jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 30/07/10
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Une petite fumée annonce l'incendie, que dis-je, l'autodafé des paquets de clopes et la grande chasse aux fumeurs hérétiques.

Voilà que certains restaurateurs, ayant appliqué à la lettre la législation protectrice de la santé publique, en expédiant durant l'hiver les clients fumeurs sur les terrasses extérieures, entendent, en été, réserver ces mêmes terrasses aux non fumeurs, sans évidemment réserver l'intérieur aux enfumeurs.

En un mot, ils ne veulent plus de clients fumeurs ni dedans ni dehors ! Dont acte. Il ne leur reste plus qu'à afficher clairement, à coté du menu, le panonceau « Fumeurs non acceptés » de cet apartheid, comme certains l'avaient déjà fait pour les porteurs de casquettes à l'envers ou pour les compagnons à quatre pattes ! Le parallélisme des formes ne semble pas pouvoir exister, puisque les taverniers qui voudraient réserver l'intérieur de leur établissement aux seuls fumeurs ne le pourraient pas, législation oblige, même s'il est déserté par les craintifs du cancer des poumons, devenus adorateurs des ultraviolets du soleil ardent inondant la terrasse extérieure, pouvant conduire à une autre forme de ladite maladie.

Au moins, aux USA, avant qu'il soit mis fin à la ségrégation, les établissements accueillant le public affichaient clairement leur choix, en réservant leurs entiers locaux, soit à l'une soit à l'autre des catégories d'individus. La France, pays des Droits de l'Homme, en légiférant sur la discrimination entre fumeurs et non fumeurs, certes au nom de la Santé Publique, remet un apartheid franchouillard au goût du jour.

Il est possible d'admettre les arguments des non fumeurs ; il est interdit d'admettre ceux des fumeurs, dès lors que la prohibition est établie. La mesure était parfaitement justifiée DANS les lieux ouverts au public, mais DEHORS ? Là où, en plein hiver, on renvoyait le fumeur de havanes, au risque de le faire mourir d'une affection des bronches ou d'une pneumonie ! Nul patron d'estaminet n'aurait envisagé d'y envoyer un non fumeur pour cause, par exemple, de consommation de boissons alcoolisées. On cache sa misère où l'on peut...

Pourtant, ces mêmes établissements ne sont-ils pas indirectement responsables d'une partie du trou de la Sécu, au moins égale ou supérieure à celle imputée aux fumeurs, en alimentant (si l'on peut dire) le penchant blâmable de buveurs invétérés ? Le risque de contamination passive pour notre jeunesse adepte du jus d'orange est pourtant avéré face à cette vision de piliers de comptoirs engloutissant au fil des tournées, y compris celle du patron, des quantités d'alcool à s'en faire éclater le foie de cirrhose. La législation ne les rattrape généralement, et seulement que dehors, lorsque l'aviné a réussi à se hisser dans son véhicule pour jouer, sur les routes, la vie des autres à la roulette russe ; mais attention, pour les mineurs présents dans le bistroquet, la pancarte affichée interdit qu'ils puissent être servis dans l'établissement, mais non qu'ils puissent s'imprégner de la vision des maîtres du lever de coude. La pancarte de la bonne conscience ! Tiens, comme celle pour la vente des clopes aux mineurs, désormais.

Alors, à force de pancartes prohibitives, tout le monde se retrouve dehors : l'alcoolique majeur ou mineur pour aller se fournira au supermarché du coin, où son litron sera équivalent au prix d'un seul verre au comptoir ; le fumeur mineur fera acheter son paquet par Papa ou le copain non fumeur mais majeur, ou trouvera un petit commerçant des rues ambulant, écoulant son stock incertain au cul du camion.

Et puis, bling bling oblige, vous avez sans doute vu dans certaines villes, la nouvelle arme de contre attaque des libres penseurs de la santé publique : sous l'enseigne d'une cave à vins, petite boutique hautement spécialisée en alcools, des dégustations payantes (à volonté) se déroulent à même le trottoir, drainant tous amateurs, mineurs ou majeurs, fumeurs ou non, mais en tous cas buveurs, qui vont ainsi s'offrir en spectacle et en tentation aux passants éberlués, mineurs ou majeurs. Au moins, là, on picole et clope au grand jour, et en extérieur, toutes conditions sociales réunies, dans une ambiance festive et parait-il très utile pour constituer son réseau social, aussi bien voire mieux que lors des apéros géants de FACEBOOK ; au moins l'alcoolisation reste mondaine et même très bon chic bon genre...au début.

Mais l'Etat veille, plus à l'écoute des groupuscules « anti-tout et pisse froid » que du bon peuple en manque de pain et de vin, et même maintenant de jeux, culpabilisant la plèbe au nom d'une santé publique, devenant un peu plus privée chaque jour, économie malade oblige. Dormez tranquille, braves gens, votre santé est assurée...sauf en cas de canicule, où l'eau, pourtant en vente libre, peut faire défaut à nos vieux, qui peuvent périr en masse, avec le bonheur de participer, par économie radicale, au comblement du trou de la Sécu et à l'allègement de la charge des retraites. Le bénéfice réalisé permet alors d'investir des sommes astronomiques en achat de vaccins, dont le nombre fut tel que le virus a préféré renoncer à son funeste dessein.

