jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 30/10/09
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Les dix conditions du succès

Plusieurs lecteurs m'ont demandé un billet sur la meilleure façon de réussir un divorce par consentement mutuel : exercice difficile, s'agissant de définir les conditions psychologiques pour l'aborder au mieux, variables d'un couple à l'autre, selon la personnalité de chacun. Je tente néanmoins l'expérience, volontairement sur un mode humoristique, pour dédramatiser artificiellement un moment de la vie, dont je n'ignore pas qu'il est éprouvant.

Disons, qu'en principe, il s'agit d'un divorce à l'amiable entre deux personnes de sexe masculin et féminin, qui n'ont pas retrouvé dans leur vie de couple le bonheur initial issu de leur mariage ; les causes de la désunion peuvent être graves ou futiles, voire inexistantes. La Loi de 2004 a innové en permettant à un individu marié de se « démarier », au pire, sans autre motif que d'avoir laissé son conjoint depuis deux années au moins ; autant dire que celui qui demande le divorce l'obtiendra, passés deux ans après la rupture. Le Droit au divorce ayant ainsi été officialisé, autant s'en faire une raison pour se démarier intelligemment, par consentement mutuel, si un conjoint a décidé d'en finir avec l'union.

Il est donc possible de tirer les conséquences de ce constat et de rechercher les conditions permettant de partager la vaisselle sans la casser.

Première condition : l'état d'esprit du couple

Pour faire un bon CM, il faut être deux ; sauf dans le cas où les deux époux, lassés de leur vie de couple ressemblant à celle de deux célibataires co-locataires, ont décidé ensemble et dans la bonne humeur d'y mettre un terme, l'abord est délicat : celui des deux qui veut sa liberté à grand intérêt à ne pas brusquer l'autre dans les semaines précédant l'annonce. Attention, ne pas être trop gentil non plus, car l'annonce serait alors cruellement ressentie, par l'effet de chaud et froid. Trouvez le juste milieu, et abordez innocemment les questions existentielles sur le sens du mariage, les statistiques sur le nombre de divorces en regard de celui des mariages, le mérite de la vie de célibataire (ne pas en faire trop sur ce thème, qui peut aiguiser le sens de la jalousie ) ; parlez de la bonne entente d'un couple de vos relations ayant divorcé ; recherchez les émissions télés sur le divorce ou sur les changements de vie ; interrogez benoîtement l'autre pour savoir ce qu'il ferait si vous n'étiez plus là, etc. Le tact est de rigueur, tout comme la psychologie : attendez le moment propice, et surtout, ne jamais annoncer la nouvelle au terme d'une engueulade.

Attention, si votre conjoint est irascible par nature, voire psychorigide, ou s'il a un attrait marqué pour la finance (ça arrive parfois ), vous marchez sur des oeufs : le moindre mot de travers peut faire exploser à tout jamais une volonté de divorce amiable ; en vérité, le choix du conjoint prêt à accepter un divorce se fait avant même de se marier, mais on n'y pense jamais assez.

Deuxième condition : la prohibition des griefs

En aucun cas, vous ne devez évoquer les motifs de votre rupture : c'est de l'huile sur le feu qui couve ! Pour avancer dans le CM, on décide une fois pour toutes de bannir les fautes du débat et d'en absoudre irrémédiablement le ou les fautifs ; de toute façon, ça ne sert à rien et ne procure aucun avantage ; et puis, ça développe un dangereux sens de l'escalade : un motif en vaut un autre, et vous risquez de monter si haut dans l'intensité que vous y perdrez vos cordes vocales, pour rien. Le CM, ce doit être le calme et la sérénité de discuter librement d'homme à hom.. femme !

En clair, restez-en au constat que vous n'êtes plus faits pour finir vos jours ensemble, et qu'il faut en tirer les conséquences intelligemment.

Si l'un tient à tout prix à faire valoir une faute, ne continuez pas cette lecture : c'est fichu. Préparez vous à un long combat, pas toujours régulier, long, dangereux et coûteux ; d'expérience, la vengeance est un plat d'argent qui se mange chaud. Le « faute » est donc souvent un divorce de gens aisés, partant du principe que l'on ne plume pas un œuf et qu'il est vain de se battre pour des nèfles. Si l'autre veut donc à tout prix (au sens propre) son divorce pour faute, vous y aurez droit ; bon, mais ça aussi on sait faire, surtout quand on a connu le temps ancien où il fallait obligatoirement une faute pour obtenir un divorce, si l'autre le refusait, à moins de lui offrir sa chemise et parfois plus, après six ans de séparation ! Souvenirs, souvenirs…

Donc, pour les autres…

Troisième condition : l'appel à la raison

Quand l'annonce est faite, vous pouvez découvrir avec stupeur, mais satisfaction, que l'autre n'en est pas si choqué que cela, ayant eu la même idée que vous : là, c'est déjà très bon pour aller vers un CM. Le train est déjà sur les rails. Vite, prenez rendez vous chez l'avocat.

Par contre, si l'autre sombre aussitôt dans la déprime et appelle son psy en urgence extrême, ou si vous vous retrouvez noyé dans un flot d'injures ou de menaces, c'est un peu compromis, mais pas forcément désespéré. Ne brusquez rien. Faites le gros dos et laissez passer quelques jours, sans un seul mot ; ne répliquez pas si l'on vous traite de tous les noms, c'est normal et ça purge. Face aux pleurs, adoptez une attitude compatissante, mais ne parlez surtout pas. Quelques jours plus tard, quand le choc est passé, tentez, sans forcer, un mot sur le mode « alors, que fait-on ? ». Faites appel à votre volonté de conserver de bonnes relations. Si le débat peut s'engager, restez toujours calme, quoiqu'il arrive, et indiquez tout de suite que vous souhaitez que tout se passe bien, à l'amiable, surtout pour les enfants. N'insistez pas si cela n'accroche pas encore, revenez plus tard à la charge, à moins que l'autre ne prenne l'initiative du débat, après réflexion.

Quatrième condition : acceptez les premières concessions

Un « non » ou pire, un « jamais » est toujours très mal ressenti. Si une demande vous heurte, dites plutôt : « je vais réfléchir » ou « il faut analyser la question ». Quelques jours après, revenez sur le point délicat, sans agressivité ou certitude affirmée, pour débattre du problème, en acceptant d'écouter les arguments de l'autre et en faisant part sereinement des vôtres : sachez stopper le dialogue avant qu'il ne dérape. N'oubliez jamais qu'un accord, indispensable en CM, résulte de concessions réciproques. Ne faites jamais de promesses que vous ne pourriez tenir : une volte face serait une trahison de nature à rompre le débat.

