Oct
08
RUGBY – POUR QUE LA FETE NE SOIT PAS GACHEE.

Le rugby, jeu d'équipe, sport de contact, est d'abord une fête, joueurs et publics pouvant être pris en exemple pour leur fair play légendaire; c'est une école de la vie, avec ses bons et mauvais moments, où chacun, quelque soit son origine, sa taille, son poids, ses capacités, trouve sa place.

C'est aussi un sport présentant quelques risques, très exceptionnels, dans lequel le Droit peut faire irruption en cas de malheur: chacun doit apporter sa pierre à la sécurisation, joueurs, dirigeants, éducateurs, arbitres et surtout, en prévention des risques, les médecins qui peuvent interdire sa pratique.


Alors que le monde se passionne à juste raison pour les exploits de ses rugbymen, des moments cruellement douloureux sont vécus par des familles de joueurs, loin de l’agitation des foules.

Malgré ses aspects guerriers, son vocabulaire de combat, le rugby est un sport, un jeu d’équipe, doté de règles strictes et d’une éthique incomparable ; le public ne s’y trompe pas et combien d’autres sports pourraient envier les stades remplis de supporters, hommes, femmes et enfants, qui ignorent les grillages de séparation, les bagarres de tribune, les bousculades extérieures d’après match, les arbitres houspillés ou agressés ; joyeusement mêlé, tout ce monde participe, avec respect et admiration, à une immense fête, alors que, sur le terrain, les sportifs se livrent sans merci ; un jeu de voyous pratiqué par des gentlemen, dit-on avec raison.

Ce sport est rude : un contact incessant, des chocs parfois violents, un défi physique permanent ; quelques traces de l’âpre combat apparaissent souvent, impressionnantes pour le spectateur non averti, mais souvent bénignes : saignements, coupures ou atteintes ligamentaires ou musculaires ou KO momentané. Le soigneur et le médecin, autorisés en permanence à entrer sur le terrain, les traitent aussitôt, et le blessé repart le plus souvent au combat. "l'éponge miracle" dit-on...

Mais, dans tous les sports, il arrive exceptionnellement l’accident majeur et l’actualité se nourrit que ces quelques contre-exemples : tel joueur fut terrassé par une crise cardiaque et en est décédé ; tel autre, atteint aux vertèbres cervicales en restera définitivement paralysé.

Ces accidents communs à tous les sports sont extrêmement rares : ils font partie des risques que le joueur accepte de prendre dès qu’il s’engage dans une pratique sportive.

Les Fédérations ont réalisé un remarquable travail de prévention de ces risques, par un aménagement des règles de jeu, par l’usage d’équipements de protection, par la sanction impitoyable du joueur dangereux pour les autres ; elles ont aussi imposé, lors de la souscription d’une licence, une assurance contre les risques encourus, mais aussi une nécessaire visite médicale préalable.

Aucune protection, quelle qu’elle soit, m’empêchera la survenance d’un accident majeur, voire fatal, dans un sport rugueux ou violent.

Les Tribunaux ont eu à connaître de procédures douloureuses, où les familles de blessés ou de disparus du sport, ont voulu connaître des causes de leur malheur et rechercher une éventuelle responsabilité. La plupart du temps, ces démarches se heurtent à un principe de droit civil établi depuis longtemps par les juridictions, connu sous l’appellation de « l’acceptation du risque ».

Le sportif, en s’adonnant à la pratique d’un sport à risque, accepte par avance de courir le risque d’un accident lié à cette pratique, et ne peut donc être indemnisé si ce risque se réalise.

Cependant, l’accident survenant lors de la pratique du sport, peut découler d’une faute, qui permettrait de penser qu’elle ne faisait pas partie des risques habituels que le sportif avait accepté d’encourir.

Ce peut-être la faute d’un joueur adverse qui a commis un geste étranger à ceux fixée par les règles de son sport ; par exemple, un coup de poing, de pied, de tête volontaire, hors action de jeu, ou, dans le cadre d’une action de jeu, d’une violence et d’un intensité telle qu’il ne peut plus être considéré comme un acte normal de jeu.

