit du russe.

À Kiev, une assemblée (Rada) réunie le 15 mars 1917 constitue une République autonome ukrainienne avec Vinnichenko à la présidence du Conseil des ministres. Mais Lénine et les bolchéviques, après qu'ils aient pris le pouvoir le 6 novembre 1917, lui opposent une République soviétique d'Ukraine, proclamée à Kharkov en décembre 1917. La Rada réplique en annonçant le 22 janvier 1918 un «État du peuple ukrainien, souverain, libre et indépendant».

Attaquée par les bolchéviques, la Rada de Kiev signe avec l'occupant austro-allemand une paix séparée.

Après l'armistice de Brest-Litovsk du 3 mars 1918, par lequel les Russes se retirent de la Grande Guerre, les Allemands occupent Kiev et leurs alliés autrichiens Odessa, avec la complicité des Cosaques.

Chars français à Odessa, en 1919, en soutien à l'armée blanche de DenikineÀ la défaite austro-allemande succède la guerre civile. Les nationalistes ukrainiens, l'armée bolchévique et l'armée tsariste de Denikine se font face.

À la mêlée se joignent les Cosaques et les anarchistes de Nestor Makhno, mais aussi des troupes occidentales et notamment françaises qui apportent leur soutien à Denikine, contre Lénine et les bolchéviques.

Denikine ayant refusé de faire alliance avec les nationalistes, ce sont finalement les bolchéviques qui l'emportent... mais à moitié seulement car le traité de Riga de 1921 avec la Pologne laisse la Galicie et la Volhynie à cette dernière.

La création de l'URSS, le 30 décembre 1922, fait de l'Ukraine la deuxième République du pays après la Russie. La langue ukrainienne en devient la langue officielle.

Mais ces concessions politiques cachent mal l'emprise très forte du Kremlin sur le Parti communiste ukrainien et la hiérarchie administrative.

Dans les années 1930, sous le prétexte de lutter contre le «nationalisme bourgeois», Staline décapite les élites ukrainiennes. Et sous prétexte de lutter contre les «koulaks», paysans riches, il provoque une famine gigantesque par voie administrative ! C'est l'holodomor (deux à six millions de morts).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en dépit des horreurs de l'occupation allemande, illustrées par les massacres de Babi Yar (Kiev), les nationalistes locaux ont la tentation d'en profiter pour acquérir enfin l'indépendance. Mal leur en prend.

Dans le demi-siècle qui suit, jusqu'à l'éclatement de l'URSS, la République socialiste soviétique d'Ukraine va subir sans mot dire la tutelle de Moscou et du Parti communiste. Avec une maigre consolation : un siège à l'ONU (de même que la Biélorussie, la troisième composante du peuple russe).

Le 24 août 1991, dans la confusion qui suit l'éviction de Mikhaïl Gorbatchev, dirigeant de l'Union soviétique, le Parlement ukrainien proclame l'indépendance de la République dans les frontières dessinées par les dirigeants bolchéviques.

Après quelques disputes, Moscou et Kiev finissent par s'accorder sur le cas particulier de la péninsule de Crimée, traditionnellement russe mais rattachée à l'Ukraine par Nikita Khrouchtchev en 1950.

Pauvre, dépendante de la Russie pour ses approvisionnements en gaz, saturée qui plus est en équipements nucléaires, dont l'ex-centrale de Tchernobyl, la nouvelle Ukraine est handicapée par l'absence d'État de droit et la prévalence d'une ploutocratie affairiste issue des anciens cadres du parti communiste.

Elle doit au surplus composer avec sa minorité russe ou russophone, importante en Crimée et à l'Est, en particulier autour du gisement charbonnier du Donbass, sur les bords du Donets, un affluent du Don.

