jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 20/04/12
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Ouf, ça y est, on va pouvoir en finir de soirées fastidieuses et répétitives qui nous gâchaient l'épisode fatidique de notre série américaine préférée, ou nous privaient d'une mi-temps au moins du match de foot de l'année, ou pire encore du documentaire sur la vie intime du frelon asiatique. Et tout ça pour savoir quel bulletin mettre dans l'urne le jour J.

Pas un soir sans que l'on ne trouve sur nos écrans familiaux l'un des personnages ayant réussi à dégoter 500 signatures pour avoir le droit de venir nous asséner de lénifiants discours sur sa vision future de notre monde franchouillard. Et, pour ceux qui l'auraient raté, le même se produit sur une autre chaine dès les jours suivants, à la suite de ses compères. Une vraie tournante, je vous dis.

Désormais, pour les allergiques aux médias, le portrait des impétrants à la Présidence de la République (il convient quand même de le rappeler) s'affiche dans nos villes, sur des panneaux idoines, tels les piloris de jadis qui permettaient à la plèbe de bombarder les têtes exposées de tous projectiles disponibles.

Dans quelques heures, les candidats seront muets pour laisser aux citoyens le temps de digérer la pitance servie jusqu'à l'indigestion ; il leur faudra choisir les deux survivants aptes à leur préparer la meilleure soupe, ou à défaut celui ayant la meilleure facture. Et pour les membres du jury qui n'auraient ni vu ni entendu, nos boites à lettres se sont remplies d'un coup de la prose de chacun, avec son portrait dédicacé.

Alors, sur les dix candidats, à la fin du jeu après les épreuves de confort et de survie, il n'en restera qu'un, comme dirait un présentateur télé spécialiste en survivance.

Il est déjà possible de les classer par rubriques, selon qu'ils croient vraiment à leur chance d'endosser le costar du détenteur du code de la force de frappe, ou bien qu'ils ne sont là que pour faire de la figuration, pour leur compte ou celui d'un autre candidat, le temps du premier tour de manège.

Dans la seconde catégorie, figurent deux candidats révolutionnaires portés par les militants au rang de têtes de gondole ; un homme au regard attendrissant et au nom enfantin, totalement atypique dans sa course au pouvoir, puisqu'il n'en veut pas pour lui-même, rêvant de l'offrir à ses sympathisants pour qu'ils coupent dans la joie et la bonne humeur quelques têtes d'un ancien et honni régime capitaliste. Son discours est particulier, mais il a su trouver le ton de la bonne humeur, ce qui prouve que nul n'est parfait. Et, puis, vient son pendant féminin, héritière de l'illustre Arlette détentrice du record de participations au jeu, qui affiche aussi son goût prononcé pour les thèses radicales tendant à liquider tout ce qui n'appartient pas à la classe laborieuse, dont elle exclut les bourgeois, qui ne seraient pas à ses yeux des producteurs, mais des privilégiés: c'est bon à savoir ; la dame, au look idoine à celui d'une Arlette jeune, a par contre le défaut de ne pas pouvoir maîtriser son discours, emportée par quelques mimiques haineuses qui font froid dans le dos de l'auditeur, qui ne peut s'empêcher de se tâter le col pour savoir si sa tête est encore sur ses épaules.

En vérité, ces deux là qui n'ont aucun espoir de bien figurer, roulent, sans vouloir le révéler, pour autrui, si bien que la bourgeoisie décriée aura la chance de bénéficier indirectement de leurs ultimes faveurs.

