guy.fitoussi

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

AU RAYON nullités, on n'a que l'embarras du choix. Certains soutiennent, arguments à l'appui, que les attentats du 11-Septembre furent organisés par les Américains eux-mêmes(bigard ou son "lancé de salopes" mal luné, archétype de la misogynie imbécile et méchante qui rend presque sympathique les mouvements féministes les plus extrêmes et les plus déphasés. D'autres sont convaincus que les Illuminations existent et que le Da Vinci Code dit vrai. Quelques-uns se sont persuadés, façon Men in Black, que les politiciens sont des extraterrestres. Et tutti quanti... On ne compte plus les tentatives d'explication des événements, quels qu'ils soient, par conspirations mondiales, complots planétaires, cosmiques ou comiques. A peine démontés, ces tissus d'absurdités se reconstituent obstinément. Or ceux qui s'y laissent prendre ne sont pas nécessairement débiles ni forcément pervers. Comment des esprits adultes, parfois brillants, s'empêtrent-ils dans de bizarres niaiseries ?

Des éléments pour éclairer ce mystère figurent dans un livre posthume du sociologue Raymond Boudon, qui vient de paraître. Il avait mis la dernière main à ce Rouet de Montaigne. Une théorie du croire avant de disparaître, le 10 avril 2013, au terme d'une longue carrière. Dans ce recueil d'articles, plusieurs lignes d'analyse s'entrecroisent, au détriment parfois de la clarté de l'ensemble. Un bref aperçu retiendra d'abord ce que Boudon dénomme - par opposition à la classique théorie du choix rationnel - " théorie de la rationalité ordinaire ". Dans nos décisions quotidiennes et nos choix concrets, les idées comptent souvent plus que les intérêts, et un comportement probabiliste l'emporte. Faute de pouvoir établir la vérité de toutes les affirmations, nous faisons confiance aux options qui paraissent pouvoir rendre compte du plus grand nombre de faits. Si elles ne sont pas directement démenties, nous les tenons pour confirmées.

Effet pervers

Somme toute, c'est une leçon à méditer, l'adhésion à des croyances étranges ne serait pas défaut d'intelligence, manque de discernement, échec de la raison. Elle constituerait plutôt un effet pervers du fonctionnement normal de la rationalité ordinaire. Boudon en trouve confirmation, sur un autre registre, avec l'existence de postulats indémontrables au point de départ de toutes les investigations scientifiques. Il ne s'agit pas de déclarer identiques hypothèses rationnelles et fantasmagories complotistes. Il s'agit de rappeler qu'" il n'y a pas de science sans présupposé ", comme le soulignait Max Weber. Tout présupposé doit être confronté à l'épreuve des faits. Il n'est donc pas tout de suite reconnu vrai ou faux. C'est là que nous sommes au rouet, car tester prend du temps. L'hypothèse envisagée se révèle, au bout du compte, erronée ? Ses méfaits, en attendant, se sont déjà répandus... Boudon en donne moult exemples en sciences humaines, de la sociobiologie au structuralisme. Voilà qui agacera quelques dents, comme d'habitude.

Rapprocher Durkheim et Weber, que l'on eut trop tendance à opposer, dégager les traits d'une sociologie scientifique, distinguer les bonnes abstractions des mauvaises... sont d'autres perspectives de ce recueil d'articles. En fait, il ne cesse d'expliquer pourquoi et comment, tout en étant rigoureux, rationnel et intelligent, on peut se tromper gravement. Le problème, c'est qu'il ne semble pas envisager l'effet boomerang de ces analyses sur sa propre démarche...

de Montaigne. Une théorie du croire,

de Raymond Boudon,

Hermann, " Société et pensées ",

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

IL DEVRAIT être possible de se faire une idée assez juste de la littérature romanesque d'une époque sans ouvrir un seul livre, au seul énoncé des titres qui l'ont illustrée. Ainsi, au XIXe siècle, Eugénie Grandet, Thérèse Raquin ou Germinie Lacerteux trahissent-ils la volonté de réalisme du romancier, concurrent de l'état civil, selon Balzac. Plus tard, des titres comme La Condition humaine, L'Etranger ou Les Chemins de la liberté nous renseignent sur les préoccupations politiques d'écrivains, foudroyés par la révélation de la contingence, qui parient sur l'engagement pour donner malgré tout un sens à l'existence (et à la littérature du même coup). Depuis Extension du domaine de la lutte (Nadeau, 1994), de Michel Houellebecq, de nombreux titres de romans évoquant le monde moderne détournent des formulations managériales, martiales ou philosophiques, titres à rallonge où les concepts se télescopent avec plus ou moins de bonheur, comme c'est encore le cas pour le film de Jean-Marc Moutout, Violence des échanges en milieu tempéré (2004).

Que penser alors de L'Accumulation primitive de la noirceur, le recueil de nouvelles que nous donne aujourd'hui Bruce Bégout, dont nous connaissons le goût pour la satire mordante ? Faut-il percevoir dans ce titre un soupçon d'ironie à l'endroit du modèle houellebecquien, ou serait-il une construction parodique des énoncés technocratiques à la manière de Jean-Charles Massera (United Emmerdements of New Order, POL, 2002) ? Le sens littéral d'un tel titre demeure assez insaisissable. Nous pouvons même noter une sorte de contradiction entre les deux premiers termes, puisque le primitif est par définition celui qui n'a rien accumulé. Et pourtant, c'est indéniable, il y a dans cette formule une efficacité qui sans doute se nourrit de tout cela et nous avons avec ce titre une première appréhension plutôt juste de ce que seront ces vingt nouvelles : la fable du chaos organisé que ce monde est devenu, un livre dont le programme tient aussi dans son exergue emprunté à Heidegger : " Tout fonctionne. Voilà ce qui est précisément inquiétant, que cela fonctionne et que le fonctionnement pousse sans cesse plus loin vers plus de fonctionnement encore. "

Plus de fonctionnement encore, c'est bien ce que recherchent les monomaniaques et les collectionneurs obsédés que nous rencontrons dans ces nouvelles et qui finissent par verrouiller complètement ce que Bruce Bégout nomme le " dispositif ". Il y a cet homme qui a la passion du double et qui possède chaque chose en deux exemplaires, cet autre qui emploie ses journées à suivre des passants choisis au hasard, ces automobilistes qui ne sont jamais aussi expressifs que dans la voiture qu'ils conduisent. Des anonymes sont réveillés par des milices, battus, menottés et conduits dans un centre commercial : ainsi fonctionne le système en vigueur, qui ne veut voir en eux que des consommateurs. Il est facile de deviner que l'auteur partage l'opinion de ce personnage pour qui " le capitalisme n'était pas un système économique qui, depuis deux siècles, avait prouvé son efficacité, mais un lent, profond et implacable enlaidissement du monde qui appauvrissait l'expérience de tout un chacun pour lui substituer une gangue ridicule de désirs mesquins et jamais satisfaits ".

Ce livre est habité par une colère d'autant plus perceptible qu'elle est contenue et affleure donc ou palpite dans chaque phrase. Toutes ces nouvelles sont remarquables, mais il en est une qui est un véritable chef-d'oeuvre, De l'instabilité émotionnelle des parkings : deux cadres, un homme et une femme, qui ne se connaissent pas mais travaillent dans le même immeuble de bureaux, se croisent un soir au sous-sol, dans le parking désert, un de ces lieux de la modernité qui témoignent d'" une indifférence criminelle envers le destin des hommes ", lesquels ne se sont jamais " accoutumés à traverser ces zones de manière insouciante. Quelque chose en elles nouait la gorge et renvoyait aux peurs ancestrales des savanes mortelles, des agressions subites et dégénérées ". La violence naît de l'hostilité du décor urbain. Puisqu'il y a le champ de bataille, la bataille est inévitable. Et ces deux individus ultra-civilisés vont se comporter comme le veut le contexte, ils vont se conformer aux conditions qui leur sont faites.

C'est-à-dire à ce fameux dispositif, " mécanisme mondial de totalisation du réel sous le rationnel ". Mais Bruce Bégout, lucide impitoyablement, vomit cependant ce pessimisme qui accrédite à bon compte l'horreur du monde. Des formes de résistance se font jour dans ses textes. Ainsi cette " nothing box " qui apparaît soudain dans la ville et qui précisément semble se soustraire par son incongruité au fonctionnement général. Ou cette jeune fille au pair parfaitement oisive, qui ne fait rien dans la maison qui l'accueille, mais dont tout le monde finit par s'accommoder parce que sa présence inutile est reposante. " Il n'y a pas de logique implacable à l'oeuvre dans l'histoire, de sorte que le caractère contingent des affaires humaines laisse toujours ouverte la possibilité de l'inattendu ", écrit Bruce Bégout, dont le livre s'achève d'ailleurs sur une imprévisible et dévastatrice épidémie de fou rire.

L'Accumulation primitive de la noirceur,

de Bruce Bégout,

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

C'EST LE GENRE D'ÉTUDES scientifiques dont on raffole lors même qu'elles sont idiotes. Trois chercheurs du département des sciences informatiques de l'université Stony Brook, à New York, ont rendu publique, fin 2013, une enquête présentée comme la première du genre. Est-il possible de prédire, grâce à son style, le succès commercial d'un roman ? Pour eux, la réponse est " oui " et la méthode fiable à 84 %. Celle-ci a été fournie par un algorithme fondé sur la stylométrie, soit l'analyse statistique du lexique et de la syntaxe d'un auteur. Le programme que les universitaires ont mis au point a analysé un panel de 800 livres, formé des ouvrages classiques les plus téléchargés sur Gutenberg.org, des oeuvres lauréates des prix Pulitzer et de celles des Nobel de littérature.

Premier point commun à ces succès littéraires anglophones : ces ouvrages usent à l'envi des conjonctions de coordination (" et ", " mais "...) et de subordination (" comme ", " quand ", " que "...). Lorsqu'ils décrivent un processus psychique, ils le suggèrent par des verbes tels que " reconnaître " ou " se souvenir ". Autre point commun : ils sont rédigés avec un sens supérieur de la nuance (tiens !) et usent de tournures un peu plus finaudes que la simple trinité sujet-verbe-complément (re-tiens !). Par exemple, on y détecte plus souvent l'emploi de prépositions (" chez ", " avec ", " durant ", " grâce à ", " à côté de ", etc.)

A l'inverse, les oeuvres ayant été les moins téléchargées sur le site de vente en ligne Amazon détaillent les actions et les émotions de manière très explicite (" vouloir ", " aller ", " prendre ", " promettre ", " pleurer ", " crier ", " sauter ", " exhorter "). Elles ne lésinent pas sur les superlatifs et les qualificatifs extrêmes : " très ", " à bout de souffle ", " jamais ", " parfaitement ", " absolument ", " très ". Elles usent de clichés, parlent souvent d'amour, de coeurs " brisés ", d'individus " meurtris " et situent volontiers leurs intrigues dans des lieux typiques, baies, collines, plages ou bateaux. Ou encore, elles totalisent beaucoup de verbes, d'adverbes et d'interjections.

