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Par guy.fitoussi le 18/01/14
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" Révolte ", la série documentaire de France 5 produite par Christophe Nick, analyse le phénomène complexe des mouvements révolutionnaires

Qu'y a-t-il de commun entre les étudiants français occupant la Sorbonne en Mai 68 et ceux défilant, peu après la mort de l'ancien secrétaire du Parti communiste chinois, Hu Yaobang, sur la place Tiananmen, en 1989 ? Ou encore les religieux iraniens manifestant en 1977 dans la ville chiite de Qom après qu'un article eut offensé l'imam Khomeiny, et les ouvriers polonais des chantiers de Gdansk occupant leurs usines après le licenciement d'Anna Walentynowicz ?

Rien, à première vue. Si ce n'est que tous ces mouvements, aussi soudains qu'imprévisibles dans leur déroulement, ont tous débouché sur le soulèvement d'une population, l'embrasement d'un pays, d'une région, voire, dans certains cas, la dislocation d'un Etat.

Inattendu dans son déclenchement tout autant qu'incertaine dans son évolution et son dénouement, la révolte, phénomène complexe et universel qui façonne depuis des siècles l'histoire des peuples, est au coeur d'une remarquable et ambitieuse série documentaire (4 × 52 minutes) imaginée et produite par Christophe Nick.

Une idée que le producteur de Yami 2 mûrissait depuis longtemps, avant que le mouvement des " indignés " et surtout la longue séquence des révoltes du " printemps arabe " ne le confortent dans ce projet. Un projet au long cours (dix-huit mois auront été nécessaires pour le mener à bien) qu'il a confié au réalisateur Cédric Tourbe, après l'avoir accompagné sur Devenir président et le rester, les secrets des gourous de l'Elysée (2011). Un film dans lequel il décryptait les techniques de communication et de marketing ayant rendu possible la victoire de François Mitterrand en mai 1981.

Pour autant, passer d'un personnage à un concept n'est pas une miince affaire. Comme le reconnaît aujourd'hui volontiers le réalisateur qui, après de long mois à se documenter sur les différents mouvements ayant marqué le demi-siècle écoulé, s'est " heurté à un problème de définition et de méthode ". Pour sortir de l'impasse, et sur le conseil de Christophe Nick, Cédric Tourbe s'est plongé dans Sociologie des crises politiques. La dynamique des mobilisations multisectorielles (Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, " Références ", 1986), de Michel Dobry.

Bien que touffu et complexe, le maître ouvrage du sociologue a éclairé tout du long sa réflexion et son approche avant de devenir la matrice narrative de " Révolte ". Et Michel Dobry, son conseiller technique. " L'une des difficultés fut d'ordre sémantique car de nombreux termes sont du ressort de la science politique. Ce travail sémantique entrepris avec Michel Dobry s'est fait dans un souci non de simplification mais de vulgarisation, au sens noble du terme ", souligne le réalisateur, qui, après avoir étudié de près une quinzaine de révoltes ou de mouvements sociaux, comme celui des mineurs anglais en 1984-1985, sous l'ère Thatcher, arrêtera finalement son choix à six.

Guidé en cela par le souci de diversifier les situations, pour mieux en souligner le caractère universel des mécanismes analysés et l'accès aux archives. " J'ai pris bien sûr Mai 68, parce nous nous adressons à un public français. C'était donc incontournable. Tout comme la Tunisie, dont le dénouement reste en suspens et aussi en raison de la vague de révoltes qui s'en est suivie dans tout le monde arabe, après la chute de Ben Ali. Du reste, ce phénomène d'extension, on le retrouve auparavant en Pologne. Selon moi, au risque d'un raccourci historique, l'accession au pouvoir du leader de Solidarité, Lech Walesa, est une des causes principales de l'effondrement du bloc communiste. Le cas polonais démontre que d'une révolte passée peut naître la révolte future.

Enfin, en ce qui concerne la révolution iranienne, outre le caractère essentiellement religieux où l'on voit la martyrologie chiite fixer à l'avance le calendrier des manifestations, elle permet d'observer, comme en Chine, les divers positionnements de l'armée et son utilisation par le pouvoir. "

Après un travail minutieux de recherches d'archives audiovisuelles réalisé par Christine Loiseau auprès d'une vingtaine de sources différentes, mettant au jour des documents rares (comme celui où l'on voit à la télévision chinoise le leader étudiant Wuer Kaixi apostropher vertement le premier ministre Li Peng), est venue l'épreuve du montage. " Il nous a fallu douze mois pour parvenir à nos fins, dont six mois pour trouver la forme définitive ", confie le réalisateur.

Singulière et pour le moins audacieuse, celle-ci relève presque de la gageure. En effet, non content d'embrasser ces six grandes révoltes dans une même geste, Cédric Tourbe a choisi, au sein des grands cycles qui les régissent -- et scandent la série -- (" La naissance ", " L'extension ", " L'incertitude ", " Le dénouement "), d'en démonter les différents mécanismes à travers une approche thématique et chronologique. Sans rien céder ni au didactisme, ni à l'esthétique soignée.

Emaillée d'interviews des principaux acteurs -- parmi lesquels Henri Weber, Edouard Balladur, Tadeusz Mazowiecki, intellectuel proche de Lech Walesa, des leaders étudiants chinois, Wand Dang, Wuer Kaixi, Hasan Yousefi Eshkevari, religieux et militant pro-Khomeiny, Belgacem Ayachi, secrétaire général de l'UGTT --, mais également de fréquents et précieux ponts narratifs et analytiques, " Révolte ", tant par sa richesse documentaire que par sa facture, s'inscrit déjà comme une série de référence.

" Révolte ",

sur France 5 à partir 26 janvier, à 22 h 25.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Tempête sur l'université de La Rochelle. Un jour d'avril 2013, le professeur Michel Goldberg voit une pièce de théâtre montée par des étudiants. Pour lui, pas de doute : le spectacle est antisémite. Une bataille s'engage

Il est 20 heures, ce 3 avril 2013, lorsque Michel Goldberg, 55 ans, maître de conférences en biochimie à l'université de La Rochelle, prend place parmi ses collègues sur les bancs de bois du théâtre rochelais Toujours à l'horizon - sans la moindre idée de la tempête que ce spectacle amateur et bon enfant va provoquer dans sa vie.

Coécrite par un auteur québécois en résidence, Eric Noël, la pièce fait partie des activités culturelles subventionnées depuis vingt ans par la fac et la municipalité et animées par la directrice des lieux, la metteuse en scène Claudie-Catherine Landy. Son titre, Une pièce sur le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale, dit tout : satire de la globalisation financière et réflexion réaliste. " Venez à la rencontre de personnages authentiques, à la fois universels et révélateurs de notre monde d'aujourd'hui ", invite la plaquette de présentation.