Alors, si les alcoolos pourront, aux temps chauds, étancher leur soif à l'intérieur ou à l'extérieur de leurs lieux publics de consommation, les dangereux fumeurs y seront proscrits. Que leur reste-t-il à part la rue, comme les SDF, pour en griller une petite, c'est-à-dire au grand air, dans les vastes étendues de l'atmosphère. Misérables sont-ils, qui vont alors polluer l'oxygène atmosphérique des non fumeurs, et sans doute participer au réchauffement climatique ! Ah bon ? Mais leur petite fumée est moindre que celle dégagée par telle cimenterie, qui propulse sur dix kilomètres aux alentours, malgré les filtres (de gitanes), des nuages de fumées emplies de poussières nocives recouvrant les toits des immeubles ; juste sur les toits, avec une remarquable précision chirurgicale, ou aussi dans les bronches des heureux habitants de la contrée ?

Nul n'a vu de pancartes à l'entrée des villes prohibant les rejets des usines, puisqu'on les a laissées s'y installer, voire encouragées ! Là, l'oxygène de nos poumons, on s'en fout ! Comment pourra-t-on être crédible en fabulant sur la toxicité des volutes du fumeur dans la rue, ou même sur une terrasse extérieure d'un bistrot ?

« Non, Môssieur », dit la Dame assise sur la même terrasse, dans la moitié non fumeur due à une partition équitable du lieu par un tenancier habile : « le vent m'amène l'odeur de votre fumée et c'est insupportable » ! Diable, j'avais oublié que, dans la brousse, il y avait une histoire de vent pour ne pas révéler sa présence aux bêtes fauves ! J'ai répondu à la mienne que le vent devait être tournant, puisqu'il me renvoyait l'odeur incommodante d'un parfum de supermarché dont elle s'était aspergée, au point qu'elle en arrivait à masquer le fumet de mon plat du jour, et même la prégnante émanation de l'huile de frites du cuistot, celle dont vos vêtements conservent l'arôme une semaine entière.

On est évidemment très loin des préoccupations sanitaires ou écologiques : le débat se résume à un échange du style « tu me gènes, moi non plus », assorti d'une tolérance zéro non édictée par la Loi, conduisant à une proscription, mère de l'apartheid.

La boucle est bouclée. La clope est clopée, qui sera peut-être la dernière, celle du condamné, à moins qu'il en soit privé, sous peine de contaminer son bourreau.

Ah, si seulement la Dame était venue gentiment m'expliquer qu'elle se fichait royalement de ma petite volute, mais qu'un beau gosse comme moi ne pouvait s'abîmer les bronches avec pareille saloperie, une réelle relation aurait pu se dessiner entre nous, sur ce sujet brûlant évidemment, dehors ou dedans.

Par jean-claude.guillard le 23/07/10
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- LE DISQUE DE JOHNNY -

L'été est propice aux grandes sagas et feuilletons, captivant le bon peuple étalé sur les sables ardents de nos cotes, et qui s'abrite tant bien que mal du soleil à l'ombre des pages de son quotidien préféré, pourvu qu'il ait titré à la une sur les malheurs des grands de ce monde.

Nous en étions resté au précédent épisode des aventures de Johnny, ressuscité d'entre les morts après être passé entre les mains d'un people du bistouri, accusé urbi et orbi d'incapacité, au point d'avoir vu apparaître devant les caméras un illustre avocat, mandaté par les pontes du Conseil de l'Ordre, qui dénonçait l'éphèbe du champ opératoire coupable de tous les maux. Loin du lynchage, la Justice a préféré attendre de trouver les preuves, et a missionné des Experts pour examiner la scène de crime.

Par un malheureux concours de circonstances, une bavure a été commise. Non pas par le coupable désigné, mais par le secrétariat des experts, qui a malencontreusement perdu une copie en trop du pré-rapport (qui n'est qu'une première réflexion des savants pouvant être modifiée après que les deux parties opposées aient formulé leurs observations ou contestations, avant que les illustres praticiens désignés ne déposent leur rapport définitif ). Cette copie en trop a été acheminée par erreur au sein de la rédaction d'un journal, lequel en a aussitôt conclu que les jeux étaient faits. Des hordes de rockers s'apprêtent à venir réclamer vengeance devant la clinique, déjà quelque peu désertée, du Villepin de la chirurgie, pour lui faire payer la mise en retraite anticipée de leur idole.