Et puis, à ranger aussi dans la catégorie des figurants, un homme d'âge mûr, dégarni et grisonnant, portant cravate et lunettes fines, sorti de nulle part, au discours cohérent, chantre de la physique nucléaire et des voyages interplanétaires, qui, faute de parti, en est à chercher des sympathisants martiens plutôt que des honneurs : un gourou de la politique scientifique pour amateurs éclairés

Dans une catégorie supérieure, l'erreur de casting de l'année : la dame qui ose porter de vilains bésicles verts en plastique, sans doute pour que l'on identifie ce qui est écolo chez elle ; elle est la suppléante par défaut de l'icône d'Ushuaia, coq effrayé par la cacophonie du poulailler bio. La Nature étant disparate, la candidate n'a pas le profil télégénique, et son discours est hésitant et mièvre, au point que l'on a du mal à imaginer qu'elle fut il y a peu la terreur des délinquants en col blanc, réels ou supposés. Tous en ont gardé un souvenir ému et regrettent sans doute qu'elle n'ait pas été dotée à l'époque de ses vertes lunettes qui auraient détendu l'ambiance. L'ex blonde scandinave, à l'accent délicieux mais peu compréhensible, n'a pas su mettre ses charmes en valeur, et risque d'entrainer ses adeptes au ras des pâquerettes du pré verdoyant de leurs rêves.

Et, puis, voilà Jean-Luc, ex-socialiste reconverti dans un front de gauche, qui s'est trouvé une vocation de rock star pour organiser des concerts géants et gratuits très prisés par le peuple avide de jeux du cirque, à défaut de pain. L'homme a la verve et la dialectique pour faire vibrer ses fans : on n'est jamais aussi heureux que d'écouter ce que l'on a espéré entendre. C'est dans la lignée d'un célèbre « je vous ai compris », dont nul n'ignore désormais la portée. Jean-Luc récolte des fruits qu'il ira ensuite déposer dans la corbeille de ses anciens compagnons de route ; il n'a heureusement aucune vocation à endosser le treillis de chef des armées, lui qui a voté jadis contre l'entrée en guerre de la France aux cotés de ses alliés pour venir au secours du petit Koweït envahi. NDLR: rien à voir avec Jean-Luc LAHAYE, chanteur et gloire des années passées.

A tribord toutes : au bout de l'échiquier, Marine, jeune femme ayant hérité des gênes gênants de son paternel, mais qui affirme avoir subi un traitement spécifique pour les faire disparaitre. Aucun certificat médical n'est produit. Elle a son franc-parler, cogne sur tout ce qui bouge, et prétend avoir entendu des voix célestes pour bouter hors de France tout ce qui ne lui apparait pas franc, mais prône le rétablissement du franc ! Va comprendre Charles... Sa spécialité, c'est l'économie : elle a pu traduire à sa manière les fiches dont on l'avait dotée en cas de trou de mémoire, si bien qu'elle s'estime parée pour boucher les très gros trous de notre économie.

A l'impossible, nul n'est tenu : le descendant géographique de notre bon Roi Henri le quatrième, use de maints stratagèmes pour tenter de se situer sur l'échiquier, en jouant des coudes pour trouver une place qui lui est refusée. De quoi bégayer sa politique. En se proclamant arbitre de deux blocs opposés, il risque l'écrasement : selon l'écartement des couches tectoniques, parfois il respire, parfois il étouffe. Il est certain qu'il ne pourra tenir ce rythme, et qu'il devra à terme choisir son bloc pour ne pas périr. En attendant, il distribue cartons jaunes et rouges à tout va quand résonne en lui la célèbre phrase du jeune Philippe le Hardi à son royal père Jean II, « Père, gardez vous à droite ! Père, gardez vous à gauche ! ». Résultat, bataille perdue et dislocation de notre bon royaume de France. Ah, Histoire, quand tu nous tiens...

Enfin, on en arrive au lourd : deux candidats qui risquent de se retrouver dans l'épreuve finale, dite des poteaux. Ils ont pour eux d'avoir pu bénéficier de coachs réputés, d'être durs au mal et de savoir haranguer leurs troupes pour les galvaniser, tant que faire se peut.

