Dec
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LE CHANTEUR – LE CHIRURGIEN – L'AVOCAT – ET LA TELE -

Plus de 3000 personnes décèdent chaque année des suites d'une infection nosocomiale contractée lors d'une hospitalisation en milieu privé ou public, malgré les précautions et protections accrues mises en place ; d'autres restent atteintes de séquelles plus ou moins importantes ; la plupart, sauf fautes grossières et avérées d'un praticien ou de l'établissement hospitalier, relèvent d'un aléa thérapeutique incontournable, nulle barrière infranchissable n'existant pour éradiquer les microbes, germes ou virus les plus résistants, des salles d'opération ou des chambres d'hospitalisation. Un fonds d'indemnisation est dédié aux victimes, sans que la responsabilité du médecin soit nécessairement engagée

Un chanteur populaire célèbre vient de faire la malheureuse expérience d'une telle situation, qui a aussitôt pris d'extravagantes proportions, par un effet médiatique insensé, bien peu compatible avec le calme nécessaire, non seulement au malade lui-même, mais aussi à sa famille proche. La rançon de la gloire ne saurait justifier de tels débordements des médias, dont certains sont à la limite de la décence et du supportable.

Que ces médias, par charters entiers, se soient déplacés en masse au pied de l'hôpital, comme les vautours attirés par un sinistre présage, pour interpréter, à leur façon et sur un ton dramatique, les quelques bulletins de santé distillés avec prudence par les médecins tenus au secret médical, est déjà indécent ; qu'ils extrapolent sur les causes de l'infection ayant conduit l'idole à être à nouveau soigné pour une complication de la précédente intervention, est à l'évidence prématuré, dès lors que nul n'est à l'abri de la survenance aléatoire d'un tel accident.

Que des amis de la vedette, membres de la corporation du show business, certes affligés par la mauvaise nouvelle, se précipitent toutes affaires cessantes, en traversant l'Atlantique et en faisant une arrivée remarquée en limousine devant la porte du bunker hôpital, sous les objectifs des caméras, qui enregistrent ainsi matière à diffuser, est indécent ; les amicales manifestations à la famille peuvent trouver de meilleurs lieux qu'un parking d'hôpital encombré ; quant à leurs déclarations sur l'état de santé supposé du malade, elles deviennent franchement insupportables. Alors que les médecins révèlent que le chanteur a été placé sous une puissante sédation, indispensable en ce cas pour calmer les douleurs opératoires, on nous laisse croire que la chambre du patient serait un vaste foirail où chacun, pourvu qu'il soit people ami, pourrait accéder, peut-être verre de champagne à la main, pour discuter aimablement avec l'idole, placé en coma artificiel, sur son ressenti et ses états d'âme. Preuve vivante que les médias sont capables du pire, un animateur grec de quelques émissions de fantaisies, ami de scène du chanteur, est venu orner de ses inepties le sérieux journal télévisé de sa chaîne employeur, pour asséner au français moyen son témoignage contradictoire et surréaliste : annonçant qu'il avait rencontré le malade, lequel lui avait confié avoir un bon moral et se mieux porter, ce pauvre témoin, in fine, confirmait paradoxalement que son ami était bien placé... sous coma artificiel ! On imagine l'étendue de la pseudo conversation qu'il a pu entretenir avec quelqu'un que les médecins ont entendu déconnecter de la conscience cérébrale. Le Grec a un avenir dans l'illusion ou dans Secret Story ! Bon, me direz vous, il faut bien faire bouillir la marmite et doper l'audience de la chaîne, tout en grappillant quelques miettes imméritées d'une gloriole éphémère, tiré d'un lien privilégié avec l'idole.

Mais, que les médias débordent de leur objectif d'information loyale au point de lancer un débat, aussi orienté que honteux sur le chirurgien ayant traité l'illustre patient, en le désignant à la vindicte populaire, est proprement abject : il est possible que le praticien ait commis une erreur, mais il est tout aussi possible que le patient ait subi, comme beaucoup d'autres, une infection nosocomiale, aléa de toute intervention chirurgicale ; seule, une éventuelle enquête ou expertise le dira, et seuls les tribunaux, s'ils sont saisis, se prononceront sur la responsabilité éventuelle de ce médecin. Cela, les avocats que nous sommes ne l'ignorent pas.

Finalement, ce qui est apparu le plus incroyable dans ce déchaînement médiatique, est l'intervention télévisée d'un de nos illustres confrères, dès le début de la curée, mandaté par l'Ordre National des Médecins : sans même se préoccuper des circonstances de l'accident médical du chanteur populaire, sans disposer d'un quelconque dossier à ce sujet, l'honorable avocat très médiatique de cet Ordre, est venu nous décliner, avec indignation et sans contradiction, le pedigree du chirurgien mis en cause, relatant ses démêlés avec son Ordre, sa suspension antérieure apparemment pour une affaire privée ayant eu des suites déontologiques, et faisant état de quelques litiges l'ayant opposé à des patients, comme il en arrive parfois à tout médecin. Force est de constater que ces évènements n'avaient pas été de nature à priver ce praticien du statut envié et jalousé de médecin des stars, au point que notre idole des jeunes lui a confié le soin de l'opérer de ses problèmes vertébraux. Alors, de deux choses l'une : soit ce chirurgien était indigne ou incompétent pour exercer son art, comme semble le suggérer l'avocat des grands de ce monde, soit les avatars anciens n'avaient pas de conséquences quant à la pérennité de son exercice professionnel.