L'une des trois chercheurs, la professeure Choi, semble avoir été surprise par les résultats obtenus : " La complexité conceptuelle d'une oeuvre littéraire très réussie peut nécessiter une complexité syntaxique qui va à l'encontre de sa lisibilité ", conclut-elle.

Trente millions d'exemplaires

Ce ne serait en fait pas la première fois qu'une équipe d'universitaires cherche à déterminer la martingale du succès. Parmi ces utopistes aurait figuré une bande d'informaticiens qui rêvaient de l'oeuvre parfaite. Inévitablement, disaient-ils, elle brasserait quelques-uns des ressorts universels caractérisant les livres les plus vendus dans le monde depuis l'invention de l'imprimerie : la religion, la monarchie, le sexe et le suspense. Il suffisait de laisser faire un logiciel ayant ingurgité quantité d'ouvrages pour obtenir le chef-d'oeuvre des chefs-d'oeuvre. La tension était à son comble lorsque la première phrase s'afficha à l'écran : " Mon Dieu !, s'écria la reine. J'ai été violée. Mais qui est le coupable ? " C'est Mary Higgins Clark qui raconte cette anecdote en ouverture du documentaire Best-seller à tout prix, de Vassili Silovic et Annick Cojean (2006).

Gageons qu'une méthode plus empirique donnerait des résultats tout aussi efficaces. Prenons par exemple un extrait de Marc Levy, officiellement sacré, depuis le 15 janvier, romancier français vivant le plus lu dans le monde, avec 30 millions d'exemplaires écoulés : " Je t'ai trouvée, où que tu sois, je m'endors dans tes regards. Ta chair était ma chair. De nos moitiés, nous avions inventé des promesses ; ensemble nous étions nos demains. Je sais désormais que les rêves les plus fous s'écrivent à l'encre du coeur " (Vous revoir, Robert Laffont, 2005). Croisons-le avec quelques phrases tirées de la trilogie érotique " Cinquante nuances ", de la Britannique E. L. James, en tête des meilleures ventes de livres en France en 2013 : " Je suis sous le charme, Christian. Tu m'éblouis. J'ai l'impression d'être Icare et de voler trop près du soleil. " Nous aurons notre phrase idéale. Des promesses au soleil, des rêves qui éblouissent.

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

L'analyse des conflits de propriété dans le XVIIIe siècle anglais, menée par Edward P. Thompson dans " La Guerre des forêts ", résonne fortement à l'ère d'Internet

Il faut parfois se promener dans les bois. C'est là qu'on ramasse, fraîches et disponibles, des idées qui, pour avoir germé à l'ombre de nos ignorances, n'en ont pas moins fécondé des mouvements de pensée aujourd'hui très actifs. Ainsi l'histoire d'un livre est-elle parfois celle de sa rencontre avec une époque qui lui est bien postérieure. Cette intuition se trouve à l'origine de la collection lancée à l'automne 2013, aux éditions La Découverte, par l'historien Philippe Minard : elle propose, sous l'astucieux titre " Futurs antérieurs ", la traduction de textes fondateurs à même de dynamiser le débat intellectuel et politique contemporain. Ainsi La Guerre des forêts, qui traduit, en l'abrégeant, l'ouvrage Whigs and Hunters (" Whigs et chasseurs "), de l'historien britannique Edward P. Thompson (1924-1993), auteur du livre somme sur La Formation de la classe ouvrière anglaise (Points, 2012), participe d'une réflexion sur les modes de propriété et la socialisation des biens, qui connaît un regain de vigueur.

L'ouvrage, paru à Londres en 1975, est une enquête vivante d'histoire sociale : au début du XVIIIe siècle, un conflit oppose, d'un côté, les propriétaires et administrateurs de la forêt - celle de Windsor notamment - et, de l'autre, ses usagers. Au point qu'une loi promulguée en 1723 punit de mort certains des usages coutumiers : ce " Black Act ", ainsi nommé parce que les braconniers se couvraient le visage de suie, est particulièrement impitoyable : si un vol de cerf est un crime capital, l'abattage de jeunes arbres ou la mutilation du bétail peuvent conduire aussi la potence. Les habitants des forêts opposent, à cette répression " sanguinaire ", le droit coutumier des usages collectifs (droits de pâturage, d'extraction de tourbe, d'abattage et de ramassage du bois...).

Ainsi, outre la mise en place d'une évidente " politique de classes ", ce que Thompson, grande figure intellectuelle inspirée par le marxisme et pionnier de " l'histoire par le bas ", nous oblige à penser, c'est un monde dans lequel survivaient, avant que le XVIIIe siècle ne les arase au profit d'une conception exclusive, des modes et des degrés de propriété fort différents : " Ce qui était en jeu, écrit-il, (...) c'était des définitions concurrentes du droit de la propriété : pour le propriétaire terrien, l'enclosure ; pour le petit paysan, les droits collectifs ; pour les autorités de la forêt, les “chasses gardées” des cerfs ; pour les habitants des forêts, le droit de prélever de la tourbe ".

Selon Philippe Minard, c'est l'un des aspects les plus frappants de cet ouvrage : " Thompson nous aide à penser la diversité des régimes d'accès possibles, tout ce qui existe entre la propriété individuelle et l'absence totale de propriété. " Resurgi dans les années 1970, à la faveur de l'écologie (quand il a fallu déterminer à qui appartenaient les forêts, les océans ou encore l'atmosphère, en passe d'être durablement souillés), ce questionnement s'est poursuivi avec le développement d'Internet. Depuis la fin des années 1990, des activistes se battent contre tout ce qui entrave la circulation et l'appropriation collective des connaissances, en faisant explicitement référence aux pratiques des droits collectifs et des commons. Il se déroule sur le Net, selon eux, ce que Thompson décrivait dans les forêts anglaises : " Un conflit entre les utilisateurs et les exploiteurs. "

Préventions

Karl Marx s'était penché, lui aussi, sur ces modes alternatifs à la propriété individuelle, dans des articles sur le vol de bois en Rhénanie (La Loi sur les vols de bois en Rhénanie, Malassis, 2013). " En 1841, la Diète rhénane adopte une loi qui marque le triomphe d'une conception absolue et exclusive de la propriété contre l'invocation des droits d'usage anciens. C'est exactement le même problème, à un siècle d'écart, souligne Philippe Minard. Mais cette pensée des communs n'a pas irrigué le marxisme orthodoxe des années 1930-1970. Le communisme français est alors très étatiste. On reste dans le schéma : propriété privée contre propriété publique, sous la forme de la nationalisation. Qu'il puisse y avoir une socialisation des biens en dehors du champ étatique est longtemps resté absent du cadre de réflexion. "

Cette indifférence n'est pas la raison centrale de la traduction tardive de La Guerre des forêts, mais elle recoupe une partie des préventions dont E. P. Thompson a été victime en France. Comme il est rappelé dans la préface, l'historien a pâti d'être considéré comme un marxiste " hétérodoxe ". Membre de la New Left, cette nouvelle gauche britannique antistalinienne, il s'est opposé avec force, et avec un certain amour de la polémique, à la " forme religieuse du marxisme " qu'il décelait chez le philosophe français Louis Althusser et ses disciples.

Reste une question : faut-il nécessairement, à la gauche radicale continentale, traverser la Manche pour renouveler ses outils critiques ? D'un côté, les luddites, ces briseurs de machines du XIXe siècle, intéressent certaines branches de l'écologie, de l'autre la résistance des commons inspirent les activistes d'Internet : l'histoire politique anglaise recèlerait-elle des ferments de pensée dont la française serait dépourvue ? Disons que les bois sont toujours plus verts ailleurs. Et qu'assurément, il y a toujours, chez Thompson, beaucoup à glaner.

EXTRAIT

" Pendant quelques mois, le légendaire Robin des bois fut ainsi incarné par le “roi Jean”. Le ressentiment accumulé pendant des décennies le protégea, lui et sa bande, ce qui lui permit de se déplacer au grand jour et de faire régner une justice du peuple. Ses partisans étaient capables de disparaître aussi facilement dans les replis de la dissimulation populaire que le Vietcong dans la jungle. Nombre d'incidents du nord-est du Hampshire, déjà évoqués (...), relevaient sans doute des activités de ce groupe, qui était basé près de Farnham ou de Crondall. La sanction infligée au zélé Sir John Cope - l'abattage de jeunes arbres - semble correspondre au scénario de leurs actions. Mais, si les Blacks du Hampshire avaient prêté un serment d'allégeance au “roi Jean”, très peu faisaient vraiment partie de la confrérie. "

La Guerre des forêts, page 71

AU COeUR de La Guerre des forêts, de l'historien britannique E. P. Thompson, il y a la promulgation, au printemps 1723, d'une loi dont la sévérité est ahurissante, le Black Act : dorénavant, la potence attend quiconque braconne un lièvre ou du poisson, brise les vannes d'un vivier, coupe un arbre, surtout s'il a pénétré " armé et déguisé " dans la forêt. La répression s'adressait en particulier aux braconniers, qui se noircissaient le visage afin ne pas être reconnus, d'où leur surnom de Blacks, notamment dans le Hampshire et le Berkshire. Selon l'historien, ces désordres, suscités par des bandes plus ou moins organisées - l'une est dirigée par un " roi Jean " -, manifestaient la résistance des villageois aux tentatives d'appropriation de leur environnement, à la montée du capitalisme agraire qui les privait des droits coutumiers et des formes d'usage collectives des terres.

Au terme de son enquête dans les archives, Thompson restitue finement non seulement les causes des troubles et les motivations des braconniers rebelles, mais aussi les positions de la gentry locale et des grands propriétaires. Cette lutte des classes est aussi l'occasion, pour l'historien marxiste, de développer une pensée subtile du droit qui ne saurait, à ses yeux, être uniquement rabattu sur son pouvoir d'oppression. Ces belles analyses sur la force du droit ne font qu'augmenter l'intérêt de cet ouvrage dont la riche matière historique croise le talent de style de son auteur.

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

Face à la violence du régime, l'opposition ukrainienne attend une réaction plus forte de l'UE et des Etats-Unis

Les Etats-Unis ont répondu aux violences qui ont fait cinq morts, mercredi 22 janvier en Ukraine, par des restrictions de visas et des menaces de sanctions. Selon la porte-parole du département d'Etat, Marie Harf, qui s'est refusée à toute précision, plusieurs officiels ukrainiens considérés comme responsables de la répression contre des manifestants pacifiques ont vu leur visa suspendu.

Alors que des émeutes ont fait leurs premiers morts à Kiev, l'administration américaine a continué à réfléchir à d'éventuelles sanctions, une demande de l'opposition ukrainienne qui voudrait que les Occidentaux s'engagent plus nettement contre le président, Viktor Ianoukovitch, à qui elle reproche d'avoir renoncé, fin novembre 2013, à signer un accord d'association avec l'Union européenne au profit d'un rapprochement avec la Russie.Preuve, s'il en fallait, qu'entre le pain et la liberté les peuples choisissent toujours cette dernière!

