Aug
27
- ALORS, CES VACANCES EN AOUT ? - RACONTES -

Bof, comme dirait l'autre...normal : le flot et le jusant.

Des bouchons normaux à l'aller, des bouchons normaux au retour, et entre les deux flux, de l'eau...normale, l'étale sans bulles : une eau de mer fraîche, et peut- être trop fraîche ; Oh, pas partout : il y a bien un spot que seuls les aoûtiens à peau encore blafarde connaissent : le meilleur endroit du bain, là où l'onde fraîche est parcourue par un petit courant chaud, où ils s'ébattent seuls tranquillement, sans même qu'un seul poisson ne vienne les perturber : seule une mouette rieuse s'esclaffe en surplomb ; chut, ne le dites à personne, c'est juste en face du gros tuyau, là bas, derrière le rocher. Les initiés se gaussent à la vision des autres baigneurs normaux, parqués par des cerbères à jumelles au centre de la plage entre deux piquets, pour prévenir la noyade de ceux qui se jetteraient à l'eau sans savoir nager ; pauvres nageurs entassés par centaines dans cet enclos virtuel ; sont-ils conscients de patauger dans un bain de millions de bactéries échangées ici avec leurs congénères, dont chacun est naturellement porteur ? Et comme souvent, les parents normaux envoient leur progéniture tester le bouillon de culture, qui barbote durant des heures dans cinq centimètres d'eau, en lisière de la mousse blanchâtre qui n'a rien de l'écume des vagues inexistantes, respectueuses de deux piquets. Et dire que là bas, à quelques dizaines de mètres, les privilégiés ont accès au petit courant chaud... Non mais, il ne va pas nous pourrir les vacances avec son histoire d'eau légèrement polluée par les rejets normaux générés par le brutal quintuplement de la population locale !

Halte là, préservons les générations futures ! Ramenons la marmaille en lieu sûr, sur le sable blond et chaud. Mais là encore, c'est idiot cette histoire de marées qui réduisent un temps l'espace sablonneux, pour ensuite laisser la mer à des plombes de marche dans une vase douteuse ! Alors quand la bande de sable se fait symbolique, malheur aux amateurs retardataires ! Impossible de visualiser un quelconque lopin de sable disponible vu l'encombrement des draps de bain étalés à touche-touche : au moins, ce tapis en patchwork évite le contact direct avec une pollution encore pire que celle de l'eau : normalement, ce mouvement normal des marées doit lessiver à grande eau le sable chaud et rafraichir les petits courants chauds ; oui mais, un très vieil antagonisme oppose mer et serviette de bain : n'avez-vous jamais remarqué que plus le flot avance, plus les serviettes reculent et s'entassent pour faire front ! La nature étant cruelle, il arrive parfois que la mer emporte l'une d'elles, imprudente qui serait restée à sa portée...Mais globalement, il est établi que le lessivage du sable s'arrête à la lisière des draps de bains. Alors, que se passe-t-il sous ces draps, si le sable blond n'a pas été lessivé depuis la dernière pluie ?

Inutile de vous dire que tous les êtres microscopiques, marins ou humains, microbes ou bactéries malfaisants, qui ne sont pas nés de la première vague, ont bien compris que leur bien-être, voire la survie de leur descendance, résidait dans la présence de ces serviettes de bain ; ils vont tous ensemble, et par millions ou milliards, partager les vacances de adorateurs de Ra ; oh, non pas sur les serviettes, pour ne pas gêner, mais en dessous, et dans ce qui reste de sable apparent entre elles : vous savez ces bandelettes de sable chaud qu'il fait bon attraper dans ses mains pour en faire glisser les grains entre ses doigts ; ces mêmes doigts, qui d'ailleurs porteront ensuite à votre bouche le cornet de glace ou les morceaux d'un chichi bien huileux que son vendeur ambulant aura laissé rissoler toute la journée dans son panier, sous le plomb du soleil ; il ne pourra être taxé d'avoir rompu la chaîne du froid, que la chose vendue n'a jamais connue. Les bambins adorent le sable et ce qu'il contient : ils s'immunisent sans le savoir, trop jeunes pour connaître le microscope, révélateur de la faune inquiétante qui fréquente leur terrain de jeu estival.

Journée normale de plage en août pour les humains et micro-organismes ; faut bien que chacun y trouve son bonheur. Tiens, à propos de bonheur, on entend à peine, dans tout ce brouhaha, le haut-parleur qui crachouille que des parents ont perdu leur gamin, à moins que ce ne soit le contraire ; c'est vrai que dans les hurlements stridents et les pleurnicheries des mômes pour un oui ou pour un non, il nous avait bien semblé qu'il nous en manquait un ! Seuls les parents habitués au vacarme de leurs chérubins n'y font plus attention ; alors, on compte sur la charité humaine pour que la famille se reconstitue, sous les pleurnicheries angoissées de la mère et l'avoinée administrée par le père au petit fugueur, lequel n'est pas en âge de leur reprocher de l'avoir délaissé pour taper la causette avec les voisins de parasol, ou d'avoir lézardé au point de s'en griller la cornée à travers les paupières, perdant ainsi de vue la prunelle de leurs yeux. On remettra alors le petit à l'ouvrage, à ses creusements incessants de trous dans le sable, où, plus tard, à la fraîche, les vieux autochtones viendront s'y tordre la cheville.