Premier choc, pour le professeur : l'un des personnages porte le même nom que lui. Bien plus tard, quand insultes et menaces s'échangeront sur le forum de l'université, les défenseurs de la pièce invoqueront un malheureux hasard, la nécessité de trouver " un nom juif " pour évoquer la banque Goldman Sachs. La metteuse en scène, dans une lettre ouverte que ne renierait pas Dieudonné, se réclamera d'un " humour sarcastique à la Canal+ ", propre, selon elle, à la " jeune génération " désespérée par " la corruption des puissants ".

Pour l'heure, cependant, paraît aux yeux de Michel Goldberg une Marta Goldberg incarnant, dans la pièce, tout ce que la finance a de pire : elle vend les enfants, rouule le monde entier dans la farine, entretient la pauvreté planétaire. Ses deux acolytes, baptisés Cohen 1 et Cohen 2, juifs orthodoxes chasseurs de nazis mais prêts à toutes les corruptions, sont pires encore.

Certes, ces trois-là n'apparaissent que dans quelques scènes de la pièce. Mais Michel Goldberg ne voit qu'eux. De retour chez lui, bouleversé, il dénonce, par un e-mail au président de l'université, Gérard Blanchard, " les stéréotypes les plus laids à l'encontre des juifs ". La réponse qui lui parvient le lendemain est signée Catherine Benguigui, vice-présidente de l'établissement chargée de la culture, elle-même de père juif : " Cher Michel, j'y étais et ne l'ai pas pris au premier degré... au contraire (...). Les stéréotypes sont voulus, pour être dénoncés. " Ainsi commencent huit semaines de courriels, de débats et de tension croissante, qui finiront par le dépôt d'une plainte pour " antisémitisme " contre l'université. Elle est toujours en cours.

En avril 2013 se serait donc tenu, dans une université française, un spectacle antisémite défendu au nom de l'humour et du second degré ? Comment ne pas songer à Dieudonné ? Mais aussi, comment imaginer le moindre lien entre le locataire du Théâtre de la Main d'Or et la metteuse en scène, Claudie-Catherine Landy ? " Politiquement, je n'ai pas de doute sur ce que je fais ! ", s'offusque-t-elle. C'est une femme de 60 ans, Rochelaise d'origine et petite-fille de cheminot, à l'abord sympathique et à la voix de fumeuse. " Depuis vingt ans que je suis ici ", poursuit-elle, en faisant visiter son théâtre, petite salle de quatre-vingt-dix places au coeur du quartier portuaire de la Pallice, " je travaille la mémoire des luttes. Lutte des dockers, des ouvriers... Celle des résistants, aussi : mon premier spectacle parlait de l'Occupation. En ce moment, je travaille sur la guerre d'Espagne... Demandez autour de vous ! J'ai toujours été engagée ! ". Ni elle ni aucun des membres de l'université qui ont défendu le spectacle n'accepte aujourd'hui de l'évoquer.

Alors, que s'est-il vraiment passé à l'université de La Rochelle ? Le hasard, qui est parfois l'un des noms de l'ironie, veut que Michel Goldberg soit " doublement Goldberg " : ses deux parents portaient ce patronyme avant leur mariage. Près de Bruxelles, où les familles fuyant la Pologne se sont installées vers la fin des années 1920, son père, Jacques, fut toute sa vie militant communiste. Quant à sa mère, Sarah, déportée à Auschwitz, elle fut l'une des vingt-huit survivantes de l'Orchestre rouge, le réseau de Résistance de Leopold Trepper. Cofondatrice, après-guerre, du bureau belge d'Amnesty International, elle a milité jusqu'à sa mort, en 2003, contre les centres de détention des immigrés sans papiers.

Michel Goldberg - du fait, peut-être, de son histoire particulière - a-t-il surréagi à un spectacle anodin ? En tout cas, il n'a pas été le seul. " Un motif antisémite est filé tout au long - de la pièce - ", lui écrit l'un de ses collègues dans les jours qui suivent la représentation. " Cette pièce est en grande partie antimorale, et certains passages m'ont vraiment rappelé les préjugés d'autrefois ", dit un autre. Quant au syndicat Snesup local, auquel appartient Michel Goldberg, il condamne la représentation à l'unanimité moins une voix.

Nombre de professeurs protestent alors contre la perspective d'une tournée prévue au Québec, à l'automne, sous le patronage de l'université. Le tollé est tel qu'une réunion est organisée le 3 mai au théâtre. Plus de soixante personnes s'y retrouvent, dans une ambiance tendue. Par Skype depuis Montréal, l'auteur, Eric Noël, intervient et donne des gages d'humanisme. Les représentants de l'université et de la mairie impliqués dans le financement prennent ardemment sa défense, tout comme les étudiants ayant joué dans la pièce. Michel Goldberg, isolé, se voit reprocher sa sensibilité exacerbée, son manque de sens du théâtre.

Dans les semaines qui suivent, une lettre de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, un communiqué du Conseil représentatif des institutions juives de France et un premier article dans la presse nationale obligent le président de l'université à réagir officiellement. Le 24 mai, sur le site Internet de l'université, dans ce qui reste aujourd'hui sa seule prise de position écrite, Gérard Blanchard reconnaît " la gravité et la complexité de la situation " mais, de façon quelque peu contradictoire, réfute les accusations portées contre la pièce : " Il y a unanimité pour reconnaître qu'il n'y a pas eu d'intention antisémite de la part des étudiants ", conclut-il.

Président depuis 2008, Gérard Blanchard vient d'entamer son second mandat. En cinq ans, ce chercheur a fait de La Rochelle l'une des vitrines du nouveau statut d'autonomie des universités. Or ce statut fait de lui le responsable en droit des manifestations qui se déroulent dans le campus. Une intention antisémite établie d'un seul des auteurs de la pièce suffirait à ouvrir contre lui un recours - entachant la réputation de l'université, et ce à cinq mois d'une Légion d'honneur qui doit lui être remise des mains de la ministre de l'enseignement supérieur.

Dès lors, le débat change de nature et se concentre sur le droit d'expression des étudiants. Ainsi, le 25 mai, dans un communiqué, Henri Moulinier, le président de la section rochelaise de la Ligue des droits de l'homme, par ailleurs enseignant vacataire au sein de l'université, fait part de son souci de " la liberté de création théâtrale à l'université ". Dans la foulée, il demande par courriel à Goldberg de biffer son nom de la pétition dénonçant la pièce - qu'il avait pourtant signée. Tandis que d'autres professeurs optent aussi pour davantage de discrétion, le Snesup local, au cours d'une réunion confuse le 3 juin, bascule et vote le soutien à la pièce.

Mais en ce début d'été 2013, le contexte est violent. Les débats sur les Roms cristallisent les passions militantes. Le 5 juin, à Paris, Clément Méric, un étudiant, est tué au cours d'une rixe avec des militants d'extrême droite. Le 7, faisant le lien avec ce drame, le bureau national du Snesup intervient dans le débat rochelais par un communiqué lapidaire. La mort de l'étudiant, écrit le syndicat, impose une vigilance " contre toutes les menées nationalistes, racistes ou antisémites, que leurs auteurs soient anonymes ou désignés, qu'ils assument les messages en cause, ou qu'ils en relativisent la portée ". La pièce jouant " sur des stéréotypes antisémites ", le Snesup-FSU appelle " les collègues, tous les personnels enseignants et étudiants, à exercer un devoir de vigilance et d'intervention citoyenne sans aucune concession ".