Les concessions financières sont toujours appréciées : de toute façon, sur ce thème, il faudra trouver un équilibre entre une gourmandise excessive de l'un et une pingrerie de l'autre. Rompez temporairement le dialogue sur ce point s'il y a blocage ; vous pourrez y revenir après digestion de cette phase hors d'œuvre.

Cinquième condition : ne mélangez pas tout, évitez la discussion en vrac

Traitez chaque point séparément : à chaque jour suffit sa peine ! Restez dans une logique de l'approche des points à débattre, l'un appelant forcément le suivant.

- Vous allez ne plus vivre ensemble sous le même toit : qui part et qui reste ? Qui paiera l'emprunt de cette maison en attendant le partage des biens ?

- Vous avez des enfants : où vont-ils alors habiter après la séparation ? Et comment l'autre pourra les voir ? Et combien il versera pour aider à les élever ? Stop : ce dernier point est à effleurer seulement ; il est trop tôt pour entrer dans un débat financier : posez seulement un accord de principe sur un paiement auquel vous ne pourrez échapper, sauf si vous n'avez pas de revenus.

- Vous êtes propriétaires d'une maison : que va-t-on en faire ? Soit on décide de vendre, de solder les emprunts et de se partager le solde, pour partir d'un nouveau pied, chacun de son coté ; soit l'un des deux veut garder la maison et payer la part de l'autre. Stop, pas plus : dans le premier cas on décide de mettre en vente dans une agence immobilière ; dans le second, on convient d'aller consulter le notaire commun, qui va vous établir la simulation chiffrée.

Sixième condition : l'appel à un ami

Les grandes bases étant définies et un accord semblant se dessiner sur les principes essentiels, reste à affiner les points sensibles, regroupés sous le même dénominateur commun : les sous ! Là, vous ne vous en tirerez pas vous-mêmes, et vous risquez même les crises de violences. D'abord, vous n'avez pas l'habitude de ces choses là, pas plus d'ailleurs que la cousin de l'ami de votre tante, qui a divorcé jadis et a payé la somme dérisoire de X francs à titre de pension : chaque cas est particulier. Décidez ensemble de consulter le seul qui puisse vous aider, l'avocat ; attention, dans un CM l'avocat se choisit à deux ; pas question de traîner son conjoint chez un avocat contre son gré : l'avocat ne pourra travailler utilement pour vous aider, si un époux monopolise la parole et l'autre a le visage enfoui dans son mouchoir, en larmes.

(NB : Si véritablement un abîme vous sépare sur le menu problème des sous, le mieux est d'avoir chacun son avocat : il n'est pas impossible de réaliser un CM avec deux avocats, bien au contraire. Mais, la discussion se fera ensuite par avocats interposés, qui joueront le rôle de « tampon », avec souvent des conseils judicieux pour faire évoluer la situation. Attention, avec deux avocats, les délais de discussion deviennent brefs ; si ça traîne ou piétine sur un point particulier, l'avocat d'un époux pourra conseiller à son client d'aller voir le Juge dans un autre contexte, qui, lui, saura prendre rapidement la décision sur le point de blocage… et les autres

Septième condition : ne pas confondre avocat et juge

Aller ensemble chez l'avocat pour élaborer un CM, suppose que vous ne le confondiez pas avec le juge de votre divorce ; indiquez lui clairement que vous avez déjà réfléchi à votre future organisation familiale et que vous voulez affiner votre connaissance des points à traiter dans le CM, notamment en matière financière, pour trouver un accord définitif.

N'abordez surtout pas, durant l'entretien, l'existence d'une faute, vous risqueriez de faire mourir votre précieux ami d'une crise cardiaque: ça ne se fait pas et s'est interdit. Ce serait très grossier et contraire à l'esprit du CM.

Ne lui demandez pas de trancher une difficulté entre vous : il n'est pas juge ; expliquez lui vos points de vue opposés ; il vous expliquera, vous conseillera, pour que vous trouviez vous-même la bonne solution qui se situe souvent, en matière financière, dans le juste milieu entre la demande de l'un et l'offre de l'autre.

Par contre, l'avocat va vous informer de vos droits, étant l'avocat des deux. Vous découvrirez alors ce que vous n'aviez pas encore imaginé, dans votre approche préalable, notamment la prestation compensatoire, ou la liquidation et le partage de votre régime matrimonial. Une nouvelle réflexion entre les époux s'imposera alors, pour parfaire l'accord initial. Notez que cet avocat n'est pas là pour mettre de l'huile sur le feu, mais seulement pour vous donner les informations qu'il vous doit impérativement, sur tous les points prévus par la Loi, pour que votre divorce amiable soit équitable et conforme à l'esprit des textes légaux, afin de ne pas effaroucher le Juge qui va ensuite devoir valider tout cela.

Il arrive souvent qu'au terme de l'analyse de la situation par l'avocat, de ses conseils et recommandations, la trame de votre accord soit prête à être mise par écrit. Je déconseille à mes clients de signer leur convention le jour même, et préfère leur laisser le projet et les revoir un peu plus tard, après qu'ils l'aient bien relu, analysé, et accepté. Si un point ne convient pas ou plus, un nouveau débat et rendez vous sera indispensable pour sceller un accord valide et définitif, et éviter que le point à nouveau en litige ne soit livré au juge en charge de valider ensuite votre accord, alors devenu imparfait : généralement, le CM prend alors la direction de la poubelle. Surtout, si un tel avatar survient avant le passage devant le juge, évitez l'esclandre, les injures et les accusations de trahison à l'encontre de l'autre : ce serait la fin tragique d'un long processus vers l'objectif recherché ! Acceptez la nouvelle discussion, même si vous êtes hors de vous. Votre avocat vous refera une convention nouvelle version, si l'accord est trouvé.

N'oubliez jamais que, même signée, votre convention de CM est encore précaire, puisqu'il vous faudra confirmer à nouveau votre accord devant le Juge qui vous aura convoqué pour prononcer votre divorce.

Huitième condition : le Notaire connaît son boulot.

