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Une épidémie de jaunisse gâche nos fêtes de fin d'année.

AVOCAT - ANNUAIRE - PUBLICITE- PAGES JAUNES -

Une épidémie de jaunisse gâche nos fêtes de fin d'année.

Voici Noël et le changement d'année, propice aux étrennes, solide tradition païenne, permettant à quelques professionnels d'arrondir leurs revenus, même en période de crise économique, en parcourant les rues pour recevoir leur obole, souvent sous couvert d'une remise de calendriers de l'an nouveau : tout l'art consiste à démarrer assez tôt pour passer avant les concurrents, nul n'ayant besoin d'orner chaque mur de sa maison de plusieurs calendriers aux goûts parfois éloignés des critères de la déco intérieure, selon ce que la télé nous enseigne.

On a souvent droit aux chatons dans un panier fleuri, éternel succès du postier, nature morte qui émeut toujours les personnes âgées, au point qu'elles font montre d'une grande générosité, tant pour le regard implorant des petites bêtes, que pour remercier le distributeur mensuel de leurs pensions de retraites ; il trônera en bonne place dans le salon, au dessus du téléphone. Ensuite, survient, en tenue, le pompier et son sublime calendrier rouge, avec ses photos de véhicules de secours, dont l'obligatoire camion à grande échelle déployée ; la vision sécurisante du sauveteur inconnu fait ouvrir le portefeuille, comme si l'obole allait garantir un meilleur service en cas de malheur ; ce calendrier là ornera au mieux la cuisine, là où le feu peut prendre, au pire les WC là où l'asphyxie peut survenir. Enfin, les éboueurs sonnent à la porte, et ravivent l'image de leur entraînement au basket ball, parfois bruyant, quand, de manière très habile, ils saisissent et jettent à la volée nos sacs noirs ou jaunes dans la benne ; souvent de nuit, à la chaleur de l'été ou aux froids glaciaux d'hiver, ils nettoient nos rues, ce qui vaut bien un petit dédommagement annuel : le calendrier ? Ha oui, on l'a, mais on n'a pas bien vu ce qu'il représentait. Il a du être mis dans tiroir, mais lequel ?

Voilà, les institutionnels des étrennes sont passés visiter leur clientèle personnelle.

Oui, mais nous, au bureau, on a un gros plus : le visiteur des Pages Jaunes , un gars ou une fille, sympa, qui semble ne travailler qu'à l'approche des fêtes de fin d'année, et qui vient réclamer son obole pour nous permettre d'exister professionnellement l'année suivante ; heureux commercial qui repart toujours avec son escarcelle remplie. Il change chaque année, sans doute pour qu'on ne le reconnaisse pas. Il est doté de son ordinateur portable, en guise de calendrier, et là, il va nous présenter les dernières nouveautés en matière d'existence professionnelle, pour agrémenter la vulgaire et miséreuse trace, gratuite, de notre nom, prénom, adresse et numéro de téléphone, perdue au milieu de la masse des abonnés à une ligne fixe, qui ne se lit qu'avec une loupe si l'on est pas doté de culs de bouteilles par son ophtalmo. L'annuaire papier est d'ailleurs le meilleur moyen de s'auto-déceler une cécité précoce, ou de s'en provoquer une, en cas d'abus.

Mais, miracle, Monsieur P.J a tout prévu pour Noël : s'offrir, selon son appétit ou sa bourse, soit un petit encart, jaune évidemment, qui se démarque, dans les listes de noms sans fin, sur le fond blanc de la page, soit beaucoup plus encore, jusqu'à atteindre le placard publicitaire sur une page entière. D'une année sur l'autre, les objectifs commerciaux étant réalisés, les encarts jaunes se sont arrachés comme des petits pains et ont fleuri sur l'annuaire nouveau, au point de devenir un bouquet informe et unicolore, ne permettant plus aux souscripteurs de l'option de s'identifier ; alors, l'année suivante, on est évidemment tenter de passer carrément à la pub qui cartonne, par placard géant du genre affiche commerciale, moyennant un gros investissement financier ; sauf que l'efficace commercial a bien majoré ses objectifs, et que les pages papier de l'annuaire sont désormais copieusement garnies de placards géants. Bon, je pense que vous avez compris le truc. Toujours plus, toujours plus fort, toujours plus cher.

