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Par guy.fitoussi le 19/01/14
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Actualisation jeudi 14H15: La cour d'appel de Paris a confirmé, jeudi 19 décembre, la suspension de la publication du livre d'Octave Nitkowski, Front national des villes & Front national des champs, dans l'attente de la suppression des passages portant atteinte à la vie privée des deux militants du Front national qui avaient porté plainte.

Octave Nitkowski est un jeune homme doué, étudiant à Sciences-Po et auteur précoce - il a 17 ans - d'un essai intéressant sur l'implantation du Front national dans le Nord, et tout particulièrement dans le bassin minier, la région dont il est issu. Son livre, Front national des villes & Front national des champs, publié chez Jacob-Duvernet, aurait toutefois mérité une relecture plus attentive avant publication.

Dans un chapitre intitulé "La flamme arc-en-ciel" et consacré aux hésitations et aux évolutions de la présidente du FN, Marine Le Pen, lors du débat sur le mariage pour tous, l'auteur évoque notamment l'influence qu'aurait exercée sur elle un cadre du parti, implanté dans le Nord. A l'appui de sa démonstration, il consacre plusieurs pages à l'homosexualité de ce militant, dont il donne l'identité ainsi que celle de son compagnon, indique le lieu où ils demeurent et revendique la "révélation" d'une relation qui, jusque là, s'est volontairement tenue à l'abri des regards.

Condamné le 12 décembre en référé pour violation de la vie privée à la suspension de la publication dans l'attente de la suppression de tous les passages incriminés sous peine d'astreinte, l'éditeur a fait appel et les parties se sont à nouveau affrontées, lors d'une audience publique cette fois, mercredi 18 décembre, devant la cour d'appel.

Pour les deux avocats de Jacob-Duvernet, Me Léa Forestier et William Bourdon, cette décision revient à "interdire" le livre et signe sa "condamnation à mort". "Vous parlez des dégâts pour un éditeur. Je vous parle moi de ceux, considérables, provoqués par ce livre sur deux hommes dont la vie privée a été violée avec une violence inacceptable", leur a répliqué Me Wallerand de Saint-Just, qui est l'avocat historique de la famille Le Pen et du Front national.

Les grands principes invoqués par la défense de l'éditeur et notamment le fait que l'homosexualité de ces deux militants serait, dans le contexte politique du mariage pour tous et des futures élections municipales, un sujet "d'intérêt général" au sens où l'entend la jurisprudence européenne sur la liberté d'expression, n'ont pas résisté à la lecture, par Me Saint-Just, des passages incriminés. "Il ne s'agit pas de révélation mais de dénonciation", a relevé l'avocat des deux hommes en demandant la confirmation, par la cour d'appel, de l'ordonnance rendue par le premier juge.

Par guy.fitoussi le 19/01/14
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Il y avait de la tristesse à arpenter, samedi 18 janvier, l'hôtel particulier de la rue de Vintimille à Paris (9ème) qui fut pendant des années l'adresse de Jacques Vergès. Trois étages aux murs sales et lézardés et à la peinture écaillée, qui abritaient à la fois son cabinet et le petit deux-pièces dans lequel il vivait.

Bureau, bibliothèques, tableaux, tapis, manuscrits ou tapuscrits de ses discours ou de ses livres, bric-à-brac d'objets familiers d'inégale valeur - bustes de Mao, statues et masques africains, cannes, chapeau, boites à cigares, balance de justice - et jusqu'au mobilier fatigué et sans goût de son salon et de sa chambre à coucher, tout était à vendre sur saisie judiciaire. Car pour l'administration fiscale et les banques, "l'avocat de la terreur" décédé le 15 août 2013 à l'âge de 89 ans, était avant tout un contribuable et un client lourdement débiteur.

