Par guy.fitoussi le 03/10/17
Depuis quelques années, de nombreuses régions européennes, comme l’Ecosse, la Catalogne, la Flandre, le nord de l’Italie, réclament leur indépendance. Des pays comme le Royaume-Unis, ou moult partis anti-européens, fustigent l’Europe. Les mouvements indépendantistes fleurissent.
 
Comment expliquer ces mouvements d’indépendance, d’autonomie… ? Même si les réponses sont nombreuses, j’en retiendrai trois :
 
  • Réagir à la mondialisation, et à ses effets nivelant les particularismes locaux, gommant les différences culturelles. Nous assistons depuis une vingtaine d’années à un retour des aspirations identitaires, à des tentatives de se réfugier sur son pré carré
 
  • Alors que la généralisation du libre-échange conduit à l’émergence de grandes puissances économiques comme la Chine ou l’Inde, les effets négatifs, et principalement le dumping social et la concurrence débridée, conduisent à contester les avantages d’appartenir à un grand ensemble, et à se replier sur son marché
 
  • Le renouveau des particularismes, le retour des identités, le réveil des nationalismes s’accompagnent d’une forme d’égoïsme, de refus de régions riches de participer à la solidarité nationale, ou de pays développés de s’inscrire dans un partage des richesses
 
Et pourtant, tant l’exemple de la Grèce refusant de sortir de la zone euro malgré les difficultés et la dureté des mesures, que celui du BREXIT devrait refroidir les ardeurs.
 
Le BREXIT. Le 23 juin 2016, il y a maintenant 15 mois, les Britanniques ont voté à près de 52 % la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Une première ! Le 30 mars 2017 a été effectivement mise en jeu la procédure de l'article 50 du traité de Lisbonne.
 
Après des élections législatives perdues et des atermoiements, la Première ministre, Mme. Theresa May a pris l'option d'un "Brexit dur", avec la sortie du Marché unique européen et la fin de la libre circulation des travailleurs européens, ce qui entraine une remise en cause automatique du marché unique bancaire et financier
 
Alors même que Bruxelles et Londres ont deux ans pour finaliser un accord, que la situation macro-économique en termes de croissance et d’emploi, avec un taux de chômage de 4,3 %, est encore positive, les conséquences commencent à se faire sentir :
 
  • L’inflation est en train de s’envoler avec 2,9 % en août, et 3 % attendus en octobre
 
  • Les établissements bancaires et financiers comment à quitter la City. Une étude récente laisse entendre que Frankfort, ville du siège de la Banque centrale européenne, semble « gagner la course », ce qui entrainerait la création d’ici 2021, de 10 000 emplois supplémentaires dans le secteur financier, et s’accompagnerait de la création de 20 à 90 000 emplois non financiers dans toute la région Rhin-Main.
 
  • A été déclenchée la procédure des dépouilles, à savoir la réaffectation des agences européennes installées sur le sol britannique dans les 27 pays de l’Union. La Commission européenne vient de publier une évaluation des candidatures. Pas moins de 23 métropoles ont postulé pour être le nouveau siège de l'Agence européenne du médicament (AEM) et de l'Autorité bancaire européenne (ABE)…
 
  • Le coût de la sortie pour solde de tout compte des engagements vis-à-vis de l’Union est estimé par Bruxelles entre 60 et 100 Md€. A ce stade, Londres n’envisage pas payer plus de 40 Md€
 
  •  Au-delà du coût financier, le BREXIT va avoir un coût impossible à estimer avec la fin de l’application du droit européen voté par la chambre des communes.
 
Le BREXIT peut être une véritable catastrophe, et la Catalogne devrait y réfléchir avant de franchir le Rubicon.
 
La Catalogne est une région historique d’Espagne qui a de tous temps, eu une relation très compliquée avec la capitale.
 
La Catalogne s’est constituée entre le IXème et le XIIème siècle par le regroupement de plusieurs comtés de l'ancienne Marche d'Espagne carolingienne sous l'autorité de la Maison de Barcelone, et devient progressivement un Etat. Bénéficiant toujours d’une forme d’autonomie, ce statut a été reconnu par la loi du 19juin 2006, qui l’a même définie comme « réalité nationale » ; le préambule de cette loi définit même la Catalogne comme nation[][].
 
