Apr
24
BANQUE- SECRET ET CONDIDENTIALITE -

Au moment où nos élites découvrent l'existence des paradis fiscaux et font mine de s'en indigner pour mieux, appréhender, avec gourmandise, l'énormité des masses monétaires qui en font la richesse, la situation du client lambda de la banque du coin ne s'améliore pas.


BANQUE

- SECRET ET CONDIDENTIALITE -

Au moment où nos élites découvrent l’existence des paradis fiscaux et font mine de s’en indigner pour mieux, appréhender, avec gourmandise, l’énormité des masses monétaires qui en font la richesse, la situation du client lambda de la banque du coin ne s’améliore pas.

Les paradis fiscaux, dénoncés pour être très stricts sur le respect du secret bancaire, interdisant de révéler l’identité de ses milliardaires déposants et leurs avoirs, au point de ne pas permettre de connaître l’origine des fonds, tremblent de tous leurs coffres. Non pas qu’ils puissent perdre une partie de leur clientèle, mais qu’ils soient contraints d’avouer qu’ils furent assimilables à des complices de quelques trafics juteux mais illicites, en qualité de receleurs.

Bon gré mal gré, pour réintégrer le monde des gens honnêtes, ils vont devoir soulever un peu le couvercle d’une marmite nauséabonde, qui conservera encore quelques relents fétides, même si elle est expurgée de ses déchets avariés.

Va pour la levée du secret bancaire : si elle ne fait pas de bien, ça ne fera pas de mal.

Mais, dans le monde des terriens de base, que la tempête séculaire de la crise malmène lourdement, le secret bancaire est inconnu, puisque le Big Brother administratif et fiscal permet de tout connaître d’eux depuis des lustres.

La confidentialité qui est du au terrien de base d’un pays civilisé se résume finalement à l’interdiction faite au banquier de révéler à un voisin le montant de ce que l’autre a ou n’a pas sur son compte.

Hélas, les banques n’ont même plus ce respect : la personne du client étant devenue beaucoup plus accessoire que le crédit de son compte, comme chacun peut s’en rendre compte quotidiennement en se rendant au guichet de son établissement préféré.

Un Monsieur d’un certain âge, à l’évidence retraité et sans grand revenu, se présente au guichet de sa banque, ou plutôt à la file de clients en attente de passer au guichet. Après quelques longues minutes d’attente et d’évolution poussive de cette queue, il parvient face à guichetier et formule sa demande. La confidentialité de l’accueil permet aux clients suivants, attendant leur tour, d’entendre malgré eux le dialogue : les plus proches tentent de reculer pudiquement, alors que ceux du fond protestent contre cette manœuvre les éloignant de leur objectif.

L’homme vient réclamer un retrait de 50 euros ; le guichetier pianote sur sa mémoire informatique, fronce, et indique à son client que ce retrait n’est pas possible, le compte n’ étant pas suffisamment alimenté ; l’homme se retourne pour lire sur le visage des suivants l’effet de l’annonce ; puis de sa voix la plus basse possible, qui se répercute néanmoins vers les témoins dont certains tendent l’oreille, il rappelle que le retard du virement de sa retraite ne lui est pas imputable, et qu’il n’a plus de liquidité pour s’acheter sa nourriture; le guichetier appelle alors par téléphone interne son responsable, lui relate les faits dans le menu détail, en forçant le ton, puisque ledit responsable est loin, derrière son open desk à cloisons de verre translucide, à deux pas de là ; la conversation téléphonique des deux banquiers se répercute dans le hall, où les clients en attente ont tout loisir d’apprécier leur professionnalisme et, pour ceux qui avaient réussi à méconnaître l’épisode précédent, à découvrir la triste situation de notre vieil homme. Un sentiment de gêne se répandit dans cet enclos, chacun partageant la honte éprouvée par la victime. Chacun pu entendre, quelque peu soulagé, que, malgré le dépassement de 103, 56 euros du découvert autorisé, Monsieur X (le guichetier l’ayant appelé par son nom, afin que nul n’en ignore) bénéficierait, à titre très exceptionnel, d’un subside de 20 euros, en attendant que sa retraite soit virée. L’homme, après avoir été cherché son aumône, quitta l’établissement, certainement satisfait de pouvoir se nourrir, mais honteux de la scandaleuse violation de la confidentialité qui lui était due ; au moins, sa honte fut atténuée par la compassion des témoins de la scène, qui ont évité de le regarder lors de sa sortie penaude, comme s’ils n’avaient pas entendu la misérable conversation, afin qu’un semblant d’anonymat soit feint.

Je pensais alors que, pour un avocat, outre le secret professionnel absolu auquel il est astreint, le débutant qui s’installe reçoit la visite d’un membre du conseil de l’ordre qui a la charge de vérifier si ses locaux assurent la confidentialité indispensable à un exercice professionnel conforme au respect du à ses clients. L’avocat peut se voir refusé d’exercer tant qu’il n’aura pas mis ses bureaux en conformité avec ce principe.

Que n’est il possible de créer une commission déontologique ad hoc pour vérifier le respect de la confidentialité dans les locaux bancaires, et de former le personnel d’accueil sur ce thème ; le design changeant des établissements n’intègre pas, lors de la conception de bureaux, le paramètre essentiel de la confidentialité.

En l’état, le seul recours du client est de changer de banque, après avoir effectué un repérage préalable des installations des concurrents : même s’il n’a pas encore été confronté à la triste situation infligée à Mr X., en cette période incertaine, son tour viendra peut-être bien un jour !

Les banquiers se désolent : le secret bancaire est levé ; les clients également, la confidentialité aussi.

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