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LE BATONNIER, LE DAUPHIN, LE VICE-BATONNIER OU LE VICE-DAUPHIN

La famille s'agrandit.

Le Décret du 14 octobre 2009 vient d'ajouter une pierre à l'architecture de nos ordres, selon une idée de notre très chère réformatrice Madame DATI, en instituant le vice-Bâtonnier. Ainsi les microcosmes locaux pourront goûter à la démocratie à la sauce de l'Oncle Sam, en portant leurs suffrages sur un tandem constitué du candidat au poste suprême et de son sous-clône, affublé d'un « vice » réducteur.

Bon, rappelons que chaque ordre local des avocats procède à l'élection, tous les deux ans, de son futur chef bien aimé, son Bâtonnier, qui va gouverner ses ouailles pendant 24 longs mois, et présider le conseil des ministres, composé des membres du conseil de l'Ordre, également élus par leurs pairs.

Désormais, le candidat au poste de Bâtonnier va pouvoir présenter la candidature d'un camarade à lui, qui sera son vice-Bâtonnier durant ses 24 mois ; il pourra lui déléguer partie de ses pouvoirs, voire tous s'il est temporairement absent ou empêché ; cette délégation pourra bénéficier à des membres du conseil de l'ordre, mais seulement pour un temps limité si le vice bâtonnier existe ; s'il n'en existe pas, c'est un ou plusieurs membres de ce conseil qui bénéficieront de la délégation. Pour qu'il soit à même d'accomplir sa tâche, notre vice-Bâtonnier siégera au conseil de l'Ordre en tant que membre.

Mais, nous dirons les anciens, et notre Dauphin ? pour les néophytes, ce dauphin n'est ni animal, ni héritier de sang royal, mais un avocat qui aspire à devenir Bâtonnier à la suite de celui en place ; pour qu'il ne prenne pas ex-abrupto cette suite sans préparation et soit informé des affaires en cours de l'Ordre, l'idée fut de procéder à une sorte de pré-élection du Bâtonnier suivant, un an à l'avance, afin qu'il siège au Conseil de l'Ordre avec voix consultative (sauf s'il est déjà membre du conseil) , et soit en mesure, au terme de son année d'apprentissage et après avoir été confirmé lors de l'élection du Bâtonnier, à prendre les rênes du Barreau. Généralement, le Dauphin élu se présente seul, sans concurrent, à l'élection du Bâtonnier, d'où son autre appellation de « Bâtonnier désigné ». Ce n'est qu'une confirmation.

Alors, résulte-t-il du texte nouveau que le Vice-Bâtonnier a chassé le Dauphin du paysage ordinal ? Sûrement pas, malgré ce que certains ont pu écrire, car il est précisé que, lors de l'élection du Dauphin, tout candidat à ce poste peut déjà présenter la candidature d'un avocat appelé à exercer les fonctions de vice-Bâtonnier, sous réserve de la confirmation ultérieure lors de l'élection du bâtonnier. Le vice-Bâtonnier n'existe que sous la condition suspensive de la survie de son chef bien aimé.

Nous nous acheminons vers un attelage de candidats, composé du postulant Bâtonnier et de son futur vice-Bâtonnier, qui se présentera à une pré-élection, au milieu du mandat du titulaire du poste, et qui sera confirmé lors de l'élection véritable, à l'approche de l'expiration du mandant électif du Bâtonnier en place.

Disons que seront pré-élus un Dauphin et un vice Dauphin, qui deviendront après confirmation le nouveau Bâtonnier et son Vice Bâtonnier. Ouf, ai-je bien tout compris ?

Elire son Bâtonnier est déjà complexe, en regard des candidatures posées et des campagnes électorales souvent acharnées qui sont menées ! Elire un duo, va s'avérer doublement complexe.