Mêmes éléments durant la terrible année 42 où pendant quelques mois, l'Axe fasciste , domina le monde. Hitler ne pouvant pas prendre Moscou décide d'envahir l'Ukraine. Vendant les poussins avant que les oeufs ne soient couvés, il baptise ce nouvel état nazi le Gotengau , où des esclaves slaves devaient passer tous leurs caprices à la race des seigneurs. En ouvrant les portes de la guerre en Ukraine, à ses panzers qui déferlent sur les champs de tournesols incendiés, plus habile à faire la guerre aux civils qu'aux soldats de nos alliés soviétiques ( principalement ukrainiens et russes) avec une intelligence stratégique et un héroïsme exemplaire de ses citoyens-soldats, bottèrent magistralement les fesses des ubermench, rendant ainsi l'espérance à la liberté dans le monde.

Par guy.fitoussi le 24/01/14
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Les commentateurs ont beaucoup glosé sur la «conversion» du président François Hollande à la social-démocratie au cours de sa conférence de presse du 14 janvier, .

Revenons ici sur les origines de cette expression et les débats qu'elle suscite...

22 mai 1875Le congrès socialiste de Gotha

Le 22 mai 1875, deux partis allemands tiennent un congrès commun à Gotha (Thuringe), une petite ville surtout célèbre pour son almanach des têtes couronnées. Les deux partis, qui se réfèrent tous deux au socialisme, veulent s'unir pour tenir tête au chancelier allemand Bismarck.

À l'issue du congrès, le Parti ouvrier social-démocrate d'Allemagne (Sozialdemokratische Arbeiterpartei, SDAP) doit s'effacer devant l'Association générale des travailleurs (Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein, ADAV).

Celle-ci est le plus ancien mouvement socialiste ouvrier d'Europe. Elle a été fondée treize ans plus tôt, le 23 mai 1863, par Ferdinand Lassalle, un théoricien réformiste, et l'on peut la considérer comme l'ancêtre du Parti social-démocrate allemand actuel (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD).

Un socialiste visionnaire

Ferdinand Lassalle (1825-1864)Ferdinand Lassalle, né de riches commerçants juifs de Breslau (sans rapport avec la France malgré son nom), est un disciple dissident de Karl Marx qui a développé sa propre vision du socialisme.

On lui doit la «loi d'airain des salaires» : Lassalle considère que dans un régime franchement capitaliste, les salaires des ouvriers ne peuvent jamais dépasser ce qui est strictement nécessaire à leur survie et à leur reproduction (d'où le sens du mot prolétaire, d'après un terme latin qui désigne des personnes n'ayant pas d'autre utilité que la reproduction).

Il préconise le développement d'associations et de coopératives ouvrières afin de briser cette «loi d'airain» et promouvoir le socialisme dans le cadre d'un État démocratique bourgeois.

Ce faisant, il s'oppose violemment à Karl Marx, partisan d'une «dictature du prolétariat», étape indispensable selon lui à l'avènement du communisme.

Ferdinand Lassalle meurt en duel par amour pour une femme de l'aristocratie, à 39 ans, le 31 août 1864, mais son association lui survit sans problème.

Naissance de la social-démocratie

L'Association générale des travailleurs arrive en force au congrès de Gotha avec 73 délégués face aux 56 du parti rival. Celui-ci, le Parti ouvrier social-démocrate d'Allemagne, a été créé en 1869 à Eisenach par August Bebel et Wilhelm Liebknecht. D'inspiration marxiste, il est privé à Gotha du soutien de Karl Marx lui-même, en exil à Londres

Wilhelm Liebknecht accepte la fusion des deux partis en faisant de grandes concessions aux thèses lassalliennes. Le programme de Gotha va être vivement critiqué par Karl Marx mais il ne va pas moins orienter la gauche allemande vers la voie réformiste et l'acceptation des règles démocratiques.

Par touches progressives, les nouveaux sociaux-démocrates allemands (qui n'ont plus rien à voir avec le parti de Bebel et Liebknecht) vont finir par rejeter complètement les thèses marxistes et accepter pleinement l'économie de marché au congrès de Bad-Godesberg.

Le congrès s'ouvre le 13 novembre 1959, dans le contexte de la guerre froide et de la division de l'Allemagne, au coeur d'une République Fédérale Allemande portée par le «miracle économique allemand».