Mais, la limite n'est jamais atteinte: le vieux bottin papier tend à disparaître et est maintenant doublé de l'annuaire Internet Pages Jaunes: ça c'est la mine d'or jaune ! On tape « avocat » dans m'importe quelle ville, et là vous allez dérouler les pages, en rencontrant plusieurs fois le même cabinet d'avocat, autant de fois qu'il y a d'associés. Avant de trouver le bon cheval, on déroule et déroule... Vous pouvez sortir de l'anonymat déroulant, en vous équipant d'un site maison, moyennant une « petite » contribution, et là, foi de commercial, vous apparaîtrez tout en haut de l'affiche ; sauf que vos concurrents auront eu la même idée, sur suggestion de PJ , et que la sélection par l'existence d'un site, va aussi générer quelques temps de défilement des pages... Tout l'art du commercial, vous l'avez compris, est de vous faire croire que vous êtes l'unique privilégié, alors qu'il rêve, en se servant de votre choix, de convaincre tous les autres de faire aussi bien, sinon plus, que vous.

Bref, comme chacun voit midi à sa porte, notre commercial repart de sa tournée locale de fin d'année, la hotte de Noël bien remplie de contrats encore plus juteux que ceux de l'année précédente. C'est désormais la règle, en termes de concurrence, pour les prestataires de service : on est bien loin, pour les avocats, de l'interdiction de pubs, qui allait même, dans des temps anciens, jusqu'à leur interdire d'apposer leur plaque sur la porte de leur cabinet. L'information de la clientèle étant nécessaire, le meilleur avocat sera sans doute celui qui aura fait paraître dans l'annuaire papier le plus gros placard, où apparaîtra à l'écran informatique, en première ligne dès l'ouverture de la page d'accueil.

Toute médaille a un revers: ce n'est qu'au terme de son travail d'orientation de ses clients vers les produits les plus porteurs, que notre Père Noël Jaune , va annoncer la petite note du tout. Généralement, le client est assis, ce qui garantit sa sécurité ; avant cette annonce, Monsieur Pages Jaunes , se penche sur son ordinateur portable et pianote secrètement : long moment d'attente, angoissant, surtout pour le client qui a déjà souscrit l'année passée et a un souvenir ému de la douloureuse ; puis, le choc arrive, brutal, comme un crochet au foie de Mike Tison : KO assis ; voyant que la mine du client a pris la couleur maison , tirant même un peu que le vert , notre commercial tourne vers lui son écran pour bien lui confirmer le chiffre : non, il n'a pas ajouté un zéro de plus. Toute protestation est vaine : c'est ça ou le néant de la ligne gratuite des pages blanches.

Le problème est que d'une année sur l'autre, pour strictement la même prestation, le « module » de base a augmenté de plus de 40 % ; on cherche à en connaître la raison : pas de réponse, sinon la seule référence au nouveau tarif...consigné sur l'ordinateur. Diable, par ces temps de crise, alors que certains commerçants vendent à perte et que des entreprises ferment, le marché jaune est en pleine expansion. Normal quand on va mal, on veut s'améliorer, et justement, ce bon docteur PJ est là, avec sa jaunisse contagieuse.

Mais pour la douloureuse, une fois signée et notre cher docteur reparti vers son malade suivant, l'idée vient de comparer quand même avec la concurrence... on cherche vainement une autre offre dans... les Pages Jaunes , à la rubrique "annuaire téléphonique". Le bottin mondain ou le Who's who ne visent pas la plèbe laborieuse. Cette florissante société jaune serait-elle seule sur le marché, en situation de monopole ? Les tarifs seraient ils fixés sans critères concurrentiels, au seul gré des appétits d'actionnaires ? Quel est le coût réel de la prestation vendue ? Pas de choix, en vérité, sinon d'être contaminé par l'épidémie de jaunisse qui se répand au temps des réveillons.