Sauf que le Droit médical va réserver encore quelques surprises : d'abord, le pré-rapport des experts ne préjuge en rien de ce que seront leurs conclusions définitives comme indiqué ci-dessus ; ensuite, une lecture prudente du document égaré s'impose : comme il s'est dit en politique, on peut être responsable mais non coupable ; une opération n'est jamais banale et le meilleur des chirurgiens peut connaître un incident durant l'intervention, qu'il doit normalement être apte à traiter afin de le résoudre. Ces incidents sont pour la plupart connus et répertoriés de tous, et la Loi fait d'ailleurs obligation au chirurgien, lors du rendez vous initial avec son patient, de l'informer des risques connus, même rares, de l'opération ; le patient a donc le choix de se faire opérer, avec le risque de subir un incident qui pourrait aggraver son état parfois de manière radicale et définitive, ou de rester avec son problème actuel, sans opération, et avec les autres risques qu'il peut encourir! Entre deux maux...

C'est la même situation que quand vous allez prendre l'avion : tous les pilotes sont formés pour vous emmener à bon port, et ont subi en simulateur tous les incidents de vols envisageables pour y faire face ; cependant, il arrive parfois que le bon port ne soit pas atteint, ce que chacun accepte en franchissant la porte de l'aéronef, et ce sans que le pilote ait décliné auparavant l'existence du risque d'un crash.

Donc, notre bon vieux rocker, confie son dos meurtri à l'artiste renommé des stars, qui doit lui bricoler une hernie discale, comme cela se pratique pour des centaines de patients, qui se contentent du chirurgien du coin. Il s'agit d'une opération non exceptionnelle mais délicate, puisque le bistouri va côtoyer de très près le précieux contenu de notre colonne vertébrale, dans le canal vertébral, soit la moelle épinière et les racines nerveuses, outre le liquide céphalo-rachidien transporté depuis les ventricules situés dans notre pauvre cerveau, dans un petit canal au milieu de la moelle épinière. Le liquide est contenu dans une sorte de sac évidemment hermétique, où baignent joyeusement les racines nerveuses, formé par une membrane très fine, la dure-mère. Si, en cours d'opération, cette membrane est lésée, devinez ce qui se passe : ça fuit. Même pas grave, docteur ! Généralement, c'est un tout petit trou et l'artiste va traiter la dure mère lésée comme la chambre à air de son vélo : une micro-suture, une rustine, ou une colle spéciale ; Imaginez que tout cela se passe généralement sans que bistouriman ait son nez masqué plaqué sur la chose : il suit ses gestes sur écran, en gros plan ; ah, ces artistes et leur écran...le show bizz et ses sunlights!

Bref, quand c'est rebouché et refermé, après un petit séjour allongé le temps que la fuite soit bien colmatée, l'ex-opéré se dresse et marche pour rentrer chez lui, avec un disque (vertébral) dégagé, et peut en enregistrer un autre s'il est rocker. Bon et alors ? Et bien, l'idole des jeunes n'ayant pas de fuites a fait comme les autres, il est rentré chez lui.

A ce stade, un expert conclura que l'opération s'est bien passée et qu'aucune faute ne peut être reprochée à l'apollon du Temple clinical. Ainsi, ce qui est présenté comme étant une erreur majeure du chirurgien n'est pour la médecine qu'un incident opératoire mineur, sans grande conséquence.

Oui, mais, et après ? Il a sacrément dérouillé notre Johnny national, et il est même repassé sur un billard américain ! Là, on manque d'information pour l'instant. A priori, l'idole n'a pas rappelé la clinique pour signaler un problème et a même pris l'avion pour rejoindre ses pénates US ; c'est là bas qu'il aurait enduré son martyr, au point d'être placé dans une situation d'inconscience médicalisée, le fameux coma artificiel (qui fait tant peur) , pour ne pas subir la douleur et supporter une nouvelle opération. On a parlé d'infection : dans ce cas, c'est une autre histoire ; même dans les cliniques et hôpitaux huppés, rôdent de sinistres microbes ou virus, qui guettent leur proie pour s'incruster dans la chair fraîche, comme tique sur une herbe folle attendant le passage du chien pour sauter sur son dos et lui sucer le sang. Quoiqu'on fasse, il arrive que ces bestioles rusées s'incrustent en salle d'opération, et profitent de toute occasion pour mettre en oeuvre leur sinistre dessein. C'est l'infection nosocomiale, dont la responsabilité est imputable à l'établissement de soin, où l'infecté a été opéré.

Mais, on a aussi évoqué un défaut de suivi du praticien après l'opération : il est effectivement responsable s'il n'a pas respecté les règles de prudence ou de suivi du patient opéré, une fois l'intervention réalisée : il semblerait que l'idole soit sorti rapidement du très cher établissement, après que son opérateur ait jugé que son état le permettait ; sinon, il ne l'aurait pas laissé sortir ou, en cas d'insistance du convalescent , il aurait recueilli une décharge de responsabilité, qui n'aurait valu que preuve de son désaccord.

Le réparateur de disque savait-il que notre rocker allait illico prendre l'avion pour rejoindre les States ? L'aurait-il su que la contre-indication n'était pas certaine, puisqu'il est recommandé à l'opéré de ne pas faire de sport, mais de mener une vie normale, ne serait-ce que pour faire fonctionner les vertèbres et muscler ainsi le dos affaibli pour compenser le bricolage du disque sacrifié. Le voyage en avion, sûrement pas effectué en classe populaire, permettait un certain repos de la colonne opérée.