Mais le dossier ukrainien ne fait pas partie des priorités américaines, d'autant que l'administration Obama est actuellement engagée dans un dialogue délicat avec Moscou, que ce soit sur la Syrie ou la sécurité des Jeux olympiques de Sotchi. Déjà, la Russie a dénoncé des " ingérences étrangères " dans les affaires de l'Ukraine, mercredi, par la voix du vice-ministre des affaires étrangères, Grigori Karassine. La veille, c'était le ministre Sergueï Lavrov qui dénonçait une situation hors de contrôle. " Apparemment, quelqu'un est intéressé par ce chaos ", a-t-il lancé dans une conférence de presse à Moscou.

L'administration Obama est désireuse de manifester sa sympathie aux manifestants proeuropéens sans avoir l'air d'encourager la révolte, tout en se méfiant des débordements. Mercredi, Mme Harf a mis en garde contre les dérapages causés par " de petits groupes d'extrême droite ". En décembre, la secrétaire d'Etat adjointe pour l'Europe, Victoria Nuland, s'était rendue à Kiev, en plein milieu des manifestations.

Le 19 janvier, Washington a solennellement appelé le gouvernement ukrainien à " révoquer les lois antidémocratiques " passées les jours précédents pour criminaliser les manifestants, à " retirer la police anti-émeutes du centre de Kiev et à entamer un dialogue avec l'opposition politique ". Le secrétaire d'Etat, John Kerry, s'est déclaré " extrêmement troublé " par ces mesures, avant de faire un appel du pied aux Européens : cela " devrait inquiéter tous les pays qui veulent voir le peuple ukrainien pouvoir, non seulement exprimer ses souhaits, mais également les voir exaucés ". Et, a-t-il ajouté : " Nous pensons profondément que le peuple ukrainien veut être affilié, veut être associé avec l'Europe. "

A deux semaines des Jeux olympiques, les Américains essaient d'éviter les frictions avec la Russie. Quand Barack Obama s'est entretenu, mardi, avec son homologue Vladimir Poutine, la situation en Ukraine n'a pas été évoquée, si l'on en croit le compte rendu de la conversation fait par la Maison Blanche. Le principal sujet de conversation a été la sécurité des Jeux olympiques, qui préoccupe les Américains. Selon la partie russe, qui ne mentionne pas les Jeux, c'est la conférence sur la Syrie qui a surtout occupé les deux hommes.

Le département d'Etat a publié une mise en garde aux voyageurs. Un élu du Congrès, Mike Rogers, et non des moindres - il préside la commission du renseignement - a visité Moscou et déclaré qu'il déconseillerait à sa famille de venir assister aux Jeux. " Nous avons noté une absence de coopération que je trouve très préoccupante. Ils font beaucoup pour la sécurité mais nous ne recevons pas toutes les informations dont nous avons besoin pour protéger nos athlètes. "

Les Etats-Unis ont offert leur assistance, mais la Russie a refusé, dans un premier temps, n'autorisant la présence que d'une quarantaine d'agents du FBI. A la suite de l'entretien Obama-Poutine, la Maison Blanche a fait savoir que les Russes étaient intéressés par des équipements d'interception électronique des détonateurs de bombe à distance. Les détails sont en cours de discussion. Cela supposerait que des techniciens américains accompagnent le matériel.

Sur la place de l'Indépendance, " il n'y a pas de stratégie, on se tient prêt, c'est tout "

Mercredi 22 janvier, l'Ukraine a compté ses premiers morts dans le centre de Kiev, à quelques pas du Parlement, où s'opposent depuis dimanche protestataires et forces de l'ordre : cinq personnes ont trouvé la mort, selon les services médicaux de l'opposition, dont quatre auraient été tuées dans la journée. Le parquet n'a confirmé le décès que de deux personnes.

Des probables morts par balles, on ne saura pas grand-chose. La police dément avoir tiré sur les manifestants et le premier ministre, Mykola Azarov, a rejeté la responsabilité sur les chefs de l'opposition.

Ces morts ont à peine une identité : tout juste connaît-on celle de l'une des victimes, Sergueï Nigoyan, un jeune de 20 ans, né en Ukraine de parents arméniens, qui avait rejoint Maïdan, la place de l'Indépendance de Kiev, le 8 décembre pour " s'assurer un meilleur avenir ".

Sur l'avenue Khrushevshkoho, où ont lieu désormais les principaux affrontements, la police a lancé l'assaut mercredi à l'aube. A plusieurs reprises, les forces de l'ordre - les jeunes policiers à l'avant, les forces anti-émeutes à l'arrière - ont avancé de plusieurs centaines de mètres, provoquant des mouvements de foule à l'arrière. L'odeur âcre des pneus brûlés et les explosions régulières de grenades assourdissantes plongeaient les rues qui relient le Parlement à la place de l'Indépendance un air de guérilla urbaine.

Mais au final, à coups de jets de pierres et de cocktails Molotov, les manifestants regagnaient leur position d'origine, derrière une ligne de bus calcinés. Lassitude

Armées d'un tout nouvel arsenal répressif, d'un véhicule blindé positionné sur l'avenue Khrushevshkoho et fortes d'un décret publié dans la journée autorisant la police à utiliser des canons à eau malgré les températures glaciales avoisinant les - 10 °C, les autorités n'ont pas réussi à mater la contestation. Le grand assaut sur la place de l'Indépendance n'a pas été lancé.

C'est là, à quelques encablures du front avancé de Khrushevshkoho, qu'est situé le camp retranché des protestataires. Sur environ 700 mètres, autour de Maïdan et le long de la principale rue adjacente, se situe le " village " : tentes, services d'aide médicale ou de restauration, galeries d'art, espaces de débat... Une véritable place forte, avec ses tours de guet de fortune et ses comités de défense, organisés en colonnes, à l'équipement précaire (bouts de tôle en guise de boucliers, bâtons de bois et parfois, un gilet pare-balles). Anatoliy, la quarantaine, surveille les entrées et sorties de la place. Comment se prépare-t-il à l'assaut annoncé ? " Il n'y a pas de stratégie, on se tient prêt, c'est tout. "

Depuis deux mois qu'ils occupent l'endroit et que la crise politique fait du surplace, les manifestants résistent. Même les modérés de Maïdan, lassés par l'absence de concessions du régime, soutiennent à mots plus ou moins couverts les actions radicales menées près du Parlement. Et si d'Europe, il n'est plus beaucoup question - le rapprochement avec Bruxelles ayant été définitivement écarté par l'accord signé avec la Russie le 17 décembre -, c'est bien l'Etat policier mis en place par le président Viktor Ianoukovitch qui est dénoncé.

Malgré une fatigue manifeste, la solidarité reste l'un des moteurs du mouvement. Perché sur une barricade, Sergueï, 26 ans, vide des bidons d'eau afin de transformer les abords de la place en patinoire. " Chacun prend ses initiatives. Si on voit une pelle traîner, on s'en empare 30 minutes pour former des tas de neige et remplir des sacs. " Sur cette barricade où s'activent des jeunes joyeux et pleins d'entrain, on oublierait presque que les affrontements sur Khrushevshkoho sont bien réels.

En fin de journée, les représentants de l'opposition sont arrivés sur l'estrade de la place de l'Indépendance. Une minute de silence a été observée en hommage aux protestataires tués. Les dizaines de milliers de personnes rassemblées attendaient les résultats d'une réunion d'urgence organisée dans l'après-midi entre l'opposition et le président. La réponse les a déçues : le pouvoir reste sourd à la demande d'élections générales anticipées. Trois heures de discussion n'ont abouti à aucune avancée.

Accusés ces derniers jours de manquer de combativité, les chefs de parti se sont montrés plus pugnaces, fixant un ultimatum de " 24 heures " au président pour faire des concessions, avant de " passer à l'offensive ".

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

En Chine, le pouvoir communiste a longtemps usé et abusé des notions de " peuple " et de " masses " pour désigner le milliard 300 millions d'humains qu'il administre. Au mieux, les Chinois sont des habitants (jumin), le vocable qui figure sur la carte d'identité de tout Chinois. Mais il est un mot qui fait peur à l'Etat-parti : " citoyen ".

Xu Zhiyong vient de l'apprendre à ses dépens. Ce professeur d'université et docteur en droit de 40 ans a été l'animateur du Mouvement des nouveaux citoyens. Le procès qui lui est intenté pour trouble à l'ordre public s'est ouvert mercredi 22 janvier, le jour des révélations dites " ChinaLeaks ", l'enquête sans précédent sur la fortune secrète des élites chinoises placée dans des paradis fiscaux, publiée par Le Monde et d'autres grands médias internationaux.

Le combat de M. Xu se situe dans le respect des lois chinoises - intégralement. Il réclame l'avènement d'un véritable Etat de droit. Il veut que les dirigeants soient responsables devant les " citoyens ". M. Xu et ceux qui l'ont suivi se sont fait connaître sur les réseaux sociaux et en manifestant dans la rue. Leur revendication prioritaire : ils demandent que le patrimoine des dirigeants de la deuxième économie mondiale soit public.

La revendication des Nouveaux Citoyens a touché un nerf sensible : les élites chinoises n'ont pas leur pareil pour siphonner les richesses du pays, avec la complicité de banques et de cabinets comptables occidentaux. Parmi les noms de ceux qui ont recours aux paradis fiscaux figurent des proches des plus hauts dirigeants chinois, actuels ou passés - dont le beau-frère du président Xi Jinping.

Ce dernier a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités, affirmant vouloir s'attaquer aussi bien aux " mouches " qu'aux " tigres ", aux petits qu'aux puissants. Il a pris des mesures. Elles ont sanctionné plusieurs dizaines de milliers de faits de corruption, y compris au plus haut niveau. Mais ces mesures sont le fait du parti, exclusivement, pas d'une justice indépendante. Elles relèvent moins de l'application de la loi que du fait de l'empereur. Car, dans le même temps, le pouvoir écrase les citoyens qui réclament la transparence. Il censure les réseaux sociaux et les sites des journaux étrangers, comme Le Monde, après les révélations sur l'argent caché des " princes rouges ".

Cet acharnement à faire taire les Nouveaux Citoyens est dissimulé à la grande majorité des Chinois en raison du silence imposé à la presse. C'est dans la logique du régime : le principe du maintien du parti unique outrepasse toute autre considération. Même si le PCC sait et dit que sa légitimité est rongée par la corruption des élites.

Des appels à la supervision citoyenne se sont fait entendre fin 2012, lors de la transition politique au sommet de l'Etat. Il n'empêche, la nouvelle équipe dirigeante recourt aux méthodes de ses prédécesseurs : en suscitant la peur, pas en appliquant le droit.

Le président Xi Jinping ne manque pas d'énergie réformatrice. Mais à quoi bon s'il réduit au silence ceux qui prennent au sérieux sa lutte anticorruption ?

L'onde de choc ChinaLeaks

Pas de commentaire, ou presque. Les révélations, mercredi 22 janvier, d'une quinzaine de médias du monde entier, dont Le Monde, sur les fortunes offshore des " princes rouges ", c'est-à-dire les proches parents des dirigeants chinois actuels ou passés, ont laissé Pékin de marbre. Les censeurs ont été plus actifs : les sites des médias étrangers ont été bloqués, alors que les médias sociaux chinois ont été " harmonisés ".

