jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 21/07/11
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Alors que l'avenir de la zone euro apparait bien sombre au regard des divergences des uns et des autres sur les mesures à prendre pour sauver une économie précaire, l'euro tient bon à en juger par les titres de la presse du jour, qui est bien réconfortante.

Monsieur X va empocher 23 000 000 de pièces d'un euro pour avoir coché les bonnes cases d'une grille de loto, gain bien misérable comparé aux 185 000 000 de pièces engrangées par un britannique il y a quelques semaines, qui n'a que faire du cours de la livre sterling.

Dans le même temps, nos médecins, nettement moins bien lotis, peuvent espérer un bonus de 9000 misérables pièces par an, s'ils ont été performants ; diable, y aurait-il des médecins non performants ? Horresco referens ! Il faut souhaiter qu'un palmarès annuel des médecins soit établi pour que les patients évitent les moins performants, et viennent enrichir un peu plus les heureux bonifiés. Il est vrai que les conventions liant les toubibs aux caisses maladie sont quasiment à ranger dans les archives tant la mode est au dépassement d'honoraire et que la plupart des spécialistes n'a même plus souvenir que de telles conventions aient été signées. Je suis persuadé que si l'on interroge un médecin faisant fi des conventions pour lui demander s'il est performant, il répondra que sa performance personnelle résulte du nombre d'euros qu'il aura empoché dans son année ; a priori, l'indice de performance n'est sans doute pas le même pour les caisses et les mutuelles. Mon vieil instituteur de l'école communale nous collait un coup de règle sur les doigts si l'on additionnait les pommes et les carottes. En fait, la seule performance d'un médecin est de tout faire pour soigner au mieux ses patients, tant que faire se peut, et celle qui mérite bonus est seulement celle qui fut accomplie gracieusement, si le patient ne disposait pas de moyens de payer. Le bonus devrait être pour le médecin ce que la promotion dans l'ordre du mérite était autrefois pour la société civile, avant que ne soient récompensés ceux dont le seul mérite n'était que d'avoir bien voté.

Heureusement qu'il existe encore des personnes qui ne pensent qu'à leur prochain : dans cette guerre de l'euro, notre première Dame montre l'exemple en révélant comment se procurer quelques subsides pour les reverser aux pauvres gens ; l'imagination est d'une aide précieuse et l'audace est souvent récompensée. Toute à la joie de donner à la France un héritier, elle a l'heureuse idée de solliciter d'un magazine galactique spécialisé une contribution de quelques milliers d'euros pour en doter la caisse des orphelins de la Marine, en contrepartie de la publication d'une photographie de son ventre rond. Cette générosité est à remarquer et à louer. Cet exemple ne peut qu'être vanté et permet de constater qu'il est aisé de faire le bien autour de soi sans trop se ruiner.

Quoique l'on en dise, l'euro, comme notre bon vieux franc, a toujours du succès, et comme le diraient tous les précités, mieux vaut être bien portant et plein d'oseille que pauvre et malade.

Si vous n'êtes pas médecin déconventionné ou célèbre, il ne vous reste que de tenter votre chance au loto : pas besoin de se ruiner, puisque, comme vous n'avez qu'une seule chance sur 76.275.360 de cocher les bons numéros, une seule grille suffit pour la tenter, avec les pièces jaunes qui vous restent et qui trainent au fond de vos poches. Deux grilles sont inutiles, puisqu'il n'existe qu'une seule chance, forcément la votre. On ne va quand même pas gaspiller nos chers euros.

Et puis, si vous ne gagnez pas cette fois là, réjouissez vous : vous aurez eu le bonheur de participer à la constitution du gain de l'heureux gagnant, comme vous aurez contribué au bonheur des médecins performants, ou même mieux à celui des orphelins de la Marine en ayant acheté le généreux magazine. Il y a toujours un cochon de payant, et là vous êtes toujours gagnants.

Par jean-claude.guillard le 12/07/11
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Voilà, c'est encore pour ma poire !

Mon journal préféré fait sa Une avec la photo de mon cabinet, dans une configuration avant- gardiste, tout ça parce que notre bon prévôt a quelques idées de grandeur, histoire de se rappeler au bon souvenir de ses administrés.

