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Et le Président du CNB ne sera pas un robot....

Burguburu : «La réforme du Conseil national du barreau est nécessaire»

Figaro Société
Mis à jour le 29/12/2014 à 19:50

INTERVIEW - Le président du Conseil national des barreaux (CNB), Jean-Marie Burguburu, fait le bilan de son mandat qui s'achève le 31 décembre.

Loi Macron, secret professionnel, avocat sur Internet, bisbilles avec le barreau de Paris, le président du Conseil national des barreaux (CNB) Jean-Marie Burguburu livre au Figaro sa perception des moments forts qui ont émaillé son mandat qui s'achève le 31 décembre.

LE FIGARO. - Refus de la réforme de l'avocat d'entreprise et sur Internet, de la postulation*… Les avocats français ratent-ils le train de la modernisation?

Jean-Marie BURGUBURU. - On ne peut pas dire cela. Le Réseau privé virtuel des avocats qui permet de se connecter entre nous mais aussi aux tribunaux existe depuis une dizaine d'années. L'informatique est donc présente dans nos cabinets. Mais notre profession doit garder sa dimension humaine. L'avocat ne peut être une machine à plaider face à un juge qui serait une machine à juger. Le CNB a cependant des projets de plateformes numériques d'assistance au lancement des procédures. Quant à l'avocat d'entreprise, c'est avant tout une question d'indépendance. Dans leur grande majorité, les avocats y sont opposés, y compris près de 50% des avocats parisiens selon l'étude menée par le CNB. L'avocat d'entreprise pose plusieurs questions dont celle de la création d'une deuxième profession, dans un monde déjà très hétérogène. Alors que seule une centaine d'entreprises est demandeuse, cela crée donc beaucoup de complication. Enfin, la remise en cause de la postulation entamerait notre maillage territorial. J'étais favorable à ce que cette dernière se développe au niveau des cours d'appel. Le CNB a refusé. J'avoue, c'est une petite déception.

Il vous a été reproché de ne pas avoir défendu le secret professionnel au moment de l'affaire Herzog/Sarkozy. Comment réagissez-vous?

Ce reproche est infondé. J'étais, au printemps dernier, à l'Élysée, avec le bâtonnier de Paris et le vice-président du CNB, pour demander au président de la République une réforme du secret professionnel. Nous en avons obtenu la promesse sans savoir quand elle viendra. Dans les semaines qui ont suivi, ce sujet a aussi fait l'objet d'une assemblée générale au CNB. Mais c'est vrai, ce dernier ne s'est livré à aucune gesticulation médiatique quand d'autres y succombaient. Nous avons aussi refusé d'entrer dans la guérilla personnelle qu'a entamée le bâtonnier de Paris avec les magistrats.

Il y a un divorce important entre le CNB et le barreau de Paris. Cela vous a rendu inaudible pendant la discussion de la loi Macron. Quelle leçon en tirez-vous

Je veux casser l'image d'une guerre entre le CNB et le barreau de Paris que son bâtonnier a exacerbée. Le barreau français est surtout extrêmement hétérogène. Sur le plan géographique puisque nous comptons 164 barreaux. À cette dispersion s'ajoute une disparité numérique avec de petits barreaux de 17 membres et des entités très importantes comme le barreau de Paris et ses 26.000 membres. De plus, les avocats constituent une seule profession mais plusieurs métiers. Qu'est-ce qui rapproche un grand pénaliste d'un avocat d'affaires, ou un avocat faisant des divorces de celui spécialisé en propriété intellectuelle? Enfin, structurellement, les cabinets d'avocats sont très différents. Plus d'un tiers des cabinets sont individuels, un peu moins sont des cabinets d'associés, d'autres sont en collaboration. Cette hétérogénéité entraîne des attentes et des problématiques différentes qui ne se limitent pas à une guerre Paris-province. Le CNB représente d'ailleurs tous les avocats. Parmi ses 80 membres, 32 sont des élus parisiens. Je regrette que Paris n'aie pas pris la place qui lui revient et n'aie pas été à l'écoute de situations différentes des siennes. Mais cela ne nous a pas empêchés d'être entendus: la discussion au Parlement le montrera.

Au terme de votre mandat, ne pensez-vous pas que le CNB doit être réformé?

La réforme est nécessaire, mais l'existence d'une organisation nationale est une nécessité absolue. Nous devons améliorer nos structures compliquées afin que le CNB acquiert une nouvelle légitimité. Je l'ai proposé à travers deux réformes en attente de décret: elles visent à créer un suffrage universel pour l'élection de nos membres au sein d'un collège unique au lieu de deux aujourd'hui. Quant à un ordre national unique, je n'y suis pas favorable. Cela entraînerait des pertes de compétences pour les barreaux locaux et une mise en commun des Carpa, ces caisses par lesquelles transitent les fonds des clients. Ce serait déshabiller Paul pour habiller Jacques. Une grande réforme sera possible avec des hommes de bonne volonté. J'y crois.

* Tout avocat plaidant en dehors de son tribunal doit avoir un confrère local le représentant.

Commentaires

Merci X, cela ne vaur pas une QPC

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