Un hasard de calendrier a même voulu que ces révélations soient publiées le jour du procès à huis clos de Xu Zhiyong, militant au sein d'un mouvement de citoyens qui exige que soit publié le patrimoine de tous les dirigeants chinois. D'autres militants doivent être jugés dans les prochains jours.

De fait, les révélations des partenaires de l'ICIJ, le Consortium international de journalistes d'investigation, basé à Washington, mettent en lumière les ambiguïtés de la campagne anticorruption lancée par le nouveau pouvoir de Xi Jinping, depuis l'accession de ce dernier au poste suprême à la fin 2012. Vu l'implication offshore des familles de tous les personnages du sommet de l'Etat, cette campagne peut apparaître davantage comme une série de purges politiques que comme un véritable nettoyage.

La Chine et les paradis fiscaux, une histoire d'amour

C'est un mariage des contraires, mais il dure : avec son contrôle des changes et sa monnaie inconvertible, la Chine est plus que toute autre économie dépendante des sas financiers que sont Hongkong et les paradis fiscaux. Quasi-paradis fiscal, la région administrative spéciale, mais aussi les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans ou Singapour, représentent aujourd'hui près des deux tiers des flux d'investissements directs comptabilisés entre la Chine et le reste du monde.

Une ouverture progressive En 1992, Deng Xiaoping accélère son programme de réformes économiques. Cette réorganisation, pensée pour les géants publics, pousse de nombreux Chinois vers l'offshore. Les banques, les cabinets comptables et les investisseurs taïwanais et occidentaux font de même. " C'est nous, les étrangers, qui avons imposé ce système ", confirme Rocky Lee, directeur du cabinet spécialisé en droit des affaires du monde chinois chez Cadwalader, Wickersham & Taft, " tant il y avait de la méfiance envers la réglementation et les lois chinoises ".

C'est la perspective de la rétrocession de Hongkong, colonie britannique, à la Chine continentale, en 1997, qui voit les îles Vierges britanniques et les îles Caïmans s'insérer dans les rouages financiers régionaux : nombre d'entrepreneurs hongkongais placent leurs avoirs dans ces paradis fiscaux. La Chine communiste, elle, utilise Hongkong comme un stimulant pour ses banques et groupes d'Etat, qui y créent des filiales pour lever de l'argent en Bourse. Aujourd'hui, l'Asie, Chine comprise, constitue 40 % des services financiers accordés par les îles Vierges.

Un tremplin pour les nouveaux champions chinois Au début des années 2000, les contrôles de flux de capitaux restreignent la présence des investisseurs internationaux sur les marchés d'actions chinois. Les places offshore font donc office de tremplin vers l'Amérique pour les nouvelles sociétés chinoises - en toute légitimité. " La plupart des fonds d'investissement qui s'intéressaient à ces sociétés étaient des fonds étrangers. Or, ne pouvant apporter leur argent en Chine, ils n'avaient d'autre solution que d'investir dans une holding qui détenait la société chinoise, mais depuis l'offshore. Et ensuite d'introduire cette holding en Bourse hors de Chine ", explique un gérant de fonds occidental basé en Chine.

Les introductions en Bourse ont souvent lieu à New York, où de nombreuses sociéttés sont enregistrées aux Bermudes ou aux îles Caïmans ; un modèle reproduit par beaucoup des 130 firmes chinoises cotées au Nasdaq, dont les géants d'Internet (Sina, Tencent...), des énergies nouvelles ou des services en ligne. Depuis 2006, cependant, les autorités chinoises ont pris des mesures pour limiter les opérations transitant par Hongkong.

Une passerelle pour les investissements à l'étranger Le Cayman Business Journal relate, en octobre 2013, la visite aux Caïmans d'une délégation du département du commerce de la province du Jiangsu intéressée par la création de " structures d'investissement communes à plusieurs entités chinoises ", et destinées à servir " de véhicules à l'acquisition de ressources naturelles pour le marché chinois ". Nombre d'acquisitions à l'étranger dans ce secteur ont suivi ce procédé.

Une assurance pour les millionnaires Les riches Chinois sont de plus en plus nombreux à quitter le navire, tant la protection des lois est aléatoire dans le pays. Le cash transite le plus souvent par Hongkong, avant d'atterrir dans les paradis fiscaux. Des centaines d'officines et de représentants de banques d'affaires proposent des solutions aux candidats à l'exil financier, passant par des fausses facturations. Il existe aussi un réseau très actif des " courtiers informels " entre la Chine et Hongkong.

Chaque année, des dizaines de milliards de dollars entrent et sortent ainsi de Chine. Dans son dernier rapport sur les pays émergents publié en décembre 2013, l'ONG Global Financial Integrity épingle le pays comme le leader mondial des " sorties illicites de fonds " entre 2002 et 2011, avec 1 080 milliards de dollars (800 milliards d'euros) cumulés.

Tout ce système est la clé de voûte du miracle économique chinois. Pour le meilleur - internationalisation et flexibilité - et pour le pire : dissimulé au milieu de tels volumes, l'argent noir de la corruption devient un jeu d'enfants.

Après les révélations du " Monde " sur les liens des dirigeants chinois avec les paradis fiscaux, les données du Consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ) montrent que l'industrie pétrolière profite de ce coffre au trésor de la finance mondiale. Récit d'une bataille juridique menée par un homme, Sun Tiangang, contre Sinopec, un géant du pétrole

Sun Tiangang est passé maître dans les pratiques offshore. A la faveur du décollage spectaculaire de l'économie chinoise, dans les années 1990, l'homme d'affaires a créé des dizaines de sociétés, selon ses dires, dans les îles Caïmans, les Bermudes et les îles Vierges britanniques. Dans le même temps, il faisait fortune dans les hôtels, l'électronique, les emballages alimentaires et, finalement, comme magnat du pétrole.

Il appréciait la facilité des affaires, ainsi que les économies d'impôts et le secret. Une société dans les îles Vierges britanniques, d'après lui, coûte seulement quelques centaines de dollars à la création et " fournit une couverture très fiable " -- qui permet au véritable propriétaire de rester dans l'ombre. " S'il y a un problème, tel qu'une fraude, il vous suffit de fermer la société, de partir et de nier tout lien avec celle-ci, explique M. Sun. Beaucoup de gens sur le continent font ce genre de choses. "

Mais, en août 2005, la vie de Sun Tiangang, qui avait débuté comme testeur d'eau, a déraillé. Il effectuait régulièrement le trajet de Hongkong, son lieu de résidence, au siège de sa société dans la ville voisine deShenzhen. La police l'a arrêté juste après la frontière.

Deux jours plus tard, toujours sans aucune idée de ce qu'on lui reprochait, M. Sun dit avoir été escorté par six agents pour prendre un vol commercial jusqu'à Changchun (extrême nord-est de la Chine). Il est resté en prison pendant les cinq années qui ont suivi. Le parquet aurait tenté à deux reprises de le faire condamner pour corruption et détournement de fonds, en vain. Il a été libéré de prison fin 2010, tandis que la procédure le concernant était encore bloquée, six semaines après que le directeur adjoint de sa société pour la Chine eut succombé à une hémorragie cérébrale dans un centre de détention.

M. Sun a ensuite passé deux années en résidence surveillée à Pékin. La seconde mise en accusation a été officiellement abandonnée et il a recouvré sa liberté en mars 2012.

Bien que le dossier du procès intenté aux Etats-Unis par M. Sun indique que ses salariés ont vendu une large part de ses actifs, l'homme d'affaires semble avoir sauvé une partie de sa fortune. Exilé aux Etats-Unis, il est arrivé pour une récente interview au bureau de son avocat à Pasadena, en Californie, à bord d'une Mercedes blanche.

Il lui avait paru naturel d'utiliser des sociétés offshore lorsque son empire a grandi. La Chine était en pleine croissance, mais la fiscalité des entreprises sur le continent et les contrôles stricts des capitaux ont incité de nombreux millionnaires en devenir à créer des entreprises à l'étranger. L'offshore présentait l'avantage de structures plus flexibles pour devenir propriétaire, la facilité des échanges de capitaux internationaux et la possibilité d'être coté sur une place boursière étrangère.

Pour M. Sun, elles lui ont aussi permis de " magouiller ". Lorsqu'il a manigancé ce qu'on appelle une " fusion inversée " pour faire entrer en Bourse sa coentreprise de l'oléoduc en 2001, il n'a pas eu à se soucier du contrôle des autorités de régulation. Il a simplement intégré l'actionnaire majoritaire d'un oléoduc situé au Xinjiang (province située à l'extrême ouest de la Chine), une société créée aux îles Vierges britanniques, dans une société cotée à Hongkong. M. Sun précise que les juristes et les comptables de GeoMaxima Services, une société d'exploration minière, ont " conçu cette manoeuvre pour pouvoir contourner les obstacles juridiques ".

Mais les avantages des paradis fiscaux caribéens et de l'opacité offshore se sont retournés contre lui. Ses avoirs étrangers, détaille-t-il, sont devenus un des outils employés par ses ennemis pour voler une grande partie de son empire financier, en effaçant sa participation dans l'oléoduc.

Le projet du Xinjiang fut son plus gros pari et sa plus grande victoire. Mais il allait être broyé par un géant de l'industrie pétro-gazière chinoise dominée par l'Etat.

Sur le projet du Xinjiang, M. Sun était associé à une nouvelle compagnie pétrolière publique, China National Star Petroleum Corporation (CNSPC). Celle-ci avait obtenu l'autorisation de l'Etat pour l'exploration du champ pétrolifère de Tahe, au Xinjiang. M. Sun a été appelé pour construire et exploiter l'oléoduc, une entreprise risquée, car ce site était alors jugé improductif. Le concurrent China National Petroleum Corporation (CNPC) y avait renoncé après six années sans succès. Toutefois, au cours de sa première année d'exploitation, l'oléoduc a rapporté environ 7 millions de dollars d'après les pièces versées au procès que M. Sun a engagé devant la cour fédérale de Los Angeles.

En 2001, M. Sun a constitué sa société des îles Vierges britanniques pour aider à structurer la cotation de l'entreprise de l'oléoduc, grâce à laquelle il espérait devenir un acteur encore plus important du secteur pétrolier.

Entre-temps, Sinopec a racheté CNSPC, devenant ainsi son nouveau partenaire dans le projet du Xinjiang. C'est alors que les ennuis ont commencé. Alors que l'entreprise de M. Sun avait un contrat d'exclusivité de vingt ans sur le site de Tahe, Sinopec n'aurait pas respecté l'accord. D'après les pièces du procès, Sinopec a construit son propre oléoduc et s'est mis à détourner le pétrole de celui de M. Sun. Ce dernier a engagé des poursuites, d'abord à Hongkong, puis à Pékin. Durant les négociations au siège de Sinopec, relate-t-il, un avocat du géant pétrolier l'a menacé : " Vous devriez bien réfléchir. Vous allez conduire une entreprise du Parti communiste chinois devant un tribunal du Parti communiste chinois... Avez-vous la moindre chance de gagner ? " Peu après, il était arrêté.