Furieux de " l'amalgame insupportable ", le secrétaire de section de La Rochelle, Claude Braud, désavoue le communiqué de son bureau parisien (aucun des membres du Snesup rochelais n'a voulu s'exprimer). Entre-temps, alors que la presse nationale commence à se déchaîner, le dramaturge Daniel Mesguich envoie au président Blanchard une lettre outrée : " Il vous appartient de savoir lire ce genre de dérives. Je vous rappelle que l'appel à la haine raciale, même sous la forme d'un dialogue “rigolo”, est un délit. " Cette fois, à l'université, le torchon brûle. Sur le forum, ses collègues accusent M. Goldberg de " malhonnêteté intellectuelle " et de " stratégie manipulatrice indigeste ".

L'ambiance est si délétère que, le 2 juillet, dans le but de " condamner toute injure et insulte ", un " protocole d'accord " est signé entre la présidence et Michel Goldberg. Mais, quelques jours plus tard, ce dernier publie sur le forum une déclaration des représentants des cultes monothéistes rochelais s'élevant contre la tournée de la pièce toujours prévue au Québec - et tout recommence. " Il est exclu que quiconque puisse faire état d'un message religieux au sein de l'université ! ", s'étrangle Claude Braud. On est le 15 juillet.

Michel Goldberg sera exclu du Snesup local pour " atteinte au principe de laïcité ". Il a été réintégré par la suite, mais reste un homme isolé de sa hiérarchie. Quant à la tournée québécoise, elle a finalement été annulée. Pas sur décision de l'université ou du théâtre, mais après une missive de la ministre de l'éducation supérieure, Geneviève Fioraso, à laquelle l'université de La Rochelle n'a souhaité donner aucune publicité.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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L'année 2014 ne sera pas qu'une année d'élections européennes, mais aussi celle de scrutins d'autodétermination dans quelques régions d'Etats membres de l'UE, Royaume-Uni et Espagne notamment. Ces prochains référendums en Ecosse et en Catalogne sont au coeur du dossier du dernier numéro de la revue Politique étrangère, éditée par l'Institut français des relations internationales (IFRI). Respectivement prévus le 18 septembre et le 9 novembre, ces deux scrutins relancent le débat sur l'éclatement de l'UE par le bas. En effet, outre les blocages au sommet de l'Union et les risques de replis nationaux des Etats à l'issue du scrutin européen qui aura lieu le 25 mai, l'Europe est frappée par un mouvement de déconstruction des Etats-nations, explique Dominique David, rédacteur en chef de la revue.

Comment sortir des Etats-nations et rejoindre l'UE ? Tel est la trame des quatre contributions qui privilégient les aspects juridiques de la question. Peut-on surmonter la tension entre d'un côté le rapport Etats-sociétés, et de l'autre le rapport UE-peuples ? Yves Gounin, ancien directeur adjoint de cabinet de Jean Leonetti, ministre délégué aux affaires européennes de 2011 à 2012, dénoue avec pédagogie cet imbroglio. Car les textes européens n'ont jamais prévu la scission d'un Etat membre, pas plus que l'adhésion d'une entité scissionniste à l'UE. Selon lui, tous les outils juridiques sont inefficaces. La convention de Vienne du 22 août 1978 sur la succession d'Etats est inapplicable. Madrid, Bruxelles et Londres ne l'ont pas signée. Le principe de la coutume, qui repose sur les précédents internationaux, ne répond que partiellement à la spécificité de l'UE. Même le droit communautaire n'offre pas de solution durable, puisqu'il accorde aux Etats-nations concernés un droit de veto sur l'adhésion à l'UE de toute entité sécessionniste.

Les obstacles sur la route de l'indépendance de l'Ecosse, la Catalogne et la Flandre sont d'autant plus nombreux que les populations ne sont pas convaincues par la stratégie de leurs élites. En Ecosse, explique Keith Dixon, professeur de civilisation britannique à l'université Lyon-II, le " oui " a peu de chances de l'emporter. Le recours au référendum sert donc plus de moyen de pression sur Londres pour obtenir davantage de transferts de pouvoir. En Catalogne, les autorités centrales espagnoles font leur maximum pour empêcher la tenue du scrutin, analysent Carles Boix, membre du Conseil consultatif pour la transition nationale du gouvernement de la Généralité de Catalogne, et J. C. Major, responsable du site Internet Explaining Catalonia. En Belgique, les élections législatives du printemps 2014 ne seront pas l'occasion d'un plébiscite en faveur du séparatisme, prédisent Christian de Visscher et Vincent Laborderie, chercheurs à l'université de Louvain. La solution confédérale pouvant servir de palliatif à l'indépendance, selon eux.

Ces régions ont toujours vu dans l'UE une alliée contre les Etats membres. Elles attendent du politique de dépasser le clivage entre souveraineté des Etats et autodétermination des peuples. " La solution la plus raisonnableserait de négocier simultanément l'indépendance et l'adhésion à l'UE ", propose Yves Gounin pour régler le litige. Le débat est loin d'être fini : Basques, Lombards, Corses et Irlandais sont à l'affût. Car, tant qu'il n'existera pas de " peuple européen ", le contrat social entre les populations et l'UE, d'une part, et les sociétés civiles et les Etats d'autre part restera vulnérable. Et seule une Union plus politique sortira par le haut l'Europe de cette crise.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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L'adoption d'une nouvelle Constitution n'est pas un gage de démocratie. Trois ans après la chute de Ben Ali, prélude du " printemps arabe ", l'islamisme menace la transition

Ils ont déclenché le " printemps arabe " en chassant Ben Ali du pouvoir, il y a trois ans. Aujourd'hui, les Tunisiens sont-ils en train de sauver ce grand mouvement, après le naufrage égyptien, le chaos syrien et le désordre libyen, en adoptant la première Constitution démocratique " apurée " de la charia ? On ne va pas bouder notre plaisir de voir émerger une nouvelle Constitution qui consacre dans le texte des principes et valeurs pour lesquels se sont sacrifiés tant de Tunisiens, renouant ainsi avec l'histoire réformatrice du pays, qui a vu naître la première Constitution du monde arabe en 1861.

C'est une condition nécessaire pour saper les fondements juridiques de la dictature et de l'autoritarisme qui ont régné depuis l'indépendance, en 1956. Mais sera-t-elle suffisante pour prémunir le pays de nouvelles formes d'autocratisme et de totalitarisme ? Rien n'est moins sûr. La Constitution de 1959, bien qu'elle ait contenu plusieurs dispositions protégeant les libertés individuelles et collectives, et notamment la liberté syndicale, justifie cette crainte. Un texte constitutionnel, fût-il beau, ne fait pas, seul, le printemps des libertés, des droits de l'homme et de la démocratie.

