jean-claude.guillard

aoû
31

- ON Y EST -

Par jean-claude.guillard le 31/08/09
Dernier commentaire ajouté il y a 11 années 11 mois

- ON Y EST -

Ouf, ça y est, je suis arrivé !

Crevé, fourbu, ratatiné, au milieu de toute cette foule de juilletistes et d'aoûtiens : pas une petite place sur les plages pour poser sa serviette, avec toute cette marmaille qui hurle, ces ados avec leur music boum boum, les balles et ballons qui vous arrivent sur la tronche, les odeurs de crème solaire et de frites mêlées ; de toute façon, je m'en fous, je ne vais jamais sur la plage, sauf pour aller y chercher ma chère et tendre, qui a une capacité hors du commun pour y rester en plein cagnard des heures entières à caraméliser sa face pile puis sa face face, à en oublier que c'est l'heure de l'apéro. Rien que les quelques mètres parcourus sur un sol brûlant m'ont cramé la plante des pieds, avec du sable dans les godasses en prime ; et dire que certains rêvent de traverser le Ténéré !

Et dire que Madame dispose au seuil de la chambre de l'eau, javellisée et désinfectée, elle, de la piscine, avec un confortable lit de bain aux coussins moelleux à l'ombre d'un tamaris protecteur : l'endroit déserté est donc devenu le mien et là, sans autre bruit que celui des oiseaux, je pense et je dors ; facile, tu prends le bouquin, tu commences à lire, et là, les paupières s'alourdissent et tu rêves... tu rêves que tu es loin du boulot, que là bas, chaque jour qui passe, ton meilleur ami, ton facteur, ajoute des courriers en plus de ceux qui ont rempli la boite postale jusqu'à la gueule ; tu rêves que ce sado masochiste jubile à te mettre davantage de factures que de lettres lambdas ; tu rêves que ta case courrier du Palais est bien garnie, non pas d'écrits de tes confrères qui sont pour la plupart ailleurs, mais de missives comminatoires de juges juilletistes qui sont revenus pleins d'entrain ou de dépit ; tu rêves que tes vacances s'écoulent aussi vite que les jours et mois de travail, et que le temps manque toujours. Tu rêves, mais tu dors : c'est ça les vacances ! Et quand cette foutue chaleur te réveille, t'es reposé, mais tu as soif : c'est vrai, depuis la canicule, le vieux doit boire : allez, c'est l'heure de l'apéro ; je vais chercher mon caramel ensablé. Elle est là, étonnée du temps qui passe, au milieu de ses nouvelles copines, voisines de serviettes, étendue sur le grill : une vraie brochette de gambas bien cuites, sauf qu'elles bougent encore et parlent, parlent, comme chez la coiffeuse, à en perdre la dernière goutte de salive.

Le dernier jour, tu ne dors plus, tu ne rêves plus : tu y es déjà ; t'es ailleurs, là bas, l'esprit dans ton bureau ombragé. Allez, on charge la mule : les malles n'y suffisent jamais. C'est fou comme, à chaque fois, on ramène davantage de bagages qu'au départ : c'est la faute aux commerces saisonniers et aux petits marchés du cru, qui font tout pour vous faire exploser le budget en si peu de temps ! Il est vraiment temps de rentrer, sauf que, cette fichue route avec tous ses chauffards, ses radars, ces péages, ses bouchons, et cette chaleur...

C'est ainsi que j'arrive, crevé, fourbu, ratatiné au bout d'un long chemin...

Je rêvasse en roulant : et si mon ami facteur m'avait mis plus de lettres avec petits (ou gros) chèques que de factures ? Eh, ne t'endors pas au volant, tu vas te planter... c'est idiot cette rêverie, ça n'arrive jamais dans la vraie vie !

Allez demain, j'ouvre le courrier !

Par jean-claude.guillard le 14/08/09
Dernier commentaire ajouté il y a 12 années 2 mois

Amis internautes

Souffrez qu' à compter de ce jour, je prenne quelque repos pour revenir en pleine forme.

Vos posts, toujours si intérressants, vont rester quelques jours sans réponse.