Pour les communistes qui se sont alignés sur Moscou, de gré comme en France ou de force comme en Europe de l'Est, les sociaux-démocrates allemands et leurs homologues scandinaves sont qualifiés de «sociaux-traîtres». Tout au long du XXe siècle, ce discours a déteint sur les socialistes français, pétris de culture marxiste, plus assidus aux cours magistraux de leurs maîtres qu'aux actions de terrain des associations ouvrières.

Il en reste des différences persistantes entre la gauche française, encline à rêver au «Grand Soir» (la révolution), et la gauche allemande, adepte d'un système de codécision (en allemand : «Mitbestimmung»), qui permet aux représentants des ouvriers de voter dans les entreprises sur des sujets les concernant.

Par guy.fitoussi le 24/01/14
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L'ombre de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, a dominé la plus grande partie du XXe siècle.

Agitateur russe, adepte de la philosophie marxiste, il s'empare du pouvoir avec ses militants en profitant du délitement de la démocratie issue de la Révolution de Février (1917), pendant la Première Guerre mondiale.

Un révolutionnaire de l'exil

Vladimir Ilitch Oulianov naît dans la famille d'un fonctionnaire anobli par le tsar. Son frère aîné est pendu néanmoins en 1887 pour avoir comploté contre la vie du souverain.

Vladimir découvre la doctrine marxiste avec sa compagne, Nadejda Kroupskaia, d'origine bourgeoise comme lui. Condamné à la relégation (l'exil en Sibérie), le couple s'établit au bord de la Léna (d'où le surnom Lénine).

En 1900, Lénine part avec sa femme en Suisse. Deux ans plus tard, il publie un opuscule : Que faire ? où il affiche sa différence avec la doctrine marxiste qui voyait le communisme comme l'aboutissement inéluctable des luttes ouvrières.

Lénine fait valoir la nécessité de créer une avant-garde révolutionnaire qui montrera la voie aux ouvriers et les guidera vers des lendemains radieux, au besoin par la dictature.

Le 30 juillet 1903, à Bruxelles, au cours du congrès du Parti Social-Démocrate Ouvrier Russe (PSDOR), se produit la scission entre les partisans de Lénine et les partisans de Martov. Les partisans de Lénine s'octroient l'épithète de bolcheviks ou bolcheviques (majoritaires en russe) et qualifient leurs rivaux de mencheviks (minoritaires). Pendant la première révolution russe, en 1905, Lénine reste prudemment en exil.

Les Thèses d'Avril

Lénine profite de la chute du tsarisme et de l'avènement de la démocratie en Russie pour revenir le 16 avril 1917 à Petrograd (nouveau nom de Saint-Pétersbourg).

Il publie le programme d'action de son parti : paix immédiate, le pouvoir aux soviets, les usines aux ouvriers, la terre aux paysans. Ces thèses d'Avril troublent les bolcheviques par leur radicalisme mais elles rencontrent l'adhésion des soldats et des paysans, excédés par une guerre sans issue qui a déjà coûté la vie à 2,5 millions de Russes.

La situation se corse pour Lénine. Le nouveau Premier ministre, le socialiste Alexandre Kerenski, ordonne son arrestation et il doit s'enfuir sans attendre en Finlande.

Révolution et terreur

Devant l'affaiblissement du gouvernement russe, Lénine, toujours en Finlande, juge enfin la situation mûre pour intervenir. Ce sera le coup d'État du 6 novembre 1917, aussi appelé Révolution d'Octobre.

Sans attendre, Lénine met en place les instruments de la dictature. Le 30 août 1918, au cours de la visite d'une usine, il est victime d'un attentat. L'auteur en est une militante socialiste-révolutionnaire (gauche démocratique) : Dora Kaplan. Grièvement blessé, Lénine se rétablit de façon quasi-miraculeuse et intensifie la répression.

