jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 22/03/10
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Les goûts et les couleurs.

Quel week-end, mes amis ! Le jour de gloire était annoncé... Après une semaine de préparation intense, toutes forces mobilisées, on allait enfin avoir ce grand chelem historique.

Le combat fut rude et l'issue indécise : la France en bleu contre les forces royales de la Rose. Chacun avait envoyé en première ligne ses vieux combattants pour ouvrir le chemin à la cavalerie légère ; le terrain avait été dégagé lors d'escarmouches précédentes et il suffisait de parachever l'ouvrage par un score historique pour transformer l'essai en triomphe romain. La déroute était annoncée et aucune trace de bleu ne devait survivre à ce combat épique.

Dès le début de l'engagement, chacun a pu vérifier que la Rose était agrémentée de quelques épines bien vertes et aiguisées et que le bleu en était réduit, pour se dégager, à taper en touche ; Et puis, de ci de là, quelques poches de résistance sont apparues : des lueurs de bleu dans la vague rose. L'indiscipline des troupes à la Rose lui valut ses premières désillusions et le clan bleu reprit espoir jusqu'à prendre le dessus, de manière très ténue ; les bleus, s'arc-boutant à ce résultat, conservèrent l'avantage jusqu'au final.

Certes, la Rose avait fait honneur à son standing et pouvait, malgré la déception, parader et remercier ses supporters, mais elle gardait au fond d'elle ce petit goût d'inachevé, faute d'avoir pu teinter de rose l'entier terrain, par un Grand Chelem historique, comme elle l'escomptait. Les Bleus n'était pas Fanny, et trouvaient en cela une bien maigre consolation. Ils s'évitaient seulement, comme le veut la tradition, de devoir embrasser les fesses royales de Fanny

Ce week-end fut néanmoins jour de gloire pour les Bleus : sur un plan plus sportif, ils ont vaincu les troupes de la Rose of the Queen, et ont, eux, réalisé le Grand Chelem espéré : la France exulte et le pays entier est revêtu de bleu, sans la moindre petite tache de rose.

La France en bleu, qui en avait rêvé ?

Comme quoi, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas.

Par jean-claude.guillard le 21/03/10
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La consommation a ses limites

J'en ai la preuve : Samedi18 heures, sortant d'un hypermarché le panier garni et la bourse délestée, je traverse une zone commerciale, bien nommée des « Montagnes » où les concessionnaires ont eu la bonne idée de se regrouper, exposant la rutilante production de leur marque aux yeux des innombrables passants.

Ma tendre et chère ayant suggéré depuis plusieurs semaines qu'il serait peut-être temps de changer de carrosse, nous avions recherché quelques informations auprès d'un concessionnaire français local, installé dans cette zone, qui, étant ouvert le samedi entre midi et quatorze heures, avait donc eu la joie de nous voir arriver dans son hall d'exposition : quatre ou cinq vendeurs avalaient leur café devant la machine de l'entreprise. A peine étions nous entrés que, telle une volée de moineaux, les commerciaux disparaissaient derrière des portes menant sans doute aux coulisses. Dix minutes après, nous avions découvert, seuls, les modèles de la gamme, nous installant même au volant de celui qui nous attirait. Personne à l'horizon. Deuxième petit tour de dix minutes parmi les modèles ; station prolongée devant le nuancier permettant de comparer les coloris de notre future acquisition, en attendant que les acteurs aient sans doute revêtu leurs habits de lumière. Toujours personne à l'horizon. Bref, considérant que le chaland, futur client, n'intéressait personne, nous sommes dignement ressortis de la concession, sans pouvoir dire à quiconque notre mécontentement.

Ce samedi, donc, par l'effet du réflexe de Pavlov, passant dans cette même zone devant le panneau d'un autre concessionnaire, d'une marque étrangère, j'ai eu un flash en me souvenant que ma lecture de mon quotidien local m'avait permis de découvrir une pub aguichante de ce concessionnaire pour un modèle concurrent de celui que j'avais si longuement examiné dans le hall déserté de son collègue français. Ni une ni deux, me voilà sur le parc asiatique pour découvrir la merveille vantée par la pub.