Profitez en, si besoin est, pour faire quelques révisions sur les divers sujets abordés sur ce blog, cette année ou même les années antérieures, rangés dans la rubrique" archives", qui peuvent être toujours d'actualité.

A la rentrée...des classes.

Par jean-claude.guillard le 11/08/09
Dernier commentaire ajouté il y a 11 années 12 mois

AVOCAT - ARCHIVAGE – DELAI DE CONSERVATION –

- FAHRENHEIT 451 -

Le mois d'août est souvent propice, chez l'avocat, parfois aux vacances, et souvent à l'archivage des dossiers clôturés ; les secrétaires redoutent cette lourde tâche, longtemps repoussée, qui va leur permettre de parfaire leur musculation, en brassant des kilos de paperasses, aimablement confiées, puis abandonnées par les clients.


AVOCAT - ARCHIVAGE – DELAI DE CONSERVATION –

- FAHRENHEIT 451 -

Le mois d’août est souvent propice, chez l’avocat, parfois aux vacances, et souvent à l’archivage des dossiers clôturés ; les secrétaires redoutent cette lourde tâche, longtemps repoussée, qui va leur permettre de parfaire leur musculation, en brassant des kilos de paperasses, aimablement confiées, puis abandonnées par les clients.

Lorsqu’un dossier est terminé, le jugement obtenu et les formalités de son exécution accomplies, un ultime courrier est adressé au client, lui demandant de passer au secrétariat pour venir y retirer l’épais dossier qui lui appartient ; statistiquement, un sur cent accomplit cette démarche et soulage son avocat d’un certain poids, d’un poids certain, en masse et volume, qui risquait d’encombrer ses locaux durant de belles années. Quatre vingt dix neuf ne répondent même pas et ne viendront jamais chercher leur bien ; sans doute, un procès n’est jamais un bon souvenir, qu’il ait été gagné ou perdu, et il semble que le client n’ait que faire de cet volumineux tas de papier qu’il a lui-même constitué tout au long de la procédure, au point qu’il n’entende plus, ni le voir, ni même l’avoir chez lui. On l’abandonne chez l’avocat comme un vulgaire détritus contaminé, pour le cas où il porterait malheur ; le simple fait de le déposer dans son propre grenier porterait peut-être la poisse aux générations futures, qui, touchées par un malfaisant virus, subiraient à leur tour maintes procédures judiciaires. Ce dossier serait donc une malédiction, au point de ne plus vouloir y toucher.

La malédiction, c’est l’avocat qui va la supporter : des centaines de dossiers annuellement archivées vont s’accumuler dans un lieu du cabinet, qui aurait pu servir à autre chose, après que ce dossier encombrant ait été traité, répertorié, classé, mis en boite, numéroté et place sur un rayonnage, où il va dormir quelques années. Certains documents qu’il contient, sans grand intérêt, seront détruits, les autres mis à disposition des insectes, voire des rongeurs (selon la pièce affectée) . C’est la pièce condamnée, le purgatoire avant l’enfer.

L’avocat est tenu de conserver le dossier durant le délai légal de 5 ans après le jugement obtenu ou la cessation de son concours, et chaque année, les boites les plus anciennes sont sacrifiées sur l’autel du vide, et purifiées par le feu : l’autodafé légal ; mais la nature ayant horreur du vide, la disparition des unes, fait le bonheur des autres qui vont venir les remplacer sur les rayonnages…

Et le client ? Et bien il s’en fout royalement, pensant peut-être que, le soir, à la veillée, son avocat qui s’ennuie ouvre de temps en temps son volumineux dossier, la larme à l’œil, pour se rappeler le bon vieux temps. Et bien non ! L’avocat entre rarement dans la salle d’archive, sinon pour contempler avec effroi l’empilement des vieux dossiers et avoir une pensée horrifiée pour ce que lui coûte une telle conservation, en deniers, car la pièce sacrifiée est de nature professionnelle et génère un coût, qui ne sera jamais facturé au client.