Cher Confrère illustre, l'exercice réglementé de l'art médical ne relève-t- il pas exclusivement de l'appréciation que peut en faire votre client, le Conseil National des Médecins ? Comment votre client peut-il venir publiquement s'indigner d'avoir laissé exercer un de ses membres, s'il l'estimait incompétent, pour en avoir connu les antécédents ? Au contraire, si aucune restriction d'exercice ne lui a été imposée, votre client peut-il venir hurler avec les loups, sans se contredire ?

Et pire, après votre intervention lumineuse, à supposer qu'une action déontologique ou disciplinaire soit engagée contre l'auteur désigné, qui sera digne de garantir à l'intéressé le procès équitable auquel il a droit, comme chacun des citoyens de notre pays, alors que, par votre organe médiatisé, votre client, plus haute instance disciplinaire en la matière, a préjugé de la culpabilité de l'accusé, sur des bases issues de ses fichiers ?

Le show bizz n'a pas vocation, quoique l'on puisse en penser, à dépendre d'une justice parallèle télévisuelle, où l'avocat deviendrait procureur, le journaliste Président d'un Tribunal des flagrants délires, et le bon peuple, asservi à la petite lucarne, le jury, votant par téléphone pour décider d'éliminer l'accusé, sous le contrôle d'un huissier de justice !

Bel exemple d'un train qui déraille et qui donne une bien piètre image de l'évolution de notre société, devenue si artificielle que le slogan publicitaire « vu à la télé » fait des ravages, au point que la force des images et le poids des mots emportent au vent mauvais les plus élémentaires valeurs d'un grand pays démocratiques.

Le modeste avocat que je suis en reste choqué, au point d'écrire ce billet.

Tout cela ne nous fera pas oublier la souffrance d'un homme, pas plus importante ou moindre que celle d'un autre, et qui nous unira tous pour lui souhaiter un prompt rétablissement, entouré de la seule affection de sa famille, dans un calme et une sérénité qui lui sont indispensables.

Commentaires

Bonne nouvelle: notre chanteur, bien que toujours sous sédation, selon les journaleux, devrait en sortir et rester en observation pour rentrer ensuite chez lui. Tant mieux!

Le parking de l'hôpital va pouvoir se vider et les médias rentreront au pays, le cerveau rempli de souvenirs de ce gris goudron sur lequel ils ont campé depuis des jours; ils pourront reprendre les affaires courantes, avec un oeil aux aguets sur le chirurgien et une oreille disponible pour les avocats.

La vie reprend pour tout le monde: ouf ! Tant mieux...

est important pour tout les patients. Demain il forcera peut-être un peu plus l'attention. Il est inacceptable que des milliers de personnes meurent chaque année du fait de leur hospitalisation pour cause de manque d'hygiène La faute est inexcusable. Tant que cela n'arrive pas à une star ou un homme politique de premier plan les journalistes s'en moquent. Aujourd'hui la question est sur le tapis. Et tant mieux.

Nom: 
beryl
Site: 
http://

Enfin le vaste monde va enfin recommencer à tourner

Cette affaire me rappelle l'un de mes questionnements lorsque j'ai débarqué aux états unis comme expatriée

Premier déjeuner au Mac Do premier étonnement : dans la file d'attente des personnels hospitaliers "en tenue"

Quelques jours plus tard je suis invitée à un diner vous savez genre "diners de l'ambassadeur" et je suis no politiquement correcte je pose la question : le personnel hospitalier se balade "en tenue" sont-ce des vetements usagés donnés par l'hopital ?

Que nenni : ils quittent leur service se baladent dans la rue vont au Mac Do (ou ailleurs) et rentrent dans leur service hospitalier

Devant mon air ahuri "on" s'empresse de me rassurer cette pratique n'est autorisée que dans les hopitaux "pour pauvres" A vrai dire çà ne me rassure pas pour eux

Et puis je m'interroge sur l'interet de se faire opérer en france pour qq jours plus tard traverser océans et continents

Il faut savoir raison garder etre une star ne donne pas d'immunité face aux maladies nosocomiales - Une star par essence est capricieuse mais cela empèche-t-il d'etre intelligent ?

Plutot que de tergiverser sur les cours d'histoire en terminale ou l'interet de se faire vacciner contre la grippe A les 2 ministres feraient mieux de mettre en place des protocoles d'apprentissage de l'hygiène des la maternelle

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