Les plus belles pièces qu'il possédait ou les plus symboliques d'entre elles ont échappé à ses créanciers, venus apposer les scellés sur l'hôtel particulier dans les jours qui ont suivi sa mort. Ni sa robe d'avocat, ni la plaque en cuivre de ses années au barreau d'Alger - gravée en français et en arabe - qu'il avait pieusement conservée, ni ses portraits aux côtés de Mao et de Pol Pot ne figuraient au catalogue des objets mis en vente. Au nom du secret professionnel, ses dossiers et archives judiciaires ont été mis à l'abri des regards par le conseil de l'ordre. Mais l'annonce de cette vente avait suffi à attirer des centaines de personnes, dont bon nombre de ses confrères avocats guettant le morceau de vie de Jacques Vergès qu'ils pourraient emporter.

A l'exception de son bureau et d'une paire de fauteuils Empire, adjugés 38.000 et 17.500 euros à un mystérieux enchérisseur au téléphone, les prix ne se sont guère envolés. Le conseil de l'ordre, qui avait mandaté Me Emmanuel Pierrat pour enrichir la collection du musée du barreau de Paris, a acquis pour 4000 euros le buste en bronze du bâtonnier Henri-Robert (1863-1936), considéré comme l'un des plus grands orateurs de cour d'assises. Il a également emporté aux enchères la correspondance entretenue par l'ancien avocat du FLN, avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui sera offerte au barreau d'Alger mais a renoncé à acquérir une lettre manuscrite de l'écrivain Jean Genet, qui fut l'un des grands amis de Jacques Vergès, adjugée 2000 euros.

Parmi les enchérisseurs les plus attentifs figurait aussi la dernière collaboratrice de Me Vergès, Me Nollary Yim-Dunand qui, faute d'avoir pu emporter la table de travail de son ancien patron, a acheté de nombreux lots, dont son fauteuil, la tapisserie des Flandres et l'affiche originale de l'Appel du 18 juin 1940 qui ornaient son bureau. Très présent lui aussi, l'ex avocat Karim Achoui, radié du barreau de Paris à la suite de ses condamnations, a enlevé l'une des bibliothèques ainsi que du petit mobilier, parmi lesquels une table de salon dont les enchères n'ont pas dépassé 10 euros.

Avec les lots de livres sur la justice et les grands procès, c'est la collection de jeux d'échecs de Jacques Vergès, adjugés entre 450 et 1100 euros, qui a rencontré le plus de succès auprès de ses confrères, jeunes ou moins jeunes, dont le bâtonnier Pierre-Olivier Sur. Disposées sur une immense table dans l'antichambre de son cabinet, la légende raconte que les parties duraient des mois, voire des années, les clients de Jacques Vergès étant invités à ne jouer qu'un seul coup à chacun de leurs rendez-vous.

Par guy.fitoussi le 19/01/14
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François Hollande a cessé de m'intéresser dès que j'ai compris qu'il n'allait pas rompre avec l'orthodoxie destructrice de l'Europe et son parti pris d'austérité. Mais maintenant, il a fait quelque chose de vraiment scandaleux.

Je ne parle pas de l'aventure qu'il aurait avec une actrice, ce qui, même si c'est vrai, n'est ni étonnant (on est en France, quand même) ni choquant. Non, ce qui me choque, c'est qu'il souscrive désormais aux doctrines économiques de droite, pourtant discréditées. Ce qui vient nous rappeler que les difficultés économiques persistantes de l'Europe ne peuvent pas être seulement attribuées aux mauvaises idées de la droite. Certes, des conservateurs insensibles et malavisés ont appliqué leur politique, mais ils ont bénéficié de la complicité de politiciens mous et confus d'une gauche modérée.

Le marasme persiste

A l'heure actuelle, l'Europe semble s'arracher à sa récession à double creux et retrouver un peu de croissance. Mais cette légère reprise fait suite à des années de résultats désastreux. Jugez-en : en 1936, sept ans après le début de la Grande Dépression, une bonne partie de l'Europe connaissait une forte croissance, les PIB par habitant atteignant de nouveaux sommets. Par comparaison, le PIB réel par habitant en Europe reste aujourd'hui très en dessous de son maximum de 2007 - au mieux, il s'accroît légèrement.