Pour ceux qui sont propriétaires de leur maison, un acte notarié de partage de votre régime matrimonial doit être annexé à la convention de l'avocat. Le notaire s'adaptera à ce que vous lui demanderez d'établir, selon vos accords ; il suffit de lui fournir toutes les informations ou documents qu'il souhaitera, pour établir la liste de vos biens ou de vos dettes, qui seront à répartir entre vous. Pour bien comprendre son acte, demandez lui toutes précisions sur ce que vous ne saisissez pas. Il existe un schéma type d'acte de liquidation et partage de votre régime matrimonial, duquel il est difficile de trop s'écarter, sauf volonté commune des deux époux. Ce travail étant très technique, votre rôle est souvent réduit, mais les contestations peuvent porter sur des points classiques : évaluation d'un immeuble, reprises de biens propres, ou calcul de récompenses ; termes barbares que le notaire pourra vous expliquer en établissant son acte. Tout problème a sa solution : une évaluation de maison peut résulter de la moyenne d'estimations effectuées par des professionnels de l'immobilier ; une reprise de biens propres n'est valide que si celui qui entend reprendre prouve qu'il a bien reçu le bien en héritage ou donation, ou qu'il l'avait avant le mariage. Le notaire envoie en général le projet d'acte à l'avocat qui vérifie pour vous que rien n'été oublié.

Vous pouvez refuser de signer cet acte, mais ce refus mettra fin au CM en général.

Neuvième condition : Le juge est Roi

Justement, vous avez finalement signé votre convention de divorce et vous êtes convoqué quelques semaines plus tard devant le Juge pour confirmation et prononcé de votre divorce le jour même. Surtout pas de bêtises durant ce délai : la moindre étincelle peut faire exploser l'édifice. Evitez les motifs de querelles et quoi qu'il arrive, restez zen. Prenez vacances ou RTT pour éviter les derniers instants de la cohabitation…seul. Arrivez seul au Tribunal : Monsieur arrivant au bras d'une nouvelle compagne, ou Madame à celui de son récent boy friend, peut réveiller les vieux démons, au son de : « Ah, je m'en doutais !!! ». Faire exploser son CM à la porte du Juge, à quelques minutes de la liberté, ce serait idiot.

Ça y est, vous êtes devant le Juge, avec votre avocat : un petit tête à tête de quelques minutes pour chacun des époux : le Juge doit vérifier que vous êtes bien toujours d'accord pour…divorcer ! Si vous avez envie de pleurer le décès de votre vie maritale, attendez que le divorce soit confirmé pour verser la larme ; avant ce moment ultime, vous êtes encore marié ! Un juge peut douter de votre envie de divorcer, si les nerfs vous lâchent, et il peut alors vous accorder un délai de réflexion de plusieurs semaines. Tout le monde ensuite réuni, avocat(s) compris, le Juge examinera votre convention, puis l'acte du notaire, et vous demandera de confirmer votre acceptation des deux documents ; sachez que, si le Juge estime que votre convention est quelque part déséquilibrée, il peut vous demander de revoir la copie, sous peine de ne pas être divorcé ; cette situation est généralement évitée si l'avocat a réussi à trouver l'équilibre souhaité, dans votre convention.

Sur cette ultime confirmation, du même OUI que vous aviez donné au Maire il y a quelques années, manifestant votre total accord sur le divorce et sur ses conséquences, le Juge vous annoncera que vous êtes divorcé, le jour même. Vous sortez libres de son bureau : vous êtes « démariés ». Vos documents seront dûment tamponnées pour devenir votre jugement de divorce, et vont désormais régir vos relations, par leur contenu chèrement négocié.

Dixième condition : dernière petite formalité commune

N'oubliez pas de payer votre avocat du solde de ses honoraires, s'il ne l'a pas perçu auparavant.

C'est lui qui fera ensuite les paperasses administratives pour que votre divorce soit mentionné sur vos actes d'état civil, ce qui vous permettra notamment de… vous remarier.

Ultime conseil : choisissez le nouveau conjoint selon son aptitude à envisager sereinement une éventuelle rupture amiable et prenez conseil avant pour choisir le régime matrimonial le mieux adapté à votre situation. On peut déjà préparer son divorce avant de se remarier...

(Photo repro Charente libre)

Par jean-claude.guillard le 25/10/09
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L'affinage par anesthésie.

Il fallait bien s'en douter ! L'annonce de la suppression de la taxe, reconnue imbécile, laissait couver les idées les plus géniales, pour ne pas laisser paître en paix les vaches à lait, survivantes de la crise économique ; un éminent député, au surplus Vice Président de la noble assemblée, élu de la majorité sarkozienne, grand connaisseur des bêtes à lait, pour l'avoir été, a trouvé comment remplacer la défunte taxe : par une autre taxe, évidemment, additionnelle à celle prévue, à la mode écolo, dite « carbone » (déjà signe d'asphyxie) : une petite cotisation complémentaire sur la valeur ajoutée ; elle était envisagée pour les entreprises atteignant 500 000 euros de chiffre d'affaire * ; faible rendement surtout pour alimenter les caisses des élus locaux. (* TTC j'espère, pour ne pas perdre le caractère imbécile de la taxe défunte)

Le génial inventeur a donc affiné son raisonnement et a trouvé intéressant de proposer la baisse du seuil de taxation des entreprises à : 152 500 € de CA. L'affineur a ainsi découvert une manne supplémentaire en tirant un peu plus sur le pis endolori de la vache à lait ; le fromage sera sans doute peu goûteux , vu sa faible teneur en matière grasse, mais il risque de devenir cher, en regard du nombre de bêtes à cornes qui vont périr sous le traitement. Ce ne sont pas les plus robustes.

Tout cela, seulement pour garnir les caisses des collectivités locales, dont il nous est annoncé par ailleurs, qu'elles vont être regroupées et réduites en nombre, ce qui aura le mérite de limiter le nombre d'heureux bénéficiaires du pactole : bonne nouvelle, si, de ce fait, l'affineur et ses sbires retournent à leurs occupations privés: au moins, se retrouvant eux-mêmes vaches à lait, ils sauront de quoi ils parlent.

Reste cependant à savoir si ce spécialiste de l'anesthésie a prévu, pour l'administration d'une dose létale à la bête à affiner, la méthode rapide ou lente ; j'ai ma petite idée, dans la mesure où l'affinage est oeuvre de longue durée ; ça fera donc d'autant plus mal.