La terreur de masse est institutionnalisée par le décret «Sur la terreur rouge», daté du 5 septembre 1918. La suite est une longue descente aux enfers : guerre civile, famines, camps de travail, exécutions sommaires....

L'horizon s'éclaircit en mars 1921, avec l'institution de la Nouvelle Politique Economique (NEP) qui insuffle un peu de liberté dans l'économie et la société russes.

Une succession très disputée

Lénine doit progressivement lâcher les commandes quelques mois plus tard, après une première attaque d'apoplexie en mai 1922. Il meurt dans sa maison de Gorki le 21 janvier 1924, à 53 ans.

C'est finalement l'opportuniste Staline qui l'emporte grâce à sa position clé au secrétariat général du parti. Son principal opposant, Trotski, prône la poursuite de la terreur révolutionnaire. Bien qu'étant le plus populaire (et le plus intelligent) des leaders bolcheviques postulant à la succession de Lénine, il est habilement mis sur la touche par Staline et bientôt obligé de fuir.

Par guy.fitoussi le 24/01/14
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La Cour de cassation rappelle au visa de l'article L. 3123-14 du code du travail que le contrat écrit du salarié à temps partiel doit mentionner la durée hebdomadaire ou, le cas échéant, mensuelle prévue et la répartition de la durée du travail entre les jours de la semaine ou les semaines du mois.

L'absence d'écrit mentionnant la durée du travail et sa répartition fait présumer que l'emploi est à temps complet.

Il incombe à l'employeur qui conteste cette présomption de rapporter la preuve, d'une part, de la durée exacte hebdomadaire ou mensuelle convenue, d'autre part que le salarié n'était pas placé dans l'impossibilité de prévoir à quel rythme il devait travailler et qu'il n'avait pas à se tenir constamment à la disposition de l'employeur.

En l'espèce, Monsieur X. a été engagé à compter du 5 janvier 2004 par la Mutualité de la Haute-Vienne, en qualité de chirurgien-dentiste, à temps partiel quatre jours par semaine, avec une période d'essai de six mois.

Le 15 juin 2004, l'employeur lui a notifié la fin de sa période d'essai au 24 juin 2004.

Le salarié, soutenant notamment que son contrat de travail devait être requalifié à temps complet, le salarié a saisi la juridiction prud'homale, le 19 octobre 2005, pour obtenir le paiement de diverses sommes au titre de l'exécution et de la rupture de son contrat de travail.

La Cour d'Appel de Poitiers a débouté le salarié qui s'est pourvu en cassation.

La Cour d'Appel a retenu que :

- le salarié travaillait les lundis, mardis, mercredis et jeudis, soit seulement quatre jours dans la limite des heures d'ouverture du cabinet ainsi qu'en attestent ses agendas produits aux débats;

- l'absence d'exercice à temps complet est confirmée par les conditions dans lesquelles l'intéressé a contracté à compter du 12 novembre 2002 avec un autre employeur pour l'exercice d'une activité se répartissant sur deux jours par semaine, le vendredi et le samedi, sur la base d'un forfait de quatre vingt-dix jours travaillés par an.

Dans un arrêt du 4 décembre 2013 (n°12-24506), la Cour de cassation casse l'arrêt de la Cour d'appel au motif que cette dernière a violé l'article L. 3123-14 du code du travail en ne constatant pas que l'employeur faisait la preuve de la durée de travail exacte, mensuelle ou hebdomadaire, convenue qui ne pouvait se déduire du seul énoncé des jours travaillés par le salarié.

Par guy.fitoussi le 24/01/14
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L'américain, qui a dégagé un bénéfice de 4,1 milliards d'euros en 2013, est soupçonné d'avoir soustrait 2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires au fisc français

Forte performance. " C'est ainsi que McDonald's a qualifié les résultats de sa filiale française, jeudi 23 janvier, à l'occasion de la publication de ses résultats 2013. La France fait presque figure d'exception, au même titre que le Royaume-Uni et la Russie, alors que le roi du hamburger est confronté à une érosion de ses ventes aux Etats-Unis et à l'effritement du nombre de ses clients.