Alors, quelquefois, en fin de procédure, pour les moins épais, l’avocat fait le coup de force, et retourne le dossier, par la voie postale, et par recommandé, qui va croupir chez son légitime propriétaire ou finir au fond d’une poubelle, à moins qu’il ne serve à allumer le barbecue. Pour ceux conservés par obligation, il arrive parfois, très rarement, qu’un client ayant besoin d’un document ancien, nous fasse le plaisir d’une visite, et il repartira souvent avec ce qu’il cherchait, mais aussi et toujours avec le paquet cadeau de tout le reste ; Ou, ayant une nouvelle affaire, il apporte de nouveaux documents pour constituer un dossier tout neuf, et repart avec l’ancien stock.

La plupart du temps, pour trier les dossiers hors d’âge voués à l’abbatoir, et tenter d’insérer les petits derniers faichement cloturés, la secrétaire va donc mettre les mains dans le cambouis, bien reposée au retour de ses vacances.

Alors, me direz vous, que n’utilisez vous pas, pour libérer votre pièce d’archive, les services de société de stockage spécialisée ; certes l’idée est bonne, mais qui va payer chaque année l’onéreux service ? Le client pour lequel on expose des frais pour conserver son bien des années durant, alors qu’il a depuis changé d’adresse et que l’on ne sait plus où lui envoyer une facture de gardiennage ? Quand bien même il recevrait une facture annuelle correspondant à sa quote part de gardiennage, pensez vous qu’il l’acquitterait, alors que même son procès n’est pour lui qu’un lointain souvenir ? Généralement, ces sociétés facturent toute manipulation des archives stockées, en plus de la pension mensuelle.

Oui, mais on a maintenant la technologie moderne de la numérisation pour l’archivage ! Ce sera certes la solution d’avenir, mais comment numériser les milliers de pages déjà archivées ? Il faudrait y investir le coût d’une secrétaire supplémentaire, ce qui serait, ajouté au coût de l’appareillage, une dépense hors de propos, dont le montant ne serait jamais répercuté sur le client.

Seul le client détient la solution, radicale : venir chercher son dossier archivé, quitte à le détruire lui-même. Contrairement à ce qu’il peut penser, l’avocat n’a aucun droit de propriété sur le dossier qui lui a été confié : il appartient exclusivement au client ; aucun avocat n’aura de réticence à remettre à son client son dossier lorsqu’il viendra le récupérer : il sera au contraire accueilli à bras ouverts. Peut-être y avez-vous laissé un document qui vous sera un jour utile ; sachez que passé cinq ans, l’avocat détruira sans préavis tout votre dossier, à tout jamais.

Alors, chers clients, votre dossier est terminé, d’aujourd’hui ou d’hier, et ce billet vous rappelle que vous n’avez pas récupéré votre bien… Quand vous passerez à proximité de mon cabinet, je serais très heureux de vous revoir, et, en guise de remerciement, il vous sera gracieusement remis une enveloppe à votre nom, contenant quelques papiers de famille, que vous pourrez montrer à votre descendance, en mémoire de vos glorieux combats, ou que vous utiliserez pour alimenter votre cheminée, dans un feu purificateur pour vous et salvateur pour votre avocat. Vous ferez une bonne action pour la pauvre secrétaire, qui bien qu’en vacances, ne cesse de penser à la pièce maudite, qui l’attend à sa rentrée. Un tour de rein est si vite arrivé ! Pitié pour elle….

A très bientôt, j’espère.

Par jean-claude.guillard le 09/08/09
Dernier commentaire ajouté il y a 7 années 11 mois

PARTIR UN JOUR...

Maître, ma femme est partie depuis dix jours avec ses affaires et je sais où elle est ! Que dois-je faire ? La détresse se lit dans les yeux du mari éploré. On n'ose aborder les motifs du départ de peur de le plonger dans le désespoir, mais on finit par savoir que ce départ fut soudain et inexplicable ; l'explication, c'est la dame qui la détient et qui la livrera un jour, tout au moins sur sa propre version, si besoin est.

Cette situation est classique, surtout depuis que la réforme du divorce a interdit d'écrire les raisons de la rupture sur la demande présentée au Juge, et le conjoint délaissé va passer ses jours et nuits à rechercher les causes de son infortune, s'il s'estime innocent de tout péché, véniel ou mortel.

