Jul
05
FAMA ET SEXUS POLITICUS

Le prix de la gaudriole ou la rançon de la gloire

Notre philosophe rocker, le grand Johnny lui-même, estime que plus on est riche, plus on est exposé aux malfaisants de tous poils. Pour avoir lui-même fait l'expérience d'une accusation semblable à celle dans laquelle DSK se débat, de laquelle il fut blanchi, il compatit aux misères de l'ex-patron du FMI.

L'avocat ne peut que faire le lien entre richesse et pauvreté, entre justice à l'américaine et justice de chez nous. Plus on est riche, mieux peut-on se défendre. A la mode US, les millions de dollars engloutis dans l'affaire DSK pour tenter de faire la lumière sur la vérité du dossier donnent le vertige ; c'est le prix de cette vérité sans doute : mais à ce stade qu'en est-il réellement ? L'accusé sortant soulagé de son bracelet électronique au terme de la dernière réunion chez le juge, allant joyeusement festoyer entre amis dans un restaurant huppé, mais restant encore inculpé d'un viol qui ne pourrait être qu'un simple rapport consenti avec une femme de ménage ; une accusatrice manipulatrice ou vénale qui aurait offert son corps à un people, sans être payée en retour, et qui voudrait gonfler sa mise. Le tout sur fond politique d'un procureur élu qui ne tient pas à perdre la sienne et d'avocats illustres qui aspirent à accroitre la leur.

Au royaume de France, la Sainte Inquisition avait les moyens pour faire avouer le coupable désigné qui finissait illico sur le bucher l'expédiant derechef en enfer ; la laïcité moderne a permis que les aveux plus ou moins spontanés soient recueillis par la maréchaussée au terme d'une garde à vue éprouvante, le tout dans le plus grand respect du contribuable, l'interrogateur percevant le même salaire mensuel que s'il avait vaqué à une autre occupation. Peu de frais non plus générés par le défenseur des démunis, dont le rôle d'assistant social lui interdisait d'avoir la moindre idée du dossier. Les nantis pouvaient cependant s'offrir un tel assistant social de prestige, à leurs frais, adapté à leur condition. Et, puis, patatras, voilà que les grands principes imposent une défense plus active en permettant aux avocats de passer leur temps en compagnie de leur client interrogé. Grand chamboulement pour les enquêteurs, qui préfèrent désormais travailler la nuit, allez donc savoir pourquoi ; grand chamboulement pour les avocats insomniaques qui doivent gérer les urgences nocturnes. Le riche client pourra s'offrir deux avocats, un de jour, l'autre de nuit. Le démuni découvrira l'avocat assurant la permanence qui ne pourra s'empêcher la nuit de penser à la miséreuse indemnité prévue pour sa participation, qui est encore débattue dans les ministères concernés. Dans les deux cas, le boulot sera le même, seule la rémunération différente.

L'enquête mode US mobilise de multiples intervenants, qui, sous l'égide du procureur, vont avoir accès à tout pour conforter la réalité de l'accusation, quitte à trouver des éléments à décharge qui ne pourront être masqués, sous peine que la défense, elle-même dotée de pouvoirs d'investigations, ne fasse main basse sur ces mêmes éléments pour mettre à mal l'accusation devant les jurés. Chez nous, à partir des éléments recueillis lors de l'enquête initiale, puis en garde à vue, le présumé innocent est renvoyé la plupart du temps devant ses juges, et l'avocat doit se débrouiller avec le dossier ficelé dont copie lui est alors donnée. Dans les cas les plus graves, le juge d'instruction, celui qui devait disparaitre du paysage de la justice pénale, va, sur la base du dossier d'enquête, instruire à charge et à décharge ; il est difficile de trouver dans l'enquête initiale de quelconques éléments à décharge, sinon un sommaire rapport d'expertise psychologique ou d'enquête sociale. L'avocat n'a aucun pouvoir d'investigation, et il doit demander au juge d'instruction, s'il le veut, de lancer ses enquêteurs ou experts à la recherche de tel élément pouvant être utile à son client.