Ma chère et tendre, toujours empressée, a failli se prendre la porte vitrée à ouverture automatique dans son charmant minois, puisqu'elle ne s'est pas ouverte : ah, les dangers de la technique ! On cherche alors une autre porte : il n'y en a aucune. Mais, connaissant la promptitude des commerciaux à repérer les visiteurs présents sur leur parc, nous attendons derrière la porte que l'un d'eux vienne nous l'ouvrir et dérouler le tapis rouge ; nous étions rassurés de voir toutes les lumières allumées, y compris dans les bureaux annexes. Dix minutes d'attente devant la porte close et aucun mouvement à l'intérieur. Nous nous apprêtions à repartir quand, tel un diable sortant de sa boite, un jeune vendeur costumé et cravaté est sorti par une porte de service, sans prêter attention à notre présence, se hâtant d'arriver jusqu'à son propre véhicule pour éviter les intrus. Pas de chance, je l'interpelle ; il me répond en entrant dans son véhicule qu'il n'a pas le temps, qu'il sort d'une réunion et qu'il a fini sa semaine, ajoutant même pour le fainéant de client que, LUI, il a déjà fait ses six jours de boulot à raison de 6 heures par jour. Revenez en semaine, lance-t-il par la fenêtre de son bolide, partant sur les chapeaux de roue.

Nous voilà seuls et désemparés sur un parc de concessionnaire qui attire le client par une publicité en oubliant de rappeler ses heures d'ouverture et surtout de fermeture. Un regard circulaire sur les autres concessions voisines révèle que le Samedi à 18 heures, c'est rideau pour tout le monde : au moins, pas de risque de concurrence déloyale pour cause d'ouverture tardive de l'un d'eux.

Pour fêter la France au travail, j'emmène ma douce et tendre dans un petit restau proche, où elle y retrouve une copine et son mari : ils nous racontent une histoire incroyable qui vient de leur arriver : ils voulaient se choisir leur nouvelle voiture et sont arrivés à 18 heures chez le concessionnaire de leur choix ; au moment de franchir la porte au hall, ils n'ont eu droit qu'à la descente du rideau métallique et à l'extinction des feux. Eclats de rires ; c'était un autre concessionnaire que le notre. Tous ensemble, tous ensemble, ouhais.

Le marché de l'automobile est vraiment en crise ! Heureusement que l'Etat généreux dope les ventes par quelques avantages que le cochon de payant devra bien, un jour ou l'autre supporter.

Et c'est ainsi que, après mes six jours de travail hebdomadaire, à raison de 9 à 10 heures chacun, je suspens momentanément la préparation de mes dossiers de la semaine prochaine, en ce septième jour, pour vous narrer cette aventure, pour laquelle je m'étais autorisé à prendre une petite heure, de 17h 30 à 18h30 ce Samedi, me consacrant à l'humanitaire en voulant sauver l'industrie automobile mondiale.

Vouloir acheter un véhicule un Samedi à 18 heures, c'est vraiment vouloir soulever une montagne dans la zone commerciale éponyme : Vive la France.

Par jean-claude.guillard le 14/03/10
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- La ferme célébrités africaine -

- 11 juillet 2010 : la nuit s'est enflammée et le bon peuple de France, drapé dans son éternelle unité nationale, exulte, sortant les étendards tricolores et les bouteilles de mousseux, dont l'écho des bouchons expulsés répond à celui des pétards des gamins. Les rues sont envahies comme au plus beau jour de l'ère d'Aimé le Magnifique. La France vient d'enlever et de lever le trophée mondial au terme d'une finale insipide, gagnée contre une équipe espagnole tétanisée par l'enjeu, et qui avait été décimée dans les matches précédents par blessures et suspensions : peu importe, on â gâaagné... hurle la foule ! Oui, mais sur un péno qui n'y était pas...Et alors, ta gueule ! On â gâaagné... !Oui, mais sur une simulation de Titi, qui est tombé de fatigue plutôt que poussé par l'ibérique... Dis donc, tu la fermes ou tu vas en manger une ! On â gâaagné... !!!!Et un, et un, et un zéro !!! Merci, Raymond, merci... !!! scande la foule en délire. L'écran géant n'en finit plus de repasser en boucle l'embrassade finale de nos gladiateurs et le bras d'honneur de Francky le batave adressé vers les tribunes des supporters tricolores au coup de sifflet final ; une boucle juste entrecoupée des premiers mots de Raymond à l'adresse de la foule des journalistes qui l'étouffe : « je vous l'avais dit, bande de cons... ».