Située dans le nord-est de la péninsule Ibérique, avec Barcelone pour capitale, la deuxième ville espagnole après Madrid, la Catalogne a une superficie de 31 950 km2, soit 6 % de la superficie espagnole. Même si ce n’est qu’une des langues officielles avec l'occitan et l'espagnol, le catalan est la langue la plus couramment pratiquée.
 
Avec près de 8 millions d’habitants et moins de 20 % de la population espagnole, la Catalogne est la région la plus riche d’Espagne avec une économie diversifiée dans le textile, la construction navale, la mécanique, l'automobile, la chimie, la pharmacie, l'agroalimentaire, l'informatique…sans oublier le tourisme. Elle ne veut plus payer pour le reste du pays, et veut, comme le pays basque et la Navarre, avoir l’autonomie fiscale.
 
La Catalogne a engagé un référendum d’autodétermination, non prévue par la Constitution espagnole, ce qui a conduit le gouvernement central à faire usage de la force pour faire respecter la loi fondamentale. L’engrenage de la violence semble irréversible. Même si les Espagnols connaissent le prix d’une guerre civile, tout semble en place pour la confrontation. Ce serait tragique à un moment où l’Espagne a recouvré une véritable santé économique en démontrant une formidable résilience face à la crise et ses effets négatifs.
 
Le Kurdistan
 
Le référendum catalan fait suite à celui effectué au Kurdistan. Les aspirations identitaires et nationalistes des Kurdes sont anciennes. Aujourd’hui, ils aspirent accéder à l’indépendance compte tenu de la situation de l’Etat irakien, et de l’effort fourni depuis plusieurs années contre l’Etat islamique.
 
Les Kurdes sont des oubliés de l’histoire, oubliés par les accords Sykes-Picot (accords secrets signés le 16mai 1916[][] entre la France et le Royaume-Uni[] prévoyant le partage de l’Empire turc, et plus particulièrement du Proche-Orient à la fin de la guerre), oubliés par la Société des Nations à la conférence de San Remo, oubliés par le Traité de Lausanne en 1923 qui entérine la fin de l’autonomie kurde à la demande des Turcs, en contrepartie de l’acceptation de toutes leurs pertes territoriales…
 
Bagdad ne peut accepter l’éclatement du pays, ne peut accepter de perdre les champs pétrolifères situés au Kurdistan. L’Iran, et surtout la Turquie y sont fondamentalement opposées par crainte de la contagion à leurs propres populations kurdes. Par crainte d’une profonde déstabilisation de la région, toutes les autres grandes nations, y compris les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, sont opposés à l’émergence d’un nouvel Etat.
 
Le problème n’est pas prêt d’être réglé. Alors que l’Etat islamique est en train d’être militairement défait,une nouvelle source de tensions et de conflits apparait. 
En ce qui concerne l'objet de notre blog tout particulièrement, le renouveau indépendantiste est plutôt une bonne nouvelle dont la nation séfarade devrait s'inspirer pour se détacher d'un Etat israélien de plus en plus occidentalisé et reniant avec dédain ses racones orientales.Les quelques 60 années de domination et de discrimination ashkénaze dans ce pays démontrent que les rêves d'unité nationale sous prétexte d'une religion commune débouchent le plus souvent par la domination d'une frange par rapport à un autre. pRENEZ LA yOUGOSLAVIE PAR EXEMPLE  avec la toute puissance serbe. Hélas Les séfarades éduqués en France n'ont pas eu le courage ni la volonté de réveiller les consciences à ce sujet là.
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Par guy.fitoussi le 31/01/11