En l'espace de quelques mois, le conseil d'administration de GeoMaxima a annoncé qu'il retirait les poursuites engagées à Pékin contre Sinopec. Au cours des années qui ont suivi, selon les dires de M. Sun, ses anciens salariés se sont partagé ses avoirs.

Les données obtenues par le Consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ) montrent que la femme d'un de ses salariés est devenue à un moment directrice et actionnaire de la société, même si les papiers officiels donnent deux dates contradictoires pour ses nominations : le 26 février 2001 et le 31 août 2005. Les documents révèlent en outre que cette femme a renommé la société Hong Chang China Limited en 2007. Selon le dossier du procès, elle et son époux, hauts responsables de Sinopec, et plusieurs représentants des autorités chinoises, auraient " élaboré un plan pour détruire l'empire financier de M. Sun ".

Bien que les données indiquent que Hong Chang China Limited est toujours en activité, M. Sun ne peut y accéder. Les charges finalement retenues contre lui en 2007 étaient la fraude aux contrats, les faux apports de capitaux, le détournement de fonds et la corruption, mais l'acte d'accusation a été annulé par la suite.

Un second document le mettant en examen pour détournement de fonds et corruption a débouché sur un procès en 2009, mais il a été ajourné sans jugement immédiat. Ce genre de revirements successifs est inhabituel pour la justice chinoise. On ignore pourquoi le parquet n'a pas réussi à obtenir une condamnation.

En Chine, l'industrie pétrolière est un univers fermé où l'argent et la politique sont étroitement liés. Sinopec et PetroChina figuraient parmi les cinq premières entreprises mondiales au classement 2013 du magazine Fortune.

China National Offshore Oil Corporation (Cnooc), qui se concentre sur le forage sous-marin, est la troisième compagnie pétrolière nationale chinoise.

Son monopole sur les milliards d'actifs vaut à l'industrie pétro-gazière la réputation d'être l'un des secteurs les plus corrompus parmi ceux contrôlés par l'Etat en Chine.

En 2009, Chen Tonghai, président de Sinopec quand M. Sun essaya de poursuivre la société pour le litige concernant l'oléoduc, a été condamné à la peine de mort avec sursis pour avoir reçu plus de 28 millions de dollars de pots-de-vin. Beaucoup d'anciens hauts responsables de l'Etat ont travaillé dans l'industrie pétrolière et conservent des liens étroits avec elle.

Sinopec a présenté une requête en annulation du procès, prévu en mars aux Etats-Unis. Selon le géant pétrolier, cette affaire est du ressort des autorités chinoises et non américaines.

Dans le dossier du procès, il affirme qu'il ne s'agit pas de vol, d'enlèvement et de torture comme le prétend le plaignant. Sinopec s'est depuis refusé à tout commentaire.

Le bien-fondé des accusations de M. Sun fait encore l'objet d'un litige devant les tribunaux, mais le récit de ses déboires dans le monde offshore éclaire sous un nouveau jour le rôle trouble joué par les paradis fiscaux, comme les îles Vierges britanniques, sur le marché chinois. Il illustre aussi les liens entre le monde offshore et la prolifération de la corruption.

Un rapport interne du gouvernement publié par la Bank of China a révélé que des salariés d'entreprises publiques et d'autres fonctionnaires avaient sorti du pays plus de 120 milliards de dollars (près de 90 milliards d'euros) depuis le milieu des années 1990. Une part considérable de cet argent a transité par les îles Vierges britanniques et d'autres paradis offshore, selon ce document.

Obtenus par l'ICIJ dans le cadre de son projet OffshoreLeaks, des documents mettent en évidence des liens étroits entre les centres offshore et les trois grandes compagnies pétrolières nationales. D'après ces données, les groupes pétroliers et leurs dirigeants ont créé des dizaines de sociétés dans les îles Vierges britanniques, les îles Cook et d'autres juridictions offshore entre 1995 et 2008.

Selon ces documents, Li Hualin, un ancien cadre de PetroChina renvoyé en août après l'ouverture d'une enquête pour " graves infractions à la discipline ", un euphémisme souvent utilisé par le PCC pour des faits de corruption, a dirigé deux sociétés aux îles Vierges.

Le pétrole, moteur de la corruption chinoise

Si certaines de ces sociétés offshore apparaissent bien dans les documents officiels, d'autres, liées en propre à des cadres, semblent maintenir leurs activités dans l'opacité. Elles ont été dévoilées dans les rapports annuels des branches cotées en Bourse des trois géants pétroliers, mais beaucoup ne semblent pas avoir été déclarées publiquement. Il est difficile de savoir si leur existence a été signalée en interne au gouvernement chinois -- une obligation. Rien ne prouve que les compagnies pétrolières ou leurs dirigeants se sont livrés à des pratiques illégales, mais le secret entourant le monde offshore laisse un flou sur l'usage qu'ils en ont fait. Dans certains cas, on ignore en outre si les entités ont été constituées au nom des employeurs ou comme actifs personnels.

Parmi les dirigeants de l'industrie pétrolière chinoise possédant des sociétés dans les îles Vierges britanniques répertoriées par l'ICIJ figure Zhang Bowen, de Kunlun Energy Limited, la branche de PetroChina spécialisée dans la distribution du gaz. Il était l'unique directeur et actionnaire d'Adept Act Enterprises Limited, une entreprise active entre 2006 et 2008.

De même, Yang Hua, directeur général de China National Offshore Oil Corporation (Cnooc), possédait Garland International Trading Company Limited, une entité établie aux îles Vierges britanniques, dont il était inscrit comme seul directeur et actionnaire. Son collègue Fang Zhi, vice-président de Cnooc International, était le directeur et actionnaire de Xin Yue Lianping Company Limited et Xin Yue (BVI) Company Limited.

Kunlun Energy et PetroChina se sont refusé à tout commentaire au sujet des éléments constituant la base de données de l'ICIJ relatives à M. Zhang. Cnooc n'a pas répondu non plus aux demandes concernant MM. Yang et Fang.

C'est l'histoire d'un complexe pétrochimique géant, qui n'aurait jamais vu le jour sans l'entremise du fils d'un des hommes les plus puissants de Chine, Zhou Yongkang, parti à la retraite en 2012 après avoir été membre du comité permanent du bureau politique et responsable de la sécurité au sein du Parti communiste chinois (PCC). Un complexe situé à Pengzhou, à une cinquantaine de kilomètres de Chengdu, la capitale provinciale de 14 millions d'habitants, capable de raffiner dix millions de tonnes de pétrole par an, et de produire 800 000 tonnes d'éthylène. Le chantier à 38 milliards de yuans (4,6 milliards d'euros), lancé en 2007, était présenté comme l'investissement le plus important dans cette province du Sichuan (sud-ouest) depuis la fondation de la République populaire en 1949.

A Chengdu, la raffinerie de tous les pots-de-vin

A Chengdu, à mesure que la vaste enquête anticorruption lancée par l'administration Xi Jinping au sein du PCC et dans les milieux d'affaires fait tomber un à un les protégés de Zhou Yongkang, les langues commencent à se délier.

Certains avaient tenté de sonner l'alerte, pointant la dangerosité du site et le risque environnemental. Un géologue d'un institut officiel s'était opposé au projet. Son supérieur lui avait conseillé de se protéger. " Le chef de bureau m'a confié qu'il était également contre, mais que la raffinerie était soutenue en haut lieu ", se souvient le scientifique, qui préfère rester anonyme. Dans les couloirs de son institut, il se murmurait que les délégués de l'Assemblée provinciale avaient plié malgré un certain scepticisme. " Le projet relevait de la politique, il fallait l'approuver ", résume-t-il.

Aujourd'hui, la raffinerie, qui aurait dû commencer à fonctionner en 2010, est prête, et un oléoduc la relie à la région du Xinjiang, le grand ouest musulman de la Chine, et au Kazakhstan depuis mars 2013. Mais elle n'est pas encore entrée en service.

" Si les évaluations avaient été réalisées normalement, la raffinerie n'aurait jamais été approuvée ", souligne le géologue. Il cite, entre autres, la rivière Tuo, qui coule à proximité, déjà saturée en polluants, de sorte qu'il eût fallu fermer de nombreuses usines pour préserver un tant soit peu l'équilibre environnemental. Mais c'est surtout le danger sismique qui préoccupe ce spécialiste. Car en la matière, la zone de Pengzhou est particulièrement sensible : l'épicentre du séisme qui a meurtri le Sichuan en mai 2008, faisant plus de 70 000 victimes, n'est qu'à deux heures de route. Notre géologue dit avoir vu à Pengzhou, à l'époque, des bâtiments appartenant à PetroChina endommagés par la catastrophe...

Jiang Jiemin, à l'époque président de PetroChina, s'était engagé dans les médias locaux à " s'assurer que le projet est sûr et compatible avec l'environnement ". Dès la fin de 2008, les différents ministères avaient donné leur bénédiction : le projet est reparti de plus belle. Cinq ans plus tard, le groupe est devenu la quatrième plus grande capitalisation boursière du monde. Et Jiang Jiemin est en détention. La presse officielle a annoncé son limogeage le 1er septembre 2013, sous l'accusation de " violations graves de la discipline ", l'expression consacrée pour corruption.

Zhou Yongkang et son entourage sont accusés d'avoir très largement profité du mélange des genres entre sécurité et pétrole. M. Zhou a commencé en tant que technicien sur des puits du Nord-Est chinois pendant la Révolution culturelle, jusqu'à devenir directeur général de PetroChina en 1996, avant d'être nommé ministre des terrains et ressources, puis chef du Parti communiste au Sichuan, de 1998 à 2002, et enfin l'un des neuf membres du comité permanent du bureau politique du PCC. L'organe suprême du pouvoir chinois.

A la tête de l'appareil de sécurité, il était à la meilleure place pour faire taire les militants écologistes qui osaient protester. " Nous pensions que c'était simplement un problème environnemental, nous n'avions pas saisi les implications politiques ", se souvient un militant de Chengdu, qui s'est vu infligé de la prison ferme pour avoir participé à des manifestations exigeant la suspension du chantier.

Le filet serait en train de se resserrer autour de Zhou Bin, fils aîné de Zhou Yongkang. La presse de Hongkong affirme que l'homme d'affaires, résidant la moitié de l'année aux Etats-Unis, serait rentré en Chine vers la fin de l'été 2013, sous la pression des enquêteurs chinois. Il aurait été placé en détention. Selon une source à Chengdu, qui a des connaissances au sein du géant pétrolier et dans l'administration locale, le fils Zhou a joué l'intermédiaire pour convaincre PetroChina de choisir les " bons " fournisseurs sur des projets, tels que la raffinerie de Pengzhou. Sa qualité première était de faciliter l'accès aux hauts dirigeants du groupe.