Les vaches à lait concernées sont, me semble-t-il, celles qui ont déjà beaucoup sacrifié pour nourrir en masse les populations affamées, au point que l'on en vient aujourd'hui à jeter ce lait ; ce sont aussi les mêmes vaches qui déposent en nombre leur bulletin de vote dans l'urne ; celles qui vont souffrir du pis connaissent maintenant l'auteur de leur future douleur, et ses amis affineurs ; faute de pis vaillant, les bêtes en souffrance disposent, en dernier ressort, de leurs cornes pour bouter hors du pré leurs tortionnaires. La bête se défend comme elle le peut quand on l'attaque.

Nous n'avons pas entendu, ni la SPA engluée dans ses comptes, ni Brigitte Bardot, qui préfère l'âne à la vache ;

Vaches à lait, mes soeurs, affûtons nos cornes contre les affineurs de tous poils, et renvoyons les à la vie civile pour qu'ils en connaissent les réalités.

Pour mieux connaître votre affineur, cliquez donc là .

Par jean-claude.guillard le 23/10/09
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Un concept novateur et facile en vogue dans notre société.

« Allô, je suis bien chez Maître GUILLARD ? ». La secrétaire étant un instant indisponible, je décroche par réflexe, et entend cette voix féminine inconnue. Ma réponse est évidemment « Oui ». A peine de « i » prononcé, la dame enchaîne : « c'est pour un petit renseignement… » ; Je m'apprête à lui énoncer le message ordinaire en la matière, savoir qu'il n'est pas donné de renseignement par téléphone, que la dame poursuit sur sa lancée en me racontant une sombre histoire de véhicule que son mari est venu lui piquer ce matin à l'aube alors qu'elle en avait la jouissance, le tout d'une seule traite et en apnée.

La dame ne s'étant pas présentée, je lui demande son nom et les références du dossier enregistré au cabinet : aucune réponse à la question, et elle recommence la narration de son histoire, sur un ton plus agressif ; cette fois ci, j'entends prononcé le mot de "divorce ". J'arrive à interrompre la logorrhée pour lui faire confirmer l'existence d'un divorce : « ben oui, on est en divorce, j'viens d'vous l'dire » me dit-elle d'une voix outrée par la question ; et d'ajouter « c'est juste pour un renseignement… » .

L'idée me vient de lui poser la question sur le nom de l'avocat en charge de sa procédure, qu'elle me livre aussitôt : une des mes charmantes et compétentes consoeurs. Bouffée de chaleur ! Reprenant mes esprits, et légèrement indisposé, j'indique vertement à la dame qu'il apparaît plus opportun qu'elle cherche réponse à ses interrogations auprès de son avocat, qui détient son dossier et connaît parfaitement sa situation. J'ai droit, en guise d'explication de son appel audacieux, à un superbe « mais, je n'arrive pas à la joindre !!! » . Je lui indique que je n'entends aucunement donner suite à son appel, ce que la finaude a du comprendre, puisque, avant même d'avoir achevé ma phrase, la dame avait raccroché avec fracas, ayant eu l'impression d'avoir perdu son temps, et maudissant sans doute les avocats de la terre entière.

Curieuse évolution du métier, où le client, après avoir fait choix d'un avocat pour prendre en charge la défense de ses intérêts, se permet d'en interpeller un autre, inconnu et ignorant tout du dossier, pour avoir un conseil, se permettant de l'interroger sans vergogne, et sans se présenter.

A l'impolitesse, lié d'une part à cet anonymat volontaire et d'autre part au sans gêne d'interpeller un avocat inconnu pour obtenir immédiatement un conseil, évidemment gratuit, s'ajoute un manque de respect pour l'avocat en charge du dossier, qui, faute d'avoir été disponible au jour, à l'heure ou même à la seconde près, est devenu momentanément interchangeable.

L'état de notre société est au plus mal.

Mon expérience ancienne me permet de dater cette lamentable évolution de la considération portée par le client à son avocat : cela date très précisément du temps où l'aide juridictionnelle a inondé la profession au point de la noyer ; sous couvert d'un accès à la justice pour tous, la gratuité qui l'assortissait a généré le concept facile de l'avocat gratuit, renvoyant l'avocat au rang du corvéable à merci, dont la valeur du travail est inconnue, même de l'Etat qui l'indemnise misérablement.

Et si l'aide juridictionnelle était quand même assortie d'une petite participation financière du justiciable, d'une petite taxe à la considération du monde judiciaire qui oeuvre pour lui ? D'une part, les finances étatiques seraient quelque peu soulagées, et d'autre part, serait écornée cette image néfaste et indigne de l'avocat, livré en offrande à une société en mal de repères, qui est devenu si interchangeable, qu'il n'est même plus considéré, noyé dans une masse informe d'agents caritatifs.

Par jean-claude.guillard le 22/10/09
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INTERDIT DE BLOG

En déplacement vers un tribunal extérieur, un long appel de causes m'a permis, comme souvent de prendre le pouls du Barreau local : un bon lot de confrères flirtant avec l'âge de la retraite, les bras chargés d'une lourde pile de dossiers du jour, ployant sous le joug de la charge, parcourant la salle pour saluer leur public : les vieux de la vieille ; une masse de jeunes confrères, les bras moins chargés, se préparant à plaider leur dossier au terme d'une très longue attente, les anciens préférant se faire marcher sur le corps, plutôt que de leur laisser une opportunité de passer avant eux. Cette jeunesse m'est apparue moins féminisée que dans les autres Barreaux que j'ai pu fréquenter : signe curieux que cette particularité locale.

Mon attente fut momentanément agrémentée par le contact d'un de ces jeunes avocats, non débutant et ayant quelques années de pratique derrière lui, que je ne connaissais pas personnellement, et qui est venu se présenter à moi très courtoisement, situation de plus en plus rare, l'enseignement de la déontologie dans les écoles d'avocat n'étant souvent qu'un lointain souvenir lorsque l'on passe à la pratique. Ce confrère me révéla qu'il avait reconnu ma face joviale, grâce à son assiduité à lire mon modeste blog, où figure mon portrait, en buste ; il avait à l'évidence envie d'utiliser lui-même l'outil de communication mis à la disposition de tous les avocats de France et de Navarre et venait aux informations.