Bref, en l'état, les cris de victoire des uns ou des autres ont prématurés ; attendons le rapport définitif des experts, qui ne retiendront sans doute pas de faute opératoire du chéri de ces dames, sauf peut-être celle d'une manque de suivi post-opératoire ; surviendra peut-être une mise en cause de la clinique elle-même, en cas d'infection ; il n'est peut-être pas exclu non plus que soit mise en évidence une faute du rocker, qui aurait, malgré les conseils reçus, fait montre d'une impatience à effectuer un voyage aérien qu'il aurait pu différer. Certains pourront même avancer que le chanteur n'était pas profane en matière de disque, vu le total de ses ventes, et qu'il devait savoir qu'un éloignement était déconseillé aussitôt sa sortie, promo oblige. Mais peut-être que notre rocker entendait se consacrer à son nouveau disque au plus tôt, en s'enfermer au loin pour éviter les fuites.

Bon, et bien pourquoi ce billet ? De nombreux lecteurs ont pu sans doute un jour passer sur le billard, et quelques un ont malheureusement subi des incidents opératoires aux conséquences graves ; à travers l'histoire de Johnny, ils auront découvert le Droit médical et ses arcanes, affaire d'experts, d'avocats et de juges. Les échos des visions triomphalistes des protagonistes, amplifiés par les médias, sont bien éloignés de la sérénité qui doit présider à la gestion d'un dossier de responsabilité médicale : les causes d'accidents sont multiples, et ne sont pas toujours le fait du praticien, qui peut cependant être responsable sans être coupable.

Cette situation est celle de ce que les experts et juges considèrent comme étant un aléa thérapeutique , qui peut être appelé de façon populaire « la faute à pas de chance ». Si le praticien n'est pas responsable, cet aléa peut néanmoins permettre une indemnisation si les conséquences en sont graves pour la victime.

C'est sans doute ce qu'il faut retenir de l'exemple de l'idole des jeunes qui a le mérite de mettre sous les feux de la rampe ce pan de Droit souvent secret et méconnu.

Par jean-claude.guillard le 18/07/10
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RAPPEL

Mon billet posté le 6 juin 2010 sollicitait de justiciables ou d'avocats qu'ils renseignent un questionnaire permettant de disposer d'exemples récents de prestations compensatoires fixées par les Tribunaux.

Cet article figure toujours au rang des publications passées de ce blog, et est toujours d'actualité pour que vous puissiez continuer à l'alimenter d'exemples concrets et vécus. Merci de vous y reporter si vous disposez d'un tel jugement.

Cliquez ICI

Merci aux précédents contributeurs et aux suivants.

Par jean-claude.guillard le 15/07/10
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Tout le monde s'en fout : l'Histoire n'a retenu aucun fait marquant ce jour là, sinon le sempiternel défilé militaire sur les Champs Elysées, en grande pompe comme d'habitude.

Pourtant, il m'a été donné ce jour là de descendre les Champs, non pas pour faire un lèche vitrine touristique géant, mais pour produire une figuration contrainte parmi les acteurs de cette longue marche au pas cadencé, au son des trompettes et tambours. Ce fut l'aboutissement grandiose de ma brève carrière en uniforme.

Pour être juste à l'égard de mes camarades de classe, ma descente fut motorisée : l'histoire avait commencé par un coup de piston donné par mon parrain, ancien militaire de carrière qui avait gardé le bras long ; j'avais souhaité être proche de ma bonne ville d'ANGOULEME, à l'époque bien dotée en régiments et j'aspirais à passer une année de bulle dans celui cantonné dans une forêt domaniale de la périphérie. Mauvaise interprétation du pistonneur quant à ma demande, que je découvre à la lecture de ma feuille de route : d'accord, le régiment est en forêt domaniale, mais à des centaines de kilomètres de mes pénates charentaises, dans la bonne ville de Rambouillet. Je hurle à la bavure auprès de mon bienfaiteur, qui n'a d'autre réponse que de me faire part de la chance unique qui m'est offerte de passer une année entière dans le prestigieux 501 ème Régiment de Chars de Combats, régiment ultra décoré, avant que je ne l'intègre bien sûr, régiment dit présidentiel au même titre que non moins glorieux Régiment de Marche du Tchad...C'était un régiment jadis commandé par l'illustre Général LECLERC qui a participé à reprendre ce que les Teutons nous avaient piqué. Ah bon ?

C'est ainsi que je me retrouve à faire mes classes dans un commando de combat...en temps de paix, à jouer à la guerre avec des camarades issus de la région Nord, dont je ne comprends pas tout ce qu'ils me disent, ignorant le langage cht'i, éloigné du patois charentais ; je découvre que la bière est la clef de leur bonheur ; mes compétences me conduisent immédiatement à être affecté au service de Santé, dans l'infirmerie excentrée, où je mets en pratique l'art de la piqûre en tous genres ; il faut dire qu'à cette époque, le choix de la médication était limité : soit aspirine, soit pénicilline (en injection) ; la première a eu beaucoup plus de succès que la seconde.