Sursaut brutal à ces mots : voilà, encore une fois je m'étais endormi devant la télé, dès le début de la Ferme « célébrités » africaine, avec sa bande de neuneus maquillés en fermiers pour girafes et autres bestioles exotiques, sous la houlette d'un présentateur toutes mains égaré dans cette jungle à l'insu de son plein gré, chapeautant un jeune collègue pipole excité et féru de plaisanteries que lui seul comprend. Enooorme !!! Bien fait pour moi, je n'ai pas profité de ce grand moment de la Culture française ; heureusement que la pub est là pour marquer le tempo et sortir le téléspectateur de ses délires oniriques.

Non, non, Raymond n'avait pas triomphé de ses démons ; les rêves sont parfois idiots ; Quoique,... je zappe pour vérifier sur l' Equipe Télé. Oui, c'est bien ça : l'émission traitant des grandes causes existentielles de la planète sport, balance à qui mieux mieux sur Raymond, pour lequel aucun des intervenants n'ose assurer un début de plaidoirie. Ouf, me voilà rassuré.

Plaidoirie ? C'est un mot qui excite les neurones de l'avocat. Qui oserait assurer aujourd'hui la défense de Raymond ? Que pourrait on plaider pour lui éviter la peine capitale à laquelle il est promis ?

Monsieur le Président, c'est une lourde tâche qui m'incombe que d'assurer la défense de mon client, désigné par la vox populi comme l'ennemi public n°1 ; mais quel crime a-t-il donc commis ? Aucun à ce jour, puisque, comme l'on dit chez nous, c'est à la fin de la foire que l'on compte les bouses ! Raymond fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.

Sachez, Monsieur le Président, que mon client a la charge de gérer une troupe de mercenaires multi- millionnaires, qui doit quitter son univers doré, à l'étranger où le fisc est léger, pour se retrouver dans un méchant camp d'entraînement avec l'espoir de tenter de ramener une breloque et quelque menue monnaie au terme d'un séjour imposé dans un pays lointain, alors qu'ils se sont épuisés d'avoir couru après le fric durant une saison entière ! Et on leur demande de sacrifier leurs vacances à l'Ile Maurice en cinq étoiles, avec leurs mannequins d'épouses ou compagnes, et leurs bambins sapés de Burbery. Que diriez vous, Monsieur le Président, si vous étiez privé de vos vacances familiales pour être parqué dans un enclos afin d'exécuter, avec certains de vos collègues, des devoirs de vacances destinés à devenir le meilleur juge du monde, et tout ça pour une indemnité miséreuse en regard de votre traitement mensuel ? Oui, je vois déjà que le doute s'installe dans votre esprit, et je le partage.

Comment voulez vous que mon client, malgré sa bonne volonté, puisse mobiliser pareille troupe rétive à l'exercice ? Alors, c'est vrai : oui, il a perdu pied très tôt, mais, tel le vaillant pacha d'un vaisseau qui coule, il a décidé de périr le dernier, après avoir tenté de sauver son piètre équipage. Vous trouverez dans cette émouvante attitude l'explication de ses lamentables résultats et de ses paroles désabusées.

Que vouliez vous qu'il réponde aux questions stupides dont il était assailli au terme de pitoyables matches préparatoires évidemment perdus ? Dire la vérité sur l'état d'esprit des mercenaires ? C'eût été devenir une balance et ça, Monsieur le Président, jamais ! Quand bien même aurait-il balancé, vous imaginez les représailles du milieu. Comment trouver alors onze mercenaires pour constituer une équipe ? Une petite blessure par ci, un gastro inopinée au sortir d'un repas huppé par là, un petit refroidissement baptisé en grippe H1N1... vous ne pouvez ignorer l'imagination financière des médecins de riches pour dispenser leur client de venir endosser la tenue tricolore. Il a bien fallu faire avec et composer une équipe avec ce qui restait. C'est vrai qu'entre les éclopés volontaires, les caprices des uns et les jalousies des autres, c'est à en perdre son latin, qui est déjà, rappelons le, une langue morte.