Sous les yeux courroucés de la jeune magistrate qui tentait de gérer son fastidieux appel des causes, j'indiquais sommairement à mon interlocuteur qu'il était techniquement fort simple de créer son blog, surtout pour une génération élevée du biberon de l'informatique, et que le reste était question de temps et de volonté pour s'exprimer.

« Hélas, notre Ordre n'autorise pas de telles publications » me dit-il, navré. J'essayais d'en savoir plus : j'entrais apparemment dans le tabou, et d'un coup, les murs semblaient avoir des oreilles. Je tentais de le convaincre de l'idiotie de la position ordinale, lui rappelant que le blog CNB était un outil de communication de la profession, devant au contraire mobiliser toutes ses forces vives. Son regard attristé me révéla que le niet était définitif, et que toute tentative de franchissement de la prohibition, non écrite, serait de nature à générer quelques tracas.

Cette prohibition découlerait d'une analyse très brillante des cerveaux ordinaux du cru, selon laquelle il s'agirait là d'une forme de publicité personnelle prohibée par la déontologie. Aucun d'eux n'a cependant entendu coucher sur le papier cette superbe théorie. En sortant de l'audience, je me suis précipité vers le tableau de l'Ordre des avocats locaux, pour identifier les membres de leur si éminent Conseil : on comprend vite ; les mêmes qui ploient sous la charge des dossiers, lors des audiences, vont chaque mois détendre leurs vertèbres endolories dans les moelleux fauteuils de la salle du conseil, et libèrent leur stress en édictant des règlements non écrits, au nom d'une déontologie qui existait à leurs débuts professionnels, qui voulait que seuls les anciens méritaient d'être localement connus, les bizuths devant attendre au moins une décennie pour montrer leur existence. Ils n'ont pas évolué depuis, alors que la déontologie, en matière de communication, a franchi des pas immenses, tendant à installer l'avocat à sa place dans la société, sortant de décennies d'immobilisme et d'obscurité.

Il existe donc encore des avocats talibans, dotés de pouvoirs locaux, qui imposent leur loi personnelle, contraire à l'esprit de la Loi divine du CNB ! Il est des Barreaux qui entendent méconnaître l'évolution de la profession, et qui n'ont aucun de leurs ressortissants inscrit sur la carte magique des avocats bloggueurs français.

J'ai donc eu la révélation de ce que plusieurs d'entre eux meurent d'envie de se lancer dans l'aventure de la communication sur Internet, et qu'ils en sont injustement privés.

Cela mérite bien un billet pour parler au nom de ces jeunes avocats réduits au mutisme, foi d'avocat oblige. Hé, les gars, le mur de Berlin est tombé !

Ouvrez votre blog, aussitôt ! Et si il advenait que quelque roitelet du cru vous cherche misère, demandez lui l'écrit correspondant à sa prohibition, pour l'adresser au responsable de la communication du CNB. Je pense que le problème sera vite réglé.

Allez, bienvenue sur la blogosphère.

Par jean-claude.guillard le 15/10/09
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La réforme ne tuera pas la poule aux oeufs d'or.

Tiens, nos gouvernants s'intéressent aux crédits révolving, ces crédits à la consommation perpétuels, consentis par des quasi-usuriers, auprès des gens qui ne bouclent plus leurs fins de mois, et qui finissent par bouffer leurs patates au prix de la truffe du Périgord.

Ce serait là la cause du surendettement national des ménages ? c'est effectivement le recours facile de ceux qui sont exclus du système bancaire traditionnel, et qui, d'un simple clic, d'un simple appel téléphonique, ou d'un simple imprimé à renvoyer, se voient dotés ,deux jours plus tard, de deux, trois ou quatre fois le montant de leur salaire mensuel ; ça peut servir à acheter ce que l'on a pas les moyens d'acheter ; ça peut servir à payer un arriéré d'un autre prêt classique, par une opération de cavalerie ; ça peut même servir à nourrir une famille pendant quelques temps…

Pourquoi, alors que les banques ordinaires sont si frileuses ou si prudentes en dispensant leurs crédits à un taux raisonnable, les organismes spécialisés en revolving donnent l'impression de jeter l'argent par les fenêtres, en prêtant à tous ceux qui le leur demandent, sans grande vérification de leur situation ?

Ces organismes achètent l'argent sur la marché monétaire, en empruntant à 1 ou 1.5 % maximum, et vous revendent cet argent avec un intérêt frôlant les 20% : l'opération est belle. Mais me direz vous, ils prendront le risque d'un bouillon si l'emprunteur pauvre ne rembourserait pas ! Ne vous inquiétez pas : le temps joue pour eux, car même pour ceux là, les échéances à rembourser ne sont pas si extravagantes et sont prélevées sur les comptes bancaires traditionnels, qui fonctionnent parfois avec une autorisation de découvert. En gros, toute mensualité payée, même sous la contrainte, permet à l'organisme d'en empocher à peu près la moitié au titre de ses intérêts mirobolants, enfonçant l'emprunteur dans un gouffre sans fin, pour rembourser le capital emprunté, d'autant qu'il se reconstitue .... Même les commissions de surendettement aménagent le remboursement de l'impayé sur la durée !

La population attendait qu'une disposition légale nouvelle encadre ce type de crédit ruineux, au nom du sacro-saint principe de la protection du citoyen, déjà mis en œuvre au profit des fumeurs et non fumeurs par l'interdiction d'enfumer son prochain, des conducteurs par les limitations de tous crins destinées à les faire survivre, ou, en droit, par des applications rigoureuses du code de la consommation dans les…opérations bancaires ; sauf que les organismes spécialisés dans le crédit revolving ruineux y échappent gaiement.

La mesure phare attendue était une limitation du taux des intérêts pratiqués, seul moyen pour éviter aux emprunteurs de connaître la limite du taux de l'usure. (Définition du mot usure : taux d'intérêt excessif ; sans compter une vielle définition pénale : délit commis par celui qui prête de l'argent à un taux excessif ). Alors, pour pouvoir blâmer les usuriers, la Loi a prévu de fixer régulièrement le taux d'intérêt plafond à partir duquel l'abus est commis ; en dessous, rien d'anormal ; au dessus, c'est sanctionnable. Pas fous, nos spécialistes ont appris à flirter avec ce taux limite de l'usure, pour s'en approcher sans jamais le dépasser. Et c'est ainsi qu'en toute légalité, ils plument le consommateur, déjà déplumé.