Un point d'interrogation demeure sur la manière dont les entrées du père ont bénéficié financièrement au fils. Des sites d'information dissidents lui prêtent des intérêts cachés dans Wison, une société de construction d'infrastructures pétrolières et chimiques ayant remporté plusieurs contrats sur ce chantier colossal de Pengzhou.

Ayant son siège à Shanghaï, cotée à Hongkong et enregistrée aux îles Caïmans, Wison percevait au moins jusqu'en 2011 une majeure partie de ses revenus de contrats avec PetroChina. Mais son fondateur et patron, Hua Bangsong, est en détention depuis l'été, même si Wison nie avoir eu le moindre lien avec les Zhou.

Un autre homme d'affaires, Wu Bing, est suspecté d'avoir servi d'homme de paille au clan Zhou par le biais de sa société d'investissement dans le pétrole, Zhongxu, enregistrée à Hongkong. Il est lui aussi retenu par les enquêteurs depuis le mois d'août 2013. Le magazine économique Caixin a déjà révélé que Zhou Bin fut un temps président d'une filiale de cette holding, Zhongxu Sunshine, qui fournira, en 2010 et 2011, des valves et tronçons de tuyauterie à PetroChina pour la construction de puits sur le champ d'Halfaya, en Irak. PetroChina payait, avant de se faire rembourser en pétrole par la compagnie irakienne Missan.

Zhongxu se fournissait auprès d'usines chinoises mais faisait transiter certaines pièces par les Etats-Unis, les Irakiens s'inquiétant de la qualité des produits en provenance de l'empire du Milieu. Selon la source de Chengdu, l'appareil sécuritaire chinois fut mis à contribution pour la réussite du clan. Il prend l'exemple du renseignement, que le père contrôlait également, d'une grande utilité à l'international.

Dans le cas de Pengzhou, il s'agissait de convaincre les dirigeants de PetroChina de choisir ce site malgré ses désavantages. Certains suggéraient d'opter pour une province côtière ou un lieu moins exposé. Mais pour les autorités du Sichuan, le projet était trop important pour être remis en cause. Il fallut nommer un habitué du pétrole au poste de vice-gouverneur de cette province de 80 millions d'habitants. Le choix de Guo Yongxiang s'imposa, car il avait suivi Zhou Yongkang pendant douze années chez PetroChina puis au ministère de la terre et des ressources.

Toujours selon cette personne, Guo Yongxiang monta une équipe liée au bureau de représentation de la province du Sichuan à Pékin qui fut chargée de gagner les faveurs des cadres de PetroChina pour emporter la décision finale en faveur de Pengzhou. Cela coûta des millions, il fallait les divertir, verser des pots-de-vin, dit cet homme : " C'était leur mission. Ils les invitaient si généreusement qu'à un moment les officiels de PetroChina ont commencé à craindre pour leur carrière lorsqu'il fallait les rencontrer. " Cette stratégie a pourtant porté ses fruits : " Pengzhou était loin d'être l'emplacement idéal mais il fut sélectionné. " La population locale a tenté de dire non. Une manifestation eut lieu le 4 mai 2008 malgré la répression des autorités. Une semaine avant le séisme. " Après cela nous étions tous absolument convaincus que le gouvernement allait abandonner Pengzhou ", se souvient un manifestant d'alors, qui fut emprisonné.

La branche sur laquelle prospérait le clan Zhou s'affaisse aujourd'hui mais, au Sichuan, il n'est toujours pas question de dire son opposition à la raffinerie. Le manifestant s'interroge à voix haute : " 38 milliards de yuans ont été dépensés, qui prendrait la responsabilité de revenir sur la décision ? "

Un " syndicat " aux paradis

Scrub Island (îles Vierges britannique)

Les îles Vierges, les Bermudes et Gibraltar forgent une alliance pour résister à l'offensive de l'OCDE

Ils ont un plan pour combattre les pays du G20 : créer le " syndicat " des petits paradis fiscaux injustement attaqués par les grandes puissances au prétexte fallacieux de la lutte contre l'évasion et la fraude fiscales.

C'est sur la petite île paradisiaque de Scrub Island, à quelques milles nautiques de Road Town, la capitale des îles Vierges, qu'ils en parlent, ce 15 janvier. Une conférence sur l'avenir des places offshore s'y tient pour la journée, dans un cadre de rêve, mer cristalline et yachts opulents qui se succèdent au ponton pour laisser descendre leurs illustres occupants.

" Ils ", ce sont Orlando Smith, Craig Cannonier et Fabian Picardo, respectivement premiers ministres des îles Vierges britanniques, des Bermudes et de Gibraltar. A eux trois, ces microterritoires battant pavillon britannique représentent un poids économique considérable. De quoi, estiment-ils, tenir la dragée haute aux grands pays développés.

" Lequel d'entre eux pourrait se vanter d'être le numéro un pour les activités d'assurance et de réassurance - le cas des Bermudes - ? Le premier pays au monde par le nombre de sociétés - îles Vierges - ? Ou le premier acteur sur le marché des paris en ligne, avec des sociétés cotées à la Bourse de Londres - Gibraltar - ? ", lance M. Picardo.

" La fête est finie ! "

Si d'aventure les îles Caïmans mais aussi Jersey, Guernesey, l'île de Man et tous les territoires et dépendances de la Couronne britannique se joignaient au trio formé à Scrub Island, alors la flottille deviendrait armada.

L'idée d'un " syndicat " mûrissait depuis quelques mois. Car la pression de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mandatée par le G20 pour faire progresser la lutte contre l'évasion fiscale sur les centres financiers offshore ne cesse de croître. Jusqu'à menacer directement, désormais, le modèle économique qui a fait leur prospérité depuis vingt ans.

Dans un monde sans secret bancaire ni compétition fiscale, quel serait, en effet, l'intérêt de monter une société offshore ? Un consultant venu de Hongkong prévient : " Si demain tous les pays passent à l'échange automatique de données sur les contribuables, comme le veut l'OCDE, la fête est finie ! "

D'accord, pour la plupart, pour se doter d'un cadre de régulation renforcé contre le blanchiment, les paradis fiscaux refusent cependant la notion de transparence. " La confidentialité est un principe de base pour nous. Sinon, toute la confiance dans notre économie s'en va ", martèle ainsi le secrétaire d'Etat aux finances des îles Vierges, Neil Smith. Lui ne parle pas de " paradis fiscaux ", terme péjoratif, mais de " territoires pratiquant la neutralité fiscale ".

" Notre intérêt commun, c'est de nous mettre autour de la table pour réfléchir à ce que nous pourrions faire ensemble. Il faut bâtir de nouvelles stratégies face au monde qui arrive, pour maintenir notre avantage compétitif ", confirme le premier ministre des îles Vierges, Orlando Smith.

Rien n'est cependant arbitré. Juste des pistes à l'étude, comme de proposer des offres communes dans les services financiers ou le tourisme (croisières, etc.) aux riches investisseurs. Ou explorer conjointement de nouveaux marchés comme la Chine, où les îles Vierges ont de quoi capitaliser sur leur notoriété et le Brésil, où explose le nombre de multimillionnaires. " Nous serons plus forts ensemble ", approuve le numéro un des Bermudes, prêt lui aussi à resserrer les liens entre centres offshore et acteurs publics ou privés.

D'autant qu'il ne serait pas nécessaire de partir de zéro. Des structures de coopération existantes pourraient être renforcées ou transformées, et dotées d'une gouvernance commune. L'OCDE est prévenue...

Sans dirigeants, sans structure légale, des militants prônent la divulgation des patrimoines. Le régime apprécie peu!

Le ciel est gris, ce dimanche après-midi 31 mars 2013, quand un petit groupe de Pékinois s'apprête à mener une action peu ordinaire. Ils ont choisi un parc dans le quartier de Xidan à Pékin, à l'ouest de la place Tiananmen, où se succèdent les centres commerciaux et les zones piétonnières. Devant une sorte d'amphithéâtre lové entre deux escaliers courbés qui mènent aux espaces verts, ils déplient deux banderoles de plusieurs mètres de long. Sur l'une d'elles, on lit, en grands idéogrammes blancs sur fond rouge : " Les citoyens demandent aux officiels de divulguer leur patrimoine. " Sur l'autre, il est écrit : " Nous demandons aux sept membres du Comité permanent - l'instance suprême du parti - d'être les premiers à révéler leurs biens familiaux et la nationalité des membres de leur famille. "

Quatre des individus tendent les bannières, tandis qu'un cinquième s'adresse à la foule, éparse. Il s'appelle Yuan Dong, 45 ans, et est courtier dans une grande société de Bourse. L'orateur appelle à signer une pétition. Sur la vidéo de l'événement, disponible sur YouTube, on entend quelques encouragements (" On vous soutient ! "). Puis la police intervient. Des agents en uniforme et en civil font ranger leurs banderoles aux protestataires. Il y a un petit attroupement, et les trublions sont embarqués.

Les cinq militants font partie du Mouvement des nouveaux citoyens (Xin Gongmin Yundong), dernier-né des offensives politiques informelles - il n'y a ni structure légale ni dirigeant - issues de la société civile. Mais, contrairement à ceux qui, depuis janvier 2013, avaient mené une demi-douzaine de micro-manifestations similaires à Pékin, les cinq compères du 31 mars ne seront pas libérés. Leur arrestation marquera même un tournant, puisqu'une grande partie des participants au Mouvement des nouveaux citoyens seront à leur tour placés en détention dans les mois suivants. A ce jour, 65 arrestations ont été comptabilisées, selon l'ONG China Human Rights Defenders, dont une quinzaine ont déjà conduit à des inculpations. Le premier procès, celui du juriste Xu Zhiyong, qui a impulsé le mouvement, s'est ouvert mercredi 22 janvier. Quatre autres accusés devaient comparaître dès jeudi et vendredi.

Si l'Etat-parti a réagi avec autant d'agressivité, c'est sans doute que cette campagne citoyenne touche un nerf sensible. Et pour cause : le scandale de Bo Xilai, l'ex-dirigeant du PCC de Chongqing, condamné à la prison à vie pour corruption et abus de pouvoir, et les révélations des médias étrangers sur la fortune des familles de Xi Jinping et Wen Jiabao en 2012, ont donné une consistance nouvelle aux soupçons d'enrichissement caché des cadres du Parti, petits et grands. " Le gouvernement a réalisé que, s'il ne l'arrêtait pas tout de suite, cette campagne allait se propager à travers tout le pays ", explique Chen Ziming, un chercheur emprisonné après les événements de Tiananmen en 1989 et fin observateur des mouvements pro-démocratie chinois.

Dans les semaines qui suivent l'incident de Xidan, dix autres Nouveaux Citoyens sont interpellés. Une pétition est lancée en leur faveur le 25 mai 2013 par plusieurs personnalités du mouvement : " La divulgation publique du patrimoine des officiels est un mécanisme efficace de lutte anticorruption, et 137 pays ou zones dans le monde ont mis en oeuvre de telles politiques de transparence ", écrivent-ils, rappelant que ces citoyens accusés de " rassemblement illégal " ne faisaient qu'exercer " leur droit à la liberté d'expression et à “critiquer et faire des suggestions au sujet des organes de l'Etat ou des fonctionnaires” tel qu'il est conféré par les articles 35 et 41 de la Constitution ".