PARTIR UN JOUR...

Maître, ma femme est partie depuis dix jours avec ses affaires et je sais où elle est ! Que dois-je faire ? La détresse se lit dans les yeux du mari éploré. On n'ose aborder les motifs du départ de peur de le plonger dans le désespoir, mais on finit par savoir que ce départ fut soudain et inexplicable ; l'explication, c'est la dame qui la détient et qui la livrera un jour, tout au moins sur sa propre version, si besoin est.

Cette situation est classique, surtout depuis que la réforme du divorce a interdit d'écrire les raisons de la rupture sur la demande présentée au Juge, et le conjoint délaissé va passer ses jours et nuits à rechercher les causes de son infortune, s'il s'estime innocent de tout péché, véniel ou mortel.

Un départ inopiné a, le plus souvent, été préparé de longue date dans le plus grand secret, avec les conseils avisé d'un avocat, voire d'un notaire au plan patrimonial, si bien que le jour J, tout est prêt pour le grand saut dans le connu.

Bienheureux celui qui a pu échapper, alors qu'il était occupé par ailleurs par son activité professionnelle, au pillage en règle du mobilier commun en son absence, au point de ne trouver, à son retour crépusculaire, que son matelas comme seule déco de la maison entière ; bienheureux celui qui ne reçoit pas le lendemain un appel inquiet de son banquier, sur un brutal affaissement, en dessous du niveau autorisé, de la position du compte commun ; bienheureux celui à qui il a été laissé sur le matelas un mot indiquant où résident désormais les enfants.

Ce départ est le signe avant coureur de la réception par la Poste de la demande en divorce de la fugitive, et de l'avis d'audience devant le Juge, dit de « la conciliation », puisque ce magistrat est obligé de rechercher si une réconciliation ne serait pas possible, c'est-à-dire, en ce cas, un repentir ou une velléité de réintégration du domicile conjugal. Ne rêvons pas, elle n'a pas fait tout cela pour revenir piteusement à la co-habitation.

En attendant le passage dans le bureau du juge, l'abandonné se morfond, se culpabilise, et se met la cervelle en ébullition, en se remémorant la cérémonie de son mariage en tripotant nerveusement la photo du bonheur un peu jaunie, qu'il conservait dans son portefeuille...sans lui prêter beaucoup d'attention.

Et, le jour dit, au Palais de Justice, il la revoit enfin, devant le bureau du juge, protégée par son avocat, à qui elle a du dire qu'il allait l'étrangler illico ; tout contact semble vain. Elle a un peu changé : elle est amaigrie et un tantinet nerveuse ; elle n'ose pas le regarder, tout regard pouvant être interprété comme un espérance ou une provocation ; lui la fixe, en attendant que les regards se croisent : il espère y lire quelque chose, y déceler un début d'explication. Rien ! Et on se retrouve assis devant un juge, auquel elle vient d'expliquer, dans un court tête à tête, ce qui l'a amenée à solliciter le divorce. A son tour au confessionnal : il ne sait que répondre à une interrogation qui lui parait incongrue ; ce qu'il pense de la demande en divorce de sa femme ? Il n'est sait rien ; tout juste entend il qu'elle ne veut pas se réconcilier... Ils sont maintenant tous les deux face au juge, avec leurs avocats, qui par habitude des débats houleux, ont machinalement occupé les sièges centraux, de manière à séparer les protagonistes, au cas où.

Et là, à entendre l'avocate de Madame, il apprend que la pauvre épouse a « été mise à la porte du domicile conjugal » ou qu'elle été obligée de « fuir un climat délétère ». Le juge n'en est pas étonné, car c'est à l'évidence la version qui lui a été servi lors de son bref tête à tête avec la dame ; et puis, l'une ou l'autre des versions lui est traditionnellement servie dans ce type de séparation non convenue ; ça l'agace, car ce n'est pas le lieu pour évoquer les motifs de la rupture ; mais, glissé subrepticement et astucieusement dans l'introduction, l'argument ouvre la voie à la demande financière de la malheureuse évincée.