Une lutte pour le pouvoir se joue en Tunisie, déclenchée par le parti islamiste Ennahda qui, dès sa victoire électorale, a dévié le sens et la nature de la deuxième phase de transition démocratique dont l'objectif était d'aboutir à une nouvelle Constitution, un an après les élections du 23 octobre 2011.

Il a trahi ainsi le mandat qui lui avait été confié par les électeurs tunisiens, tournant le dos à la révolution de la liberté et de la dignité et provoquant une crise sans précédent : politique, économique, sociale, identitaire, allant jusqu'à toucher à des conquêtes sociales et civiques qui ont marqué l'histoire du pays.

L'adoption d'une nouvelle Constitution validée par une quasi-unanimité est un acquis très important. Il va être utilisé, à n'en pas douter, par la " troïka ", la coalition au pouvoir qui rassemble deux partis de centre gauche, le CPR et Ettakatol, ainsi qu'Ennahda. Tous chercheront, et particulièrement les islamistes, dans les mois qui nous séparent des prochaines élections, à (re)constituer leur capital électoral et alimenter leur notoriété internationale.

On jugera à froid la nouvelle Constitution une fois sa rédaction achevée, tant dans les détails des articles que dans son économie générale, ainsi qu'à la lumière des dispositions transitoires qui seront arrêtées. Remarquons que " l'ambiguïté créatrice " de l'article premier de la Constitution de 1959, maintenu dans le nouveau texte, qui stipule que " la Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, sa religion est l'islam, sa langue est l'arabe et son régime la République ", a permis la fondation d'un Etat indépendant. Un Etat certes autoritaire, mais pour l'essentiel civil pendant plus d'un demi-siècle, grâce à une interprétation qui a fait de l'islam la religion de la Tunisie et non celle de l'Etat.

Or, une lecture biaisée est à l'oeuvre, savamment développée, depuis leur victoire aux élections de 2011, par les ténors d'Ennahda, faisant de l'islam la religion de l'Etat. Cette ambiguïté paraît donc recéler un fort potentiel destructeur du caractère civil de l'Etat.

On peut comprendre que les uns et les autres veuillent garder l'ambiguïté pour ne pas chahuter les alliances précaires. Le problème est que ce quiproquo délibéré empêche tout débat. D'autant qu'on a ajouté un article le rendant non révisable - sauf à attendre une autre révolution (juridique au moins). Trois enseignements sont à tirer.

La lutte et la résistance ont porté leurs fruits, bien que, hélas, certains l'aient payé de leur vie. L'islamisme politique a été mis en échec sur le plan doctrinal et pratique. Il ne peut pas mettre en oeuvre dans l'immédiat son projet de " réislamisation ". Il s'est aliéné de larges couches de la population qui ont découvert que leur problème n'est pas l'islam, mais l'islamisme politique, qui s'avère incompatible avec la conduite d'un pays vers la liberté, la dignité et la démocratie et dont la gestion des affaires publiques est génératrice d'instabilité et de violence.

Le deuxième enseignement a trait au recul des islamistes qui est, pour l'essentiel, tactique ; il n'exprime pas des concessions principielles qui peuvent dénoter d'un changement de fond dans leur idéologie et dans leurs convictions. Pragmatiques et manoeuvriers, criant en permanence à la conspiration, alternant la diabolisation des " ennemis de la révolution " et l'apaisement avec ces derniers, les stratèges islamistes ne perdent pas le cap : ils jouent la Constitution (en essayant de la miner au maximum) contre leur maintien au pouvoir sous des formes à négocier, d'où leur habileté à mettre à profit le dialogue, qu'il soit national (institué) ou dans les coulisses.

A cette fin, ils ont besoin de redorer leur blason, après deux ans de gestion chaotique et catastrophique. " Modérés ", ils le démontrent, puisqu'ils disent avoir cédé sur l'essentiel : point de charia dans la Constitution (mais l'islam englobe nécessairement la charia !) et point de ministres islamistes dans le gouvernement, tout en gardant la main sur l'Assemblée nationale constituante (ANC), le détenteur du véritable pouvoir. Les " laïcs " peuvent dormir tranquilles, les observateurs et les diplomates être rassurés.

Pour combien de temps ? Le troisième enseignement a trait à l'importance du contexte géopolitique dans les inflexions tactiques de l'islamisme politique. " Le tremblement de terre " égyptien - dixit Rached Ghannouchi, président d'Ennahda - a privé ce parti d'un allié de poids, les Frères musulmans, dont il s'est démarqué (sans se couper) pendant les années de plomb sur les questions relatives aux droits de l'homme et à la démocratie. C'est ainsi qu'il a souscrit en 2008 aux documents élaborés par le Collectif du 18 octobre pour les libertés, documents qui statuent sur les questions telles que les droits des femmes et l'égalité de genre, la liberté de conscience et de croyance, la relation Etat-religion et l'affirmation de l'Etat civil fondé sur la démocratie et les droits de l'homme.

La confrérie victorieuse en Tunisie et en Egypte, Ennahda - appuyé par les monarchies du Golfe, l'Arabie saoudite et le Qatar - s'était senti pousser des ailes, n'hésitant pas à remettre en question les engagements solennels pris en 2008.

Mais Ennahda a été acculé à tirer les leçons de son alignement aveugle et sur les Frères musulmans - contre lesquels des millions d'Egyptiens se sont dressés et que l'armée a éjectés du pouvoir par un coup d'Etat sanglant - et sur le Qatar, le financeur en chef du projet d'" islamisation démocratique " (sic) poussé par cet Emirat riche et réactionnaire. L'action des salafistes et sa frange djihadiste violente ont aussi déclenché des réactions fortes des bailleurs de fonds occidentaux : ces derniers craignent les risques de chaos engendrés par le terrorisme en Tunisie, avec ses ramifications maghrébines et au-delà, d'autant qu'ils ont affaire à un Etat affaibli, notamment par des milliers de nominations faites pour la plupart par complaisance et soumission au parti Ennahda. L'Algérie, pays essentiel pour la Tunisie, n'est pas en reste.

Tous ces acteurs sont inégalement intéressés par l'agenda démocratique de la Tunisie. Certains voient même d'un mauvais oeil cette transition démocratique, qui pourrait donner des idées aux peuples voisins.

Ce que l'on appelle le double discours des islamistes est à double usage : composer avec " les partenaires internes " et rassurer les chancelleries occidentales. Hier, quand on défendait leur droit à l'existence et dénonçait la répression sauvage qui les visait, on disait : il faut les prendre au mot. L'expérience a démontré qu'il faut aussi se méfier de leurs mots ambigus. La Constitution est un acquis important mais qui ne déterminera pas, seul, le cours des événements.

Les moyens déployés par les acteurs politiques et ceux de la société civile, l'évolution de la situation politique, économique, sécuritaire, les alliances en constituent l'autre volet ô combien plus déterminant pour la bataille qui se prépare ; aujourd'hui, son issue (dans une première phase, car elle continuera sous des formes nouvelles, qu'Ennahda l'emporte ou pas) est déterminée par les prochains scrutins, et donc en partie par la crédibilité et l'indépendance de l'instance supérieure indépendante pour les élections et par la loi électorale ; celle-ci va dessiner les contours des rapports de forces politiques. Le climat dans lequel elles vont se dérouler est un autre facteur déterminant (sécurité, respect des libertés, tensions sociales, régionale, économique, cultuelle, etc.).