J'ai en mémoire, dans un dossier de viol supposé destiné à alimenter une session de Cour d'Assises, la contribution à décharge d'un juge d'instruction auquel je demandais seulement de poser une question à la victime lors d'une confrontation avec son supposé agresseur. La demoiselle avait attendu 6 mois, après ce jour maudit où elle avait invité le type à monter chez elle prendre un verre, pour déposer sa plainte, et mon client avait eu entretemps confirmation d'un de ses copains qu'elle avait entretenu une liaison intime totalement consentie avec ce dernier, le lendemain du supposé viol, ce qui m'apparaissait incongru pour une femme qui venait juste de subir une agression criminelle. La question consistait seulement à savoir si elle reconnaissait ce fait. Le juge, outré par ma question à décharge, refusa qu'elle soit posée et sur mes protestations dénia aussi qu'il en soit fait mention dans le PV de confrontation, malgré mon ire. Le motif invoqué fut : la vie privée de la supposée victime, auquel je ne pouvais ainsi porter atteinte. Le nom de l'heureux témoin fut fourni avec demande d'audition, en vain, pour le même motif. Son témoignage écrit fut produit au dossier, mais rejeté itou par le juge !

Cet exemple, appliqué au dossier DSK, n'aurait pas permis de fouiller dans la vie privée de la victime, et nul doute que l'intéressé, ainsi privé de tous moyens à décharge aurait achevé sa carrière à croupir au fond d'une prison US ; Il est heureux que l'ex patron du FMI ait commis son geste outre atlantique, là où le procureur accusateur lui-même vient lui servir des éléments majeurs de défense.

Reste à savoir si la fortune dont disposait l'intéressé, ainsi que sa renommée, n'ont pas éveillé une crainte légitime de bavure dans l'esprit du procureur élu, le conduisant à une prudence bienvenue, qui n'aurait peut-être pas été de mise pour un vulgaire péquin sans le sou, comme il en existe beaucoup là bas, attendant la chaise électrique, dont certains échappent par un miracle de la science biologique qui va les disculper au dernier moment, grâce aux fonds recueillis sur le tard par les abolitionnistes.

Johnny n'a pas tort : plus on est riche, plus on est exposé, et plus on a de chances de s'en sortir.

Bon, DSK n'en est pas encore totalement sorti puisqu'il reste à juger s'il a honoré la dame du Sofitel, de son plein gré ou à l'insu de son plein gré, sans bourse délier ou moyennant commission impayée. Les deux protagonistes, seulement présumés coupable ou victime, vont être bientôt fixés sur leur sort.

Et, dans le lointain de nos campagnes, le coeur des vierges effarouchées entonne le chant du complot, avec le mince espoir de retrouver leur candidat blanchi, postulant à la quête du graal. Un tel complot, s'il avait existé, aurait pu être déjoué aisément. Comment un candidat très sérieux, à quelques mois d'une échéance capitale pour lui, aurait-il pu tomber dans un piège aussi grossier ? Ayant d'autres chats à fouetter, et doté d'une épouse aimante, n'aurait-il pu tout simplement repousser les avances ancillaires ou vénales, ou encore réfréner des ardeurs personnelles en pensant... à la France ?

Restera donc le fait que l'honorable politicien a commis à la sauvette un acte d'adultère, sauf à prouver qu'il fut lui-même violé par une diablesse : le puritanisme anglo-saxon s'étrangle, alors que le judéo-christianisme estampillé gaulois s'étouffe d'en rire sous cape, sexus politicus oblige.

La gaudriole deviendrait-elle un critère de choix de l'homme destiné aux plus hautes fonctions de l'Etat, ajoutée à la fortune nécessaire pour payer la rançon de la gloire ?

Commentaires

Votre comparaison avec le vieux Johnny peut laisser à désirer, notre chanteur Belgo helvétique national bénéficiant d'un capital sympathie chez les quinquagénaires qui peut autoriser des fantasmes d'inceste par procuration de la part de la gent féminine. Il est assez consternant de considérer le soin déployé à soupeser la sincérité de la plaignante, à l'aune de sa loyauté dans les engagements qu'elle a pu prendre et ne pas tenir dans son parcours. Comme si son antagoniste avait, quant à lui, droit à la présomption de loyauté, qui revendique sans sourciller des convictions de gauche, avec une efficacité qui force pourtant le respect à en juger par les sondages même récents? Certes, point n'est besoin de justifier d'avoir prêté serment de pauvreté pour être de gôche mais vouloir berner à ce point les electeurs sur sa volonté réelle d'effacer la misère ne constitue-t-il pas déjà une presomption de mauvaise foi?

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