Sachant que si, globalement, le géant américain du fast-food a enregistré, en 2013, une progression de 2 % de son chiffre d'affaires, à 28,1 milliards de dollars (20,5 milliards d'euros), c'est grâce à l'ouverture de nouveaux points de vente. Quant aux bénéfices (5,6 milliards de dollars en 2013), certes ils stagnent, mais ils restent plantureux. Avec une marge opérationnelle supérieure à 30 % et une marge nette de 20 %, l'appétit des investisseurs pour McDonald's ne peut être que satisfait.

Mais ce ne sont pas ses performances commerciales qui ont propulsé McDonald's France sous les feux médiatiques. Plutôt la révélation par L'Express d'une enquête menée par Bercy sur ses pratiques fiscales. Avant elle, d'autres multinationales américaines, à l'instar de Google ou d'Amazon, avaient aussi fait l'actualité lors de la révélation d'investigations des services du ministère des finances. A chaque fois la même question se pose : où finit l'optimisation fiscale, où commence l'évasion fiscale ?

Combien McDonald's paie-t-il d'impôts en France ? L'entreprise américaine se refuse à répondre, de même qu'elle ne dévoile pas son chiffre d'affaires dans l'Hexagone. Seule certitude : les recettes qu'elle engrange sont de deux ordres. Elles proviennent, d'une part, des ventes des 200 points de vente qu'elle détient en propre, et, d'autre part, des redevances versées par ses 300 franchisés, qui possèdent, eux, 1 100 restaurants au total. Ces derniers payent à l'enseigne un loyer et des royalties pour l'usage de la marque mondiale et de ses services, qui représentent environ 20 % de leur chiffre d'affaires.

Une structure européenne

McDonald's France endosse, à son tour, le rôle de franchisé vis-à-vis de sa maison mère américaine. A ce titre, elle lui verse des royalties, là encore un pourcentage du chiffre d'affaires global, que l'entreprise ne souhaite pas divulguer. Or, c'est grâce à cette " redevance " interne au groupe, que McDonald's France augmente ses charges et donc réduit d'autant les montants déclarés au fisc français et par conséquent ses impôts.

Pour facturer cette redevance, le géant américain a créé, en 2009, une structure européenne. Cette société, McD Europe Franchising, est installée en Suisse, où se trouve le siège européen de McDonald's, mais elle est fiscalement domiciliée au Luxembourg. Une manière de payer le moins d'impôts possible sur le continent européen, le Grand-Duché n'étant pas connu pour son matraquage fiscal. McDonald's limite aussi, par ce biais, les sommes transférées aux Etats-Unis, où le taux de fiscalisation atteint près de 32 %.

Selon L'Express, la filiale française aurait ainsi escamoté 2,2 milliards d'euros sur son chiffre d'affaires global en quatre ans, de 2009 à 2012. McDonald's se défend en affirmant que ces redevances ne sont pas artificielles, mais correspondent à de véritables prestations. Ce sera tout l'enjeu du débat entre les représentants de l'entreprise américaine et Bercy, qui ne souhaite pas commenter l'affaire. McDonald's France reconnaît qu'il a bien reçu la visite de représentants de l'administration fiscale, en octobre 2013, dans ses locaux de Guyancourt (Yvelines).

Ce modèle de franchise n'est pas propre à McDonald's. Un autre groupe de restauration rapide américain, Starbucks, s'est aussi retrouvé sous les feux de l'actualité, après la révélation de ses démêlés avec le fisc britannique, en 2012. L'enseigne avait alors reconnu n'avoir pas acquitté d'impôts sur les sociétés au Royaume-Uni depuis 2009.

Après le paiement des royalties à la maison mère, là encore pour l'usage de la marque mais aussi des services du groupe, la filiale britannique ne faisait plus de bénéfices. Finalement, début 2013, Starbucks a annoncé avoir payé 5 millions de livres (6,1 millions d'euros) au fisc britannique et être prêt à en payer 5 millions de plus un peu plus tard dans l'année.