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LE MARCHE DE L'AUTOMOBILE SOUFFRE VRAIMENT

La consommation a ses limites

J'en ai la preuve : Samedi18 heures, sortant d'un hypermarché le panier garni et la bourse délestée, je traverse une zone commerciale, bien nommée des « Montagnes » où les concessionnaires ont eu la bonne idée de se regrouper, exposant la rutilante production de leur marque aux yeux des innombrables passants.

Ma tendre et chère ayant suggéré depuis plusieurs semaines qu'il serait peut-être temps de changer de carrosse, nous avions recherché quelques informations auprès d'un concessionnaire français local, installé dans cette zone, qui, étant ouvert le samedi entre midi et quatorze heures, avait donc eu la joie de nous voir arriver dans son hall d'exposition : quatre ou cinq vendeurs avalaient leur café devant la machine de l'entreprise. A peine étions nous entrés que, telle une volée de moineaux, les commerciaux disparaissaient derrière des portes menant sans doute aux coulisses. Dix minutes après, nous avions découvert, seuls, les modèles de la gamme, nous installant même au volant de celui qui nous attirait. Personne à l'horizon. Deuxième petit tour de dix minutes parmi les modèles ; station prolongée devant le nuancier permettant de comparer les coloris de notre future acquisition, en attendant que les acteurs aient sans doute revêtu leurs habits de lumière. Toujours personne à l'horizon. Bref, considérant que le chaland, futur client, n'intéressait personne, nous sommes dignement ressortis de la concession, sans pouvoir dire à quiconque notre mécontentement.

Ce samedi, donc, par l'effet du réflexe de Pavlov, passant dans cette même zone devant le panneau d'un autre concessionnaire, d'une marque étrangère, j'ai eu un flash en me souvenant que ma lecture de mon quotidien local m'avait permis de découvrir une pub aguichante de ce concessionnaire pour un modèle concurrent de celui que j'avais si longuement examiné dans le hall déserté de son collègue français. Ni une ni deux, me voilà sur le parc asiatique pour découvrir la merveille vantée par la pub.

Ma chère et tendre, toujours empressée, a failli se prendre la porte vitrée à ouverture automatique dans son charmant minois, puisqu'elle ne s'est pas ouverte : ah, les dangers de la technique ! On cherche alors une autre porte : il n'y en a aucune. Mais, connaissant la promptitude des commerciaux à repérer les visiteurs présents sur leur parc, nous attendons derrière la porte que l'un d'eux vienne nous l'ouvrir et dérouler le tapis rouge ; nous étions rassurés de voir toutes les lumières allumées, y compris dans les bureaux annexes. Dix minutes d'attente devant la porte close et aucun mouvement à l'intérieur. Nous nous apprêtions à repartir quand, tel un diable sortant de sa boite, un jeune vendeur costumé et cravaté est sorti par une porte de service, sans prêter attention à notre présence, se hâtant d'arriver jusqu'à son propre véhicule pour éviter les intrus. Pas de chance, je l'interpelle ; il me répond en entrant dans son véhicule qu'il n'a pas le temps, qu'il sort d'une réunion et qu'il a fini sa semaine, ajoutant même pour le fainéant de client que, LUI, il a déjà fait ses six jours de boulot à raison de 6 heures par jour. Revenez en semaine, lance-t-il par la fenêtre de son bolide, partant sur les chapeaux de roue.

Nous voilà seuls et désemparés sur un parc de concessionnaire qui attire le client par une publicité en oubliant de rappeler ses heures d'ouverture et surtout de fermeture. Un regard circulaire sur les autres concessions voisines révèle que le Samedi à 18 heures, c'est rideau pour tout le monde : au moins, pas de risque de concurrence déloyale pour cause d'ouverture tardive de l'un d'eux.

Pour fêter la France au travail, j'emmène ma douce et tendre dans un petit restau proche, où elle y retrouve une copine et son mari : ils nous racontent une histoire incroyable qui vient de leur arriver : ils voulaient se choisir leur nouvelle voiture et sont arrivés à 18 heures chez le concessionnaire de leur choix ; au moment de franchir la porte au hall, ils n'ont eu droit qu'à la descente du rideau métallique et à l'extinction des feux. Eclats de rires ; c'était un autre concessionnaire que le notre. Tous ensemble, tous ensemble, ouhais.

Le marché de l'automobile est vraiment en crise ! Heureusement que l'Etat généreux dope les ventes par quelques avantages que le cochon de payant devra bien, un jour ou l'autre supporter.

Et c'est ainsi que, après mes six jours de travail hebdomadaire, à raison de 9 à 10 heures chacun, je suspens momentanément la préparation de mes dossiers de la semaine prochaine, en ce septième jour, pour vous narrer cette aventure, pour laquelle je m'étais autorisé à prendre une petite heure, de 17h 30 à 18h30 ce Samedi, me consacrant à l'humanitaire en voulant sauver l'industrie automobile mondiale.

Vouloir acheter un véhicule un Samedi à 18 heures, c'est vraiment vouloir soulever une montagne dans la zone commerciale éponyme : Vive la France.

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