jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 26/11/10
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Notre sheriff a disparu.

Une curieuse rumeur parcourt notre bonne ville ; elle est partie d'une constatation inquiétante : le sheriff qui arpentait nos rues en grand uniforme, armé de son légendaire sifflet et arborant son étoile en plastique, celui qui n'a jamais arrêté quiconque et qui avait inventé le comble en réglant une circulation routière imaginaire dans la rue piétonne, n'est plus apparu depuis quelques mois.

La rumeur qui enfle et se répand suggère que ce digne représentant de la loi de la fantaisie, n'oserait plus sortir de son cantonnement, ayant été dégradé et privé des attributs de son auguste fonction.

On lui aurait coupé le sifflet et pire encore, on lui aurait enjoint de reprendre une tenue civile, en abandonnant à tout jamais sa tenue de parade. Certaines mauvaises langues ajoutent même que la maréchaussée locale aurait pris ombrage de la popularité de ce singulier collègue, qui présentait l'inconvénient majeur d'être totalement inactif, n'ayant pas en poche de son uniforme d'opérette l'arme règlementaire qui fait l'homme de Loi, le fameux carnet à souche.

Ce n'est que la rumeur, me direz vous, et nous autres, pauvres citoyens de base, ne pouvons que constater qu'il nous manque quelqu'un dans la ville ; mais, où est-il passé ? Beaucoup s'inquiètent de son état de santé, en espérant qu'elle ne se soit pas dégradée du fait de sa mise à la retraite forcée suggérée par le bouche à oreille. Les collégiens et lycéens déversés chaque matin devant la cathédrale par les cars de ramassage ne bénéficient plus du regard bienveillant du sheriff venu surveiller les automobilistes impétueux, calmés par la vision de son uniforme et par quelques coups de sifflet administrés aux imprudents, depuis que ce lieu sensible lui avait été abandonné.

Nous voyons venir avec effroi les grandes manifestations festives de la ville, comme la grand messe de la BD, où nombreux seront les visiteurs à s'étonner de l'absence de notre célébrité locale, devenu vedette incontournable de la manifestation, seul homme en uniforme à être photographié en souvenir d'une visite touristique à ANGOULEME.

Ce modeste billet, lancé comme une bouteille à la mer, n'a d'autre objet que de faire la lumière sur cette disparition étrange ; qui a vu ou croisé notre sheriff, en uniforme ou en civil (bien qu'il soit alors plus difficile à reconnaitre), est prié de nous le signaler au plus tôt, au moyen de ce blog, pour soulager notre angoisse, et, nous l'espérons tous, faire taire cette rumeur, qui n'est finalement que peu crédible : qui oserait prétendre qu'une quelconque autorité galonnée ait pu craindre la concurrence d'un simple sheriff, qui, comme le nom l'indique est venu d'ailleurs, d'un pays de BD où l'homme de Loi arpente la rue unique de sa ville, depuis le saloon jusqu'à la geôle désespérément vide, arborant son étoile sous le soleil torride du désert avoisinant , et priant pour que nul outlaw ne vienne troubler la cité ?

Merci par avance à ceux qui se manifesteront pour calmer l'inquiétude générale, en espérant qu'il n'ait subi le sort funeste qui guette même les meilleurs sheriffs de l'Ouest.

Par jean-claude.guillard le 24/11/10
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DIVORCE - FAUTE - FIDELITE -

- CIEL, MON EX ! - PLANQUES TOI SOUS LE LIT !

Par arrêt du 20 octobre 2010 (N° de pourvoi: 08-21913), la Cour de Cassation vient réveiller les vieux démons du divorce, alors que la Loi de 2004 prônait la pacification de ces douloureuses procédures.

Certes, le législateur avait à l'époque beaucoup hésité à faire harakiri au divorce pour faute et avait fini par le conserver, sans doute avec le secret espoir qu'il ne serait pas trop utilisé, compte tenu de la précision apportée sur le fait que les torts de la rupture n'influaient pas sur les conséquences du divorce.

Nul n'ignorait que ce divorce pour faute existait toujours, mais, pacification oblige, les praticiens modérateurs tendaient à le présenter à leurs clients comme étant une voie sans grande issue, sauf à la réserver aux cas où la faute commise était inacceptable et intolérable, comme le sont les violences conjugales par exemple.