Pour s'en sortir encore plus mal que pendant les années 30, il faut vraiment en avoir envie, me direz-vous. Comment les Européens ont-ils réalisé ce tour de force ? Eh ! bien, dans les années 30, la plupart des pays européens ont fini par renoncer à l'orthodoxie économique. Ils se sont affranchi de l'étalon-or, ils ont cessé d'équilibrer leurs budgets, et certains d'entre eux ont commencé à réarmer considérablement, ce qui a eu au moins pour avantage de relancer l'économie. D'où une forte reprise à partir de 1933.

L'Europe d'aujourd'hui est devenue bien plus vivable, tant moralement et politiquement qu'humainement. L'attachement commun à la démocratie a amené une paix durable ; les systèmes de protection sociale ont compensé les effets douloureux du chômage ; une action coordonnée a écarté la menace d'un effondrement financier. Mais en réussissant à éviter la catastrophe, l'Europe a, en contre-partie, permis aux gouvernements de s'accrocher à des politiques orthodoxes. Aucun pays n'a quitté l'euro, alors même qu'il constitue un carcan monétaire. Dans la mesure où il n'y a pas lieu de relancer les dépenses militaires, nul n'a rompu avec l'austérité budgétaire. Tout le monde a un comportement sûr, censément responsable - et le marasme persiste.

La France n'est pas si mal lotie

Dans la sinistrose ambiante, la France n'est pas si mal lotie. Certes, elle reste à la traîne derrière l'Allemagne, qui a été portée par son redoutable secteur de l'exportation. Mais la France fait de meilleurs résultats que la plupart des autres pays européens. Et je ne parle pas seulement des pays frappés par la crise de la dette. La croissance française a dépassé celle de piliers de l'orthodoxie comme la Finlande et les Pays-Bas.

Il est vrai que d'après les derniers chiffres la France ne profite pas du léger retour de croissance européen. La plupart des observateurs, notamment le Fonds monétaire international (FMI), attribuent cette récente faiblesse aux mesures d'austérité. Mais François Hollande vient d'annoncer les nouvelles orientations - et l'on sentait percer dans ses propos un peu de désespoir. Car en annonçant son intention de réduire la fiscalité des entreprises et de compenser par des coupes dans les dépenses publiques (sans préciser lesquelles), François Hollande a déclaré : "C'est donc sur l'offre qu'il faut agir", avant d'ajouter "c'est l'offre qui crée la demande".

L'offre crée la demande : une faribole

Eh bien dites donc. Le voilà qui reprend, presque mot pour mot, cette faribole depuis longtemps discréditée qu'on appelle la loi de Say, ou "loi des débouchés", selon laquelle il ne peut y avoir d'insuffisance globale de la demande, puisque les gens doivent bien dépenser leur revenu quelque part. C'est tout simplement faux, et particulièrement faux, en pratique, en ce début 2014.

Tout montre que la France regorge de ressources productives, de capital humain comme de capitaux financiers, qui restent inexploitées en raison d'une demande insuffisante. Il suffit pour le comprendre de voir avec quelle rapidité dégringole l'inflation. La France comme l'Europe dans son ensemble semblent même s'acheminer dangereusement vers une déflation à la japonaise.

Comment faut-il interpréter, dès lors, le fait que M. Hollande ait choisi ce moment, plutôt que tous les autres, pour reprendre à son compte cette théorie discréditée ?

Comme je l'ai dit, c'est le signe du piteux état dans lequel se trouve le centre gauche en Europe. Depuis quatre ans, l'Europe est en proie à la fièvre de l'austérité, avec des conséquences désastreuses. Le fait que la timide reprise actuelle soit saluée comme une réussite de cette politique en dit d'ailleurs très long. Etant donné les terribles difficultés suscitées par la politique en question, on aurait pu s'attendre à ce que le centre gauche plaide énergiquement pour un changement de cap. Or partout en Europe, le centre gauche (notamment britannique) a tout au plus émis quelques critiques molles et frileuses, avant, bien souvent, de se soumettre bon gré mal gré.

Quand François Hollande est arrivé à la tête de la deuxième économie de la zone euro, nous sommes quelques-uns à avoir espéré qu'il se dresse contre cette tendance. Mais comme les autres, il s'est soumis, soumission qui vire désormais à la faillite intellectuelle. L'Europe n'est pas près de sortir de sa deuxième "grande dépression".