La séparation entre Grana et Twansa fut reconnue officiellement en 1710, et deux communautés juives autonomes virent le jour. Le terme "Livournais" englobait l'ensemble des Juifs originaires de pays chrétiens et suivant le rite portugais ou livournais. Au début du xixe siècle, le consul américain à Tunis Mordecai Noah, d'origine juive, constatait: "Les Juifs italiens s'habillent comme les habitants chrétiens, avec, en plus, un haïk, ou bournous, jeté sur les épaules. Ils habitent un quartier distinct de la ville et sont gouvernés par une personne désignée par le bey, qui entend et juge tous les litiges et ordonne, si nécessaire, d'infliger des châtiments corporels, afin que l'on puisse dire qu'ils ont le privilège d'être dirigés par des hommes de leur confession" (M. Noah, Travels in England, France, Spain, and the Barbary States in the years 1813-1814 and 15, Londres, J. Miller, 1819, p. 311). En raison du rôle des Juifs dans le commerce européen, la question de leur statut devint un problème politique majeur entre l'Europe et la Tunisie. Les Juifs de nationalité étrangère ou ceux sous la protection des consulats profitaient de leur aide pour développer leurs intérêts et échapper à la juridiction tunisienne. Fondés sur les capitulations - système de conventions entre le gouvernement ottoman et les États européens instauré au XVIe siècle pour faciliter le commerce -, les droits extraterritoriaux accordés par les consulats étrangers étaient de plus en plus souvent accusés de porter atteinte à la souveraineté de l'Etat ottoman. Avec la multiplication des interventions étrangères au XIXe siècle, ces droits furent considérés par les dirigeants husseinides comme un signe d'affaiblissement de l'Etat musulman. Un décret de 1823 reflétant cette préoccupation rendit illégal le port par les Juifs de chapeaux européens. Un incident impliquant un Juif de Gibraltar, arrêté pour avoir refusé de se plier au nouveau décret, entraîna l'envoi par les Anglais de leur flotte méditerranéenne à Tunis. Le bey fut contraint de retirer le décret, du fait qu'il s'appliquait aux Juifs de nationalité étrangère (J. Ganiage, Les Origines du protectorat français en Tunisie (1861-1881), Paris, PUF, 1959, p. 50). Les Juifs livournais étaient considérés comme des sujets du bey au même titre que les Twansa s'ils s'installaient et demeuraient effectivement à Tunis. Cependant, à l'époque de la conquête de l'Italie par Napoléon, les Juifs livournais demandèrent également la protection française. En effet, depuis le XVIIe siècle, par suite de capitulations entre la France et l'Empire ottoman, les commerçants étrangers étaient souvent considérés comme placés sous cette protection. Les États italiens se trouvant sous occupation française, la France se sentit obligée d'étendre sa protection aux Juifs livournais. En outre, de nombreux Juifs ayant l'intention de s'installer à Tunis obtinrent la nationalité française à Livourne.Au bout du compte, ce lien entre Juifs tunisiens et puissances étrangères devait attacher inextricablement la communauté juive tunisienne aux intérêts du colonialisme français. Toutefois, à la différence de l'Algérie, où la communauté juive toute entière était intégrée au système consistorial français et où tous les Juifs s'étaient vu accorder la nationalité française par le décret Crémieux (1870), les autorités françaises étaient réticentes à supprimer le statut "indigène" pour l'ensemble des Juifs tunisiens. Comme dans d'autres cadres coloniaux, la communauté juive fut subordonnée aux autorités françaises, sans parvenir toutefois à l'égalité juridique accompagnant les droits liés à la citoyenneté (sur la manière dont le passage à la domination coloniale a affecté les Juifs, voir Y. Tsur, "Takrit halvayot: Yehude Tunis be-maavar le shilton Kolonyali", Tsiyon, 66, 2001, p. 73-102).

En fait, ce que les populations arabes avaient ressenti comme une trahison - l'adoption massive de la culture européenne par les Juifs de Tunisie - adoption liée largement au traitement souvent vexatoire que l'Islam et l'empire ottoman réservaient aux Dhimmis - ce sont les populations juives séfarades, dont celle de Tunisie - qui allaient tristement le ressentir en Israël même par rapport à une culture "européenne" ashkénaze plus vexatoire encore envers les populations dites "orientales".

De manière assez paradoxale, ce sont les ashkénazes d'Israël qui allaient révéler - en les ostracisant - les racines profondément sémites et orientales des juifs de Tunisie et du Maghreb qui pensaient, à tort, s'être émancipé de cette culture et de ces racines "grâce" aux empires coloniaux; exactement comme l'Allemagne nazie allaient faire ressurgir le passé "sémite" d'une population qui s'estimait pourtant, à juste titre, profondément européenne.

Tout comme l'ashkénaze en Europe n'a pu échapper à son destin de Juif, le séfarade ne le pourra pas non plus.

Le défi auquel est confronté l'Etat d'Israël aujourd'hui réside précisément dans la reconnaissance de ce qu'il est véritablement: un peuple sémite résolument situé au proche-orient et qui doit composer avec ses frères arabes.