Un vent nouveau soufflait sur le divorce pacifié, au moins concernant son prononcé, le reste pouvant être tout aussi conflictuel, surtout s'agissant de ses aspects financiers bien plus douloureux qu'un petit coup de canif à l'obligation de fidélité. Il était non écrit, mais moralement acceptable, que les époux, dont la résidence séparée avait été fixée dès l'ordonnance de non conciliation, puissent prendre quelques libertés avec l'obligation de fidélité issue de leur mariage une fois passée cette date ; la quête de la faute pouvait être raisonnablement limitée au seul temps où les époux vivaient encore sous le même toit, et sans doute dans le même lit. C'est ce qu'avaient au moins pensé les premiers juges, avant que la Cour Suprême ne s'empare du dossier.

Que nenni, vient nous dire la Cour de Cassation : l'obligation de fidélité perdure jusqu'à ce que le divorce soit prononcé et définitivement acquis, lui seul mettant fin au mariage ; cette lapalissade est évidemment incontournable.

Le divorce pour faute, qui avait pris du plomb dans l'aile grâce au divorce new look du XXI ème siècle, s'en trouve vivement ragaillardi, surtout au regard du fait que cette Loi nouvelle a porté à 30 mois le délai maximum pour assigner en divorce, à compter de l'ordonnance de non conciliation. J'en connais certains qui se feront un malin plaisir à retarder au maximum la procédure pour priver leur conjoint de toute « reconversion » amoureuse, avec le secret espoir que ce délai permette de découvrir l'existence et la preuve d'un petit manquement, fut-il hygiénique.

Purée, 30 mois d'abstinence ou plus ! La Cour suprême se range sous la bannière papale, et veut favoriser les vocations sacerdotales ! Quelques anciens tenteront de faire face en ayant recours à la veuve Poignet, si chère à leurs années de pensionnat... Mais, que faire pour ceux qui avaient eu la chance de trouver, au sortir du bureau du juge conciliateur, un autre coeur à prendre, sur les marches du Palais ? Nouvelle rupture obligée ou vie de hors la loi ?

Certains me diront qu'il faut signer devant le Juge initial le PV d'acceptation de la rupture du lien marital, qui conduit au divorce accepté, et évite les désagréments ou risques d'un divorce pour faute ; bien sûr que la solution est là, mais le hic est que le sauf conduit absolutoire doit être signé par les deux époux. Et là, la piqure de rappel de la Cour de Cassation risque de fausser la donne : l'un des époux peut réserver sine die son acceptation pour espérer un futur faux pas de l'autre, surtout s'il a décelé qu'il existait déjà anguille sous roche, histoire de le contrarier, ou de gâcher son bonheur à venir.

Pour tous ceux dont la procédure est en cours, et qui connaissent le blocage classique survenant après l'ONC, faute pour l'un ou l'autre des époux d'avoir pu faire choix du type de divorce à mettre en oeuvre, la prudence doit maintenant être de mise, car, bien au chaud sous la couette partagée à 6 heures du matin, ils ne sont pas à l'abri d'une visite inopinée d'un huissier en charge de constater leur adultère. C'est vrai que le constat permettra à l'heureux bénéficiaire de mettre sur les rails, ce bon vieux wagon du divorce pour faute, et de clore ainsi le blocage en cours.

Notez que même si vous décidez d'adopter une vie monacale jusqu'au prononcé du divorce, la méfiance doit être de mise, toute faute étant bonne à prendre : désormais tous écrits, lettres ou mails et sms, qui contiendraient quelques propos injurieux à l'égard du conjoint, seraient toujours utiles, selon la Cour de Cassation, l'époux injurié pouvant y trouver matière à ferrailler, même si ces satanés documents avaient été établis après l'ONC. L'attitude d'un époux peut être également blâmable et utilisée : éloignez vous de vos amis du sexe opposé, une photo de groupe prise lors d'un anodin repas au bistrot du coin ou pire dans une boîte de nuit (vade retro satanas) où vous apparaitriez trop collé serré avec votre voisin ou voisine de table ou de comptoir, pouvant être mal interprétée. Que voulez vous, en ces périodes troubles on voit le mal partout ! Ainsi, les réseaux sociaux du net constituent un vaste réservoir à preuves d'attitudes injurieuses, pouvant faire les délices d'une procédure de divorce.

