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SOUTIEN PRUDENT AU PROCESSUS D'ADHÉSION À L'UE

M. Hollande a réaffirmé, lundi 27 janvier à Ankara, son soutien au processus d'adhésion à l'Union européenne : " J'ai soutenu l'ouverture des négociations avec la Turquie en 2004. Je suis toujours sur cette ligne. " Mais aucune garantie n'est donnée sur l'adhésion puisque " les peuples concernés " seront amenés à se prononcer par référendum au terme des négociations. Seuls 14 des 35 chapitres ont été ouverts et 4 ont été bloqués par la France pendant le mandat de M. Sarkozy. " Ce processus doit se poursuivre, y compris sur les sujets les plus difficiles. (...) Certains concernent des sujets - la séparation des pouvoirs, l'Etat de droit, les libertés fondamentales, la justice - qui sont aussi liés aux débats internes en Turquie ", a précisé M. Hollande.

A Ankara, le président a évité le terme de " génocide " pour qualifier les massacres de 1915

Le sujet était piégeux, mais François Hollande en a débattu " avec franchise " avec son homologue turc, Abdullah Gül. Au premier jour de sa visite en Turquie, lundi 27 janvier, le président a évoqué la question de la reconnaissance du génocide des Arméniens, au cours d'une conférence de presse au palais présidentiel de Çankaya, à Ankara.

" Le travail de mémoire est toujours douloureux. Mais il doit être fait. Ce que nous avons à mener, c'est la réconciliation à travers la recherche de ce qui s'est produit et la reconnaissance de ce qui s'est fait ", a-t-il affirmé, en prenant soin de ne pas qualifier de " génocide " les massacres de plus d'un million d'Arméniens entre 1915 et 1916. Le président américain Barack Obama avait adopté la même attitude en 2009, évitant de prononcer le mot qui fâche, mais appelant la Turquie à " aborder une histoire difficile et tragique ".

Or, les commémorations du centenaire de 1915 approchent. Même le palais présidentiel de Çankaya est marqué par cette histoire tragique. Avant 1915, l'actuelle demeure présidentielle turque était la propriété des Kasapyan, une famille de riches commerçants arméniens. Mais ceux-ci ont été contraints à l'exil. Leurs biens, comme ceux de centaines de milliers d'autres Arméniens de l'Empire ottoman, ont été spoliés par l'Etat turc naissant. En 1923, la maison fut " offerte " au fondateur de la Turquie moderne et républicaine, Mustafa Kemal (1881-1938).

" Le droit et rien que le droit " Depuis 2001 et sa reconnaissance officielle par la France, le génocide de 1915 s'immisce régulièrement dans les relations entre Paris et Ankara. Ce fut encore le cas en 2006 avec le vote par l'Assemblée nationale d'une proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, finalement enterrée par le Sénat. Et plus encore avec la proposition de loi Boyer, votée par les deux Chambres avant d'être censurée par le Conseil constitutionnel en 2012.

Le sujet est d'autant plus sensible que M. Hollande est réputé " arménophile ". Mardi à Istanbul, il doit d'ailleurs rencontrer Rakel Dink, la veuve de Hrant Dink, fondateur du journal arménien Agos, dont l'assassinat, en 2007, avait provoqué un sursaut citoyen sans précédent et accéléré le travail de mémoire en Turquie. Engagé de longue date pour la reconnaissance du génocide de 1915, le président français a fait part à plusieurs reprises de son désir de faire voter un nouveau texte pour sanctionner les propos négationnistes tenus sur le sol français. Interrogé sur ses intentions par la presse turque, lundi, il est resté évasif. " Nous allons faire le droit et rien que le droit ", a-t-il déclaré.

M. Hollande a également rappelé l'obligation qui était faite à la France de transposer " de la meilleure des façons ", une décision-cadre européenne de 2008 qui rend punissable " l'apologie, la négation ou la banalisation grossière publiques des crimes de génocide ". Sur ce point, l'entourage du président se montre prudent : " Toutes les victimes ont droit à la protection de leur mémoire, dans le cadre juridique imposé par la décision du Conseil constitutionnel et par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme ". La CEDH a en effet jugé, en décembre 2013, que le déni du génocide arménien relevait de la liberté d'expression et a acquitté Dogu Perinçek, membre ultranationaliste du comité Talaat-Pacha, une organisation para-étatique menant des campagnes négationnistes à l'étranger. M. Perinçek avait qualifié le génocide arménien de " mensonge international ", lors d'un voyage en Suisse.

Le cadre juridique laisse une marge de manoeuvre extrêmement étroite pour une nouvelle loi de pénalisation. Ce qui provoque, en France, la colère des représentants de la diaspora arménienne. Avant la visite présidentielle en Turquie, samedi 25 janvier, le Conseil de coordination des associations arméniennes de France a manifesté à Paris, Lyon et Marseille, " contre l'entrée de cette Turquie dans l'Union européenne ".

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