Le problème est le suivant : depuis les Illusions Perdues, nul n'ignore dans le royaume que notre Cité perchée sur son Plateau enserre dans ses murailles « la noblesse et le pouvoir », dont le regard hautain méprise et envie « le commerce et l'argent » du bas, vautré le long du fleuve ; l'accès au Plateau, à l'origine fermé par de hautes portes, était permis au bas peuple, lors d'invasions barbares, par de petites ruelles étroites qu'il fallait escalader à la hâte sous la menace. Puis, des urbanistes rénovateurs ont entendu réduire la hauteur des murailles, démolir les portes et ouvrir des avenues, dont l'une fut longtemps appelée « de la Folie ». Il n'en restait pas moins que le Plateau restait et reste difficilement accessible aux non sportifs, épuisés à l'avance de constater la rudesse de la pente.

Mais voilà que notre ville est entrée dans le XXIème siècle avec un cadeau du ciel, ou plutôt de la SNCF qui va transformer notre vieille gare à bidasses en chef d'oeuvre économique, pour accueillir le nouvelle ligne à très grande vitesse, permettant de situer ANGOULEME dans la couronne périphérique de la capitale du royaume et en banlieue bordelaise. L'Eldorado du prévôt. Le « commerce et l'argent » vont renaitre de leurs cendres dans les faubourgs d'en bas, et ceux d'en haut entendent bien partager le festin et la gloire.

Le seul problème est qu'aucun train n'a jamais réussi à se hisser en haut du Plateau, et que la énième merveille du monde est en bas, où vit la populace ; comment donc partager le trésor annoncé entre ceux du haut et ceux du bas ? Les idées n'ont pas manqué depuis des lustres, tel celle d' un pionner de l'aviation qui avait trouvé comment descendre rapidement du Plateau avec l'ancêtre du deltaplane et qui s'est ensuite retrouvé infirme, faute d'avoir imaginé comment remonter ; ou encore, version moderne, le funiculaire de Montmartre, ou les cabines suspendues chères à nos stations de ski, jolis oeufs planant au-dessus de nos têtes.

Bref, il fallait une étude sérieuse : elle fut confiée à un cabinet d'architecte parisien apparemment seul apte à concevoir un projet d'envergure pour relier le commerce au pouvoir. Moyennant quelque rétribution non encore connue, le génial créateur a trouvé une idée originale, piochée dans sa contemplation de la configuration des lieux. Il existait jusqu'alors, à hauteur du Marché qui domine la gare, un escalier fort raide et souvent mal famé, emprunté par les voyageurs pressés, qui le dévalaient au péril de leur vie, pour arriver à proximité de la station. De mon observatoire privilégié je n'ai que rarement vu les mêmes entreprendre l'escalade à leur retour ! Bref, au prix d'une cogitation intense, la lumière fut : escalier = pénible ; escalier pénible à monter = ascenseur ! Yes, eurêka, I do !

De là naquit un projet inimaginable, donnant du rose aux joues à notre prévôt et à sa Cour. Certes, un ascenseur est connu pour monter et descendre à la verticale, ce qui justifiait une petite adaptation, par la création d'une longue passerelle joignant d'un coté le dernier étage d'une tour desservie par l'engin, et de l'autre le rebord du Plateau, soit GRRRRR, face à la porte de mes bureaux !!!! Malheur à ceux qui sont sujets au vertige, les murailles étant à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Rassurez-vous, nos pompiers disposent d'une équipe spécialisée apte à intervenir en zone hostile pour aller chercher l'imprudent tétanisé au milieu du gué. Réjouissez-vous, vous avez échappé au pont de singe que la crise économique vous promettait. Petite pause humour : dans une boite à idée, il doit rester la trace d'un vestige bédéphile, dit « fusée Tintin » ; la tour pourrait être ainsi habillée au pays de la BD...

L'ascension vers le Saint des saints est donc assurée, et vu le trafic promis une fois la new station en service, ça risque de bouchonner grave aux portes du paradis ; pour ceux qui descendront, et qui ont un train à prendre, le risque de devoir prendre le suivant est réel, sauf..., si je puis me permettre une modeste suggestion, à envisager un mode de descente accéléré, à mi chemin entre l'escalier et le descenseur : une bonne vieille tyrolienne qui ne dénoterait pas à coté du pont de singe.

Enfin, notre bonne ville, coupée en deux, va pouvoir recoller les morceaux, et retrouver ses illusions. Hein ? Combien ça coûte ? Ne vous inquiétez pas ! Un stage dans l'Ile de Ré vous apprendra qu'un bel ouvrage d'art est très vite rentabilisé, si l'on a la sagesse de mettre un guichet en haut et en bas. Rien n'est gratuit en notre royaume.