Le teint jaunâtre du client abasourdi démontre qu'il est passé sous les fourches caudines de l'unique fournisseur, pour être autorisé à entrer dans son monde secret, et que, dès son premier contact, il s'est condamné à plonger et replonger chaque année dans l'inconnu, en payant une somme faramineuse pour exister professionnellement aux yeux du monde.

C'est la vie dans notre société actuelle faite d'images réelles ou virtuelles et je ne jetterais pas la pierre à ceux qui se font plomber au dessus du miroir aux alouettes, puisque j'ai adhéré au système pernicieux. Cependant, je regrette qu'à l'époque où Google entend mettre à disposition du monde la plus grande bibliothèque universelle, où nos rues et hameaux sont répertoriés et scannés pour nous éviter de nous perdre grâce au GPS, nulle grande entreprise n'ait eu l'idée de dresser un annuaire téléphonique informatique, concurrent des Pages Jaunes , qui aurait le mérite de briser une situation monopolistique, dont pâtissent les usagers.

Imaginons cet annuaire perpétuel constitué sur la seule base des déclarations de ceux qui voudront y figurer, qui pourront gérer en temps réel toute modification ou suppression ; rêvons de liens informatifs ou publicitaires attachés, selon les voeux de l'adhérent, à l'inscription de ses coordonnées : une sorte de vaste réseau des titulaires de téléphones professionnels. Certes, les agréments complémentaires seraient sans doute payants, mais au moins, les comparaisons de coûts seraient alors possibles.

Ça vaut bien une lettre au Père Noël, pour ceux qui y croient.

Joyeux Noël et super année 2010 aux petites fourmis et actionnaires des Pages Jaunes , et rendez vous dans un an: votre petite enveloppe sera prête.

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Commentaires

Curieux que je sois le seul à donner son sentiment sur ce glorieux fournisseur universel de notoriété; suis-je le seul à subir ainsi la situation monopolistique de notre bottin plébéien? Depuis mon billet certains m'en parlent en douce, comme s'il était honteux de communiquer sur sa... communication et son budget.

La jaunisse de fin d'année aurait-elle des effets secondaires de type pertes de mémoire? A moins que le prix du service offert (navré) ne trouve d'autre limite que celle du secret tarifaire de la Maison Jaune! Mes interrogations ne portent pas sur la taille de l'encart de l'annuaire papier, dont il n'est nullement discutable que le coût soit proportionnellement dépendant du format choisi, mais sur les critères de base définissant ce prix (nombre de lignes ou de caractères, emplacement, graphisme ou couleurs, etc). Les commerciaux éludent toute question à ce sujet, alors que tout prestataire de service doit disposer d'un tarif informatif pour ses clients, selon les produits qu'il propose sur le marché. Il est vrai que le marché "annuaire" se limite au seul fournisseur Pages Jaunes ce qui ne favorise pas les comparaisons tarifaires.

Ce monopole présente de gros avantages pour l'aimable prestataire, mais génère un profond malaise chez les clients.

Juste un petit truc confié anonymement par un client exaspéré: face à la douloureuse, il a évidemment négocié des modalités de paiement. Instructions données au commercial: pas plus de 6 mois, avec limite en mai de l'année suivante.

Il faut pour celà que le commercial vous ait honoré de sa visite dès Octobre ou Novembre. Si vous êtes en fin de tournée et qu'il arrive en Décembre, votre délai de paiement sera limité à 5 mois: c'est pas juste! Alors, faites noter sur votre bon de commande que vous protestez sur ce délai de paiement limité: ça remontera à la Direction, et là, vous pourrez obtenir un meilleur étalement de la douloureuse; il parait même que certains ont obtenu 12 mois! Chuut, il ne faut pas le dire...

Monsieur Pages Jaunes, si vous me lisez par hasard, ne serait-il plus plus opportun d'étaler le paiement sur 12 mois, ce qui permettrait peut-être à votre client d'envisager un achat supérieur; et tant que je vous tiens, une bonne explication des conditions tarifaires lèverait cette vilaine suspicion d'abus de situation monopolistique.

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