La confiance de la population dans le processus démocratique est le troisième pilier qui constitue le principal garant de tout changement durable : son adhésion à celui-ci, sa cohésion, sa capacité à endurer les difficultés et à ne pas sombrer dans la fatalité et la révolte. Il revient aux forces démocratiques, politiques, acteurs de la société civile, à faire en sorte qu'elle reprenne espoir.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Les députés européens ont voté, jeudi 16 janvier, une résolution critiquant l'initiative de La Valette

A Malte, le premier ministre, Joseph Muscat, parle déjà de " célébrités ", de grands noms de la jet-set et du Bottin mondain qui se presseraient pour obtenir un passeport et la nationalité de l'île. Pour y parvenir, une seule condition : être riche.

Jeudi 16 janvier, le gouvernement travailliste s'apprêtait à lancer ce qu'il appelle le Malta Individual Investor Program (IIP), un dispositif permettant à quiconque d'acheter un passeport maltais, obtenant ainsi la nationalité de ce pays membre de l'Union européenne (UE) contre quelque 650 000 euros.

Le candidat à la nationalité devra également acquérir une propriété de plus de 350 000 euros - ou louer une résidence pour 16 000 euros pendant cinq ans - et s'acquitter de 150 000 euros d'investissement dans un instrument financier approuvé par le gouvernement de La Valette. Sa dette, par exemple.

Le nouveau citoyen de l'île de Malte peut ensuite obtenir un passeport pour sa famille à prix soldés : 25 000 euros pour ses enfants mineurs et 50 000 euros pour les majeurs, l'époux (se), les parents et beaux-parents. Une fois bourse déliée, l'espace Schengen leur sera ouvert.

Malte n'est pas un cas à part. A la faveur de la crise, des pays comme le Portugal ou l'Espagne marchandent des visas pour remplir les caisses de l'Etat. Mais la petite île va plus loin et n'oblige pas les millionnaires à résider dans le pays. L'achat ou la location d'une propriété suffit, selon le gouvernement, à témoigner d'un engagement de résidence pendant cinq ans, afin d'obtenir le sésame.

" C'est une honte ! ", s'étrangle le député conservateur Jason Azzopardi. Joint par téléphone, le Maltais promet, si son parti revient au pouvoir, d'annuler l'intégralité des passeports ainsi vendus. " La citoyenneté n'est pas un produit qu'on peut acheter ou vendre ", dénonce-t-il, inquiet et méfiant du rôle joué par l'entreprise Henley & Partners, chargée de collecter les fonds - mais aussi de mener les due dilligences de l'opération, moyennant une commission de 3 000 à 7 500 euros par passeport. En clair, de vérifier la " propreté " de l'argent versé par le futur citoyen. " Un professeur peut-il noter honnêtement des élèves qui lui offriraient 10 000 euros ? ", souffle M. Azzopardi.

A Bruxelles, aussi, cette initiative passe mal. La vente de passeports maltais est " la porte ouverte aux réseaux mafieux et au blanchiment d'argent ! ", tempête la députée européenne (UMP) Véronique Mathieu Houillon. Emmenés par les conservateurs, les députés européens ont voté jeudi, à une très large majorité, une résolution visant à rappeler à La Valette quelques principes. Entre autres, que " les valeurs et acquis - européens - n'ont pas de prix et ne sauraient être monnayés ".

Mais l'indignation de l'Europe n'ira pas très loin. L'octroi de la citoyenneté relève de la compétence des Etats et la résolution votée jeudi reste non contraignante. " C'est le problème de Malte, pas de l'Union européenne. Je ne vois pas à quel titre l'Union européenne se mêle du code de la nationalité à Malte ", appuie le député d'extrême droite Bruno Gollnisch, qui fait partie des " antirésolution ".

Malte, de fait, ne semble pas ébranlée par les protestations de Bruxelles. " On prend note, on comprend. Mais nous sommes en conformité avec les traités ", explique une diplomate maltaise. Le gouvernement argue aussi qu'il n'a aucun intérêt à faire rentrer des criminels en Europe.

Enfin, cette mise à prix de la citoyenneté maltaise - censée se limiter à l'octroi de 1 800 passeports - pourrait rapporter à l'Etat un milliard d'euros. Assez pour vivifier les investissements dans les hôpitaux, les infrastructures, l'éducation...

Hannes Swoboda, le président du groupe social-démocrate au Parlement européen, en tire des conclusions : " Il faut, dit-il, que l'Europe fasse preuve de plus de solidarité, aide davantage les investissements et définisse clairement des valeurs communes aux citoyens de l'Union. "

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Cette crispation intervient alors que les négociations israélo-palestiniennes entrent dans le vif du sujet

Un haut diplomate israélien, qui préfère conserver l'anonymat, résume avec philosophie cette passe d'armes diplomatique : " Jeudi, ils ont convoqué nos ambassadeurs ; vendredi, pour répliquer, nous avons convoqué les leurs, c'est de bonne guerre. " " Ils ", ce sont les gouvernements de quatre pays - France, Grande-Bretagne, Italie et Espagne -, dont les ambassadeurs en Israël ont été reçus, vendredi 17 janvier, par le directeur général du ministère israélien des affaires étrangères, Nissim Benchetrit.

" La position partiale qu'ils adoptent de manière constante contre Israël et en faveur des Palestiniens est inacceptable et donne le sentiment qu'ils cherchent à faire peser la faute sur Israël ", a affirmé Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie israélienne.

La veille, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, avait réagi à la décision de ces quatre pays de convoquer l'ambassadeur d'Israël, en dénonçant l'" hypocrisie " des Européens, qui n'hésitent pas à provoquer une tension diplomatique " à cause de la construction de quelques maisons "...

En réalité, c'est la récente relance de la colonisation - condamnée par les Européens -, sous la forme d'appels d'offres portant sur 1 400 à 1 800 logements (le nombre reste incertain) à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, qui est en cause. " Quand l'Union européenne a-t-elle convoqué des ambassadeurs palestiniens à propos d'appels à la destruction d'Israël ? ", a insisté M. Nétanyahou en stigmatisant un " deux poids deux mesures qui ne fait pas avancer la paix ". Lorsque Palestiniens et Israéliens ont décidé (fin juillet 2013) de reprendre des négociations, a-t-il affirmé, il était prévu, selon un " accord informel ", qu'il n'y aurait pas de " retenue dans la construction " de logements de la part d'Israël, ce que contestent les Palestiniens.

Cette brusque tension diplomatique est-elle le signe que, paradoxalement, le processus de paix est moins dans l'impasse qu'on pourrait l'imaginer ? Certains diplomates et observateurs israéliens, à Jérusalem, veulent le croire : selon ce raisonnement, c'est parce qu'Israéliens et Palestiniens sont entrés dans le vif du sujet que l'on assiste à cette crispation. Cela expliquerait le récent incident entre le ministre israélien de la défense, Moshé Yaalon, et le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, le premier évoquant l'" obsession et le sentiment messianique " du second.