Tiens, voilà le groupe normal d'ados qui émerge à 16 heures d'une longue nuit sans sommeil : il s'annonce à grand renfort de « musique » crachée par un engin portatif si volumineux que l'un d'eux doit le porter à l'épaule ; quand on pense qu'à la maison, il refuse de sortir la poubelle ! La bande cherche désespérément un emplacement pour nicher : l'astuce consiste à repérer les serviettes orphelines pour cause de bain de leurs propriétaires, et de s'y coller : l'effet de groupe fait le reste ; le baigneur imprudent ne séchera pas sur sa serviette, à moins de la partager avec quelques postérieurs étrangers ; ses tympans ne prisant pas la bonne musique, il partira poser son tapis ailleurs, permettant ainsi d'agrandir le cercle de la jeunesse. Vous avez sans doute remarqué, qu'à peine le voisin parti, le groupe, qui a développé et marqué son nouveau territoire en y entreposant armes et bagages, file aussitôt au bain, en hurlant et gesticulant, sautant pardessus les corps étendus sur son trajet, pour se jeter à l'eau en arrosant copieusement ceux qui ne voulaient pas se mouiller ; le miracle de Moïse s'accomplit à chaque fois : la mer s'ouvre à leur passage ; il arrive même que les sourds entendent leurs braillements. Mais, trop fraîche la flotte, leur bain de termine vite, et la mer peut se refermer sur leur sortie ! Les amateurs de sable se réjouissent évidemment de leur retour : tels des labradors sortant de l'eau, filles et garçons vont s'ébrouer les tignasses pour gratifier leurs proches voisins d'un rafraîchissement bienvenu ; et puis, les plus maniaques vont chasser de leur drap de bain le plus petit grain de sable, en le secouant vigoureusement à tous vents : prière de fermer les yeux à cent mètres à la ronde. Un tel groupe de jeunes ne tient jamais en place bien longtemps : à peine assis, voilà que l'un d'eux sort de son sac à dos, l'engin maudit, l'instrument du diable : le ballon de foot !!! ALERTE ROUGE dans le voisinage ! Les jeunes mâles sportifs laissent les filles à leurs potins et trouvent au bord de l'eau l'aire de jeu idoine, délaissée des baigneurs depuis leur précédente équipée marine. Soulagement sur le sable, sauf que, la marée étant montante, le terrain de foot l'est aussi... Saint Zidane, priez pour eux : les passes ne trouvent jamais leur destinataire et finissent sur les corps alanguis des lézards apeurés, les grandes chandelles sont autant de scuds venant s'écraser, au hasard des frappes, sur les civils apeurés ; n'avez-vous jamais remarqué que le tireur fou répugne à aller affronter ses victimes, et implore du regard un retour de l'engin destructeur : ça marche une fois sur deux, tout comme le merci attendu.

Comme dans chaque guerre, le pilonnage de la base arrière finit par engendrer une fuite aux abris des populations : les mères regroupent rejetons et intendance, les pères abandonnent la buvette pour revenir plier les parasols et secouer les draps de bains ensablés, pour ne pas emporter avec eux la faune microbienne de la plage, qu'ils lèguent à leurs successeurs : le terrain se dégage pour les jeunes footeux. Mais, c'est justement le moment qu'ils choisissent pour siffler la fin du match. Génial, toute la plage pour eux : il fait moins chaud, on étale très largement en cercle les draps de bains, les ricanements saluent les âneries des uns, les messes basses filtrent les amours estivaux des autres ; le soleil décline : une nouvelle et longue soirée se prépare. Il y a longtemps que les vigiles sauveteurs ont remisé leurs piquets et fermé boutique, après huit heures de bronzage forcé, laissant l'océan entier aux ultimes nageurs avisés .

La marée redescendra et remontera ensuite, comme le flot des vacanciers qui garnissent le sable de nos plages au mois d'août, profitant des bienfaits des marées bactériennes des juilletistes. Plus tard, lorsque la nature aura repris ses droits hivernaux, la plage retrouvera son aspect initial, avec un sable maintes fois lessivé par les flux et reflux de l'océan, avec ses débris végétaux transportés et déposés par les vagues le long de la grève au bonheur des oiseaux de mer retrouvant leur territoire.

Des vacances normales vous disais-je. Un flot de dossiers s'est échoué sur mon bureau : il parait que le jusant emporte ce que le flot a apporté. La Justice ignore le jusant.

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