Alors, pourquoi autoriser de telles pratiques dans un domaine bancaire normalement soumis aux règles strictes et encadrées de la consommation ? il suffirait de définir un taux plafond, le taux de la décence économique, autre que celui de l'usure prohibée, calculé selon les variations d'un indice monétaire du marché, pour toute opération de crédit reconstituable, pour que les organismes gagnent leur vie, en obtenant un bénéfice appréciable en regard de l'intérêt qu'ils ont du supporter pour se doter des fonds qu'ils vont prêter, sans revendre l'argent dix huit fois plus cher qu'ils ne l'ont acquis.

C'est apparemment aussi difficile que de limiter le bonus d'un trader fou.

La puissance du lobbying des financiers fait merveille et la poule aux oeufs d'or ne sera pas sacrifiée : une fois de plus, une réformette culpabilisera le citoyen aux maigres finances, en lui rappelant qu'il est bien de s'endetter, mais mal de se surendetter. Peut-être que, les imprimés à remplir comporteront alors, comme sur les paquets de clopes, la mention « se surendetter peut tuer » ; peut-être que les demandes téléphoniques de crédit, vers des numéros évidemment surtaxés, permettront, en attendant son tour, d'écouter une voix suave vous recommander la prudence ; peut-être encore que le gouvernement financera une campagne de pub télé, montrant un consommateur pendu audessus d'une pile de lettres ou d'actes d'huissier.

Alors, pourquoi une réforme, si le taux extravagant du crédit reconstituable n'est pas encadré ? la société ne vit que grâce à la consommation et à ses consommateurs, que nous sommes tous ; à l'autre bout de la chaine, banquiers, assureurs, grande distribution, et leurs actionnaires se font du lard pour le plus grand bien de la nation, à la plus grande joie de nos politiques.

Alors, pourquoi changer ?

De grâce, remisez cette pseudo-réforme dans le placard dont elle n'aurait jamais du sortir, et laissez les pauvres gens consommer : la faim justifie les moyens.

Par jean-claude.guillard le 14/10/09
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La légitime Défense.

Le petit Jean est un enfant précoce ; déjà, tout bébé dans son berceau, il réclamait sa cuillère en argent pour pouvoir boire du petit lait ; enfant, il échangeait ses billes contre des billets ; ado, il n'ignorait rien de l'usage de la carte gold ; aujourd'hui inscrit en seconde année de Droit, il terrorise ses professeurs, qui redoutent le moment de l'examen, où ils devront l'interroger à l'oral sur les bases sommaires de leur pauvre enseignement théorique ; il y a longtemps que Jeannot est passé à la pratique. Certains d'entre eux craignent, que, le génie arrivé en maîtrise, ils ne soient contraints de corriger la copie d'un ministre des finances en exercice.

Comme tout enfant précoce, Jean aurait pu inquiéter ses parents, qui, après l'avoir confié à d'éminents spécialistes, l'auraient dirigé vers une scolarité adaptée ; que nenni, il y avait chez cet enfant les gênes, lui permettant d'échapper au cursus royal (pardon) vers l'ENA ; il y a plus simple et plus direct.

Doté d'un conseiller en communication, petit Jean, emprunte les voies rapides, dépourvues de radars fixes : il sait que le chemin le plus court d'un point à un autre est la ligne droite ; il sait que l'audace est l'apanage de la jeunesse ; il n'ignore pas que, qui veut aller loin ne ménage pas sa monture, surtout s'il en a plusieurs à disposition. Sa précocité lui a appris presque tous les trucs et traquenards, d'autant qu'il a pu vivre dans un univers familial féru de ces questions.

De méchantes langues font grief à ce fringuant jeune homme d'aller trop vite, d'avoir été poussé par une force familiale vers un objectif assigné et réservé, bref, d'avoir les dents qui rayent le parquet, comme le dit le vulgaire petit personnel en charge de le cirer. Honte à ces rétrogrades jaloux, qui méconnaissent le talent à l'Etat pur : notre Jean est de la trempe des généraux de l'Empereur qui avaient acquis ce grade à son âge, répliquait un de ses tuteurs ! Oui, c'est vrai, sauf que les généraux en question allaient au casse pipe pour mériter l'honneur et prenaient plaisir à se faire tirer l'oreille par leur chef adulé. Ils n'en ressortaient qu'avec une tache rouge à la poitrine, soit d'une légion d'honneur, soit du sang coulant de leur blessure fatale, soit des deux, à titre posthume.

D'autres s'amusent médiocrement à se référer à sa parenté, prétendant qu'il aurait bénéficié d'un léger coup de pouce, à l'instar des enfants de présentateurs télés qui ont pu caser leur progéniture dans la petite lucarne, avec plus ou moins de bonheur ; un enfant ordinaire, ou même très ordinaire, aurait pu suivre ce chemin honteux, par ce que l'on appelait, à la Renaissance, le piston, avant que le mot ne devienne obsolète plusieurs siècles plus tard, par l'effet de la révolution engagée par nos aïeux, abolissant les privilèges. Non, notre Jeannot est d'une autre trempe : il n'obtiendra ce qu'il veut que par sa seule action, aidé de son conseiller en comm' ; précoce n'est-il pas synonyme de « génie » pour le commun des mortels ?

Enfin, des malfaisants répandent le bruit selon lequel Jeannot aurait tracé sa route sans se soucier de ceux qu'il renversait : diffamation ! Citez nous les morts ou même les blessés ! Il n'a renversé personne ; il en a seulement poussé certains qui encombraient, et qui, de toute façon étaient devenus des vieillards, approchant les soixante ans, incapables de faire les additions et soustractions nécessaires à l'offre d'emploi ; alors place aux jeunes, surtout précoces et hyper doués en calcul mental. Ça fera un chômeur en moins ! Et puis d'ailleurs, Jean est bien tombé : tous ceux qui rêvaient de la place qu'il convoite, ont finalement bien réfléchi : le poste n'était pas fait pour eux : il était donc quasiment vacant. En réalité, ce jeune homme s'est dévoué pour occuper le fauteuil avant que les araignées n'y tissent leur toile. On dit même qu'il mériterait une petite légion d'honneur pour décorer son revers de veste.

