Oct
27
LA TUTELLE - NOUVEAU FEUILLETON DE L'ANNEE -

Les dents de l'amer.

Pas un jour ne se passe sans que son nom n'apparaisse dans les médias, et que chaque épisode apporte son lot de découvertes en tous genres : tout cela est parti d'un différent entre la fille et sa mère à propos de l'inquiétude de la première sur l'évaporation de partie de l'immense fortune de la seconde.

Pourtant, tout individu fait ce qu'il veut de son patrimoine et les héritiers ne peuvent prendre cette qualité qu'au jour de la disparition de leur cher parent ; s'il a tout dépensé, il reste encore aux héritiers potentiels leurs yeux pour pleurer ; quoique dans le cas qui nous occupe, fifille a déjà perçu un sacré pactole assurant ses arrières pour sa vie durant, ce qui permet de ne pas verser de larmes sur son sort.

Pour empêcher Maman B. de faire ce qu'elle veut de ses sous, pas d'autre moyen que de la faire passer pour zinzin, et d'obtenir une tutelle, qui permettrait à quelqu'un d'autre de gérer sa fortune en lui laissant quelque argent de poche pour acheter ses caramels mous préférés. Alors, tout est bon pour y parvenir, à commencer par tirer à boulets rouges sur les profiteurs qui ont forcément abusé cette pauvre mamie, qui aurait donné le code de sa carte bancaire au premier venu ; on nous assaille des chiffres astronomiques de dons à ceux qui la côtoient, forcément profiteurs ! D'abord, ces dons sont proportionnels à l'extraordinaire capacité financière de Mamie, et puis, si l'on mettait sous tutelle tous ceux qui distribuent ce qu'ils ont en trop, le hit parade des grandes fortunes de ce monde encombrerait les bureaux des Juges des Tutelles, puisque, à ce niveau de bonheur financier, il est bien connu que le don est un outil de défiscalisation, et que même, certains autolimitent leur consommation personnelle pour distribuer généreusement leurs trop-pleins aux déshérités. Bill Gate sous tutelle ! On imagine le procès. Sa progéniture doit être moins avide que celle de Mamie B.

Bref, pour en arriver à ses fins, Fifille a embauché les avocats les plus chers, censés être les plus compétents, et Mamie B. se défend de manière idoine. Cela nous vaut le bonheur de voir chaque jour, à l'heure des journaux télévisés, les échanges médiatiques de ces vieux pontes des prétoires, à en croire qu'ils sont payés davantage à la prestation télévisée qu'à l'intervention devant le Juge. Il est étrange de voir que, même dans l'institution judiciaire, chaque protagoniste à son propre juge supporter, l'un ne supportant pas l'autre. Pourtant ces juges devraient avoir la sérénité d'analyser la situation. Ils donnent la curieuse impression au bas peuple de n'avoir que cela à faire, alors que leurs collègues de base triment sur de vulgaires affaires plébéiennes, la Loi de la statistique les contraignant à enfiler les dossiers comme des perles.

On en perd son latin, car le dossier est à l'origine fort simple, n'en déplaise aux illustres avocats de cette cause grandiose : comment Mamie B. peut-elle être placée sous tutelle, alors que pour nous autres, justiciables de base, la Cour de Cassation a fixé de longue date les règles du jeu.

Fort heureusement pour nous, une personne ne peut être placée sous tutelle que si elle est atteinte d'une altération de ses facultés mentales ou physiques empêchant l'expression de sa volonté ; une telle atteinte doit être médicalement constatée par un médecin choisi sur une liste établie par le procureur de la République, qui établira un certificat circonstancié. La Cour de Cassation assure un contrôle très strict et casse toute décision de juges ouvrant à tous vents des mesures de protection sans détenir le précieux sésame médical prouvant l'altération précitée.

Ceci a conduit à faire disparaitre les abus antérieurs qui permettaient de placer sous protection des personnes tout à fait aptes à exprimer leur volonté, même affectées d'une déficience de leurs facultés physiques ou mentales, comme par exemple celles accusées de prodigalité, d'intempérance, voire pire d'oisiveté. A ce train, on risquait la mise sous tutelle en cas de difficultés financières ou de surendettement ! Cela n'est plus de mise et ces mesures ne sont plus autorisées, même si des aides d'une toute autre nature existent désormais pour accompagner les personnes en difficultés sociales ; n'oublions pas que, dans les siècles précédents, un mari, pour vivre sa vie avec sa maîtresse, pouvait trouver un médecin ami, compatissant et véreux, pour envoyer l'épouse en asile d'aliénés pour le restant de ses jours, avec la bénédiction d'un juge, camarade de club ou de loge.

Alors, ces avocats qui s'agitent au dessus du magot de Mamie B., ont-ils fourni le certificat médical la concernant, qui seul permet d'ouvrir la voie qu'ils ont choisie, si elle n'a plus la capacité d'exprimer sa volonté ? Bien sûr que non, sinon point ne serait besoin d'une telle agitation ; ils ont provoqué un intérêt médiatique qui a eu le mérite de laisser au bon peuple le soin de juger par lui-même de l'état d'altération de la bienfaitrice ; apparemment, M amie B. sait ce qu'elle veut et exprime parfaitement sa volonté devant les caméras, et ne présente pas d'altération mentale ou physique, sinon les signes manifestes et ordinaires de tout senior, insuffisants pour envoyer nos retraités chez un juge des tutelles. Beaucoup de bruit pour rien, à moins que les éminents avocats n'aient pas perçu que leurs anciens codes sont périmés et que la Loi du 5 mars 2007 est venue assainir les dérives du temps passé.

Certes l'affaire a généré des dommages collatéraux, qui pourront égayer les épisodes suivants du feuilleton, en déviant de l'intrigue initiale.

Laissons Mamie B. vivre sa vie comme elle l'entend, sinon, se serait à nous dégouter du fameux « travailler plus pour gagner plus » ! Plus pourquoi ? Pour finir comme elle à ferrailler avec ses propres enfants, avides d'hériter avant l'heure ? Non, merci, que chacun profite sur le tard de ce qu'il a acquis, tout en gratifiant sa progéniture méritante qui trouvera, le moment venu, matière à s'étriper en procédures pour se partager ce qui restera.

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