Ces faits peuvent être établis, soit par vidéos lors d’événements importants, soit dans des matchs amateurs, par les rapports officiels de l’arbitre ou ses assistants, ou par tout autre témoignage de personnes ayant assisté à la scène.

Dans le cadre de la pratique du rugby, comme dans certains autres sports, le joueur coupable d’une faute est sanctionné d’un avertissement verbal, d’un carton jaune avec exclusion temporaire ou d’un carton rouge avec expulsion immédiate et définitive. Il est d’évidence que l’application de la sanction de jeu la plus grave révèle que le joueur exclu a été au-delà, par son geste fautif, des règles de son sport : elle permet d’envisager de mettre en cause devant une juridiction, sa responsabilité civile, voire pénale et de solliciter l’indemnisation des préjudices. Dans les autres cas, la notion de l’acceptation du risque peut contrarier l’établissement d’une responsabilité.

La pratique du rugby, sans que soit mise en cause la responsabilité d’un autre joueur, peut entraîner dans des cas infiniment rares, des séquelles corporelles irrémédiables ou pire des décès, dus à des atteintes des vertèbres cervicales et de la moelle épinière. Médicalement, les situations de jeu à risques sont la poussée en mêlée, les mêlées effondrées, les entrées en bélier, les regroupements et les placages Tous les joueurs sont exposés et les règles interdisent un placage au dessus des épaules, les entrées en bélier en imposant désormais des phases décomposées de cette mise en mêlée ; elles demandent de limiter dans le temps la durée des regroupements, de manière à protéger la zone cervicale des participants ; cependant, des postes restent naturellement exposés : ceux des joueurs de la première ligne, piliers ou talonneurs, principalement lors des mêlées fermées ; la raison en est simple : la mêlée fermée est une phase de jeu où huit joueurs de lourd gabarit, liés les uns au autres, vont pousser les huit joueurs adverses également liés, pour tenter de gagner le ballon qui est introduit entre ces deux groupes ; les joueurs de la première ligne vont subir une poussée intense, d’arrière en avant, de leurs coéquipiers, et supporter une poussée contraire de l’ensemble de leurs adversaires ; toute la force de cette poussée s’exercera sur les épaules des joueurs de première ligne, à proximité immédiate de la zone vertébrale cervicale, réputée fragile, leurs têtes étant imbriquées entre celles de leurs adversaires.

Sachant qu’un pack (l’ensemble des huit joueurs liés) pèse près de 800 Kgs ou davantage, la poussée commune représente une force considérable ; le rachis cervical des joueurs de première ligne est alors très exposé. Lors de ces mêlées fermées, si l’un des deux packs cède, soit la mêlée vaincue s’effondre avec un risque d’hyper extension du rachis des premières lignes, soit elle va se soulever, avec le risque d’hyper flexion. De plus, le rachis cervical est très sollicité en mêlée fermée, mais également lors des placages et des regroupements.

Qui n’a pas en mémoire, même lors d’un choc arrière bénin dans un accident de la circulation, le fameux « coup du lapin » : un simple mouvement brusque et incontrôlé de la tête, peut entraîner un déplacement vertébral portant atteinte de la moelle épinière. Ce risque est encouru plusieurs fois dans un match de rugby.

Il faut relativiser : sur des milliers de mêlées jouées chaque week-end dans le monde, l’accident est très exceptionnel, et représente statistiquement un risque infinitésimal.

Les règles ont évolué pour protéger ces joueurs particuliers des « fauteuils d’orchestre » : dans le rugby amateur, pour les séries inférieures et pour les jeunes, les mêlées sont simulées, c'est-à-dire que la poussée n’existe plus ; pour les autres, la règle impose que seuls, les joueurs formés pour ces postes, puissent jouer des mêlées ; en cas de changement, s’il n’existe pas de remplaçant spécifiquement formé pour le poste, les mêlées doivent être alors simulées.