A propos, il ne risque pas d'en prendre une, puisque, devant être élu par ses pairs, il n'a pas trouvé d'autre candidat à sa mesure, ou de son âge, d'une précocité égale à la sienne ; le suffrage désignera le vainqueur et point barre ! Le verdict des urnes est sans appel. Vox populi, vox dei.

Le Droit mène à tout et apprend ce qui est autorisé ou interdit : n'est-ce point là, pour notre petit Jean, la preuve qu'il mène sagement sa carrière : il peut vérifier dans ses cours de Droit, la nuit, la conformité de son application au quotidien, le jour : le Droit constitutionnel, le Droit des sociétés, la Comptabilité publique ou privée, le Droit bancaire, le Droit fiscal, le Droit pénal des affaires et bien d'autres encore . (On me souffle le Droit rural ; il est bête celui là ; le poste offert est à la Défense, zone vierge de toute terre, qui ne soit pas à construire, bien qu'actuellement labourable)

Et puis, si l'enfant prodige a un doute, son Papa est avocat ; il sait ce que c'est la Défense.

Laissez donc ce jeune homme vivre sa vie, puisque tout lui sourit : il est nécessairement béni des Dieux.

Par jean-claude.guillard le 12/10/09
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Les aventures du petit Lucas.

Le petit Lucas avait le sommeil difficile, depuis qu'il avait été tiré de ses rêveries d'enfant, une nuit, par des éclats de voix provenant de la chambre parentale, de l'autre coté de la cloison ; il avait entendu la grosse voix de son papa crier, et celle, plus aigue, de sa maman répliquer, avec une colère jusqu'alors inconnue ; il s'était réveillé en sursaut, et cette violente discussion l'avait terrorisé, comme quand un méchant cauchemar le tirait de son sommeil et qu'il ne pouvait plus se rendormir. Il allait alors calmer sa frayeur auprès de ses parents, qui réussissaient à lui faire retrouver sa sérénité ; Mais, là, aucun recours possible. Il était seul, dans le noir, face à sa terrible angoisse. Lucas resta éveillé toute la nuit, la tête emplie des échos de ce qu'il avait entendu, craignant une reprise de la dispute, et imaginant, dans sa petite tête d'enfant de six ans, que sa maman devait sans doute pleurer, et que son papa ne dormait pas, lui non plus ; pourquoi des mots aussi méchants alors qu'il n'avait jamais entendu jusque là de telles paroles dans la bouche de ses parents ; il réfléchissait sur les causes de cette grave altercation, que rien ne lui avait laissé présager, et ne trouvait aucune réponse ; il n'avait rien fait de mal qui ait pu entrainer ce cataclysme ; il se demandait si, comme il l'avait entendu, son papa allait réellement partir… à tout jamais : il ne le verrait donc plus ; Il tira les draps audessus de sa tête, comme pour se protéger de l'image lancinante de sa maman, restant seule avec lui, pleurant du matin au soir ; l'image revenait sans cesse, l'empêchant de se rendormir, et lui arracha des larmes, puis des sanglots qu'il étouffa dans le drap : nul ne viendrait, cette nuit, le consoler ou le calmer : il était seul face à une situation qu'il ne comprenait pas et qui l'angoissait.

Au terme de cette nuit abominable, il n'attendit pas que maman vienne le réveiller, et descendit dans la cuisine, comme chaque matin au réveil : personne n'avait préparé son petit déjeuner, mais il n'en avait cure, il n'avait pas faim. Maman apparut la première, l'embrassa sans un mot ; il la scruta avec émotion et inquiétude : elle avait les yeux rougis et les traits tirés, ce qu'elle cherchait à cacher, en préparant le café, sans se retourner. Papa arriva ensuite, la mine fermée, et s'affaira dans le frigo, sans adresser la parole à quiconque ; nul ne toucha au petit déjeuner sommairement préparé. Ses parents ne se parlaient plus, et il n'osait briser ce silence, de peur de déclencher une reprise de la violente discussion, comme quand on souffle sur une braise qui rallume le feu. Finalement, l'heure de la classe approchait, et il serait à l'abri de cette situation pesante et inquiétante.

La journée d'école fut pénible : le souvenir de la nuit tambourinait sans cesse dans son crâne, et il n'entendait que le fond sonore du brouhaha de ces camarades, ponctué de paroles lointaines et incompréhensibles du Maître ; Il prétendit, à la cantine, qu'il avait mal au ventre, ce qui d'ailleurs n'était pas totalement faux, pour s'isoler dans la cour, et pleurer à l'abri des arcades du préau.

Il rentra le soir, inquiet de ce qu'il allait découvrir et craignant de connaître une nouvelle nuit blanche. Maman était là, qui fit comme si de rien n' était ; elle s'inquiéta de sa journée d'école, qu'il lui déclara comme ayant été normale, et lui demanda de faire ses devoirs, en attendant que son père arrive ; comme d'habitude, quoi ; Lucas reprit espoir : la dispute nocturne n'était peut-être que passagère. Seul dans sa chambre, il jeta un oeil sur ses cahiers ; les cris de la nuit revenaient perturber sans cesse sa concentration, et il ravalait les larmes qui ne demandaient qu'à couler. Il entendait sa mère s'affairer dans la cuisine, préparant le diner, comme chaque jour. Il guettait le bruit de la serrure, annonçant l'arrivée de son père.

Ce soir là, Papa n'est pas rentré à la maison ; Maman a appellé Lucas pour dîner ; il nota qu'elle avait dressé la table, avec trois couverts : elle attendait Papa ; elle avait mis le son de la télé moins fort que d'habitude, et avait posé son téléphone à coté d'elle : il ne sonna pas. Maman ne toucha pas au dîner, ne parla pas et soupira sans cesse, en jetant des regards incessants vers la porte d'entrée ; Lucas guetta en vain le moindre signe de sa part, d'espoir ou de désespoir : il n'y en aura aucun.