Le mari délaissé s'étrangle à entendre ce roman, implore son avocat de réagir, qui lui glisse qu'il va le faire lorsque la parole lui sera donnée ; et, le moment venu l'avocat va clairement qualifier le départ de Madame d' « abandon du domicile conjugal », avant d'être sèchement interrompu par le juge qui lui indique que ce n'est ni le moment ni le lieu pour débattre d'un tel sujet. Ce sera au Tribunal d'en apprécier dans la suite des évènements.

En réalité, souvent, nul n'en débattra, car sur proposition du juge, l'épouse accepte que le divorce soit prononcé sans discussion sur les motifs qui l'ont généré, ce qui se conçoit, et notre homme, enfin persuadé que le retour de sa femme est irrémédiablement compromis, accepte également d'en terminer sur ces bases, résigné.

Dans le cas contraire, le débat aurait pu être d'une certaine utilité, car en cas de refus de Monsieur de divorcer, Madame aurait du attendre deux ans pour obtenir son divorce, selon la nouvelle disposition de la Loi, sauf à engager les hostilités d'un divorce pour faute, en reprochant au mari de l'avoir mise à la porte du domicile conjugal. Bien malin qui, dans ce dernier cas, pourrait dire l'issue de ce passionnant débat : tout se joue sur la preuve ; et là, face à la réalité de la situation initiale, Monsieur tiendrait le bon bout : son voisinage avait constaté le départ de l'épouse ; elle aurait du mal à trouver un témoin de son éviction brutale !

L'abandon du domicile conjugal peut en effet être un argument pour débattre, dans un divorce pour faute, de celle commise par le conjoint fugitif qui a rompu l'obligation de co-habitation découlant du mariage ; encore faut-il que ce départ ne soit pas explicable ou excusable par l'attitude de l'autre.

Pour éviter que l'époux déserteur ne tente de retourner la situation à son profit, il existe un bon vieux truc, qui est de nature à mettre tout le monde d'accord sur la réalité des faits du Jour J : si, Madame (ou Monsieur) a pris la poudre d'escampette en catimini et que l'on connaît son point de chute, demandez donc à votre huissier préféré d'aller lui faire une visite, en lui délivrant une « sommation de réintégrer le domicile conjugal » ; il enregistrera la réponse de l'interpellé(e) dont il est rare qu'elle soit « d'accord, j'arrive aussitôt » ; si c'était néanmoins la réponse, ce serait la bonne nouvelle du jour ; si la réponse est autre, elle aura le mérite d'être claire sur sa volonté de se maintenir hors du domicile conjugal ; elle évitera l'interprétation future d'une éviction forcée dudit domicile ; il serait peu orthodoxe qu'un époux, qui aurait éjecté son conjoint manu militari, le supplie, par huissier, de revenir ! En réalité la réponse est souvent « non, je ne reviens pas ; j'ai engagé une procédure de divorce ». Certains des abandonnés, qui entendent fignoler leurs preuves, ont été auparavant à la Gendarmerie du coin, pour établir une main courante, qui reproduit leur déclaration : « tel jour, à telle heure, ma femme (mon mari) est partie de notre domicile avec ses affaires (et avec les enfants) et (en déménageant tout le logement).

La main courante, plus la sommation interpellative, c'est le must pour prouver que c'est bien ce jour là que le conjoint vous a planté là, seul et désespéré.

En prime, cet acte d'huissier établira de manière certaine la date de la cessation de la cohabitation et de la collaboration des époux, ce qui n'est pas sans intérêt pour liquider ensuite le régime matrimonial ; cette date sera celle de l'effet du divorce, c'est-à-dire celle à laquelle les opérations dépendant de la communauté seront arrêtées pour être figées, en vue du partage des biens ou valeurs existant ce jour là. Ça a souvent un intérêt majeur, mais cela est une autre histoire...