Monsieur Raymond a donc décidé de laisser faire la nature, de garder ceux qui étaient là, et de les lancer dans l'arène pour qu'ils occupent le terrain la place à l'endroit où ils étaient tombés : le hasard, en quelque sorte. Alors tous ces débats populaires sur la valeur, la santé ou le poste habituellement occupé de chacun, ça c'est pour les piliers de comptoir qui n'ont jamais mis les pieds sur une galère qui coule. Et ça, Monsieur le Président, vous pouvez le comprendre.

Pressé par de telles questions stupides, mon client aurait pu répondre par la colère ou la violence ; il a choisi l'humour, celui qu'il a toujours eu, même lors de sa brillante carrière de joueur, lorsqu'il plaisantait sur la fragilité osseuse de son adversaire qu'il avait par mégarde envoyé au repos forcé. Les mots cachent parfois une grande tendresse de coeur.

Savez vous, Monsieur le Président, que mon client n'est qu'un fusible, destiné à sauter en cas de surchauffe et qu'il n'a, en vérité, que des pouvoirs limités ; les vieux barons qui ont la mainmise sur la planète foot imposent, et mon client exécute. Sachez que, dans le secret de leurs bureaux dorés, ils concoctent leurs stratégies fumeuses, refusant tout conseil (sauf en matière financière), et les imposant à leur homme de paille, mon client. C'est ainsi que, passés les matches de poule qualificatifs à l'épreuve reine, où il a du trouver lui-même des mercenaires déclassés voire des seconds couteaux pour pallier le désintérêt des autres, il est néanmoins parvenu, sous les quolibets, à atteindre l'objectif assigné ; mais voilà maintenant qu'il se heurte aux forces reconstituées de la finance.

Participer à la phase finale de l'épreuve fut déjà une grande victoire pour mon client, mais surtout pour ses employeurs, qui vont engranger dans leurs caisses taries un énooorme pactole, lequel attire désormais les mercenaires avides, auparavant rétifs. Sachez, Monsieur le Président, que les anciennes gloires du pays qui ont participé très médiocrement à d'anciennes campagnes analogues, ont retardé leur prise de retraite pour tenter d'obtenir une dernière fois une part du superbe gâteau. Les dirigeants, qui leur doivent leur place éminente et lucrative, ne peuvent leur refuser cet ultime cadeau... Et c'est ainsi, Monsieur le Président, que mon client se voit contraint d'embarquer dans sa galère quelques vieux chevaux de retour, souffrant mil maux, séquelles de leurs joutes répétées durant leur longue carrière. Il subit à nouveau les accusations des spécialistes puristes du sport, ignares en matière de finance.

Oui, il n'ignore pas qu'embarquer avec lui ces millionnaires éclopés ou décatis, qui au pire useront leur fond de short sur le banc des remplaçants et au mieux viendront courir dix minutes sur le pré, en substituant un collègue épuisé, ne lui permettra pas de faire des miracles. Il a déjà donné et est mieux placé que quiconque pour le savoir.

Alors, Monsieur le Président, responsable mon client ? Peut-être, mais responsable désigné lancé en pâture aux puristes hurleurs et journaleux en quête de matière à vendre du papier. Coupable ? sûrement pas, car il n'est que soldat tenu du silence, devant exécuter les ordres discutables, dictés non pas par les considérations sportives, mais seulement financières.

Sachez que, s'il avait eu les coudées franches, il aurait en quatre ans, trouvé quelques petits gars vaillants et avides de grandir, aurait constitué un commando et serait allé au combat avec fierté, certain que, quitte à périr cette troupe aurait tout donné pour son drapeau.

Vous ne pourrez, Monsieur le Président, que laver mon client de toutes ces injustes accusations proférées à son encontre, d'autant plus que le crime n'est pas avéré à ce jour, puisqu'il peut encore rapporter la preuve de son innocence, en venant déposer sur votre table des scellés la breloque convoitée. Il lui reste un atout dans la poche : l'odeur du gâteau à partager qui, parait-il, réveille les morts et rend agile le paralytique. Toute condamnation hâtive serait de nature à contrarier la réalisation d'un miracle.

On ne condamne pas un accusé tant qu'il n'a pas encore commis le crime qu'on le soupçonne de vouloir perpétrer.