Par guy.fitoussi le 19/01/14
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L'Egypte semble renouer avec des scores électoraux dignes de l'époque d'Hosni Moubarak. Selon la commission électorale, 98,1% des votants ont approuvé le référendum constitutionnel qui s'est déroulé mardi 14 et mercredi 15 janvier. Un résultat qui masque difficilement une participation plafonnant à 38,6 %.

Là résidait pourtant tout l'enjeu de ce scrutin, six mois après le renversement du président Mohamed Morsi par l'armée. Le nouveau régime comptait sur un engouement populaire, tandis que les Frères musulmans, eux, appelaient à boycotter le scrutin. « Pour la Constitution de 2012, élaborée sous les Frères, 32 % des votants s'étaient déplacés. C'est un peu mieux cette fois-ci. Mais c'est aussi moins bien que lors du premier référendum postrévolutionnaire en mars 2011, auquel 41 % des électeurs avaient participé », commente Alaa Kotob, magistrat et expert électoral. Le pouvoir n'a donc pas de quoi pavoiser. La victoire n'est pas franche non plus pour le général Abdel Fattah Al-Sissi, nouvel homme fort du pays.

DES CHANTS PATRIOTIQUES DEVANT LES BUREAUX DE VOTE

Le régime avait pourtant mis tout en oeuvre pour inciter les 53 millions d'électeurs à se rendre aux urnes. Ces dernières semaines, les chaînes télévisées, gouvernementales comme privées, ont multiplié les spots appelant les Egyptiens à voter pour sauver leur pays. On y voyait de jeunes enfants en uniforme militaire, la main sur le coeur, chanter pour un meilleur avenir. Des images entrecoupées de scènes d'attentat et de silhouettes d'islamistes armés.

La fibre nationaliste des électeurs était stimulée jusque devant les bureaux de vote, où des chants patriotiques et militaires étaient diffusés. Dans les files d'attente, c'était le règne de la pensée unique. « Bien sûr que tout le monde vote oui ! Personne ne vient pour voter non ! Seuls les Frères sont pour le non ! », s'insurge Ahmed Abdel Moneim, 63 ans, chauffeur de bus à la retraite, résidant dans le quartier populaire de Sayeda Zeinab. « Je dis oui parce que ça suffit ! Le sang, les morts, le chaos, les Frères, ça suffit ! On veut que tout aille mieux. Et seul Al-Sissi peut nous sauver. »

Fatma, 27 ans, fait partie de ces rares qui sont descendus pour dire non. Pourtant éloignée du bureau de vote, installée au café d'en face, elle ne préfère pas exprimer trop fort son opinion. Cette jeune enseignante en lettres à l'université du Caire assure ne plus discuter politique avec son entourage, car « le ton monte immédiatement ». « Je dis non à certains articles de la Constitution. Mais surtout, je dis non à tout ce qui se passe en ce moment », précise-t-elle.

DEUX JOURS DE SCRUTIN ÉMAILLÉS DE VIOLENCES

La situation semble chaque jour un peu plus instable en Egypte. Les deux jours de scrutin ont été émaillés de violences : en Haute Egypte notamment, plusieurs affrontements ont éclaté entre Frères musulmans, riverains et forces de sécurité, faisant au moins dix morts. Autre signe inquiétant : une dizaine de journalistes ont été pris pour cible par la population et les forces de l'ordre. Plusieurs d'entre eux ont été arrêtés.

Les ONG de défense des droits de l'homme et les observateurs internationaux tirent la sonnette d'alarme. Transparency International a pointé une campagne biaisée en faveur du oui et une impossibilité pour les partisans du non de s'exprimer. Quelques jours avant le vote, sept militants du parti L'Egypte forte, la formation d'Abdel Moneim Aboul Foutouh, ancien Frère musulman, ont été arrêtés. Ils brandissaient des affiches appelant à voter non.