En un mot, jusqu'au prononcé du divorce, danger !

Alors, juste un petit truc : misez à fond dès le début de la rupture sur le divorce par consentement mutuel chaque fois que cela est possible, quitte à payer le prix de la liberté ; une fois les accords trouvés, vous serez divorcés quelques semaines plus tard, et pourrez librement envisager de refaire votre vie, échappant ainsi à la triste vie monacale qui vous est promise.

Mais, chutt, ne dévoilez pas trop tôt vos batteries, sous peine de voir votre conjoint mépriser ce mode apaisé de divorce, pour mieux profiter de la jurisprudence modernisée de la Cour de Cassation en matière de faute.

C'est peut-être finalement le message subliminal contenu dans cet arrêt que de suggérer de privilégier les voies amiables et apaisées, plutôt que de devoir se serrer la ceinture pendant des mois voire années...pour peu de chose, en vérité, puisqu'il parait que le fautif ne perd en rien le bénéfice de ses droits lors du traitement des conséquences du divorce...

Par jean-claude.guillard le 15/11/10
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Me voilà confronté, contre mon gré, à une sacrée renommée internationale : pas un jour ne se passe sans que mon secrétariat ne soit confronté à des appels téléphoniques ou à la réception de mails émanant de personnes que l'on tente de piéger, dispersées sur tout le territoire français et même dans des pays étrangers.

Tous vérifient si je n'ai pas à leur disposition un chèque au montant extravagant, gros lot d'une loterie dont ils sont potentiellement bénéficiaires, ou montant d'un prêt qu'ils peuvent souscrire sans démarche particulière, à condition d'envoyer par mandat une certaine somme d'argent.

La plupart a évidemment décelé l'arnaque informatique , mise en place par des aigrefins cachés derrière des adresses mails bidonnées, et de fausses domiciliations dans des pays non identifiés, où figurent mon nom, et mon activité d'avocat agrémentée pour plus de ridicule du qualificatif « d'international » ou modifiée puisque je serais aussi « huissier de justice » ; il parait même qu'un escroc a copié ma photo figurant sur mon blog ou mon site, pour faire plus vrai !

Merci à tous ces internautes victimes, qui après simple vérification sur Internet en accédant soit à mon site soit à mon blog et, ayant ainsi découvert l'arnaque, m'en ont informé aussitôt, parfois en me rendant destinataire d'une copie de la prose des escrocs.

Pour tous les autres qui recevraient encore des mails portant les noms de « jean-claude guillard », « guillard avocat », ne les ouvrez pas, ne répondez pas : direction poubelle illico ; vous les repérez aisément, car la plupart des adresses mails portant mon nom, envoyés par les escrocs, se terminent en « g-mail » ou « hot-mail », au contraire des miennes qui sont en « orange » ou « wanadoo ».

Je vous rappelle qu'en aucun cas vous ne devez envoyer d'argent pour obtenir un lot ou un financement promis par les aigrefins ; si vous l'avez déjà fait, déposez une plainte contre inconnu auprès du Procureur de la République près de chez vous, en lui adressant copie du mail reçu : vous n'aurez sans doute aucune chance de récupérer l'argent versé, mais vous contribuerez aux enquêtes destinées à tenter de retrouver les malfaisants auteurs de ces escroqueries.

Pour ce qui me concerne, je ne peux que rappeler aux auteurs de cette arnaque que l'usurpation d'identité et de titre professionnel protégé est très sévèrement punie par la Loi, tout comme l'intrusion dans un système informatique à des fins frauduleuses. Evidemment, le nécessaire a aussitôt été fait pour mettre un terme à cette falsification.

Par jean-claude.guillard le 14/11/10
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Ouf, la curieuse journée de la gentillesse est finie :

on va enfin pouvoir reprendre les affaires courantes. Eprouvant, ce jour où le soleil avait décidé d'être gentil (dans le Sud) au point que la plupart des gentils hommes avaient décidé d'offrir, gratuitement, la place du mort à leur charmante moitié, dans leur véhicule personnel pour l'emmener en promenade, à en juger par l'abondante circulation envahissant nos cités.