Le risque accepté par ces joueurs de première ligne, suppose que, dès leur plus jeune âge, ils aient compris non seulement les règles de jeu spécifiques à leur poste, mais aussi la nécessité de se doter d’une musculature adaptée à la charge que leurs épaules et leur rachis cervical va supporter ; c’est le travail des éducateurs et formateurs, des entraîneurs successifs du joueur que de veiller à ce que le joueur affecté à un tel poste soit physiquement apte à le tenir, sans risque.

Mais au surplus, la prévention doit être permanente : chaque année, un médecin doit fournir un certificat d’aptitude pour que le joueur puisse accéder à ces postes de jeu. Les joueurs professionnels ou de séries supérieures, disposent, au sein même de leur club, de services médicaux performants, assurant une prévention des risques, une préparation physique adaptée, et un suivi constant.

Les clubs plus modestes n’ont pas ces structures, et la seule visite médicale préventive est souvent celle rendue obligatoire par la Fédération pour prétendre à jouer des matches officiels.

En cas de sinistre grave, il peut être découvert que le joueur de première ligne avait une contre-indication non révélée par l’examen sommaire du médecin, tenant souvent à une malformation ou à une usure vertébrale ; ce médecin pourrait-il voir sa responsabilité engagée ? On lui demande de vérifier si l’état de santé d’une personne lui permet de pratiquer un sport : c’est donc une lourde responsabilité du médecin que d’établir un certificat positif ; il doit cependant avoir réalisé, en cas de doute, tous examens exploratoires indispensables à assurer une bonne valeur à son certificat d’aptitude.

Pour ces piliers ou talonneurs, un examen traditionnel, même cardiaque ou pulmonaire est insuffisant, et le médecin doit s’attacher à rechercher si le joueur dispose d’une capacité musculaire, au niveau du rachis cervical, pour supporter les lourdes compressions qu’il subira chaque week-end ; il doit explorer l’état vertébral cervical du joueur, par tous examens appropriés, afin d’éliminer le risque de l’existence de toute affection existante ou naissante, de nature à subir une aggravation fatale en cours de match.

Même si ce joueur a été formé, depuis son plus jeune âge, à jouer à un poste de pilier ou de talonneur, il doit être surveillé, à chaque nouvel examen, que des chocs ou les répétitions de chocs subis, n’ont pas altéré cette zone vertébrale sensible. En cas d’incident survenu en cours de match, avec des indices révélateurs tels des irradiations douloureuses et des fourmillements dans les extrémités des membres, un nouvel examen complet s’impose.

Si un risque apparaît lors de ces examens, le médecin doit savoir interdire au joueur la pratique de son sport.

En clair, ce médecin doit parfaitement connaître la pratique de ce sport, la spécificité des postes de jeu et les causes de traumatismes possibles, pour déceler d’éventuelles contre-indications à la pratique.

A défaut, attestant par son certificat qu’un joueur est apte à tenir des postes de jeu exposés, ce médecin pourrait voir sa responsabilité engagée : il lui serait reproché de ne pas avoir été suffisamment vigilant, pour éviter à ce joueur un accident majeur. Un joueur informé d’une contre indication à sa pratique du rugby, n’acceptera nullement de courir le risque de rester paralysé au détour d’une phase de jeu et même voudrait-il le courir que sa licence sportive ne lui serait pas accordée au seul vu du certificat d’inaptitude, qui est donc essentiel.

Puissent les quelques rares accidents dramatiques servir d’exemples pour que les risques propres à chaque activité sportive n’assombrissent pas l’esprit ludique d’une saine pratique, et que chaque acteur d’encadrement, médical ou sportif, soit conscient de sa responsabilité à l’égard des joueurs, afin de leur permettre de s’adonner à leur passion en toute sérénité et à nous faire vibrer à leurs exploits.

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