Monsieur le Président, relaxez vous et relaxer le, pour mieux proclamer ensuite : Merci Raymond, merci !!!

Par jean-claude.guillard le 14/03/10
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Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.

Au terme de la procédure de divorce, la liquidation et le partage du régime matrimonial est ordonnée ; un notaire est désigné et il va accomplir sa mission, après avoir fait avec les deux ex-époux, l'inventaire de tous leurs biens immobiliers ou mobiliers ainsi que de leurs dettes, et il passera ensuite au partage de tout cela entre eux, selon leurs choix ou selon le hasard si il est obligé, à défaut d'accord, de faire deux lots, attribués selon tirage au sort.

L'inventaire des biens immobiliers ne présente généralement pas de difficultés, puisqu'il existe des traces de leur existence, tout achat ou vente étant établi par acte notarié, enregistré ensuite au Fichier Immobilier. Celui des biens mobiliers présente parfois des omissions, plus volontaires qu'involontaires : c'est le cas de meubles, de bijoux et autres babioles qui disparaissent si l'on a pas pris la peine d'en faire établir un inventaire lors de la séparation du couple, notamment quand un époux a quitté le domicile conjugal avec un peu de précipitation. On va alors découvrir ensuite que le bahut de la grand-mère n'a jamais existé, pas plus que la montre gousset de l'aïeul, ou le vase de tante Lucie. Bien sûr qu'ils existaient et qu'ils n'ont pas été perdus pour tout le monde...

Bon, rappelons alors ce que risque celui qui aurait voulu jouer aux apprentis magiciens en faisant disparaître certaines choses, au point de ne plus pouvoir les faire réapparaître.

Article 1477 du code civil : Celui des époux qui aurait diverti ou recelé quelques effets de la communauté, est privé de sa portion dans lesdits effets. De même, celui qui aurait dissimulé sciemment l'existence d'une dette commune doit l'assumer définitivement.

En clair, si l'autre conjoint peut apporter la preuve que les choses disparues existaient bien, ou si elles sont retrouvées ensuite, le coquin qui les avait cachées n'aura plus de droit sur elles.

Cet article est très rarement appliqué pour les immeubles, car il est difficile de les escamoter, sauf le cas où un époux, à l'insu de l'autre, avait acquis un immeuble dans une région éloignée de celle du domicile des époux, ou souvent, à l'étranger; Il n'en a évidemment rien dit non plus au notaire chargé de liquider le régime matrimonial. Si il arrive que l'existence de cet immeuble caché soit ensuite révélée, l'escamoteur va perdre le gros lot, soit tout droit sur cet immeuble retrouvé.

Mais voilà qu'un Tribunal vient de faire une bien curieuse application de cette sanction du recel en matière d'immeuble.

Deux époux, communs en biens, ont une maison d'habitation; ils divorcent et Madame obtient une prestation compensatoire qui lui permet de prétendre à récupérer l'immeuble, en pouvant ainsi payer la part revenant à Monsieur. Elle obtient du Tribunal l'attribution préférentielle de cette maison.

Devant le notaire, les époux sont évidemment en désaccord sur la valeur de l'immeuble, au vu de laquelle sera calculée la soulte revenant à Monsieur : il prétend qu'il vaut le prix du Château de Versailles, et Madame réplique que sa valeur ne dépasse pas celle des écuries du Château. Madame entreprend de le démontrer. Elle fait venir l'agent immobilier du coin, qui va, au premier coup d'oeil, donner une valeur qui effraie Madame : elle invite cet agent à effectuer une visite plus approfondie des lieux, en lui signalant les points négatifs dont ils sont affectés, qui réduiraient le prix en cas de vente ; le professionnel en convient et baisse son évaluation initiale, délivrant à Madame un avis de valeur plus conforme à la réalité du marche de l'immobilier. Elle fournit cet avis au notaire, qui en donne connaissance à Monsieur.

Furieux, Monsieur se précipite chez le même professionnel, lequel, après cette intervention véhémente et menaçante, va lui établir une attestation, indiquant que Madame a fait pression sur lui pour faire baisser sa première évaluation et minorer ainsi la valeur de l'immeuble, et se confondant en excuses d'avoir cédé ainsi aux demandes de Madame ; il donne à Monsieur un nouvel avis de valeur contredisant celui donné à Madame, sans être revenu dans l'immeuble.