Certains en ont été jusqu'à aller faire du lèche-vitrine avec elle, gros lèches bottes, va ! Il faut dire que Monsieur TOULEMONDE n'a pas regretté de participer à l'expérience, de nature à le réconcilier avec le genre humain.

A peine sorti du parking, un gentil crétin motorisé est venu frôler sa belle (auto) au risque de l'emboutir ; Mr T. lui a adressé un amical coup de klaxon, auquel l'autre a répondu par un gentil signe, en lui montrant son majeur levé, un gentil sourire en plus, agrémenté de bave au coin des lèvres.

Encore ému par ce témoignage de gentillesse, Mr T. a abordé ensuite le flot des véhicules qui se trainait lamentablement devant lui ; que voulez vous, en ce jour béni, chacun rêvait sans doute de rencontrer un gentil policier pour le remercier de sa légendaire gentillesse pour le cas où il entendrait vous gratifier d'une petite photo de vous au volant de votre voiture, scène émouvante que lui seul peut immortaliser de l'extérieur. Bref, cette gentille léthargie au volant ravissait Mr T. au point qu'il en ait remercié les aimables dormeurs par d'amicaux appels de phare.

Voilà notre couple arrivé dans la généreuse zone commerciale où apparemment tous les gentils du coin avaient décidé de se réunir ; parking bondé, et là, très gentil miracle, Mr T. trouve un gentil conducteur qui libère sa place : sa gentille femme était justement en train de lui dire qu'il avait une chance de c. (elle n'a pas eu le temps de finir le mot), quand un aimable jeune éphèbe, avec un « A » sur l'arrière train, est venu couper son élan pour s'enfiler dans sa place avant lui; il a remercié ce gentil néophyte en lui demandant, dans l'entrebâillement de sa portière promptement ouverte, quel gentil débile lui avait refilé son papier rose. En sortant de son bolide relooké, ce jeune anthropopithèque s'est inquiété de ce qui préoccupait Mr T. et s'est gentiment proposé de refermer sa porte sur son joli minois. Fuyons, dit-il à sa passagère.

Dans les magasins, Mr T. a gentiment suivi sa tendre moitié partout où elle entrait et a même très gentiment prêté la main à quelques essayages vestimentaires sous les tropiques des sunlights, en donnant son avis, généreusement sollicité ; ayant le même goût que celui de son gentil banquier, Mr T. a trouvé que le vestiaire proposé à la vente était de piètre qualité pour le gentil prix ; les aimables vendeuses, au début légèrement contrariées par ses appréciations, ont fini par adopter ses thèses, et il lui a même semblé entendre l'une d'elle le remercier chaleureusement de sa contribution par un très gentil petit nom d'oiseau.

Preuve de sa gentillesse, Mr T. a ensuite offert à sa moitié de partager son frugal repas dans un estaminet sympa, où les gentilles serveuses ont mis trois quart d'heure à découvrir leur présence ; l'une d'elle, encore plus gentille, est venue leur demander ce qui leur ferait plaisir ; notre gentil homme lui ayant très courtoisement répondu qu'ils souhaitaient seulement déjeuner, elle a gentiment accepté de prendre en note leur choix, et de revenir, trois quart d'heure plus tard, leur jeter aimablement l'assiette des entrées sur la table. Bref, pour faire court, deux heures plus tard nos gracieux tourtereaux avaient avalé leur gentil café final, et une demi-heure après, leur bienfaitrice consentait à leur présenter une sympathique addition aussi longue que son service. La gentille femme de notre homme était très excitée à l'idée de la remercier chaleureusement de sa gracieuse et efficace prestation.