Hélas, à l'été 2013, la répression s'intensifie. Le pouvoir cherche à décapiter le mouvement en arrêtant directement Xu Zhiyong en juillet, puis Wang Gongquan, un riche entrepreneur soupçonné d'avoir financé le groupe, en septembre. Tous deux sont accusés d'avoir " rassemblé une foule dans le but de troubler l'ordre public ". Ces arrestations jettent une ombre sur le début de mandat du président Xi Jinping : la répression n'avait pas été si brutale depuis l'accès de paranoïa du régime en 2011, au début du " printemps arabe ".

C'est lors d'un " dîner citoyen " qu'est née, fin août 2012, la campagne pour la divulgation du patrimoine. Ces dîners, qui se tiennent les derniers week-ends du mois à travers les villes de Chine, donnent au Mouvement des nouveaux citoyens son mode d'organisation décentralisé. " On en a discuté durant trois mois et on a décidé de traiter la transparence comme l'une des demandes citoyennes les plus importantes ", explique l'un des " participants actifs " du mouvement, un ancien universitaire qui préfère rester anonyme en raison des seize ans qu'il a passés en prison pour son engagement politique.

La Chine est alors en pleine effervescence politique : le 18e congrès du Parti doit amener une nouvelle équipe dirigeante au pouvoir, et les débats autour des questions de gouvernance s'amplifient. Les Nouveaux Citoyens lancent une pétition en faveur d'un projet de loi sur la transparence du patrimoine, qu'ils voudraient voir inscrit à la session parlementaire chinoise de mars 2013, celle qui doit confirmer les nouveaux dirigeants du Parti à la tête du gouvernement.

Mais, au bout de deux mois de campagne, fin 2012, ils n'ont rassemblé que 5 000 signatures sur les 100 000 espérées. " On a alors entrepris d'attirer l'attention par d'autres moyens, explique notre interlocuteur, c'est-à-dire en interpellant les gens dans la rue. " A ce moment-là, des initiatives ont déjà eu lieu à Canton, où le thème de la transparence du patrimoine est porteur : des maires locaux ont même promis qu'ils rendraient publics leurs biens.

Des militants entrent en action à Pékin et ailleurs en Chine. " Juste avant la session parlementaire, nous avions atteint 7 000 signatures. C'était loin du nombre espéré, mais on a considéré que l'action dans la rue avait apporté des résultats, sans trop de risques. Donc on a décidé d'étendre encore le mouvement ", poursuit l'universitaire.

Mais, au printemps 2013, le climat politique change : le soutien officiel à la dénonciation de la corruption, qui avait conduit à un florilège d'enquêtes à l'initiative de " sonneurs d'alerte " issus de la blogosphère, s'évanouit. L'heure est au nettoyage tous azimuts des rumeurs sur Internet, et plusieurs dizaines de journalistes et de blogueurs qui avaient dénoncé des officiels corrompus sont arrêtés - ainsi, donc, que les cinq manifestants du 31 mars, suivis de bien d'autres.

La propension des Nouveaux Citoyens à descendre dans la rue a-t-elle alarmé le nouveau pouvoir ? " Nous avons beau ne pas nous considérer comme une organisation politique, et agir de manière transparente et non violente, les autorités se sont senties menacées dès lors qu'on lançait des actions concrètes, comme faire des discours dans la rue et rassembler des signatures ", reconnaît dans un courriel le juriste Teng Biao, aussi à l'origine du mouvement, qui enseigne à Hongkong. La force des Nouveaux Citoyens, selon lui, reste de ne pas être rattachés à une seule cause ni à un seul lieu et de disposer, avec les " dîners citoyens ", toujours organisés dans 200 villes, d'un mode irréductible et attractif de rassemblement : s'ils sont parfois surveillés ou interrompus, les dîners entre " amis " peuvent difficilement être interdits.

Reste au mouvement à revoir ses priorités. Car l'urgence, désormais, est de faire libérer les croisés de la transparence du patrimoine, qui encourent jusqu'à cinq ans de prison.

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

Cass. 2ème Civ., 19 décembre 2013 (pourvoi n° 12-27.513)

Matière : droit de la sécurité sociale

Mots-clés : travail dissimulé - cotisations sociales - évaluation forfaitaire - preuve contraire

Une fois déterminées les rémunérations entrant dans l'assiette des cotisations, l'employeur doit les déclarer et procéder au paiement des cotisations sociales. Toute erreur est traquée par l'Urssaf qui dispose de procédures de contrôle et de prérogatives de puissances publiques pour mettre en recouvrement les sommes dues. Le redressement n'est toutefois pas une fatalité. Les règles relatives au paiement et au contrôle des cotisations offrent au cotisant des armes pour tenter de s'exonérer du paiement des sommes demandées.

.

Commentaire : l'article L. 242-1-2 du code de la sécurité sociale prévoit que « [p]our le calcul des cotisations et contributions de sécurité sociale (...), les rémunérations qui ont été versées ou qui sont dues à un salarié en contrepartie d'un travail dissimulé (...) sont, à défaut de preuve contraire, évaluées forfaitairement à six fois [le SMIC] en vigueur au moment du constat du délit de travail dissimulé ».

En l'espèce, les juges du fond font droit à la demande de l'employeur de réévaluer le montant de l'indemnité forfaitaire pour l'emploi de plusieurs travailleurs dissimulés. Ils estiment en effet que ce dernier a rapporté la preuve de la durée inférieure à 6 mois du travail dissimulé.

La Cour cassation casse l'arrêt au motif que, pour échapper à l'évaluation forfaitaire, « l'employeur doit apporter la preuve non seulement de la durée réelle d'emploi du travailleur dissimulé, mais encore du montant exact de la rémunération versée à ce dernier pendant cette période ». On peut juger cette position un peu sévère, dans la mesure où la rémunération prise en compte au titre du forfait est le SMIC. Il est donc peu probable que l'employeur cherche à prouver le contraire.

Par guy.fitoussi le 23/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

Depuis quelques jours, vous apercevez pour certains, sur votre fil d'actualité Facebook une photo du site de rencontres juif JDate accompagnée en statut d'un"Nanterre interdit l'étoile', accusant la mairie francilienne d'avoir censuré une campagne publicitaire, la vérité est tout autre.

Les responsables du site de rencontres ont adressé le 19 janvier un communiqué à plusieurs médias communautaires dans lequel ils reprochent à la mairie de Nanterre d'avoir censuré leur campagne publicitaire ;sous le seul prétexte qu'elle comporte une étoile de David; et fait retirer unilatéralement les panneaux publicitaires installés dans la ville.

Contacté par Le Monde Juif .info, JC Decaux, le groupe industriel français spécialisé dans la publicité urbaine, qui gère la campagne publicitaire du site de rencontres juif, rejette catégoriquement les accusations portées contre la mairie de Nanterre et indique avoir de son propre pouvoir décisionnaire décider du retrait partiel de 18 affiches sur 100 avec 2 jours d'avance sur la campagne.

Thierry Courrault, directeur régional du groupe, précise avoir été saisi le 13 janvier par les équipes terrain de vandalisme sur nos mobiliers urbains (tags de croix gammées, glaces cassées);, “dans le contexte actuel très particulier et afin d'éviter une propagation de ce type d'acte; il précise avoir pris,une décision d'exploitation et en aucun cas d'un positionnement".

S'il ressort de cette affaire que JDate a bien été victime d'actes antisémites sur quelques-unes de ses affiches, il est regrettable d'avoir accusé à tort de censure teintée d'antisémitisme, la ville de Nanterre, sans avoir préalablement pris contact avec les différents protagonistes de l'affaire. Ce type d'accusations dessert la lutte contre l'antisémitisme.

Cette affaire nous montre à quel point, il faut se méfier de l'usage, quelquefois excessif et disproportionné qui est fait par certaines personnes de la victimisation outrancière, ce qu'a fait du reste l'humoriste Elie Semoun lorsqu'il parlait de son ancien ami d'enfance Dieidonné, en ce termes:

Elie Semoun était l'invité mardi d'Europe 1 Midi pour la promotion de la pièce de théâtre Le placard où il tient le rôle-titre (au Théâtre des nouveautés à Paris à partir du 24 janvier). L'humoriste a été amené à reparler de l'affaire Dieudonné.

&Quand je regarde sur Internet les sketches que je faisais avec Dieudo, je me marre encore, a-t-il reconnu un brin nostalgique.

Ce qu'on faisait était intemporel. On ne pouvait pas être taxé de racisme puisqu'à l'époque, il était déjà noir et j'étais déjà Juif, a-t-il rappelé.

Samedi dernier, sur Canal+ dans l'émission Le Tube, Elie Semoun avait tenu à répondre à Dieudonné au travers d'un sketch intitulé Lettre à un ami trompé. “C'était davantage une lettre qu'un sketch”, a-t-il précisé sur Europe 1. “C'était plus émouvant que drôle. Je suis à la fois le mieux placé et le moins bien placé pour en parler. Nous sommes des amis d'enfance et nous avons eu beaucoup de succès ensemble. On continue à se voir. Nous avons discuté pendant deux heures, il y a un mois, dans sa loge. Tout ce qu'il fallait lui dire, je lui ai dit. Mais ça n'a pas changé grand-chose..., a-t-il poursuivi.

Quand on avait des soucis tous les deux et qu'il fallait prendre une décision ensemble, sa grande phrase était «faut voir». On ne savait jamais ce qu'il voulait, je ne savais jamais ce qu'il pensait et c'est encore vrai aujourd'hui, a déclaré l'humoriste, dubitatif.

Malgré les propos horribles et les multiples condamnations pour antisémitisme de son ancien compagnon de route, Elie Semoun maintient toute son amitié et son affection à Dieudonné. Je continue à avoir de l'affection pour lui. Je sais que je vais choquer des millions de gens en disant ça, a-t-il confié à Wendy Bouchard. Evidemment, je réprouve toutes ses idées nauséabondes. Dans mon livre comme dans mon sketch, je suis critique envers le racisme qu'il trimbale et toutes ses idées atroces. Mais c'est mon ami, je suis désolé....Nous ne le sommes pas!

Par guy.fitoussi le 20/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

Plus de douze ans après le lancement des négociations commerciales multilatérales du cycle de Doha, au Qatar, les ministres des Etats membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), réunis à Bali en Indonésie en décembre 2013, sont parvenus à arracher un accord de dernière minute, signé le 7 décembre. Ne serait-ce que sur le plan symbolique, ce premier accord multilatéral d'envergure dans l'histoire d'une institution vieille de dix-huit ans est une avancée importante. Il a permis d'éviter un échec à l'OMC, qui l'aurait durablement décrédibilisé comme lieu d'élaboration des règles du commerce international.