Le notaire rend les armes et établi un procès verbal de difficultés qu'il remet au Tribunal.

Les deux parties vont déposer des conclusions tendant à l'organisation d'une expertise foncière, mais Monsieur entend au surplus faire juger que Madame, en produisant son avis de valeur minoré, a commis le fameux recel ; Madame réplique sur ce point qu'elle n'a pas recelé ni diverti l'immeuble, puisqu'il est mentionné dans l'acte du notaire et qu'il s'agit seulement d'un point de discussion traditionnel sur l'évaluation d'un immeuble, chacune des parties ayant un intérêt, avant l'expertise, à minorer ou majorer la valeur, selon qu'il doit payer ou recevoir une soulte ; le recel ne peut donc exister dans le cadre de ce débat préalable.

Que nenni dit le juge, le recel est bien constitué: Madame, en manipulant l'agent immobilier, a tenté de cacher la véritable valeur de l'immeuble au préjudice de son co-partageant, et doit donc, par la sanction prévue, perdre ses « droits et portions » sur la maison. Le seul hic de ce jugement est que le juge a aussi ordonné l'expertise pour... connaître la valeur de l'immeuble !

La Cour d'Appel, saisie, va donc devoir dire ce qu'elle pense de cette application des peines du recel, à une situation très banale d'opposition des parties sur la valeur d'un bien, ainsi que, pour la suite, de la future responsabilité de l'agent immobilier qui donne ses évaluations selon son humeur du moment.

En imaginant, pour le fun, que cette thèse audacieuse et novatrice du Tribunal soit confirmée, malheur au moins disant dans tous les cas de figure; ce recel, jadis exceptionnel, est promis à de beaux jours et fera le bonheur de quelques générations d'avocats, sauf pour les parties à se mettre d'accord sur un prix : ce serait là le meilleur moyen de déjudiciariser ce contentieux. C'est peut-être le message adressé au grand absent du procès qui a aussi sa part de responsabilité dans la supposée commission du recel : le notaire, en présence du désaccord habituel des parties sur la valeur de l'immeuble, n'est il pas apte à y mettre un terme en se rendant sur place et en donnant son évaluation ? Cette simple démarche aurait évité le débat, sauf pour la partie contestant l'expertise notariale à en entreprendre une contestation en sollicitant du juge une mesure d'instruction confiée à un expert foncier. Il était plus aisé, comme pour Ponce Pilate, de s'en laver les mains et d'abandonner ses clients à leur triste sort.

Voilà comment une liquidation de régime matrimonial va durer des mois, voire années, pour avoir été très mal engagée.

Par jean-claude.guillard le 02/03/10
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Une petite bataille sans la guerre.

Madame entre dans mon bureau : elle veut divorcer et son mari est d'accord ; « nous voulons faire un divorce amiable, heu, par consentement mutuel...heu, avec le même avocat » . Interrogatoire sur la situation. A priori, et sauf pour le mari absent à le confirmer, l'accord existerait à propos des enfants, à l'exception de la pension : « on ne sait pas, heu, on en a pas parlé... » . Pour le reste, Madame ignorait ce que pouvait être une prestation compensatoire ; son mari aussi sans doute. Explication. Elle ouvre de grands yeux, comme si elle avait découvert le trésor des Templiers ; sa situation lui semble correspondre à celle d'une future bénéficiaire de cette prestation : elle a arrêté de travailler pendant plusieurs années pour s'occuper des enfants et n'a plus, depuis la reprise, le même revenu qu'avant, bien éloigné de celui du mari. Raisonnable ou lucide, elle me dit avec regret : « heu, oui, mais il ne va jamais vouloir... » . Bon, passons au patrimoine ; alors là c'est très clair : « on va vendre » . Très bien, l'emprunt alors sera soldé et il restera un petit solde à partager, moitié moitié. Au fait, une petite question : comment a été financé l'achat de cet immeuble commun ? « Heu, par emprunt, pour compléter l'apport de mes parents... » . Explication sur les biens et fonds propres. « Ah bon ? Mais, il ne voudra jamais... » .