Et c'est là que je découvre les monstres d'acier blindé, ceux avec tourelles et canons dernier cri, et ceux sans canon ; le service médical disposait, cavalerie oblige, de deux ou trois engins à chenille sans canon, estampillé d'une énorme croix rouge sur les flancs, dont les anciens disaient qu'elle servait en temps de guerre à l'ennemi pour ajuster ses tirs ! Prenant du galon, je fus promu chef de char, ce qui me donnait le droit de laisser dépasser mon superbe buste du trou d'homme par lequel on entrait, au sommet de l'engin ; le régime alimentaire subi pendant les stages commandos me permettait alors de franchir cet obstacle étroit. Heureuse époque.

Avant le terme de cette année de privations de permissions, étant trop loin de chez moi, j'avais pu connaître pendant les weeks ends tous les plaisirs de grands de ce monde : la forêt, jouxtant le château et le casernement, comportait les chasses présidentielles, fort fréquentées à l'époque par les chefs d'état prestigieux accueillis par le notre, qui tiraient sur quelques volatiles astucieusement déposés le matin même par les bidasses consignés, qui assuraient ensuite la fonction de rabatteur ; d'où la présence obligatoire du service médical, au cas où...

Evidemment, notre régiment assurait aussi d'accueil des hôtes à Orly, en grande tenue, avec fanfare et tutti quanti, et leur départ, si besoin était.

Et puis, un jour, notre chef bien aimé, dont j'ai oublié le nom, nous annonce la grande nouvelle : nous aurions l'honneur de défiler sur les Champs Elysées pour le 14 juillet ! Souvenir d'une longue préparation, en plein cagnard de Juillet, sur un aérodrome désaffecté du coin, sur les pistes surchauffées, transistor à l'oreille pour écouter la retransmission du Tour de France.

Et puis enfin à l'aube du grand jour (ou plutôt au milieu de la nuit), la colonne motorisée se forme pour faire l'énorme distance entre Rambouillet et Paris intra muros : d'abord les chars de combats, suivis par ceux de transport de troupe, suivis de nos chars à croix rouge, et enfin par la valetaille des ambulances médicales estampillées Croix Rouge. Fermaient la marche un énorme engin de type dépanneuse pour chars et un porte char, en cas de décès de l'un d'eux.

Le trajet nocturne fut long et émaillé d'incidents mécaniques : on a compris pourquoi une trentaine de chars avait pris la route, alors qu'une vingtaine devait défiler ; nous dépassions ceux des engins stoppés net dans leur progression et rangés sur le bas coté, dégageant de très vilaines fumées et qui avaient perdu toute chance d'atteindre la capitale. Jour de chauffe pour la dépanneuse et le porte char !

Bref, les survivants arrivèrent au pied de l'Arc de Triomphe, à l'heure où Paris s'éveille, pour prendre place sur la bien nommée avenue de la Grande Armée, dans un tintamarre assourdissant et des odeurs de gaz oil indisposantes. Une longue attente fut agrémentée par un ultime nettoyage des monstres, avec une utilisation abusive du cirage noir non seulement pour faire luire nos rangers, mais surtout pour rendre leur éclat aux pneus des véhicules et aux chenilles de nos chars.

L'affolement subit des chefs nous a appris que les premiers du défilé avaient entrepris leur descente des Champs : le reste laisse un souvenir brouillé ; mise en place des chars alignés au millimètre ; vision depuis l'Etoile de la plongée que nous allions amorcer vers une tribune tricolore, là bas, tout en bas ; démarrage tous ensemble dans un épais brouillard de la fumée dégagée par les précédents ; bruit infernal des moteurs tournant à un régime inadapté à la vitesse imposée, chaleur épouvantable...

Pas le temps, durant cette longue descente, de profiter du paysage : perché en haut de mon engin, dans la position réglementaire, droit comme un « i », bras tendus posés sur le bord du trou d'accès, regard fixe devant soi, il fallait hurler dans le micro à l'intention du pilote installé juste en dessous de moi, dont seule la tête casquée dépassait, les recommandations sur le respect des distances : plus vite, moins vite, serre à droite, serre a gauche ! Une seule crainte pour tous : la panne en pleine descente, honte suprême face aux caméras du monde entier ! On serre les dents, on encourage le conducteur, on prie Mars.

Ça y est, l'estrade présidentielle approche enfin : on rectifie la position, comme si le Président et ses invités n'allaient voir que vous. Alors, tu l'as vu Pompidou ?

En vérité, mon seul souvenir est celui du passage devant une tribune latérale, à gauche, où étaient installées les épouses des prestigieux hommes garnissant le tivoli tricolore me faisant face ; ce ne fut qu'un souvenir olfactif : alors que la descente s'était effectuée dans l'éprouvante fumée des moteurs de nos engins de guerre et dans la malsaine odeur de gaz oil, nous avons tous ressenti, du haut de notre engin, une odeur encore plus forte et prégnante, qui a rempli nos nez enfumés d'une aimable brise parfumée : c'est comme lorsque l'on passe devant la porte ouverte d'une parfumerie qui exhale maintes senteurs mêlées. Ces dames endimanchées avaient sans doute dévalisé tous les parfumeurs illustres de la capitale pour honorer les pauvres bidasses mazoutés de la narine, généreux hommage de la nation à ses vaillants serviteurs.