Les Américains n'ont pas apprécié et, comme le reconnaît un diplomate israélien, il est probable que M. Yaalon va être " mis sur la banquise " pendant quelque temps à Washington. Mais l'issue ne fait aucun doute : John Kerry soutient à bout de bras le processus de paix et les Etats-Unis sont l'allié indispensable d'Israël, comme des Palestiniens.

Avec les Européens, c'est autre chose. Les Israéliens ont été obligés de passer sous les fourches caudines de l'Union européenne (UE), s'agissant du programme scientifique européen Horizon 2020 (qui ne pourra pas être appliqué dans les colonies), et ce différend a laissé des traces.

L'ambassadeur de France en Israël, Patrick Maisonnave, a publié, le 3 janvier, dans le quotidien Haaretz, une tribune au ton très ferme pour s'étonner que l'offre européenne d'accorder un " statut spécial de partenariat privilégié " à Israël en cas d'accord final avec les Palestiniens ait été accueillie par un mutisme total des autorités israéliennes. " Quelle doit être la conclusion européenne ? Qu'Israël n'a pas besoin de l'Europe, qu'il ne se sent apparemmentpas si isolé (...) ? Que les Israéliens ne souhaitent pas approfondir leurs relations avec l'Union européenne ? Qu'Israël n'écoute les Européens que lorsqu'ils exercent une amicale pression, mais se bouche les oreilles quand ils essaient de tracer un avenir commun ? Que l'Europe n'est pas un acteur du jeu ? "

C'est bien ce qui est en cause. Les Israéliens ne veulent pas laisser l'UE jouer le moindre rôle dans le processus de négociations en cours, alors que les Palestiniens aimeraient voir celle-ci exercer un contrepoids face à l'influence américaine, jugée trop favorable à l'Etat juif. Ils ont le sentiment - fondé - que les Européens ont plus d'empathie naturelle pour la cause palestinienne, du moins s'agissant du refus de la poursuite de la colonisation.

En même temps, Israël ne peut nier que le rôle important de bailleur de fonds de l'Autorité palestinienne que joue l'Europe lui donne voix au chapitre.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Washington pose des garde-fous à l'agence américaine sans pour autant l'affaiblir

Barack Obama s'est prononcé pour un encadrement limité des écoutes de la National Security Agency (NSA), vendredi 17 janvier, dans un discours au ministère de la justice. Il a fixé dans une directive présidentielle les principes qui doivent être respectés par la NSA. Plutôt que de supprimer des programmes qu'il estime " très utiles " à la sécurité des Etats-Unis, il a fixé des garde-fous et promis plus de transparence. Beaucoup sont restés sur leur faim. Le discours a laissé " beaucoup de questions cruciales sans réponse ", a réagi le républicain John McCain.

Dirigeants étrangers " J'ai été très clair vis-à-vis de la communauté du renseignement : à moins que notre sécurité nationale ne soit en jeu, nous n'espionnerons plus les communications des dirigeants de nos alliés proches et de nos amis ", a-t-il déclaré. Les services américains continueront néanmoins de " réunir des informations " sur les agissements des gouvernements étrangers : " Nous n'allons pas nous excuser juste parce que nos services sont peut-être plus efficaces. "

Citoyens Les citoyens étrangers auront droit à une protection juridique " correspondant " à celle qui s'applique aux Américains, selon la Maison Blanche. Mais il reviendra à l'attorney general de définir les détails : la durée pendant laquelle les données concernant les étrangers pourront être conservées et les restrictions à l'utilisation qui pourrait en être faite.

Viviane Reding, vice-présidence de la Commission européenne, a estimé que c'était " un pas dans la bonne direction. Je suis encouragée par le fait que les citoyens non américains vont pouvoir bénéficier de protection contre l'espionnage, mais j'attends de voir ces engagements se concrétiser avec des lois ".

Métadonnées La collecte des métadonnées (qui appelle qui, où et quand) continuera. " Etre capable d'examiner les connections téléphoniques pour établir si un réseau existe est crucial ", a justifié M. Obama. Mais la préservation de ces données ne pourra plus être du ressort de la NSA mais d'une autre instance (compagnies de téléphone ou partie tierce) qu'il reviendra au Congrès de définir, sur proposition de l'attorney general.

Le programme (article 215 du Patriot Act) doit être réautorisé par le Congrès fin mars. D'ici là, le président décide d'une période de transition pendant laquelle les analystes ne pourront plus puiser dans les banques de données sans avoir obtenu d'abord une autorisation judiciaire spécifique (actuellement, une seule et unique ordonnance secrète de la justice autorise une collecte massive de ces données). Les agents de la NSA devront aussi se limiter à deux degrés de séparation dans leurs recherches de suspects au sein de leur stock de métadonnées, contre trois actuellement.

Panel de défenseurs du public Auprès de la cour spéciale FISC, un panel de défenseurs des libertés et de la vie privée sera désigné pour représenter les citoyens et les intérêts des industries de la haute technologie. Ils n'interviendront que sur des méthodes, non pas sur des désignations de cibles individuelles. Le Congrès devra se prononcer.

Lettres de sécurité nationale Les National Security Letters (NSL) utilisées par le FBI ne sont pas supprimées mais elles ne pourront plus être entourées d'un secret indéfini et devront être publiées. Les fournisseurs (compagnies de télécommunications, bibliothèques) ne seront plus tenus de garder le silence sur les requêtes du gouvernement, demande de l'industrie de la high-tech.

Une évaluation annuelle sera faite des pratiques d'interceptions électroniques. Un poste de diplomate spécialisé dans les questions de renseignement sera créé au département d'Etat et un autre à la Maison Blanche. " Le monde attend de nous que le numérique soit synonyme de progrès, pas de contrôle gouvernemental (...). Grâce à la force de notre démocratie, nous ne devons pas avoir peur de ces attentes ", a conclu M. Obama. Certains défenseurs des libertés relèvent qu'il n'a rien dit sur nombre de programmes visant à affaiblir les technologies de chiffrement.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Le président américain a annoncé des changements, mineurs, dans le fonctionnement de l'agence de renseignement

Il aurait pu être l'homme de l'année 2013. Time a finalement choisi le pape mais le magazine a placé Edward Snowden juste derrière le pontife, en deuxième position. Sept mois après ses révélations, l'ex-consultant de la NSA continue d'être au centre du débat américain sur la surveillance d'Etat. Si Barack Obama a lancé, vendredi 17 janvier, une révision des pratiques de la NSA, un sujet impensable jusque-là dans un discours présidentiel, c'est au jeune fugitif que l'Amérique le doit.