Quant à moi, sur cet emplacement devenu stratégique, je pense ouvrir une boutique à souvenirs avec plein de boules à neige avec un TGV dedans, d'assiettes et mazagrans à l'effigie du prévôt, et des tirelires en forme d'ascenseur qui montera et descendra pour engloutir la menue monnaie.

Dernier petit détail : le Peï de l'ascenseur devrait trouver un emplacement en bas pour installer des « bulles » en dur, pour libérer nos places et esplanades d'en haut, afin de les rendre aux habitants ; le coût d'un monte charge serait ainsi économisé.

Photo repro. Charente Libre-

Atelier Cité Architecture

Par jean-claude.guillard le 05/07/11
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Le prix de la gaudriole ou la rançon de la gloire

Notre philosophe rocker, le grand Johnny lui-même, estime que plus on est riche, plus on est exposé aux malfaisants de tous poils. Pour avoir lui-même fait l'expérience d'une accusation semblable à celle dans laquelle DSK se débat, de laquelle il fut blanchi, il compatit aux misères de l'ex-patron du FMI.

L'avocat ne peut que faire le lien entre richesse et pauvreté, entre justice à l'américaine et justice de chez nous. Plus on est riche, mieux peut-on se défendre. A la mode US, les millions de dollars engloutis dans l'affaire DSK pour tenter de faire la lumière sur la vérité du dossier donnent le vertige ; c'est le prix de cette vérité sans doute : mais à ce stade qu'en est-il réellement ? L'accusé sortant soulagé de son bracelet électronique au terme de la dernière réunion chez le juge, allant joyeusement festoyer entre amis dans un restaurant huppé, mais restant encore inculpé d'un viol qui ne pourrait être qu'un simple rapport consenti avec une femme de ménage ; une accusatrice manipulatrice ou vénale qui aurait offert son corps à un people, sans être payée en retour, et qui voudrait gonfler sa mise. Le tout sur fond politique d'un procureur élu qui ne tient pas à perdre la sienne et d'avocats illustres qui aspirent à accroitre la leur.

Au royaume de France, la Sainte Inquisition avait les moyens pour faire avouer le coupable désigné qui finissait illico sur le bucher l'expédiant derechef en enfer ; la laïcité moderne a permis que les aveux plus ou moins spontanés soient recueillis par la maréchaussée au terme d'une garde à vue éprouvante, le tout dans le plus grand respect du contribuable, l'interrogateur percevant le même salaire mensuel que s'il avait vaqué à une autre occupation. Peu de frais non plus générés par le défenseur des démunis, dont le rôle d'assistant social lui interdisait d'avoir la moindre idée du dossier. Les nantis pouvaient cependant s'offrir un tel assistant social de prestige, à leurs frais, adapté à leur condition. Et, puis, patatras, voilà que les grands principes imposent une défense plus active en permettant aux avocats de passer leur temps en compagnie de leur client interrogé. Grand chamboulement pour les enquêteurs, qui préfèrent désormais travailler la nuit, allez donc savoir pourquoi ; grand chamboulement pour les avocats insomniaques qui doivent gérer les urgences nocturnes. Le riche client pourra s'offrir deux avocats, un de jour, l'autre de nuit. Le démuni découvrira l'avocat assurant la permanence qui ne pourra s'empêcher la nuit de penser à la miséreuse indemnité prévue pour sa participation, qui est encore débattue dans les ministères concernés. Dans les deux cas, le boulot sera le même, seule la rémunération différente.

L'enquête mode US mobilise de multiples intervenants, qui, sous l'égide du procureur, vont avoir accès à tout pour conforter la réalité de l'accusation, quitte à trouver des éléments à décharge qui ne pourront être masqués, sous peine que la défense, elle-même dotée de pouvoirs d'investigations, ne fasse main basse sur ces mêmes éléments pour mettre à mal l'accusation devant les jurés. Chez nous, à partir des éléments recueillis lors de l'enquête initiale, puis en garde à vue, le présumé innocent est renvoyé la plupart du temps devant ses juges, et l'avocat doit se débrouiller avec le dossier ficelé dont copie lui est alors donnée. Dans les cas les plus graves, le juge d'instruction, celui qui devait disparaitre du paysage de la justice pénale, va, sur la base du dossier d'enquête, instruire à charge et à décharge ; il est difficile de trouver dans l'enquête initiale de quelconques éléments à décharge, sinon un sommaire rapport d'expertise psychologique ou d'enquête sociale. L'avocat n'a aucun pouvoir d'investigation, et il doit demander au juge d'instruction, s'il le veut, de lancer ses enquêteurs ou experts à la recherche de tel élément pouvant être utile à son client.