Après cette bouffée d'oxygène prestigieuse, le reste ne comptait plus, sinon de bien négocier le virage face à notre Président, pour dégager la scène au plus vite et disparaître dans les coulisses de la grande parade nationale, avec en mémoire olfactive les souvenirs des quelques molécules luxueuses plus fortes que les odeurs d'engins de guerre.

La femme est bien l'avenir de l'homme.

Par jean-claude.guillard le 15/07/10
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Par jean-claude.guillard le 15/07/10
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Par jean-claude.guillard le 12/07/10
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Depuis les accords passés lors des dernières élections municipales entre les anciens élus rosissants d'une part, et les nouveaux verts d'autre part, ce mélange des couleurs n'a fait ressortir qu'une couleur non identifiable, une mélasse marronnasse ; en réalité, chacun a entendu conserver son idéal et les verts ont obtenu de conserver leur pré carré, évidemment verdoyant.

Comme dans une émission télévisée devenue culte, les survivants accédant à la réunification des tribus doivent cohabiter tout en pensant à s'éliminer pour qu'il n'en reste qu'un. Le chef de la tribu verte est de sexe féminin, qui a aussitôt pris en main l'aspect environnemental du camp. Dame Nature est son totem : toucher à un seul poil urticant d'une ortie est péché mortel. Tout produit d'origine chimique a été proscrit pour les jardiniers de la ville, en regard des risques de type Seveso.

C'est ainsi qu'un étranger, débarquant par hasard en nos murs, découvrira nos rues agrémentées de verdure, devenue luxuriante par l'effet du climat tempéré de notre région ; nos trottoirs ombragés sont agrémentés de touffes vertes croissant librement au pied des arbres, et même le pied des murs de nos maisons s'ornent de quelques plantes dont les graines furent apportées par quelque zéphyrin, pour s'implanter là où nul ne viendra les piétiner. Ah, l'intelligence du végétal !

J'étais béni des Dieux, qui m'avaient choisi pour semer une petite graine au pied de l'immeuble abritant mes bureaux : petite chose minuscule, qui par l'effet d'un printemps pluvieux, réjouissait mon regard en prenant de l'importance ; émouvante apparition de toutes petites feuilles, puis élévation de la tige, couplée avec l'épanouissement du feuillage.

N'étant pas né vert, je n'avais aucune idée de l'identité de mon pensionnaire, mais peu m'importait : seule cette vision quotidienne de la croissance de ma nouvelle amie éclairait ma journée et, comme tout parent, je m'inquiétais de sa santé, guettant le moindre signe de faiblesse, ou l'apparition de quelques taches révélatrices de maladies infantiles. Non rien d'inquiétant, tout allait bien. Bien sûr, je redoutais l'arrivée des jours caniculaires et j'imaginais déjà l'installation d'un petit goutte à goutte. Il est vrai que le chat errant de la rue, pourvoyait déjà au bien être de la plante, en levant sa queue tressaillante, pour l'asperger d'un jet rafraîchissant.

L'autre soir, ma chère et tendre passe me prendre au bureau, et, étant une femme d'ordre et de goût, elle connaît par coeur les jours de ramassage des sacs poubelles, noirs ou jaunes ; alors machinalement, la femme de ménage n'intervenant que le matin, elle constitue un sac des menus déchets de mon activité qu'elle déposera sur le trottoir en partant, puisque le strict règlement urbain impose aux citoyens de ne déposer leur obole au ramassage qu'à partir de 19 heures, des fois que les horribles traces de notre consommation ne masquent aux yeux ahuris des touristes les belles plantes qui agrémentent nos trottoirs et pieds de murs.

Nous sortons ensemble, et je porte galamment et élégamment le sac noir. Tandis que je refermais ma porte d'accès, je vois en un éclair ma moitié se pencher et se relever aussitôt en me disant : « saleté de chiendent, ça pousse partout ! » ; elle tenait dans sa main MA plante, mon petit végétal devenu grand, qui a connu aussitôt sa dernière demeure dans le sac noir, au lieu de finir paisiblement sa vie, le moment venu, dans les premiers frimas de l'automne.

Ça fait un choc ! Ma fibre verte s'est éteinte dans la douleur et dans l'indifférence de ma moitié, qui elle, distingue très bien les belles plantes des mauvaises herbes.

Mais alors, pourquoi notre dame verte laisse-t-elle pousser de telles horreurs dans notre cité ? Peut-être pourrait elle, par souci de co-habitation, envisager de planter quelques roses sauvageonnes aux épines acérées au pied de nos arbres.