En fait de réforme, Barack Obama n'a rien annoncé de fondamental. Il ne revient pas sur l'essentiel - la collecte des métadonnées continuera, même si elle devra s'effectuer sous supervision préalable de la justice -, mais introduit quelques correctifs de nature à soigner les bleus des partisans de la défense de la vie privée. Un " défenseur du public " se mêlera des délibérations de la cour spéciale (FISC) qui choisit les cibles à espionner. Les étrangers auront droit à un certain respect.

C'est modeste mais, pour Snowden, c'est une victoire. Son objectif, comme il le rappelait dans sa première interview, le 24 décembre 2013 au Washington Post, n'était pas de détruire la NSA ni de " changer la société ", mais de lui " donner une occasion de décider si elle voulait se changer elle-même ".

Le débat a eu lieu. Il continue au Congrès où, sans surprise, les commissions du renseignement des deux Chambres, l'une à majorité démocrate, l'autre républicaine, sont d'accord pour poursuivre sans changement la collecte des métadonnées alors que les commissions des affaires judiciaires sont favorables à une interdiction totale.

En sept mois, l'image d'Edward Snowden a évolué aux Etats-Unis. Il n'est plus tout à fait le paria de l'été, quand il était réfugié à Hongkong ou à l'aéroport de Moscou. Choqués par les révélations quotidiennes (dernière en date : les centaines de millions de SMS collectés par la NSA tous les jours), les hommes politiques ne sont plus aussi unanimes à le qualifier de " traître ". Un panneau publicitaire est apparu sur les bus de Washington, payé par les juristes de Partnership for Civil Justice : " Merci Edward Snowden ". Les visites de parlementaires européens lui ont conféré une respectabilité de lanceur d'alerte mondial. On discute ouvertement désormais de la clémence qui pourrait lui être accordée.

Mi-décembre, le chef de l'unité mise en place par la NSA pour répondre aux fuites, Rick Ledgett, a laissé entendre qu'il serait prêt à examiner une amnistie si Snowden voulait bien cesser ses révélations, compte tenu du danger que son " trésor " représente. Les responsables du renseignement ne sont toujours pas sûrs d'avoir reconstitué l'ensemble des documents que le consultant a pu copier, au nombre de 1,7 million, selon un rapport classé du Pentagone. La Maison Blanche a immédiatement coupé court. Snowden est sous le coup d'une triple inculpation, a-t-elle rappelé, qui pourrait lui valoir trente ans de prison : pour espionnage, vol de propriété du gouvernement et transmission de documents confidentiels.

L'idée d'un pardon ou d'une réduction de peine a gagné en crédibilité le 1er janvier lorsque le New York Times s'y est rallié. " Considérant l'énorme valeur des informations qu'il a révélées et les abus qu'il a exposés, M. Snowden mérite mieux qu'une vie d'exil permanent, de peur et de fuite. Il a peut-être commis un crime mais il a rendu à ce pays un grand service. "

L'éditorial, approuvé par plusieurs intellectuels, dont Anne-Marie Slaughter, proche d'Hillary Clinton au département d'Etat, a attiré près de 2 300 commentaires. " Ce n'est pas un pardon qu'il mérite, c'est une récompense. Et les dirigeants qui ont affirmé qu'ils ne nous espionnaient pas méritent d'être destitués ", s'est exclamé un lecteur en référence au directeur du renseignement, James Clapper, qui a démenti en plein Congrès que la NSA collectait les données des Américains. " Nous devrions jeter Snowden en prison pour avoir enfreint la loi et le décorer en même temps, a ajouté un autre. Cela illustrerait nos ambiguïtés. "

Seuls 35 % des jeunes estiment que Snowden devrait être poursuivi, selon un sondage ABC/ Washington Post. Mais 57 % des plus de 30 ans sont de cet avis. Pour Jennifer Granick, directrice des libertés publiques au Centre sur l'Internet et la société de Stanford, le public reste très divisé. La juriste n'est pas très optimiste sur un pardon. " Les mesures de grâce sont rares, et se produisent généralement quand un président quitte la Maison Blanche ", souligne-t-elle. Pour elle, il est évident que Snowden devrait être amnistié : " Il y avait eu des lanceurs d'alerte avant lui. Mais ses documents ont permis d'avancer des preuves. Et c'est uniquement grâce à cela que notre gouvernement a dû admettre ce qu'il faisait. "

Stewart Baker, l'ancien directeur juridique de la NSA de l'administration George W. Bush, n'est pas de cet avis : " Snowden a commis le crime. Il doit purger la peine. Il aurait pu se contenter de voler un ou deux documents. Il n'avait pas besoin d'en emporter des milliers pour dénoncer ce programme. "

La question des torts causés à la sécurité nationale par les révélations est tout aussi controversée. Pour Jennifer Granick, aucun exemple n'a pu être vérifié. Pour le juriste républicain, la mise sur la place publique (par Der Spiegel, en décembre 2013) de tout un catalogue de techniques d'espionnage, comme la modification de clés USB, la confection de câbles qui pompent les données, etc., a été grandement dommageable aux intérêts américains. " Il y a probablement trente gouvernements dans le monde qui découvrent tous ces outils et veulent se les procurer ", a-t-il assuré sur la radio NPR. Dans le magazine américain Slate, Fred Kaplan a reproché à Snowden d'avoir laissé filtrer des détails sur les programmes utilisés par la CIA pour tester la loyauté des recrues potentielles au Pakistan.

Edward Snowden n'a pas choisi le vedettariat. Selon Time, qui l'a interrogé par courriel en décembre, l'ancien agent apprend le russe, lit Crime et châtiment et s'est replongé dans les profondeurs de l'Internet par le biais de communications cryptées et sécurisées. Son avocat russe, Anatoly Kucherena, a affirmé qu'il avait un job et une petite amie russe, mais Time a appris par ses amis que c'était " essentiellement de la fiction ".

Discret, moins flamboyant que Julian Assange, Edward Snowden s'est inscrit dans la lignée des lanceurs d'alerte, et du plus célèbre d'entre eux, Daniel Ellsberg, l'ancien analyste qui a sorti les papiers du Pentagone en 1971. Ellsberg mène campagne pour qu'il bénéficie de clémence. Il vient d'admettre Snowden au conseil d'administration de sa fondation pour la liberté de la presse (Freedom of the Press Foundation).

Dans son discours au ministère de la justice, Barack Obama a fait des propositions de commandant en chef : sécurité d'abord. Mais il s'en remet largement au Congrès, donc au public, pour arbitrer sur le degré de respect de la vie privée à préserver. Pour le président aussi, c'est à la société de décider si elle veut changer. Edward Snowden et Barack Obama sont peut-être moins éloignés qu'il n'y paraît.

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Accusés depuis juin 2013, grâce aux documents révélés par l'ex-consultant de la NSA, Edward Snowden, d'intrusion massive dans les vies des citoyens du monde entier comme dans les secrets commerciaux, diplomatiques ou politiques de pays souvent alliés, les Etats-Unis se devaient de réagir. La démocratie américaine a répondu, par la voix de son président, Barack Obama, aux inquiétudes de la communauté internationale.