L'un d'eux présente la particularité d'être un excellent grimpeur, puisque, s'il atteignait le plus haut barreau de l'échelle, il serait l'un des rares à devenir chef sans avoir été sous-chef ; peu lui importe de ne pas avoir testé les rouages ministériels du pouvoir, il se sent propulsé vers le haut par les multiples courants de ses partisans, soufflant tous, une fois n'est pas coutume, dans le même sens ; habilement, il a su changer de compagne sans réitérer l'erreur passée qui l'avait conduit à laisser la première tenter sa chance sur l'échelle avant lui, le réduisant à des tâches ancillaires. Il se voit entrer dans les habits d'un ancien Président défunt issu de sa caste, et a entrepris pour ce faire un régime alimentaire rigoureux, l'ayant mis à la maille. Il semble toutefois ne pas avoir totalement pris la mesure de la tâche qui l'attend, puisque, par atavisme sans doute, il promet à grands frais monts et merveilles à ses partisans, alors qu'ils n'ignorent pas que l'époque est plutôt à l'économie. Mais, ils savent aussi par expérience que les promesses sont faites pour ne pas être tenues, comme le disait François son mentor.

Enfin, le dernier n'aura pas besoin d'essayer le costume du capitaine ou plutôt du pacha : il le porte déjà, ce qui est un avantage mais aussi un gros inconvénient tant il est taché de sueur. Ce petit homme a la démarche volontaire et chaloupée du marin qui a essuyé de multiples tempêtes, en sauvegardant jusqu'alors la peau des passagers et équipage. Il prétend conserver le cap pour arriver à bon port, alors qu'il n'est qu'à la moitié de la traversée. Certains lui font une confiance absolue, d'autres enfilent déjà les gilets de sauvetage pour se jeter à l'eau. Chacun croit en son destin, alors que le navire tangue et que l'horizon est incertain. Contrairement aux autres, il ne promet pas la mer plate mais annonce de fortes houles, qui rebutent ses partisans en avivant leurs craintes. Son sort est lié aux caprices de la météo et à la résistance des passagers de son esquif aux troubles nauséeux. Hélas, la célébration du 100ème anniversaire du naufrage du Titanic intervient au mauvais moment, malheureux hasard du calendrier.

Et voilà à quoi nous allons passer notre Dimanche, non pas à voter pour le winner, mais à éliminer huit candidats, pour revoir ensuite en guest-stars les deux finalistes, avant de désigner le survivor. Pas folichon au premier abord. Vivement que cela se termine pour retrouver les plaisirs de la soirée télé avec ses jeux, ses séries américaines et ses matches de foot, et bientôt les Jeux Olympiques... on verra bien ensuite pour la chienlit promise : de toute façon, in fine ce seront toujours les mêmes qui trinqueront.

Par jean-claude.guillard le 01/04/12
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Il est, au pied de la ville, alangui le long des berges du fleuve Charente, un lieu de verdure et de rencontres bucoliques, où affluent les visiteurs dès que pointent quelques rayons de soleil.

Chacun y trouve son bonheur : les enfants qui disposent d'une aire de jeu et d'un manège ; les parents pour se désaltérer en bronzant en terrasse de la pizzeria ; les sportifs qui ont de vastes espaces pour courir ou faire quelques exercices gymniques.

Les pêcheurs sont aussi à la fête, soit pour lancer leur ligne dans les eaux courantes, coté Charente, soit pour goûter, lignes tendues et sous parasol, aux eaux paisibles de l'étang à l'opposé, richement doté en carpes parait-il. Nul n'est oublié, les pêcheurs handicapés disposent de pontons d'accès aux rives de l'étang pour y pratiquer leur art.

Les jardiniers bénéficient à proximité de lopins, pour certains dotés de cabanes, pour compléter l'ordinaire des repas ou faire bénéficier les relations du surplus de production. Les abeilles, qui disposent aussi en ces lieux de leurs propres cabanons, fournissent gracieusement leur concours au développement végétal.

L'humain et l'animal se partagent les lieux : cygnes et canards guettent le premier pour glaner quelques morceaux de pain ; les écureuils jouent sur les pelouses, slalomant entre les adeptes du piquenique, avant de se lancer à l'assaut des plus hautes branches à l'approche d'un enfant curieux ; les oiseaux raffolent des lieux où la pitance est bonne, et s'inquiètent seulement des vols commis par des pies venues en grand nombre partager l'espace.