Par jean-claude.guillard le 10/07/10
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- ALLO, SHERLOCK HOLMES...-

C'est l'histoire d'un justiciable qui a commandé des travaux de chauffage à un entrepreneur recommandé par EDF, grand organisateur de réfections d'installations domestiques novatrices pour économiser l'énergie, et qui a obtenu illico le financement de la douloureuse par un partenaire financier offert (proposé) de ce grand groupe. Tout ne se passe pas comme prévu, puisque l'entrepreneur adoubé dépose son bilan avant d'avoir achevé l'ouvrage, laissant son client sans chauffage, mais n'oubliant pas, par quelque artifice, de faire débloquer le prêt et d'en encaisser le montant intégral.

Le client fait séance tenante un procès au liquidateur de feu l'entrepreneur, à l'assurance de ce dernier et y appelle l'organisme financier qui demande déjà paiement des échéances du prêt, comme si tout était normal. Le juge envoie un expert pour constater la catastrophe, qui confirme que le chauffage ne fonctionne pas, que le matériel n'est pas bon, que les travaux sont inachevés et que l'immeuble du client a été laissé à l'état de chantier de démolition, avec de trous béants dans les murs.

Bien qu'ayant avisé l'organisme financier, qui était d'ailleurs partie à l'expertise, qu'il allait faire annuler le contrat de travaux, le client reçoit des lettres indignées de cet organisme qui ne comprend pas pourquoi les échéances du prêt ne sont pas payées ; il répond, explique à nouveau la situation et le fait que les travaux ne sont pas achevés et ne les seront plus ; il reçoit pour réponse que le prêt sera suspendu jusqu'à la fin du procès. Ouf !

Sauf que peu après cette bonne nouvelle, le client commence à être harcelé de lettres de relance, puis de menaces, puis enfin de l'information de son inscription au Fichier de la Banque de France des incidents de paiements de prêts, le FICP.

Le juge est à nouveau saisi, pour qu'il suspende officiellement le prêt comme déjà accepté par le responsable de l'organisme prêteur et qu'il ordonne le défichage. Et là, devant le Juge, l'organisme financier jure sur ses grands dieux de la finance qu'il n'a jamais fait ficher le client, malgré ses précédentes correspondances indiquant le contraire. Report d'audience.

Là commence le besoin de recourir à un détective illustre.

Le client se transporte illico à la Banque de France, qui ouvre le grand parapluie de la confidentialité, avec l'impossibilité d'avoir des renseignements et encore moins de disposer de justificatifs : seul le juge pourrait avoir quelques informations ! Dans le creux de l'oreille on lui glisse cependant, après examen d'un écran secret, qu'il n'est pas fiché.

Et alors, ces lettres, c'était du bidon, de la pression psychologique ? La bonne nouvelle est l'absence de fichage... sauf que dans les jours précédents, le client avait reçu d'autres organismes financiers, gestionnaires des banales cartes de crédit des grandes enseignes de la consommation, des lettres l'avisant que, compte tenu d'un incident déclaré, ils entendaient mettre un terme à leurs concours et réclamaient restitution des cartes.

Le client n'avait avec eux aucun incident particulier et était parfaitement à jour ! La seule situation litigieuse était celle du prêt des travaux de chauffage, en cours de procès...

Bon alors, résumons : le seul à pouvoir ficher ne l'a pas fait ; aucun autre ne l'a fait, et confirmation est donnée par la gestionnaire du fichier que ça n'a pas été fait !!!

Question bête : comment ces autres organismes de crédit ont-ils pu avoir concomitamment connaissance d'un incident... qui n'aurait jamais été déclaré au FICP par leur seul confrère qui aurait eu la capacité de le faire ?

Pour que ces organismes réagissent ensemble, il a bien fallu qu'un incident soit déclaré quelque part ! Ils ont donc du consulter un fichier commun le mentionnant... Si ce n'est pas le FICP comme confirmé, quel autre fichier existerait en matière d'incidents de prêts ?

Dans la mesure où le FICP est le seul fichier national officiel, sous contrôle particulièrement strict et soumis à la plus grande confidentialité, quelle serait la caractéristique principale de tout autre fichier privé occulte interbancaire ? Sa totale illégalité, à l'évidence.

Cher SHERLOCK, pourriez vous enquêter sur la chose ?

Si quelques témoins peuvent apporter des informations complémentaires en annexe à ce billet, elles seront les bienvenues pour aider notre détective à résoudre cette énigme. Tous les indices seront précieux, tous les témoignages seront analysés.

La grande enquête est lancée.

Par jean-claude.guillard le 05/07/10
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Quoi de neuf du coté des Pages Jaunes, en cette période estivale, où l'on prépare les commerciaux pour essaimer à la saison froide, pour engranger leurs étrennes annuelles ?

Depuis mon dernier billet, saluant leur précédent passage, rien ; sinon que nous disposons maintenant du nouvel annuaire papier, sur lequel chacun a pu contempler sa chère, très chère annonce.