Un petit truc en plus, tant que vous aurez l'huissier sous la main, faites donc faire un inventaire du mobilier pour le cas où la fugitive (ou le fugitif) reviendrait en catimini, pour enlever ce qu'il n'a pas eu le temps de faire, et tant qu'à faire, se prenne à l'idée de tout emporter quand vous serez au boulot. Si c'est trop tard, cet honorable huissier pourra faire un constat du désastre.

Et, pour finir, ne commettez l'erreur fatale de faire changer les serrures avant d'être passé devant le Juge, qui fixera officiellement les résidences de chacun. Changer les serrures, c'est interdire à l'autre de pouvoir revenir chez lui, enfin chez vous. Là, en interdisant l'accès du domicile au conjoint vous êtes en faute : c'est une mise à la porte au sens propre et figuré.

Après tout, elle (il) était peut-être seulement parti chercher des cigarettes.

Par jean-claude.guillard le 04/08/09
Dernier commentaire ajouté il y a 12 années 2 mois

- LES REMPARTS DE L'ECOLOGIE -

ANGOULEME est une place forte, perchée sur un plateau rocheux, défendue par de solides remparts, plusieurs fois étêtés par quelques batailles historiques, mais reconstruits aussitôt pour protéger les survivants ; ce n'est qu'au XIXème siècle, qu'un édile, dont nous tairons le nom, sans doute de petite taille, a décidé de ramener la hauteur des murailles à celle de ses yeux, si bien qu'aujourd'hui, point besoin de grimper sur un chemin de ronde pour admirer le paysage environnant : la sommité des remparts n'excède pas la ceinture de l'homme moderne. Les portes de la ville ont été rasées par le même urbaniste, et ne se contemplent que sur de vieilles gravures au musée.


- LES REMPARTS DE L’ECOLOGIE -

- LE CYCLE OU LA VIE -

ANGOULEME est une place forte, perchée sur un plateau rocheux, défendue par de solides remparts, plusieurs fois étêtés par quelques batailles historiques, mais reconstruits aussitôt pour protéger les survivants ; ce n’est qu’au XIXème siècle, qu’un édile, dont nous tairons le nom, sans doute de petite taille, a décidé de ramener la hauteur des murailles à celle de ses yeux, si bien qu’aujourd’hui, point besoin de grimper sur un chemin de ronde pour admirer le paysage environnant : la sommité des remparts n’excède pas la ceinture de l’homme moderne. Les portes de la ville ont été rasées par le même urbaniste, et ne se contemplent que sur de vieilles gravures au musée.

Si notre bonne ville n’a plus l’aspect de CARCASSONNE, elle reste néanmoins dans une configuration de place forte, ce qui, en ces temps estivaux, attire des touristes, trouvant, entre PARIS et l’Espagne, une halte propice à la restauration rapide. Les rues de la vieille ville procurent l’ombre salutaire à la flânerie, et le tour des remparts permet une découverte panoramique à 360°, pour qui sait marcher et admirer la vue, à 70 mètres au dessus du niveau de la mer.

Nul d’entre eux n’imagine le courage des angoumoisins plébéiens vivant dans les quartiers se répandant largement au pied du plateau, pour faire quotidiennement l’ascension des pentes abruptes conduisant sur leurs lieux de travail ; les édiles modernes ont tenté de bouter hors des fortifications la circulation polluante, en rétablissant l’octroi, sous forme de cagnottes gourmandes qui agrémentent désormais nos places et rues, surveillées par une armée de gens d’armes portant en bandoulière un barbare carnet à souche ; cependant, la plèbe dispose de diligences sillonnant les faubourgs pour la mener au sommet de son Everest : elles sont si bondées que beaucoup préfèrent user de leurs chaises à porteur ou de leur cabriolet.