L'électorat taquin peut porter aux nues un candidat, et être réticent quant au choix de son co-candidat : pour ceux qui sont dans la charrette, l'assortiment de l'attelage est capital, sachant que, si un cheval ne tire pas à l'unisson de l'autre, on risque de verser dans le fossé. Lourde tâche pour le candidat Bâtonnier que de trouver le bon cheval, pour ne pas écarter son électorat du bon chemin... Et même si la paire apparaît bonne, quelle certitude auront les électeurs que le couple ne divorcera pas en cours de route, et que le malheureux futur Bâtonnier ne se retrouvera pas célibataire, privé de son bras droit, avant même d'être confirmé dans sa fonction. Un divorce laisse toujours des traces... Même s'il retrouve un concubinage opportun pour occuper la fonction désertée de première dame, le bon peuple ne manquera pas de jaser.

Admettons que le couple arrive main dans la main pour obtenir triomphalement sa confirmation électorale, qui peut assurer qu'il survivra ensuite à l'épreuve du feu ? Tel Bâtonnier négligera le co-artisan de sa victoire et ne lui offrira pas les délégations promises, à moins qu'il ne lui réserve que les tâches ingrates et obscures, conservant les dîners et cérémonies people du cru. Tel vice-Bâtonnier, prenant goût à l'affaire, ne sera-t-il pas tenté de marcher sur les plates bandes ou domaines réservés du titulaire ? Les repas du conseil de l'Ordre ne seront-ils pas troublés par les problèmes du couple ?

Non, bien sûr, les avocats sont généralement bien élevés et de bonne composition, et surtout soumis à la sacro-sainte confraternité, qu'un bâtonnier désigné n'ignore pas, puisqu'il a été élu, signe évident qu'il l'a mise en pratique de manière constante, jusqu'alors. En choisissant son co-listier, il l'a absout de tout manquement. L'électorat sera forcément d'accord avec lui.

Et puis, même si les deux, par impossible, en venaient à ne plus se porter la même estime, l'expérience politicienne démontre que la co-habitation n'a rien d'impossible au royaume de France !

Alors, trêve de politique fiction et vivement la prochaine élection ordinale.

Au fait, je rappelle que ces vices dauphins et vices bâtonniers, ne sont pas obligatoires, puisque le nouveau décret précise bien que le candidat, dauphin ou bâtonnier, PEUT présenter la candidature de son bras droit : chacun pourra donc se présenter, soit en célibataire, soit en couple, comme dans la vraie vie...

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Commentaires

... soit une idée de Mme DATI.

C'est plutôt une création de Jean CASTELAIN et Jean-Yves LE BORGNE, reprise par décret, à la demande du bareau de PARIS

Mon doigt a glissé et j'ai été un peu vite ...

Disons que ça offrira un poste de consolation ou d'attente à tous ceux qui songent à être Bâtonniers en se rasant, mais qui échouent ou rongent leur frein, vu qu'il y a 4 candidats pour un poste de deux ans...

En plus, c'est idiot : Napoléon avait supprimé les lieutenants-colonels parce qu'il disait qu'un régiment n'avait qu'un drapeau et qu'un colonel et que, plus d'une fois, il a pu obtenir une décision en faisant honte aux soldats d'avoir laisser le corps de leur colonel aux mains de l'ennemi.

Or, s'il y a avait eu un lieutenant-colonel, les soldats lui auraient dit : voilà not'colon' et c'était règlé...

Si tel est le cas, rendons à César ce qui lui appartient.

La recherche d'antériorité est difficile, non pas pour la première manifestation de notre honorable confrère CASTELAIN, et de son co-candidat LE BORGNE, qui est répertoriée dans les archives de la Gazette du Palais, mais pour celle de Mme DATI que certains situent à l'époque des cartons contenant la réforme de la carte judiciaire, et dont la divulgation avait entrainé un certain émoi dans le Landernau.

Le parasitisme ne sera pas débattu, puisque le Décret est en vigueur.

Quel est donc cet ennemi qui oserait s'emparer de la dépouille d'un Bâtonnier en exercice ?

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