Beaucoup d'observateurs voient dans ce référendum un simulacre de démocratie. « L'abstention des 18-25 ans est énorme. C'est très inquiétant quand on sait que deux Egyptiens sur trois ont moins de 30 ans. Chaque année, un million de jeunes entrent dans la base de données en tant que nouvel électeur, note M. Kotob. C'est un grand danger, car les jeunes se désintéressent de la politique. C'est un retour à l'époque de Moubarak. »

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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En 1966, après le succès de son film Le Bon, la Brute et le Truand, Sergio Leone ne songe qu'à s'éloigner du western pour réaliser son adaptation du roman d'Harry Grey, The Hoods, qui ne deviendra que quinze ans plus tard Il était une fois en Amérique. Pourtant, un grand studio hollywoodien s'intéresse au cinéaste. La Paramount, en effet, qui veut produire le prochain Leone, demande à celui-ci de réaliser un nouveau western.

Le cinéaste développe ainsi avec Bernardo Bertolucci et Dario Argento un scénario qui se veut une vision personnelle de l'histoire de l'Ouest américain. Comme il l'a déclaré à Noël Simsolo dans un livre d'entretiens essentiel, Conversations avec Sergio Leone (éditions Stock) : " J'ai voulu faire un ballet de mort en prenant comme matériau tous les mythes ordinaires du western traditionnel : le vengeur, le bandit romantique, le riche propriétaire, le criminel homme d'affaires, la putain... A partir de ces cinq symboles, je comptais montrer la naissance d'une nation. "

FIN DU FAR WEST

FRANCE 4 20.45 | FILM |Un opéra funèbre, intensément mélancolique

Et c'est effectivement ce que fit Leone d'Il était une fois dans l'Ouest, un opéra funèbre, intensément mélancolique, composé d'une stratification de longs blocs d'espace-temps, acharné à livrer une somptueuse métaphore sur la fin du Far West.

Inspiré par le souvenir du western hollywoodien, Il était une fois dans l'Ouest revisite une mythologie avec laquelle il prend des distances en en inversant certaines données (Henry Fonda, emblème de l'humanisme démocrate hollywoodien, incarne un tueur froid) et en privilégiant la sensation pure d'un temps présent s'étirant à la faveur de séquences à la fois autonomes, sensuelles et mystérieuses.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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ce soir jeudi 23/1/2014 FRANCE 5 21.40 | DOCUMENTAIRE | L'affrontement de deux joueurs hors normes sur l'échiquier russe

Le portrait croisé d'Anatoli Karpov et de Garry Kasparov, dont l'affrontement, étalé sur plus de vingt-cinq ans, a accompagné la chute de l'URSS. L'histoire de deux géants des échecs qui se livrent une guerre personnelle dans un monde en décomposition. Plus qu'un face-à-face sur l'échiquier, ce combat «en noirs et blancs», à mi-chemin entre le drame psychologique et le thriller politique, met en scène deux rois pour une couronne : le tenant de l'orthodoxie du jeu et d'un régime contre le génie intuitif d'un dissident.

C'est l'histoire d'un affrontement qui dépassa largement le cadre serré de l'échiquier. Une lutte de style, un combat idéologique, une bataille politique, même, entre deux joueurs d'échecs hors pairs deux hommes que tout opposa et qui dominèrent le monde des échecs dans les années 1980 et 1990. Karpov et Kasparov, les deux " K " les plus célèbres de l'histoire des échecs. 144 parties disputées dont 104 nulles, 21 victoires pour Garry Kasparov, 19 pour son rival Anatoli Karpov. Un duel d'anthologie qui ouvre de formidable manière cette nouvelle collection documentaire de France 5, qui remplace désormais les portraits de la série " Empreintes ".

L'histoire de cette lutte entre Karpov et Kasparov démarre véritablement en 1975. Karpov est alors le champion incontesté de la discipline avec l'Américain Bobby Fisher. En refusant de disputer le championnat du monde 1975 contre le Russe, Fisher ouvre, sans le savoir, l'ère du duel Karpov-Kasparov.