Et puis, depuis peu, Madame Chlorophylle est arrivée, avec son amour invétéré des plantes, et surtout des herbes folles qui prolifèrent désormais dans l’enceinte des remparts ; elle a préconisé l’usage, très bobo, d’un moyen de déplacement nouveau, le cycle, engin hier encore obsolète ou ringard, sauf pour les accros à l’EPO, à deux roues seulement, sur lequel son conducteur est assis sur un siège très étroit, de la taille d’un string, tout aussi inconfortable ; il doit, d’une part trouver son équilibre sur un engin qui en est naturellement dépourvu, et d’autre part le mouvoir pour avancer, à la force des jarrets, en imprimant un mouvement rotatif à une chaîne reliée à la roue arrière. Apparemment simple, mais plus complexe que l’on croit. L’idée de mettre le peuple à la pédale douce n’est pas idiote, sauf que, avant de mouvoir paisiblement l’engin dans l’enceinte des remparts, encore faut-il avoir le mollet puissant, pour le hisser, avec le poids de la viande qu’il supporte, 70 mètres plus haut, par des rampes d’accès abruptes, dignes des pentes du Tourmalet. L’exercice intervient au surplus lors des périodes chaudes, le bicycle étant peu adapté aux intempéries, faute de bâche protectrice.

Bref, l’idée à fait son chemin, et est même arrivée dans ma modeste boutique, où je partage ma vie avec mes Claudettes de secrétaires et collaboratrice : deux d’entre elles sont un jour arrivées sur leur léger destrier, joliment orné, au dessus de la roue avant, d’un petit panier, où ces jeunes femmes déposent tout ce qu’elles transportent habituellement : sac à main et tout son contenu improbable, aliments fraîchement acquis au marché, paquets en provenance de diverses boutiques branchées agrémentant leur chemin. Le pur-sang est, à l’arrivée, astucieusement attaché à une barrière métallique bordant la chaussée (l’anneau idoine qui ornait jadis les façades d’hôtels particuliers pour y maintenir la bête a hélas disparu depuis longtemps), et il y restera jusqu’à l’angélus. Il est vrai que mes Claudettes résident dans l’enceinte plane de la ville, et qu’elles n’ont pas à escalader les pentes, en danseuse, ce qui manque de charme. Mais, les risques sont nombreux sur le trajet.

La plus grande de mes Claudette, qui chevauche pourtant les plus fougueux destriers, vient d’en faire l’amère expérience ; elle aurait du se méfier, car quelques jours plus tôt, son sens aigu du danger, l’avait amenée à s’appuyer, de la main, sur le chambranle d’une porte de bureau, pour mener une conversation très sérieuse ; la chaleur estivale avait nécessité une aération momentanée des lieux par l’ouverture de toutes les fenêtres ; le courant d’air frais ravissait les occupants ; la brise fit alors gonfler le foc, en l’espèce la porte du bureau, qui, de manière particulièrement violente, prenant un vent debout, s’est rabattue naturellement vers son chambranle, et trouva comme tampon ultime … la main de la pauvre Claudette. Cet épisode douloureux lui a permis de faire connaissance, après que je lui ait prodigué les premiers soins, du pharmacien, puis du toubib de permanence, et enfin du radiologue d’à coté : la pauvre, la main empaquetée, découvrit alors que la dictée vocale pouvait remplacer le clavier de son computer.

A peine remise de ses émotions et douleurs, Claudette s’entêta à enfourcher à nouveau son étalon, et, sa robe d’avocat dans le panier, se rendit au Palais de Justice, guillerette, puisqu’elle partait en vacances trois jours plus tard ; c’était l’Eté, et légère et court vêtue, ayant rehaussé son mètre soixante quinze de seyantes spartiates à semelles compensées la faisant culminer à près de soixante douze mètres au dessus du niveau de la mer, elle circulait juchée sur l’engin instable, jetant, comme toutes les femmes au guidon, des regards circulaires vers les vitrines des boutiques, vers les inconnus qu’elle croisait, ou scrutant les connus, surtout à l’approche de son lieu de destination. Telle la belle des champs, mais à vélo et en ville, son arrivée au pied des marches du Palais, allait être l’évènement du jour…

Selon les dires des témoins oculaires, la vue de son magistrat préféré pour les uns, celle d’une autre de mes Claudettes revenant de la Poste pour d’autres, ou celle d’un piéton surgissant de nulle part pour le dernier, a généré l’horrible accident : l’étalon couché d’un coté, la cavalière de l’autre ; lui muet et tordu, elle gémissant et agitée ; à l’évidence, une rupture brutale, telle celle que l’on rencontre dans un concours équestre, lors d’un refus sur l’obstacle. Malgré la douleur, la courageuse Claudette fit sa visite au Palais, la patte folle, et rentra clopin clopant au bureau, pour les premiers soins, sans sa monture, sévèrement touchée. Un médecin de garde fut mandé, qui ordonna derechef des examens plus approfondis, ce qui valut à l’amazone de découvrir de nouveaux amis, les jeunes et beaux internes de l’hôpital, comme dans son feuilleton préféré à la télé.