Alors, Lucas, prenant son courage à deux mains, la gorge serrée, demanda pourquoi Papa n'est pas là ce soir ; il ne voulait pas poser cette question, redoutant d'entendre une réponse qu'il craignait. Maman se lança dans une explication, hachée de sanglots, trop compliquée pour lui, dont il ne retenait que Papa ne reviendrait pas, que Papa et Maman ne s'aimaient plus, que Papa allait habiter dans une autre maison, et qu'il le verrait le week-end ; il entendit pour la première fois le mot inconnu de "divorce", qui n'évoquait rien pour lui. Lucas fondit en larmes à l'idée que Papa ne rentrerait plus jamais à la maison : l'image des parties de foot dans le jardin avec lui, celle de leurs jeux de console, des histoires fantastiques qu'il venait lui lire au coucher, des dernières vacances sur la plage où on allait ramasser les coquillages, du Noël où Papa s'était déguisé en père Noël et lui avait fichu une trouille monstre ; toutes défilaient comme un diaporama en boucle : les images étaient floues, noyées dans de grosses larmes qui ne voulaient couler.

Maman l'avait pris dans ses bras, sanglotait avec lui, avivant son chagrin : il pleurait l'absence de son Papa, et les larmes de sa mère : la seconde nuit fut aussi blanche que la précédente, et à l'aube, épuisé, il alla se réfugier dans le lit, devenu trop grand, de Maman qui le cajola tendrement, ce qui lui permit de s'endormir dans ses bras et d'être dispensé d'école. Machinalement, son bras avait recherché la présence de Papa : sa place était vide et le drap froid ; il enfouit sa tête sous l'oreiller pour que Maman n'entende pas ses sanglots. Il tentait en vain de refléchir, et le diaporama défilait à nouveau, avec, en fond sonore, l'écho des mots violents entendus, dont chacun était un coup de poignard dans son coeur.

Il retourna bien sûr à l'école dans les jours suivants, après que Maman ait parlé au Maître : Lucas sentait peser sur lui un regard nouveau de ce dernier, et il y décelait une compassion qui le contrariait, et faisait monter en lui un sentiment de honte : il n'était donc plus un enfant comme les autres ? Un enfant sans Papa ! Il décida de rester à l'écart de ses copains pour ne pas avoir à répondre, un jour, de son statut d'orphelin de père. Cette idée lui était insupportable. Le malheur le poursuivrait donc partout ! Les jours passèrent entre l'affection redoublée de Maman, qui le traitait désormais comme un bébé, et la crainte que son malheureux statut ne soit dévoilé dans une cour d'école.

Et puis, un Samedi, au réveil, Maman lui annonça qu'il lui fallait préparer sa valise, car il partait en week-end chez Papa : c'est la première fois qu'elle reparlait de lui. Préparer une valise pour aller voir son père ? Il habitait donc si loin ? En fait, il n'était qu'à quelques kilomètres de là, dans sa nouvelle maison. Papa arriva à l'heure et resta stationné devant la maison. Une pensée lui traversa l'esprit : « il ne veut peut-être plus me prendre ? », se dit Lucas ? Il préféra penser que son père avait oublié ses clefs. C'est Maman qui ouvrit la porte, mit la valise dans la main de Lucas, l'embrassa longuement et referma précipitamment derrière lui. Son Papa sortit alors de l'auto pour le soulager de son bagage, après l'avoir serré dans ses bras d'une façon inhabituelle : Papa avait un peu maigri et était triste, même très triste. Lucas, se retournant vers la porte de la maison, imagina Maman derrière, et en eut le coeur serré ; mais, la vision de son Papa ému l'attristait tout autant. Il laissa couler une larme, tant pour Papa que pour Maman.

Au terme d'un court trajet, où Papa ne fut guère bavard, sinon pour demander des nouvelles de l'école, on arriva devant un grand immeuble à étages : « on y est », dit Papa. Après une escalade de trois niveaux, Lucas découvrit le nouvel univers de son père : son appartement était composé de deux petites chambres, d'une pièce principale avec cuisine, et d'une salle de bains ; une baie coulissante donnait sur un balcon avec vue sur l'immeuble d'en face. Le mobilier était si sommaire que l'ensemble paraissait vide ; Lucas trouva d'ailleurs que la voix de Papa résonnait, ce qui l'amusa un instant. On mit sa valise dans la chambre qui lui était destinée, sur le petit lit qui en était le seul meuble. La chambre de Papa n'était pas mieux lotie, sinon qu'il avait accroché ses vêtements sur une tringle à rideau posée sur trépieds, et que quelques chaussettes décoraient le sol. Lucas ne pût s'empêcher de songer à Maman qui grondait Papa quand il laissait un vêtement traîner, et qui en profitait, partageant le grief, pour aller vérifier si la chambre d'enfant était bien rangée.

Lucas a très vite fait le tour de la « maison » de Papa, qui lui dévoila ses projets d' aménagement mobilier, « une fois que tout cela serait terminé », formule qu'il n'a pas compris. Papa avait rempli un petit frigo de quelques gourmandises chocolatées dont Lucas était friand : on s'y attaqua. Papa était aux petits soins, très gentil, et annonça un programme pour l'après midi : après un passage au Mac Do le plus proche, on irait au Parc voisin prendre l'air et on ferait une petite partie de foot. « Super », se dit Lucas, heureux d'avoir Papa tout seul à sa disposition. Le programme fut tenu : Lucas a bien ri quand Papa a laissé la sauce de son Big Mac dégouliner sur sa chemise ; il s'est super bien éclaté lors de la partie de foot ; il a même trouvé au Parc des jeux et agrès sur lesquels il a pu se transformer en homme araignée. Il n'a même pas eu le temps de penser que Maman, là bas, devait s'ennuyer, toute seule.

Au retour dans l'appartement de Papa, après une bonne douche, Lucas chercha à s'occuper : il avait beau chercher, il ne trouvait rien : Papa n'avait pas encore de télé ; il alla s'allonger sur son petit lit et se mit à penser : que faisait Maman à cet instant ? Il pensa que peut-être elle pleurait qu'il ne soit pas là. Il en devint triste et une idée apparut, évidente : « Papa, tu peux appeler Maman, j'ai quelque chose à lui dire ? ». La réponse fut un coup de massue : « Ah, ça non alors ; ta mère est avec toi toute la semaine ; tu peux bien te passer d'elle pendant deux jours ! »

Lucas venait de découvrir ce que signifiait le mot "divorce" pour lui : il était devenu l'enfant de sa Maman durant la semaine et celui de son Papa le week-end : il n'était plus l'enfant qu'il avait été, de son Papa et de sa Maman réunis. Comment allait-il faire ?

La suite des évènements allait lui apporter des éléments complémentaires ;

A suivre ...

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