Un de mes fidèles lecteurs a constaté que sa commande de l'an passée a donc été honorée, pour un tarif qui avait quelque peu explosé, sans motif particulier, depuis l'année précédente, alors que son encart était strictement identique.

Mais il a découvert, preuve en mains, un petit hic : l'annuaire papier commence à devenir lilliputien, au point que les opticiens sont dévalisés de verres correcteurs et loupes.

Mon honorable correspondant s'étonne à juste titre que le prix de son encart n'ait pas tenu compte de la réduction dimensionnelle de la page, et par voie de conséquence de son annonce.

En mettant cote à cote l'encart de l'année précédente sur l'annuaire grand modèle, et celui de cette année sur l'annuaire lilliputien, le choc de l'image est moins violent et le poids des mots est plus léger ! Mais le petit coûte plus cher que le grand ! Comprenne qui pourra. Ça doit être le même phénomène que celui affectant le string, qui coûte souvent plus cher que le monokini traditionnel (selon ce que m'en dit ma tendre et chère, bien sûr !). La ficelle est un peu grosse, non ?

Le commercial a omis de s'appesantir sur ce menu détail ; mais, en reprenant le contrat, et une fois doté les verres correcteurs et loupes, il apparaît en caractères également lilliputiens, que le format de l'annuaire sera réduit. Que diable cette minuscule restriction de taille ne se retrouve pas, proportionnellement, dans les tarifs ?

Et qui me paiera le coût du microscope dont je vais devoir me doter, pour lire mon encart de l'année 2011 ? Promis, je poserais la question au commercial qui sera tiré au sort pour venir me vanter sa marchandise. Mais je me demande s'il ne va pas me proposer de conserver la taille de mon encart initial à la celle de la page réduite du prochain annuaire, c'est-à-dire de me faire payer le coût de l'emplacement sur une demie page ! Si telle est la nouveauté, ce mini bottin va gagner en épaisseur ce qu'il a perdu en superficie imprimable.

Ah, qu'il est bon d'être en situation monopolistique !

« Mais l'incohérence n'est pas le monopole des fous: toutes les idées essentielles d'un homme sain sont des constructions irrationnelles ». (André Maurois)

Par jean-claude.guillard le 05/07/10
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La fin de l'empire du Droit

Pauvres de nous : nous autres, avocats généralistes, avons mené maints combats dans l'arène et nous avions oublié la triste fin promise aux gladiateurs ! Que n'avons-nous pas analysé toutes ces réformes et mesures qui s'abattent sur nous comme la vérole sur le bon peuple ? Un seul dénominateur commun : la fin d'un monde judiciaire qui a peut-être trop titillé les pouvoirs en place, avec sa foutue indépendance pour les uns et sa liberté de parole pour les autres, et qui surtout coûte désormais trop cher à un Etat exsangue.

Place au règne du costard cravate sélectionné et policé sous tutelle de nos gouvernants. Déjà nos avoués furent sacrifiés, les conseillers juridiques absorbés, et même l'expert comptable individuel a été tué au profit de grands groupes qui sont déjà constitués pour affronter la concurrence mondiale, c'est-à-dire engranger des profits, dont nul ne sait vraiment à quoi ils vont bien servir. Démonstration par l'absurde du principe des vases communicants : on vide les petits contenants pour remplir les gros, lesquels, in fine vont déborder et noyer les premiers.

Nous ne voyons que les conséquences ponctuelles, révélées avec parcimonie, de la grande révolution qui est en marche, et qui nous écrasera sans pitié ni reconnaissance. Nous ne sommes pas assez haut placés pour connaître le résultat final devant être atteint au pas de charge, qui se discute hors des couloirs de nos Palais de Justice, sous les lambris dorés, entre initiés, sans doute tenus à la confidentialité. Ces initiés ont-ils une réelle vision de ce que sera le monde qu'ils nous promettent, dans lequel faute de juge ou d'avocat de proximité, le justiciable ne sera qu'un lointain souvenir du passé, désormais traité comme un intrus par des machines barémisées.

Le puzzle se met en place et nulle pièce ne nous concerne, bien au contraire : déjudiciarisation, déshumanisation, désengagement étatique, délégation des pouvoirs de juges survivants au profit de bénévoles, informatisation à outrance (et dans le cacophonie), traitement par vidéoconférence ou télétransmission par lignes ultra sécurisées, instauration du règne de la statistique au préjudice de la qualité, etc. C'est à l'évidence la fin de l'empire du Droit.

J'avais en son temps posé à un membre de l'illustre commission Darrois, du nom de celui qui fut jadis avocat, une seule question, directe et simple : l'avocat dit généraliste est-il mort ? La réponse fut simple et tenait en un seul mot : Oui ! La messe est dite, et le pouce de la mort est abaissé.

Les gladiateurs périssent en combattant : quand allons nous ensemble livrer le dernier combat pour mourir au moins dans l'honneur ? La révolte des gladiateurs n'a jadis laissé de souvenir que grâce aux sacrifices de ses combattants, tombés les armes à la main, plutôt que de finir tels des bêtes à viande dans la froideur de l'abattoir.

Morituri te salutant