Ironie de l'histoire, c'est Alexandre Nikitine, alors entraîneur de Karpov, qui va servir de déclencheur. En 1976, celui-ci apprend que son protégé mène une tractation secrète avec Fisher pour organiser une rencontre. Furieux, Nikitine dénonce la manoeuvre aux autorités soviétiques et se fait renvoyer par Karpov. Il jure alors de se venger et jette son dévolu sur un petit prodige de 14 ans, Garry Kasparov.

UN CONDENSÉ D'HISTOIRE POLITIQUE ET HUMAINE

Tout oppose alors les deux hommes. Là où Karpov apparaît comme le pur produit de l'URSS - une famille slave pure souche, un père ouvrier, une mère au foyer -, Kasparov présente un autre profil. Il est originaire de la république d'Azerbaïdjan, né d'un père juif et d'une mère arménienne, tous deux ingénieurs dans le pétrole.

Mais la différence ne s'arrête pas là. Leur style aussi sont à l'exact opposé. Face à l'échiquier, Karpov reste de marbre, cache ses émotions. " Pour un joueur, il est important de ne pas laisser apparaître son état. Il faut se tenir en permanence sous contrôle ", explique-t-il aux deux réalisateurs de ce film passionnant, Jean-Charles Deniau et Sergueï Kostine.

Face à lui, le bouillonnant Kasparov, toujours porté sur l'attaque. " Je suis plus émotionnel, prêt à prendre des risques, explique ce dernier. C'est mon style. Pour moi, la vie, c'est une tentative de découvrir toujours quelque chose de nouveau. "

Les deux champions se retrouvent d'octobre 1984 à février 1985 pour un championnat du monde mémorable. Mené 5-0, Kasparov renverse la vapeur, forçant la nomenklatura soviétique, acquise à Karpov, à interrompre la partie pour protéger son héros national. La suite est un petit régal. Un condensé d'histoire politique et humaine, parfaitement commenté et illustré, où se mêlent la fin de l'Union soviétique et le destin des deux " K ". Karpov et Kasparov, " deux rois pour une couronne ".

jan
18

Né sous Z

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Robert Vaeza a 8 ans lorsque le gouvernement français décide, après la défaite de Dien Bien Phu (1954), d'évacuer vers la métropole, au mépris des liens maternels, près de 5 000 enfants eurasiens non reconnus par leurs pères soldats.

De cet arrachement douloureux, jamais depuis cinquante ans, cet homme, aujourd'hui retraité, n'avait dit mot, même à ses proches. Jusqu'à l'appel d'une cousine de son père désirant le rencontrer pour " réparer ".

C'est dans l'éclat émouvant de ces retrouvailles que Frédéric Pollet-Rouyer a choisi d'ouvrir son documentaire. Un film de mémoire qui dévoile, à travers un pan méconnu de l'histoire coloniale française, la quête d'un homme qu'elle a accompagné et a épaulé pour retrouver cette part d'identité volée, au nom du sang français.

MÈRES DÉCHUES

FRANCE 2 23.50 | DOCUMENTAIRE | Un film de mémoire sur l'histoire coloniale de la France

Car au coeur de cette (en)quête intime, nourrie de documents d'archives et de lectures, se révèle non une simple évacuation dictée par l'urgence du moment, mais un plan bien plus ancien, motivé dès les années 1930 par le souci de compenser le faible taux de natalité. Et surtout de soustraire au regard ces " enfants du désordre " et d'effacer toute trace d'une dégradation des Français afin de maintenir, comme le souligne l'historienne Emmanuelle Saada, la symbolique de la domination coloniale. Et qu'importe les mères déchues prestement de leurs droits ; et leurs enfants qui vivront avec le sentiment douloureusement amer d'avoir été de trop.

