Jun
21
C'EST MA FETE

Enfin, la fête des pères : cette année ma progéniture a bien fait les choses ! Je me doutais bien qu'il se tramait l'exceptionnel, à avoir surpris les messes basses et préparatifs de la veille ; j'ai mal dormi, la cervelle remplie d'interrogations ; à l'aube, les trilles des merles, qui anticipent la sonnerie du réveil, se sont tus ; une vague impression de dérangement de grives musiciennes ; des bruits extérieurs perturbent le monde animal : on s'affaire. Trop tôt pour se lever.


C'EST MA FETE

Enfin, la fête des pères : cette année ma progéniture a bien fait les choses ! Je me doutais bien qu'il se tramait l'exceptionnel, à avoir surpris les messes basses et préparatifs de la veille ; j'ai mal dormi, la cervelle remplie d'interrogations ; à l'aube, les trilles des merles, qui anticipent la sonnerie du réveil, se sont tus ; une vague impression de dérangement de grives musiciennes ; des bruits extérieurs perturbent le monde animal : on s'affaire. Trop tôt pour se lever.

Et, puis d'un coup, un accord musical strident déchire ce matin dominical, une longue plainte du goret que l'on saigne sur un mode électro-acoustique : je me précipite à la fenêtre, ouvre les volets et découvre, au pied du balcon, quatre individus hirsutes, grimpés sur une estrade sommaire, guitares en bandoulière pour deux d'entre eux, un autre s'affairant à tripoter les boutons d'une valise sur pied, et le dernier installant son siège derrière sa batterie. « Bonne fête Papa » ! énoncent en cœur les enfants ébouriffés, et à peine sortis du sommeil, qui ouvrent la porte au même instant. « Alors là, mes chéris, vous avez fait très fort » ! « M'offrir pour ma fête des pères un orchestre sous mes fenêtres, non, c'est trop » ! Evidemment, la maman est dans le coup... Je remercie très chaleureusement toute la petite famille à peine réveillée, qui, en plus, m'a doté d'autres menus présents. Et puis, nous voici en rang d'oignons sur le balcon, pour goûter cette sérénade improvisée et privé, en mon honneur ; on dirait la famille royale anglaise au balcon de Buckigham, en pyjama, assistant au défilé de la garde en grande tenue, sauf qu'il n'y a aucune foule à saluer, sinon les quatre jeunes troubadours en jeans –teeshirts, sans bonnet à poil. (attention, pas de virgule)

Je goûte ces instants exceptionnels, lorsqu'arrive un fourgon iconoclaste, d'où s'extirpent deux gros bras, qui en un instant érigent un dais émeraude, estampillé d'une marque illustre de bière : ça ressemble à s'y méprendre à une buvette, ce qui est confirmé par le déchargement de caisses de bouteilles et de fûts de précieux breuvages. Mon orchestre interrompt aussitôt ses gammes stridentes pour aller chercher quelques inspirations créatrices sous ce temple accueillant.

Et moi ? Et ma fête des pères ? Je me retourne : ma famille m'a déjà abandonné pour un petit déj' plus copieux. Bon, ma sérénade fut brève, mais l'idée était super ! Je vais remercier tout mon monde... « Merci pour tout » ! « Oh, c'est pas grand-chose », dit la maman. Mais une question me brûle les lèvres : « comment avez-vous pu faire » ? « Comment avez-vous trouvé cet orchestre » ? Et là, mon grand me jette un regard inquiet, et m'annonce, avec un haussement d'épaule, qu'il file illico rejoindre ses copains ! Quoi, à 9 heures du matin ? (Il dort généralement jusqu'à 13 heures le Dimanche). « Ben quoi » ? « C'est la fête de la musique » !!!!

Le rideau se déchire, le décor me tombe sur le crâne ! KO, le vieux ! Et... ma fête des pères ? et MON orchestre ?

Et bien non, c'est bien la Fête de la Musique et du Bruit ; c'est bien la date de la Saint Jack, ce petit marquis ménestrel, ayant vécu du temps de notre bon Roy François, pour apporter au bon peuple inculte, le savoir musical de son siècle ; (NDLR :devenu ensuite courtisan de l' empereur Sarkoléon I, il se murmure qu'il serait en voie de canonisation civile) Bref, la ville va rapidement s'enivrer d'un joyeux mélange de notes de musique plus ou moins justes, chaque groupe augmentant le volume ou le ton de son son (j'aime la sonorité de ce mot et de son possessif). Jusqu'au fin fond de la nuit, les oiseaux vont fuir, les chouettes hululer et les chiens hurler à la mort : les animaux sont insensibles à l'art ! Les buvettes vont s'engorger puis dégorger ; les canettes vont apporter un peu de couleur dans les herbes folles ; les herbes seront fumées, et leurs effluves se mêleront à celles de la merguez : ça y est, c'est l'Eté.

Ah, la fête de la musique ! ce joyeux mélange du sacré et du païen , des élites et du bon peuple, de la mélodie et du métallique, du luth et de la grosse caisse, du symphonique et de la banda.

Alors, puisque le calendrier a joué un tour de son à la fête des pères, profitons en ! en ces périodes moroses, notre cadeau ne sera-t-il pas d'accompagner nos chers héritiers au milieu de la foule musicienne et de parcourir les rues à la recherche de notre musique préférée : Papa découvrira ce que les enfants écoutent habituellement en catimini, les oreillettes vissées dans leur conduit auditif ; les enfants découvriront ce que Papa écoutait à leur âge sur son Teppaz ou à la radio, en catimini, au temps de l'Age tendre et tête de bois, à l'heure où l'on fait des devoirs scolaires pour le lendemain.

Sept petites notes à disposition, quelques ingrédients de pause ou soupirs, et vogue la Musique des papas et fistons.

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