Pour digérer l'ensemble, l'idée leur vint d'entreprendre, sous ce beau soleil hivernal, une agréable petite promenade le long du fleuve ; le parking était plein et Mr T. a du stationner dans un pré voisin, où un charmant riverain est venu lui rappeler ce qu'était le droit de propriété, au terme d'un discours argumenté et bien charpenté: cet aimable débat l'a conduit à devoir déplacer aimablement son véhicule, avec toute l'émotion due à tant de gentillesse. Et voilà enfin notre gentil couple sur le sentier de halage, où les vilaines intempéries des jours précédents avaient laissé quelques traces humides, dans lesquelles la tendre épouse a pris plaisir à laisser patauger ses escarpins, ce qui a valu entre eux quelques doux échanges sur les bienfaits de la nature. Ils ont néanmoins pris plaisir à croiser tous ces gentils promeneurs, en bottes et K-ways, qui leur adressaient de gentils compliments et encouragements, en souriant par gentille moquerie ; notre couple a même pris soin de remercier la dame qui, tractée par son gentil chien au bout d'une laisse distendue par l'effort, avait trouvé répit lorsque l'animal avait décidé de laisser une gentille trace de son passage, au milieu du parcours pédestre ; pudique, la maitresse regardait ailleurs comme si Médor avait appartenu à autrui et elle repartit en leur offrant la vue imprenable sur son aimable et généreuse croupe. L'étron ravira tous les gentils promeneurs du lieu et participera à la régénérescence de Dame Nature.

Fourbus et crottés, le retour du couple au sweet-home fut le bienvenu, sauf qu'un gentil inconnu avait décidé de se garer devant leur garage ; ils ont échangé à son retour quelques gentilles amabilités sur le bonheur de ce jour mémorable.

Enfin, fauteuil télé : et là, la gentille journée finit dans le drame : voilà que l'on annonce que notre gracieux premier ministre n'est plus et que notre gentil Président a été contraint d'abandonner son club de gentils copains pour rentrer bosser un Dimanche ! « J'ai une gentille tuile » aurait-il dit en partant, sans même prendre le temps de se poster au milieu de la photo de famille au milieu des grands. Il parait qu'il n'a même pas eu le temps de finir la partie de Monopoly à moins qu'il ne s'agisse d'un poker menteur, et a du tester inopinément la capacité de son aéronef d'occasion, EMMAUS ONE, à effectuer cul sur tête un trajet retour, alors que les réacteurs n'étaient pas encore refroidis du trajet aller. La gentille France va bien mal finir cette mémorable journée : le joujou de Noël tiendra-t-il le choc d'un tel trajet retour, et si oui, que sera celui de notre vénéré voyageur de commerce en découvrant que les bureaux ministériels sont désertés en son absence ? En plus, un Samedi, jour qui permet de gagner plus ! Sa gentillesse légendaire n'en sera-t-elle pas affectée. La France reste médusée, comme sur le radeau éponyme à la dérive.

Heureusement, la journée des gentillesses n'est pas achevée, et les nouvelles deviennent rassurantes : l'avion a tenu et son gentil passager a regagné son château, pour s'asseoir illico à sa table et entreprendre son gentil et traditionnel jeu de réussite, comme le Grand Charles ; il a réussi à joindre et rencontrer son FILLON mignon et lui a même très, très, très longuement serré sa gentille main, au point de ne plus vouloir la lâcher, sinon pour lui adresser ensuite un très, très gentil petit signe de la mimine, qui, de source autorisée, signifierait « à tout à l'heure, mon mignon ».

On se disait bien, quand même, que ce jour ne pourrait pas s'achever dans la méchanceté : au moins une fois l'an, si ce jour est gentiment reconduit, tout le monde il sera beau et peut-être gentil. Mais attention, la gentillesse cache souvent des lèche botte au repos ; demain sera le jour de leur réveil et seuls retomberont dans l'anonymat les vrais gentils qui n'aspirent à rien d'autre que d'être à l'écoute de leur prochain.

Pour les autres, il reste 364 jours pour s'éclater, après cette bonne journée de remise en forme linguale.

Par jean-claude.guillard le 06/11/10
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REFORME - PROCEDURE CIVILE- APPEL -

Nous autres, avocats, sommes astreints à une formation professionnelle continue, ce qui permet de se tenir informé des nouveautés qui foisonnent sous le règne du Tsar Nicolas le Réformateur : le grand chantier de la nouvelle Justice du XXIème siècle est en marche, et les petites mains sont à la peine pour sortir à tire-larigot quelques petits bijoux, avant que n'expire le quinquennat ; quelle idée d'avoir ainsi réduit le septennat, durée qui avait permis aux éminents juristes de l'époque de pondre le chef d'oeuvre de Napoléon, son Code civil éponyme.