Le programme de surveillance mondial mis en place par la NSA avait fini par fonctionner sans les garde-fous nécessaires, a admis le président des Etats-Unis. Il n'a pas pour autant réhabilité M. Snowden, sans qui, pourtant, le débat entre sécurité et liberté n'aurait pas été posé. Ce dernier a été l'anticorps généré par un système de surveillance devenu un monstre technologique piloté par des techniciens sans contrôle.

Ni l'ex-consultant de la NSA ni les journaux, dont Le Monde, qui ont publié les documents de cette agence n'ont jamais pointé autre chose que l'urgence d'instaurer un débat public sur ces systèmes de surveillance d'Etat et leur contrôle. En guise de réponse, M. Obama en a appelé à l'institution judiciaire - garante de l'Etat de droit -, afin de limiter les dérives de la collecte massive, sans aucune discrimination, des données personnelles. De même propose-t-il de créer des filtres institutionnels entre la NSA et les gigantesques bases d'informations électroniques recueillies dans le monde entier à l'insu des individus, des Etats ou des entreprises.

Cela suffit-il, comme M. Obama l'affirme, pour qualifier ces mesures de " nouvelle approche " ? Non. La philosophie du renseignement aux Etats-Unis n'est en rien remise en cause ou même modifiée. Elle conserve comme postulat, depuis les attentats du 11 septembre 2001, qu'il faut disposer de bases de données capables de stocker cent ans d'Internet afin de pouvoir tout connaître de l'ennemi d'aujourd'hui, et surtout de demain.

Certains pays veulent tout contrôler à leurs frontières physiques. Les Etats-Unis entendent ainsi mettre sous surveillance l'ensemble de la sphère numérique. La lutte contre le terrorisme le justifierait. Mais les documents de la NSA ont montré que ces outils servent, en réalité, davantage à la guerre économique, diplomatique et politique. En d'autres termes, ce qui est avant tout en jeu aux Etats-Unis, ce n'est pas tant la sécurité du pays que son influence dans le monde.

C'est pourquoi le discours de M. Obama, s'il a le mérite d'admettre la légitimité du débat, reste à la surface des problèmes soulevés par les documents Snowden. Il ne faut plus, dit-il, que les téléphones ou les courriels de ses homologues étrangers soient écoutés ou interceptés. Cela contribuera certainement à détendre l'atmosphère lors des rencontres internationales. Mais les Etats-Unis ne s'empêcheront pas, ajoute-t-il, de chercher à connaître les intentions des gouvernements.

M. Obama a surtout voulu rassurer les dirigeants de pays amis qu'ils ne seront plus espionnés à titre individuel, et ses compatriotes sur le respect de leurs droits. Une ambition qui laisse ouverte une interrogation essentielle : existerait-il deux standards de liberté dans le monde, celui en vigueur aux Etats-Unis, méritant d'être protégé, et un autre, dans le reste du monde, que l'on pourrait allégrement bafouer ?

Par guy.fitoussi le 18/01/14
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Moustafa Kémal, président-fondateur de la République turque, meurt à 57 ans d'une cirrhose du foie.

L'événement survient le 10 novembre 1938, à 9h05, à Istamboul. Toutes les horloges du palais de Dolmabahce où il est décédé sont encore arrêtées à cette heure... Et depuis cette date, tous les ans, à 9h05, les Turcs respectent une minute de silence en signe d'hommage au Ghazi qui a sauvé leur identité nationale. La circulation s'arrête cependant que résonnent dans le port d'Istamboul les sirènes des bateaux.

La Turquie, il est vrai, lui doit beaucoup. Menacée de dépeçage suite à sa défaite dans la Grande Guerre de 1914-1918, lorsqu'elle s'appelait encore empire ottoman, elle fut sauvée par cet homme d'exception que fut Moustafa Kémal (Mustapha Kemal en anglais).

Ses concitoyens l'appellent volontiers Atatürk (le «Père des Turcs»), le patronyme qui lui a été attribué en 1934.

Mort d'un empire

Né le 19 mai 1881 à Thessalonique (aujourd'hui en Grèce), dans une famille d'origine albanaise, Moustafa entre dans une école militaire et ne tarde pas à révéler ses talents. Il est surnommé «Kémal» (le Parfait !) par l'un de ses répétiteurs.

Moustafa Kémal (ou Mustafa Kemal ou Kémal Ataturk) (Thessalonique 1881-Istanbul 1938) Officier d'état-major dans l'armée du sultan, il se tient à l'écart de la révolution nationaliste des «Jeunes-Turcs», en 1908, considérant les velléités pantouranistes de leur chef Enver Pacha comme de dangereuses chimères (le pantouranisme prône l'union de tous les peuples turcophones de la Chine au Bosphore).

Pendant la Grande Guerre, il s'illustre en 1915 dans la contre-offensive germano-turque qui fait échouer un débarquement franco-anglais dans le détroit des Dardanelles, près d'Istamboul, capitale de l'empire ottoman.

Sa victoire d'Anafarta, en août 1915, lui vaut la gloire mais aussi une mise à l'écart par les «Jeunes-Turcs» qui craignent pour leur pouvoir.

Peu après l'armistice de Moudros du 30 octobre 1918, Moustafa Kémal entre en dissidence et organise la résistance pour prévenir le démembrement de la Turquie programmé par le traité de Sèvres.

Il puise son inspiration dans l'action de Lénine, qu'il admire comme Mussolini, un autre nationaliste farouche qui eut à coeur de laver les affronts subis par son peuple à la fin de la Grande Guerre.

D'une énergie peu commune, noceur, grand buveur, indifférent à la religion et notoirement athée, ce stratège de talent se montre très vite animé par l'ambition de bâtir une nation turque foncièrement homogène sur les ruines de l'empire multiculturel ottoman.

Sa victoire décisive sur les envahisseurs grecs en 1921 lui vaut de recevoir de la nouvelle Assemblée nationale le titre de «Ghazi» (le Victorieux).

Naissance d'une nation

Après le traité de Lausanne qui redessine en 1923 les frontières de la Turquie, Moustafa Kémal se consacre à la modernisation à marche forcée de son pays. Il ne craint pas d'abolir le califat, symbole de l'universalisme musulman.

Fort de son charisme, de ses victoires et d'une autorité quasi-illimitée, il installe la capitale à Ankara, au coeur de l'Anatolie, supprime par voie d'autorité tous les symboles du passé ottoman, multiculturel et islamique, inscrit la laïcité dans la Constitution... et développe une idéologie ultranationaliste fondée sur la race.

Moustafa Kémal s'est marié civilement en 1923 avec une jeune femme de la bourgeoisie, Latifé, mais le couple a divorcé dix-huit mois plus tard sans avoir eu d'enfant. Plus tard, dans une intention purement politique, le Ghazi a adopté pas moins de huit jeunes femmes adultes, reflets de la diversité turque.

Il meurt en pleine gloire le 10 novembre 1938, à 57 ans, victime d'une cirrhose du foie, rançon de son goût avéré pour les soirées très arrosées. Son mausolée, à Ankara, et son oeuvre immense, au service du nationalisme turc, sont gardés avec vigilance par l'armée.