A n -2 du départ en vacances, dotée d’une triple entorse du genou et d’une double de la cheville, à moins que ce ne soit l’inverse, voici donc notre besogneuse avocate relookée pour la plage, avec une seyante armure bleue sanglée de scratchs, depuis la jarretière jusqu’au coup de pied, lui maintenant le membre inférieur dans une raideur de jésuite, et transformant la démarche féline en celle d’un vieux loup de mer, pirate à jambe de bois… mais avec béquilles joliment assorties à la couleur de l’attelle. La Claudette claudicante s’est néanmoins transportée sur les plages bondées, véhiculée en place handicapée par la SNCF, faute de pouvoir appuyer sur le champignon de son autre moyen de locomotion à quatre roues, malheureusement négligé, au nom de la santé de la planète.

Aux dernières nouvelles, mouchardées par sa tierce personne, la guibolle valide sera quand même bronzée à la rentrée, et pour l’autre, merci, les poils poussent très bien à l’ombre, contrairement aux herbes folles, ce qui de loin permet d’assortir la couleur des deux jambes ; une nouvelle danse fait fureur dans la boite de nuit du coin, initiée par Claudette, sorte de toupie virevoltante sur une seule patte, la « one step toup’ », qui s’achève, au petit matin, par un long et réconfortant tempo allongé, nécessitant sans doute quelques massages ; quelques médications phytosanitaires locales calment les petites douleurs : l’éponge magique du rugby, en quelque sorte.

Tout cela pour en revenir à la dangerosité des prescriptions d’une DameVerte, qui a complètement méconnu les méfaits du moyen de transport qu’elle préconise : un tel engin moderne, s’il n’est pas doté de roulettes stabilisatrices, va générer de très grosses perturbations de l’économie, par une multiplication des arrêts de travail, par un engorgement des urgences des hôpitaux, par l’inévitable accroissement du trou de la sécu lié à l’augmentation massive des frais médicaux, etc…Les associations de victimes fleurissent ; les assureurs menacent d’augmenter les primes pour l’utilisation de tels moyens de locomotion précaires ; une cellule de crise a été réunie en urgence par le Président, à peine sorti de l’hôpital, et ses collaborateurs planchent déjà pour instaurer une législation rigoureuse pour les adeptes de bicycles : un permis à point serait instauré et surtout une taxe serait applicable dès la rentrée, calculée sur le périmètre des mollets de chaque conducteur, étant précisé qu’un gros mollet engendre une grosse puissance particulièrement accidentogène ; pour obtenir le permis, les candidats devraient également passer un test d’équilibre, défini localement : il se dit au Château, que, pour ANGOULEME, il faudrait parcourir 300 mètres, juché sur son bicycle, le long de la sommité des murailles ! Les survivants du test devraient ensuite, à titre probatoire, équiper leur engin de roulettes latérales, durant cinq ans. Enfin des mesures concrètes pour éviter les accidents !

C’est à ce prix que notre ville éradiquera enfin la pollution qui la ronge, au point que la façade de la Mairie, plongée dans la grisaille depuis des lustres, pourrait, aux alentours de 2025, subir un lifting, en même temps que notre Dame Verte, si elle a échappé à la chute… de popularité.

En attendant, et puisque la saison bat son plein, que les habitants sont partis vers la point zéro de la mer, bienvenue à nos touristes audacieux et surtout, prudence tout là haut.

Pour moi, ce progrès est trop tardif, et j’ai opté pour un mode de déplacement plus sûr, dont la puissance est limitée de plus en plus, pedibus jambis.