Mon sentiment est que, pour le consentement mutuel avec l'avocat unique, ça n'est pas gagné et je lui indique que, même avec deux avocats, ça coincera sans doute aussi. La dame est toute chamboulée : je lui casse son rêve. Entre deux soupirs, elle trouve la force de me souffler : « heu, oui, mais je ne veux pas la guerre... pour nos enfants... » (soupir) « on ne veut pas remuer la boue » . OK, j'ai bien compris : les époux sont d'accord pour divorcer paisiblement, mais sont prêts à un gros débat sur certaines conséquences du divorce.

Elle tente une dernière fois de sauver son consentement mutuel en me confondant avec un juge : « mais, vous, Maître, vous fixerez les pensions et prestation » . Attention, je peux conseiller pour que vous trouviez vous-même un accord, mais je ne fixe rien : c'est votre divorce, pas le mien. Je donne les clefs, mais je n'ouvre pas la porte.

Grosse période de flottement : silence, soupirs, regard dans le vide, regard dans le mille (vers moi), et puis brusquement : « Bon, alors quoi faire ? »

Et là, tel Garcimore avec son lapin sortant du chapeau, je lance : « un divorce accepté » . Explication. Mode opératoire. Madame se décontracte, en malaxant dans la paume de sa main une boule de tissu blanc qui fut jadis son mouchoir. En résumé, son mari et elle accepteront sans aucun doute de ne pas débattre des causes du divorce et signeront devant le Juge de la conciliation un gentil procès verbal le confirmant : ainsi, terminé pour le divorce lui-même que le Tribunal prononcera sans état d'âme ni motif le moment venu ; puis, après avoir fait entériner par le juge leurs accords et fait trancher par lui leurs points de désaccord sur les mesures provisoires, ils iront devant le Tribunal pour faire également juger seulement des conséquences du divorce, tout au moins celles où l'accord n'a pas été possible.

En extrêmement simplifié, tous les accords sont enregistrés et validés, tous les désaccords sont tranchés par le Tribunal. Ce divorce accepté est un substitut au consentement mutuel bancal, auquel il ressemble beaucoup puisque le divorce n'est pas débattu et que les points d'accord sont entérinés ; mais, au contraire du consentement mutuel, un juge est là pour juger ce qui reste en suspens.

Madame est convaincue ; « bon, je vais expliquer tout ça à mon mari, et on reviendra vous voir pour faire ce divorce accepté... ». Stop, explication : contrairement au consentement mutuel pour lequel les époux, qui sont d'accord sur tout ( souligné exprès) peuvent avoir le même avocat, dans un divorce accepté ils ont chacun leur propre avocat ; contrairement au consentement mutuel où les deux époux déposent ensemble leur convention récapitulant leurs accords sur toutes les conséquences de leur divorce, le divorce accepté est lancé par un seul des époux : c'est un divorce demandé par l'un qui devient accepté devant le juge si l'autre en est d'accord. Et en plus, pas question que cet autre arrive seul devant le Juge, les mains dans les poches, pour accepter : il ne peut accepter que s'il est assisté de son propre avocat . C'est pour qu'il comprenne et signe en toute connaissance de cause, car, une fois signé le fameux PV d'acceptation, c'est fini, on ne peut plus revenir dessus : c'est définitif, mais, vous l'avez bien compris, seulement pour le prononcé du divorce, ce qui interdit ensuite de venir parler des torts ou des fautes commises pendant le mariage. Apaisé, je vous dis, ce divorce !

Bon, c'est vrai que parfois, à peine signé le document devant le Juge, le débat houleux qui suit, sur les pensions d'enfants ou pire sur celle de Madame, est si pénible que l'on regrette d'avoir renoncé à débattre de ses torts ; tranquillisez vous, les torts ou fautes, qui ne sont pas de toutes façons abordés devant ce juge de la conciliation, n'auraient eu aucune incidence sur le montant des pensions, pas plus d'ailleurs que sur la prestation compensatoire discutée ensuite devant le Tribunal dans la phase suivante, pas plus d'ailleurs que sur le partage des biens : c'est la Loi qui le dit. Alors pas de regrets.

Finalement, voilà comment on peut se faire un petit divorce sympa, dans un délai très raisonnable, quand on est coincé pour établir un consentement mutuel faute d'accord sur tous les points , ou que l'on en discute depuis des mois sans avancer.

Alors, Madame, heureuse ? Ok, on y va...