J'ai en mémoire, dans un dossier de viol supposé destiné à alimenter une session de Cour d'Assises, la contribution à décharge d'un juge d'instruction auquel je demandais seulement de poser une question à la victime lors d'une confrontation avec son supposé agresseur. La demoiselle avait attendu 6 mois, après ce jour maudit où elle avait invité le type à monter chez elle prendre un verre, pour déposer sa plainte, et mon client avait eu entretemps confirmation d'un de ses copains qu'elle avait entretenu une liaison intime totalement consentie avec ce dernier, le lendemain du supposé viol, ce qui m'apparaissait incongru pour une femme qui venait juste de subir une agression criminelle. La question consistait seulement à savoir si elle reconnaissait ce fait. Le juge, outré par ma question à décharge, refusa qu'elle soit posée et sur mes protestations dénia aussi qu'il en soit fait mention dans le PV de confrontation, malgré mon ire. Le motif invoqué fut : la vie privée de la supposée victime, auquel je ne pouvais ainsi porter atteinte. Le nom de l'heureux témoin fut fourni avec demande d'audition, en vain, pour le même motif. Son témoignage écrit fut produit au dossier, mais rejeté itou par le juge !

Cet exemple, appliqué au dossier DSK, n'aurait pas permis de fouiller dans la vie privée de la victime, et nul doute que l'intéressé, ainsi privé de tous moyens à décharge aurait achevé sa carrière à croupir au fond d'une prison US ; Il est heureux que l'ex patron du FMI ait commis son geste outre atlantique, là où le procureur accusateur lui-même vient lui servir des éléments majeurs de défense.

Reste à savoir si la fortune dont disposait l'intéressé, ainsi que sa renommée, n'ont pas éveillé une crainte légitime de bavure dans l'esprit du procureur élu, le conduisant à une prudence bienvenue, qui n'aurait peut-être pas été de mise pour un vulgaire péquin sans le sou, comme il en existe beaucoup là bas, attendant la chaise électrique, dont certains échappent par un miracle de la science biologique qui va les disculper au dernier moment, grâce aux fonds recueillis sur le tard par les abolitionnistes.

Johnny n'a pas tort : plus on est riche, plus on est exposé, et plus on a de chances de s'en sortir.

Bon, DSK n'en est pas encore totalement sorti puisqu'il reste à juger s'il a honoré la dame du Sofitel, de son plein gré ou à l'insu de son plein gré, sans bourse délier ou moyennant commission impayée. Les deux protagonistes, seulement présumés coupable ou victime, vont être bientôt fixés sur leur sort.

Et, dans le lointain de nos campagnes, le coeur des vierges effarouchées entonne le chant du complot, avec le mince espoir de retrouver leur candidat blanchi, postulant à la quête du graal. Un tel complot, s'il avait existé, aurait pu être déjoué aisément. Comment un candidat très sérieux, à quelques mois d'une échéance capitale pour lui, aurait-il pu tomber dans un piège aussi grossier ? Ayant d'autres chats à fouetter, et doté d'une épouse aimante, n'aurait-il pu tout simplement repousser les avances ancillaires ou vénales, ou encore réfréner des ardeurs personnelles en pensant... à la France ?

Restera donc le fait que l'honorable politicien a commis à la sauvette un acte d'adultère, sauf à prouver qu'il fut lui-même violé par une diablesse : le puritanisme anglo-saxon s'étrangle, alors que le judéo-christianisme estampillé gaulois s'étouffe d'en rire sous cape, sexus politicus oblige.

La gaudriole deviendrait-elle un critère de choix de l'homme destiné aux plus hautes fonctions de l'Etat, ajoutée à la fortune nécessaire pour payer la rançon de la gloire ?

Par jean-claude.guillard le 02/07/11
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Chaude période pour les cabinets d'avocats traitant du droit de la famille. Le divorce était bouclé depuis longtemps, le dossier archivé, et voilà que le téléphone n'arrête pas de sonner, le client étant dans un état d'excitation extrême. Le motif ? Toujours le même en cette période ! Le droit d'hébergement sur les enfants durant les vacances d'été. Faute de dialogue entre les parents pour s'accorder sur les jours et heures d'exercice de ce droit, puis sur ceux du retour, on a ressorti les armes.

- Allo Maître, mon ex vient de m'appeler pour me dire qu'il emmenait les enfants en vacances demain, dès l'aube, et que je devais les tenir prêts et... il refuse de me dire où il va ! Demain, c'est le premier juillet mais c'est un vendredi, et ce n'est pas son week-end de garde !!!