L'accord signé à Bali n'a cependant qu'un lointain rapport avec le programme de travail initialement assigné aux négociateurs, et sa portée effective restera vraisemblablement limitée. Il est loin de répondre aux attentes suscitées par le lancement du cycle de Doha. L'internationalisation croissante des processus productifs, le développement du commerce international de services et de l'investissement à l'étranger, l'émergence de nouvelles puissances commerciales, le rôle croissant des normes, la transformation des politiques agricoles et industrielles ont profondément bouleversé le contexte commercial. Ces nouvelles réalités appellent une évolution des règles, que l'OMC a semblé jusqu'ici impuissante à établir.

Certains se réjouiront sans doute de l'infortune d'une organisation qui a mauvaise presse dans notre pays. Pourtant, l'alternative qui se dessine ne présente guère d'attrait : c'est celle d'une multitude d'accords où les rapports de force s'exprimeront de façon plus brutale et opaque, où les pays les plus pauvres resteront à l'écart, et où des règles à géométrie variable compliqueront la vie des exportateurs, surtout des plus petits d'entre eux. Le repli sur soi et la gestion conflictuelle des relations commerciales, tentations récurrentes dans le débat français, seraient pires encore : l'isolement commercial a toujours été coûteux, il devient ruineux dans un monde où les processus de production les plus efficaces sont de plus en plus éclatés entre différents pays.

Le cadre multilatéral présente de nombreux défauts, mais c'est le seul capable de définir des règles qui s'appliquent à tous, le seul également dans lequel les pays moins puissants peuvent activement participer à leur élaboration et à leur mise en oeuvre. Mettre d'accord les - bientôt - 160 Etats membres d'une organisation qui fonctionne par consensus relève cependant du tour de force.

On avait pu croire que la surcharge du programme de Doha était l'obstacle principal à l'aboutissement des négociations. Mais les épisodes récents montrent que, même sur des sujets secondaires, un accord est éminemment difficile à atteindre. Au-delà des questions abordées, un pays leader, ou un groupe de pays leaders, est indispensable pour aller de l'avant et éviter que tel ou tel Etat, usant de son droit de veto, ne mette en péril un accord d'ensemble dans l'espoir d'obtenir quelques bénéfices secondaires.

Les Etats-Unis et l'Europe ont longtemps été ces chefs de file. L'accord de Blair House sur la réduction des subventions aux produits agricoles, en novembre 1992, en était la dernière illustration, peut-être la plus spectaculaire.

Ce n'est plus possible aujourd'hui : depuis deux ans, la Chine est le premier pays au monde par le volume de son commerce extérieur, qui a dépassé celui des Etats-Unis. Aucun accord d'envergure n'est possible sans l'engagement actif d'une telle superpuissance commerciale. Le paradoxe est que la Chine reste, dans le même temps, un pays pauvre, avec un pouvoir d'achat moyen par habitant qui demeure plus de cinq fois inférieur à celui des Etats-Unis. Cette situation inédite pose des questions de fond, dans un système dont les règles ont besoin d'évoluer. La Chine a tiré un grand profit du système actuel, cela n'incite pas au changement. Surtout, elle s'est jusqu'à présent considérée comme trop pauvre pour se porter garante du système multilatéral.

Système plus flexible

Ajoutons que la question ne s'arrête pas à la Chine, que l'on imagine mal faire des concessions significatives sans un geste des autres grands émergents, l'Inde par exemple. Or que pèsent les engagements multilatéraux dans le jeu politique interne de ce pays ? Peu de chose, comme l'a encore montré l'attitude inflexible et souvent imprévisible de l'Inde dans les négociations récentes, tenues, il est vrai, à quelques mois d'une élection générale.

Les menaces et les pressions n'ont qu'une efficacité limitée sur des acteurs de cette taille. Aux accords négociés sans elle (pour ne pas dire contre elle), la Chine n'a pas de mal à répondre par des initiatives dont elle est le centre, comme l'accord de grande envergure en cours de négociation avec ses voisins asiatiques, dit Regional Comprehensive Economic Partnership.

Et la perspective de représailles limitant l'accès au marché le plus dynamique au monde met vite en sourdine les menaces de sanctions commerciales, comme l'a illustré, à l'été 2013, le conflit autour des importations européennes de panneaux solaires. Contraindre l'Inde ou le Brésil n'est pas beaucoup plus facile.

La seule façon de sortir de cette impasse est de repenser la définition des droits et devoirs dans les négociations commerciales multilatérales. La recette du siècle précédent, qui avait permis aux pays en développement de rester à l'écart, ne fonctionne plus.

Il faut évoluer vers un système plus flexible d'obligations différenciées selon le niveau de richesse, qui offre aux pays émergents des conditions acceptables pour jouer le rôle qui leur revient dans l'enceinte multilatérale, tout en permettant aux économies les plus fragiles de bénéficier des protections et dérogations qui leur sont indispensables.

De nouvelles concessions de part et d'autre seront certainement nécessaires, mais c'est la meilleure voie pour tenter d'adapter les règles du commerce international aux réalités du XXIe siècle.

Par guy.fitoussi le 20/01/14
Dernier commentaire ajouté il y a 5 années 9 mois

Deux lycéens français sont partis combattre en Syrie. A-t-on affaire à un nouveau djihadisme ?

Cela fait plusieurs mois, depuis l'été 2012, que nous sommes particulièrement inquiets, et donc que nous agissons face à un phénomène d'une ampleur inégalée.

Sur les autres conflits, je pense à l'Afghanistan, à la Somalie, au Mali, les Français ou les résidents en France qui se rendaient sur ces pays pour combattre au sein des rangs djihadistes étaient quelques dizaines. Là, il s'agit de près de 700 Français ou individus résidant en France qui sont recensés et plus ou moins impliqués par rapport au conflit en Syrie.

A quoi tient cette augmentation ?

Sans doute à la proximité de la Syrie, c'est-à-dire qu'on peut s'y rendre relativement facilement. Ensuite, parce que le combat paraissait juste, puisque toutes les grandes puissances condamnaient les agissements du régime de Bachar Al-Assad. Et puis, parce qu'il y a sans doute une forme de malaise dans une partie de la jeunesse.

Mais soyons précis, il y a à peu près 250 Français ou résidents en France qui aujourd'hui combattent en Syrie, 99, c'est-à-dire une centaine sont en transit pour s'y rendre, 150 ont manifesté leur velléité de s'y rendre, 76 sont revenus, 21 Français ou résidents en France sont morts là-bas. Donc cela fait un nombre tout à fait considérable. (...) Le danger pour nos propres intérêts c'est le retour, parce que ces individus, quand ils se rendent en Syrie, marquent leur volonté de combattre au sein d'organisations djihadistes.

Mais sur la surveillance, est-ce que vous n'êtes pas un peu dépassés ?

Pendant longtemps, il y avait une surveillance sur les mosquées, sur les prêches. Là, on voit que ces deux jeunes ont été endoctrinés par Internet.

Quels sont vos moyens pour surveiller, pour prévenir ?

Vous employez le bon mot : il faut être toujours d'une très grande transparence et dire la vérité à nos compatriotes. Nous pouvons être dépassés par ce phénomène vu l'ampleur, nous, Français et Européens. Il y a aujourd'hui 30 dossiers suivis par la justice, relatifs aux filières, qui impliquent 168 individus, dossiers qui sont judiciarisés. Il y a déjà eu une vingtaine de personnes qui ont fait l'objet d'écrou, donc qui sont en prison, qui sont sous contrôle judiciaire. Mais effectivement, ce n'est pas dans les mosquées que ce recrutement s'organise. C'est le plus souvent sur Internet. Il semblerait que ces deux garçons de Toulouse aient été radicalisés dans un temps particulièrement court.

Ils n'avaient pas été repérés...

Eux n'ont pas été repérés, ni par nos services, bien sûr, mais surtout par leurs parents, par leur famille. Dans la plupart des dossiers, les services de renseignements (DGSE et Direction centrale du renseignement intérieur) sont avertis en général par les familles. Donc c'est vers les familles qu'il faut évidemment se mobiliser.

A propos des révélations sur la vie privée de François Hollande : est-ce que sa sécurité a pu être remise en question ?

Non. Je suis extrêmement clair là-dessus : le président de la République est protégé tout le temps, aussi bien dans ses déplacements publics que dans ses déplacements privés. Le Groupement de sécurité du président de la République qui est composé de 63 fonctionnaires de police et militaires de la gendarmerie, est composé d'hommes et de femmes de très grande qualité.

A quoi tient cette augmentation ?

Sans doute à la proximité de la Syrie, c'est-à-dire qu'on peut s'y rendre relativement facilement. Ensuite, parce que le combat paraissait juste, puisque toutes les grandes puissances condamnaient les agissements du régime de Bachar Al-Assad. Et puis, parce qu'il y a sans doute une forme de malaise dans une partie de la jeunesse.

Mais soyons précis, il y a à peu près 250 Français ou résidents en France qui aujourd'hui combattent en Syrie, 99, c'est-à-dire une centaine sont en transit pour s'y rendre, 150 ont manifesté leur velléité de s'y rendre, 76 sont revenus, 21 Français ou résidents en France sont morts là-bas. Donc cela fait un nombre tout à fait considérable. (...) Le danger pour nos propres intérêts c'est le retour, parce que ces individus, quand ils se rendent en Syrie, marquent leur volonté de combattre au sein d'organisations djihadistes.

Mais sur la surveillance, est-ce que vous n'êtes pas un peu dépassés ?

Pendant longtemps, il y avait une surveillance sur les mosquées, sur les prêches. Là, on voit que ces deux jeunes ont été endoctrinés par Internet.

Quels sont vos moyens pour surveiller, pour prévenir ?

Vous employez le bon mot : il faut être toujours d'une très grande transparence et dire la vérité à nos compatriotes. Nous pouvons être dépassés par ce phénomène vu l'ampleur, nous, Français et Européens. Il y a aujourd'hui 30 dossiers suivis par la justice, relatifs aux filières, qui impliquent 168 individus, dossiers qui sont judiciarisés. Il y a déjà eu une vingtaine de personnes qui ont fait l'objet d'écrou, donc qui sont en prison, qui sont sous contrôle judiciaire. Mais effectivement, ce n'est pas dans les mosquées que ce recrutement s'organise. C'est le plus souvent sur Internet. Il semblerait que ces deux garçons de Toulouse aient été radicalisés dans un temps particulièrement court.

Ils n'avaient pas été repérés...

Eux n'ont pas été repérés, ni par nos services, bien sûr, mais surtout par leurs parents, par leur famille. Dans la plupart des dossiers, les services de renseignements (DGSE et Direction centrale du renseignement intérieur) sont avertis en général par les familles. Donc c'est vers les familles qu'il faut évidemment se mobiliser.

A propos des révélations sur la vie privée de François Hollande : est-ce que sa sécurité a pu être remise en question ?

Non. Je suis extrêmement clair là-dessus : le président de la République est protégé tout le temps, aussi bien dans ses déplacements publics que dans ses déplacements privés. Le Groupement de sécurité du président de la République qui est composé de 63 fonctionnaires de police et militaires de la gendarmerie, est composé d'hommes et de femmes de très grande qualité.