Une mère dont Robert Vaeza va tenter de retrouver la trace, au Vietnam, en confrontant ses images et ses souvenirs épars, avec " la sensation diffuse d'observer sans comprendre ", d'être étranger à son pays natal.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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L'exceptionnelle trilogie d'Emil Weiss sur le camp d'Auschwitz ARTE 22.35 | SÉRIE DOCUMENTAIRE |

Fin janvier 1945, l'Armée rouge pénètre dans le gigantesque complexe concentrationnaire d'Auschwitz. Fin janvier 2008, Arte diffuse un documentaire exceptionnel signé Emil Weiss. Consacré aux Sonderkommandos d'Auschwitz, ces équipes spéciales composées de déportés sélectionnés par les SS, chargés de faire fonctionner les fours crématoires et de vider les salles de gazage, ce documentaire au parti pris stylistique assumé (pas de musique, pas ou peu de visages à l'écran, lents travellings sur les ruines du complexe concentrationnaire, lectures en voix off de témoignages) avait marqué les esprits.

Fin janvier 2011, la chaîne franco-allemande programme un nouveau documentaire d'Emil Weiss, tout aussi remarquable, intitulé Auschwitz, premiers témoignages. Même parti pris stylistique, alternance de plans panoramiques et de plans rapprochés sur les restes des baraques, des crématoires, des bâtiments toujours debout de la caserne d'Auschwitz 1, même force des mots lus en voix off. Cette fois, ce sont les témoignages de quatre survivants (Suzanne Birnbaum, Marc Klein, Robert Lévy et Robert Waitz) rédigés dans les mois qui suivirent leur libération que Weiss et son équipe ont entrecroisés pour une description aussi minutieuse qu'effroyable du quotidien des déportés.

EXPÉRIMENTATIONS MÉDICALES

Fin janvier 2014, Arte rediffuse ces deux films remarquables, précédés du troisième et dernier volet (Criminal Doctors) de cet éprouvant voyage au bout de la nuit. Toujours aussi précis dans ses choix de textes, toujours aussi rigoureux dans sa manière de filmer et son travail de montage, Weiss s'intéresse cette fois aux médecins criminels qui officièrent à Auschwitz, seul camp d'extermination massive où a été mis en place un programme d'expérimentations médicales.

Les témoignages lus en voix off sont notamment ceux de médecins déportés, recueillis pour beaucoup lors du procès des médecins tenu à Nuremberg en 1946. Rapports " scientifiques ", descriptions d'expériences sur des jumeaux, l'horreur prend ici une nouvelle dimension. A la fin de ce documentaire apparaissent les photos des principaux criminels. A chaque visage, la voix off indique le nom et la manière dont ces hommes ont fini leur existence. Viktor Brack, exécuté en 1948. Edouard Wiz, suicidé en septembre 1945. Carl Clauberg, condamné à 25 ans de prison, libéré en 1955, décédé en 1957. Quelques autres criminels en blouse blanche, dont Joseph Mengele, ont échappé à la justice. Certains dirigeants du consortium industriel IG Farben, distributeur entre autres du Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz, ont été condamnés de six mois à six ans de prison. En 1951, la firme est démantelée en plusieurs sociétés : Bayer, Hoechst, BASF ou Agfa. Aucune poursuite n'a été engagée contre les laboratoires.

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22 h 35, " Criminal Doctors " (France, 2013, 54 min). 23 h 30, " Sonderkommando " (France, 2007, 52 min). 0 h 20, " Auschwitz, premiers témoignages " (France, 2010, 78 min).

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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FRANCE 3 20.40 | DOCUMENTAIRE | Etat des lieux et difficultés du système à résoudre le problème

Dix millions de Français ont aujourd'hui du mal à se loger. Les grandes villes comme Paris sont devenues quasiment inaccessibles pour les classes moyennes. Quant aux familles dont les revenus sont très modestes, elles n'ont pas d'autre choix que d'aller s'installer à cinquante, voire soixante-dix kilomètres, de ces centres urbains.

Certes, certains se retrouvent dans de charmants villages mais doivent aussi se lever très tôt pour se rendre au travail. Et quand les commerces sont loin, ils ne peuvent se passer d'une voiture, ce qui entraîne pour ces familles des frais supplémentaires, en moyenne 800 euros par mois. Le documentaire La France en face, le scandale du logement ne se contente pas de dresser un état des lieux des difficultés à trouver un appartement. Il démontre de manière implacable l'absurdité de notre système politique et son inaptitude à résoudre le problème.