Un véritable poumon vert pour citadins en mal de vie sauvage, ou presque. La campagne à la ville.

Justement, une autre campagne se dessine dont les bruits font tendre le cou des cygnes et canards, claquer le bec des pies et se dresser les écureuils sur leurs postérieurs. Un vent mauvais porte la rumeur d'un projet, de nature à laisser à son auteur gloire et fortune élective. Ayant décelé l'attrait alimentaire nouveau de son électorat pour les jardins familiaux, en ces périodes de disette, une idée novatrice, unique en France, a germé dans l'esprit écologique d'un édile avide de verts projets ambitieux.

Une vaste prairie est encore disponible, entre deux parcelles hébergeant déjà les lopins de jardins familiaux. L'endroit rêvé pour mettre en oeuvre la nouvelle merveille. L'idée n'est pas stupide que de permettre aux citadins les plus démunis de trouver ce qui leur fait défaut, savoir la capacité de se doter eux même d'une alimentation bio, telle que prônée par notre bon Roi Henri le quatrième pour sortir des famines : la poule au pot. Pour l'instant, les légumes abondent, mais laissent le jardinier végétarien...

D'où l'idée de notre Achille Talon en jupette de livrer de nouveaux lopins pour y installer... des poulaillers : oh, attention, pas de vulgaires grillages ceinturant un tas de parpaings couverts de tôles ondulées ; non, un poulailler écolo, livré en kit par la municipalité, conçu et mis en oeuvre dans le plus grand secret par les designers les plus avisés de nos ateliers municipaux. Un bel ensemble en bois recyclable, disposant de mangeoires en rez de chaussée, d'un nichoir à l'étage, avec en option, deux cases supérieures à usage de clapier pour lapins. La maquette, dont j'ai vu une photo volée, fournit un aperçu de l'ensemble, chaque lot étant clôturé de grillages de bel aloi donnant aux volatiles un espace de circulation agréable. Une visualisation infographique aérienne de ce futur parc avicole donne l'impression d'une mosaïque de petits toits rouge brique sur fonds vert.

La propagation de la rumeur a fait l'effet d'une bombe dans ce havre de paix ; des jardiniers récemment installés se réjouissent de ce prochain voisinage et rêvent déjà de bénéficier des premiers poulaillers livrés, pour disposer des oeufs quotidiens dès Pâques, et d'ajouter ensuite une poule à leurs légumes. Mais, c'est un vent de révolte qui secoue les anciens : Marcel, 20 ans de culture de tomates, salades et poireaux, se dit scandalisé ; selon lui un tel ensemble va créer une vaste basse cour dénaturant l'esprit sauvage initial de la création du parc : « j'te dis pas la puanteur pour les lieux avoisinants, et la prolifération des mouches ! » « et les coqs...tous les matins, ils vont nous casser les bonbons ; ça va finir à coups de fusils ».

Seule note discordante chez les vieux, Roger, le roi du chou et du potiron de concours, qui ne trouve que des avantages au recyclage de ses déchets végétaux, nourriture disponible pour les volatiles, qui lui fourniront en échange un engrais naturel pour ses plantations.

Les cygnes et canards disent s'accommoder de ce nouveau voisinage et s'affichent comme non racistes ; les écureuils prétendent se méfier de tout ce qui est grillagé ; les pies et oiseaux craignent que l'endroit n'attire des malfaisants les contraignants à devoir déménager pour sauver leur peau.

Bref, c'est le rififi à Eden Park.

Pour ma part, je n'ose me prononcer, mais me demande si finalement il ne serait pas opportun de consulter les plus éminents spécialistes, Brigitte Barbot, Allain Bougrain- Dubourg , ou Eva Joly, avant d'envisager un référendum.

Si, cher lecteurs, vous partagez cette orientation, je vous conseille de le faire savoir en adressant vos courriers à la Mairie d'ANGOULEME, à l'attention de Mme Françoise COUTANT. (Service des poulaillers verts)