- Allo Maitre, ma femme, heu...mon ex, refuse que je prenne les enfants en vacances demain, mais dimanche soir parce que c'est son week-end de garde, et en plus, elle voudrait que je lui dise où je vais avec eux, sinon, elle ne me les donne pas ! Et puis quoi aussi, elle ne me dit pas où elle va quand ils partent avec elle !!!

- Allo Maître, c'est encore moi, mon ex vient de me rappeler ! Il dit qu'il sera bien là demain, avec la police ! Et en plus, il ne veut pas me dire quand il me les ramènera...

- Allo Maître, ma femme, heu...mon ex, ne veut plus me laisser les enfants si je ne lui donne pas la date de mon retour et l'heure, et elle me menace de porter plainte pour violation de domicile si je viens chez elle !

Ah, heureuse période pour les cabinets d'avocats, qui répondent sans cesse que le jugement fixe les droits d'accueil, qu'il faut donc le ressortir du placard, le lire et l'appliquer. La plupart du temps on ne retrouve plus ce foutu jugement...Peu de temps après, lecture faite s'il a été retrouvé, les deux joyeux parents ne sont toujours pas d'accord sur l'interprétation de son contenu, qu'il leur faut donc expliciter, selon la rédaction du juge qui peut être variable;

il y a en effet la fameuse « première moitié des vacances d'été les années paires pour le père » (sans doute pour la rime) suivi évidemment de la « seconde moitié les années impaires pour la mère » (aucune rime riche possible). Misère, voilà les deux opposants, dotés chacun d'un calendrier, en train de compter les jours de chacun, pour voir si l'autre ne va pas lui en piquer un. Et encore faut-il déterminer le jour du retour ou plus exactement de la restitution des têtes blondes.

Le tout étant traité téléphoniquement entre eux, avec répercussion immédiate sur les avocats respectifs, la journée est longue et la facture téléphonique salée, d'autant évidemment de nombreux couples ont tous les mêmes discussions et problèmes au même moment. Le secrétariat est mobilisé au standard ainsi que tout le staff technique pour gérer les départs en congés payés de parents et marmaille ; on dirait la pagaille des contribuables au guichet des impôts au dernier jour de la déclaration de revenus !

Au bord de l'épuisement l'avocat reçoit alors le coup fatal : « allo Maître, c'est encore moi ; bon ça tourne au vinaigre, saisissez immédiatement le juge pour fixer les jours et horaires de départ et de retour » !!! Il faut là expliquer que demain, il n'y a pas d'audience, que les juges ont aussi des congés, qu'il est impossible, de toute façon, de faire convoquer l'autre du jour au lendemain, etc.

Après quelques amabilités sur le fonctionnement de la Justice, l'homme épuisé finit par exiger de vous une négociation immédiate avec l'avocat adverse, par fax ou mail, pour que les dates et heures soient fixées derechef. Par chance, le confrère est là, également anéanti par sa cliente ; on discute, on reprend le jugement et ses énonciations, on tombe d'accord sur les jours, et on propose des heures ; on demande au secrétariat d'établir des courriers confirmatifs dont les termes seront soumis aux deux clients...

Et puis, plus rien ! La soirée s'achève dans un silence assourdissant du téléphone. Le temps des valises est venu ; certes, il arrive parfois que la maréchaussée mobilisée sur les routes soit contrainte de lâcher le cinémomètre pour aller calmer l'ultime rencontre les parents avant le départ pour que soit assurée la sécurité des biens et des personnes ; Ouf, ça y est, on a réussi à enfourner les gamins dans le véhicule paternel, au milieu des valises, et du bocal du poisson rouge ; démarrage en trombe sous les vociférations maternelles ; les menottes des petits s'agitent par la fenêtre de la portière, tandis que papa gratifie aussi son ex d'un geste amical, le majeur élevé.

Allez, encore quelques heures d'effort dans les bouchons, pour parvenir au camping.

Les cabinets d'avocats respirent, le téléphone surchauffé commence à refroidir. Débriefing, car demain on reprend les affaires courantes... jusqu'au grand chassé croisé de fin juillet début août !Alors là je ne vous dis pas : retards de restitution de mômes ou traitements des incidents mineurs survenus durant les vacances pour les juilletistes de retour, problèmes de jours et horaires pour les aoûtiens sur le départ.

Et vous, cher Maître, quand prenez vous vos vacances ? Heu, à la rentrée des classes...