UN ÉTAT QUI SE DÉSENGAGE

Depuis une quarantaine d'années, en effet, différents ministres du logement - d'Albin Chalandon à Jean-Louis Borloo -, considérant que l'accès à la propriété est un droit, voire une nécessité pour se protéger des accidents de la vie, n'ont eu de cesse d'encourager les Français à acquérir une maison ou un appartement. Or, pour certains spécialistes du logement interrogés dans le film d'Amandine Chambelland et Linda Bendali, cette incitation est une manière pour l'Etat de se désengager et de privatiser l'habitat.

Bien plus que l'or ou la Bourse, la pierre a été le secteur le plus juteux depuis l'an 2000. La BNP a ainsi racheté des immeubles entiers afin de pouvoir les revendre très rapidement. Les auteurs n'hésitent pas à dénoncer l'inhumanité de ce genre de pratique à laquelle se livre sans états d'âme la banque : cette course aux profits a, en effet, pour conséquence de mettre certaines personnes âgées à la rue. Et comment ces dernières, quand elles touchent une petite retraite, peuvent-elles ensuite racheter un appartement ? Quelle banque acceptera de leur accorder un crédit ? Sur ces agissements, la banque n'a d'ailleurs pas souhaité s'expliquer !

Le documentaire aborde enfin une autre problématique, celle de l'immobilier de bureau. Certaines villes, comme Boulogne-Billancourt par exemple, semblent en effet préférer construire des immeubles réservés aux entreprises plutôt qu'aux personnes. Et ce, pour une raison simple : un habitant coûte 8 000 euros à la collectivité et rapporte très peu en impôt. Une entreprise est plus rentable. L'Ile-de-France compte six millions de mètres carrés vacants, alors que Paris doit gérer 140 000 demandes de logements sociaux.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Nikita Mikhalkov, entre nationalisme et critique au vitriol

Cinéaste capable du meilleur (Les Yeux noirs, 1986, avec Marcello Mastroianni) comme du pire (Le Barbier de Sibérie, 1999), Nikita Mikhalkov est un personnage controversé, à qui l'on reproche, en Russie, sa nostalgie de l'époque tsariste, sa proximité avec Eltsine puis Poutine.

Qu'il préside depuis plus d'une dizaine d'années, d'une façon quelque peu autoritaire, l'Union des cinéastes russes n'arrange pas l'image de cet homme de la nomenklatura moscovite, petit-fils d'un peintre célèbre, fils d'un poète qui, à la demande de Staline, écrivit les paroles de l'hymne national et frère d'un autre cinéaste, Andreï Mikhalkov-Kontchalovski...

Après avoir été un acteur adulé, il devint au milieu des années 1970 un metteur en scène à la sensibilité frémissante, dont les premières réalisations (Le Nôtre parmi les autres, 1975 ; Partition inachevée pour piano mécanique, 1977) se plaçaient dans la tradition intimiste de Tchekhov ou de Tourgueniev. Ce nationaliste affirmé, anti-communiste virulent, conçoit ses films comme des odes à l'ancestrale trinité de l'âme russe (foi, amour, espérance).

SOUFFRANCES DES SOLDATS

La trilogie constituée par Soleil trompeur (1994), L'Exode et La Citadelle (2010), qui se déroule entre 1936 et 1945, n'échappe pas à ce principe, alternant entre émotion éternelle et dérision insolente du régime stalinien. Autant le premier volet, qui obtint le Grand Prix du Festival de Cannes en 1994, démarre comme une sorte de Cerisaie à l'ère bolchevique, autant les deux autres, qui traitent des souffrances des soldats russes de 1941 à 1945, relèvent plus de la fresque à la Spielberg, période Il faut sauver le soldat Ryan... De la subtilité des sous-entendus de La Mouette, Mikhalkov est passé aux grandes orgues de Guerre et Paix, avec des scènes à couper le souffle, comme celle d'après la bataille, où la neige recouvre les morts...

Même si on peut préférer la fausse légèreté du début, il reste que Soleil trompeur, à travers une formidable galerie de personnages et en dépit d'un nationalisme outrancier, dresse un portrait au vitriol du pouvoir soviétique.