Le dénominateur commun de ces réformes est la dématérialisation des procédures permettant de proposer une sorte de justice par SMS, où magistrats et auxiliaires délaisseront les salles d'audiences pour surveiller sur écran les frémissements de leurs boites mails : la Justice en temps réel, avec des délais record et une charge de travail accrue pour tout le monde, sans bien évidemment créer de nouveaux postes de fonctionnaires, budget oblige.

Parfois, la réformite aigue connait ses couacs si l'intendance ne suit pas : prenez la réforme de la procédure d'appel en matière civile avec représentation obligatoire (vous ne pouvez vous défendre que par l'intermédiaire d'un avocat ) ; à l'époque où la justice était humanisée, des avoués faisaient le lien entre le juge d'appel et l'avocat, étant sur place au siège des Cours d'Appel ; exit les avoués, puisque l'avocat, où qu'il réside, pourra désormais « correspondre » avec le juge, pourvu qu'il soit doté d'une ligne ADSL. Alors, il fallait évidemment définir les règles du jeu de cette communication nouvelle.

Avant que ne surviennent les fêtes de Noël 2009, le 9 décembre, Monsieur FILLON, grand vizir du Réformateur, a eu le privilège de porter sa griffe au bas d'un Décret qui vaut à tous les professionnels du Droit de s'arracher cheveux et perruques, lors d'enrichissantes formations professionnelles. La technique faisant souvent défaut, ce texte ne sera réellement applicable que lorsque toutes les Cours d'Appel disposeront de l'outil informatique permettant la connexion avec les avocats, ce qui permet de disposer d'un laps de temps pour savoir ce que signifient certains des articles de ce chef d'oeuvre de Décret.

La palme en revient, de loin, à l'article 913 qui est censé traiter des coups de bâton que le juge en charge du suivi informatique pourra administrer aux avocats : chaque mot, chaque lettre compte ! Le mieux est de vous le reproduire in extenso :

« Art. 913.-Sans préjudice de l'application des articles 908, 909 et 910, si l'une des parties n'a pas accompli les actes de la procédure dans le délai imparti, le conseiller de la mise en état ordonne la clôture à son égard à moins qu'il n'estime n'y avoir lieu à clôture partielle , d'office ou à la demande d'une autre partie ; dans ce dernier cas, il se prononce par ordonnance motivée non susceptible de recours. Copie de l'ordonnance de clôture est adressée à la partie défaillante, à son domicile réel ou à sa résidence » (je vous fais grâce des alinéas suivants)

L'exégète s'en donne à coeur joie : ainsi nos formations intenses deviennent une foire d'empoigne, chacun trouvant son bonheur dans l'interprétation d'une double négation ; que voulez vous, le juriste est à la base un littéraire et prend soin d'analyser un texte, avec ses choix de mots (notez le « à son domicile réel ou à sa résidence ») ou l'emplacement des virgules.

Je laisse à chacun le soin de poster son commentaire interprétatif sur la chose, histoire de s'amuser un peu.

Désormais, le recours au Conseil Constitutionnel est insuffisant pour valider une disposition légale, et il est impératif de mettre en place un recours nouveau à... l'Académie Française !

Que le scribe de ce Décret se dénonce et précise sa pensée pour éviter aux malheureux utilisateurs de textes de cette qualité d'y passer des nuits entières de réflexion, sachant que leurs jours seront consacrés à libeller des actes et conclusions dans des délais raccourcis à l'extrême, au surplus dans des formes imposées, pour que leur lecture en soit agréable aux juges, qui n'ont plus le temps ni la tête à l'exégèse.

Je ne veux pas alourdir ma prose, en vous révélant ce que m'inspirent certains autres articles de ce Décret, vous en laissant juges, notamment les 903 ou 911 qui semblent démontrer que leur auteur n'a jamais mis les pieds dans une juridiction civile, n'a jamais imaginé qu'un procès puisse opposer plus de deux parties, notamment.

La Justice était sereine et pas plus lente que les autres administrations ; le fouet qui lui est administré sévèrement va cruellement l'affaiblir, et générer des pertes, à l'instar de celles que subissent les patients d'une médecine hospitalière démantelée, ou les générations futures d'une éducation nationale anéantie.

Chaque révolution laisse ses champs de ruines et une place à la reconstruction : avant cette renaissance, accepterons-nous de périr dans le ridicule ?