jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 30/12/13
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François, Françoises, mes chers concitoyens

Au terme de cette année 2013, je suis heureux de faire avec vous le bilan de tout ce que je vous ai apporté.

Je vous avais promis que le changement, ce serait maintenant : eh bien, promesse tenue ! Chacun de vous a pu constater que son mode de vie avait grandement changé en à peine une année.

Certains se plaignaient légitimement d'avoir trop de travail pour un revenu inadapté. Maintenant, ils pourront bénéficier d'un allègement, voire d'une décharge de temps de travail, mais ne seront heureusement pas privés de leur droit à payer l'impôt, ou au moins des taxes nouvelles adaptées à leur état, comme tout bon citoyen ; j'ai ainsi mis fin à une injustice qui perdurait depuis trop longtemps, d'écarter les plus modestes d'entre vous de cette indigne discrimination de ne point pouvoir abonder le budget de l'Etat. L'impôt pour tous, jeunes ou vieux, actifs, chômeurs ou retraités, riches ou pauvre, c'est maintenant, et pour longtemps.

D'autres fustigeaient ces patrons amassant honteusement des fortunes ! Je vous avais promis un changement dès maintenant : c'est fait ! plutôt que de priver quelques individus de 75% ou plus de leurs revenus, Il suffisait de taxer suffisamment les entreprises de toutes tailles pour qu'il ne leur reste rien, sinon de quoi payer encore leur ultime imposition ; certes, quelques-uns d'entre vous y ont perdu leur emploi, mais j'ai personnellement veillé à ce que l'accueil au Pôle Emploi soit encore plus chaleureux qu'autrefois. La tournée de vin chaud pour tous, elle sera pour moi !

A ce sujet, je vous avais promis d'inverser la courbe du chômage, avant la fin de l'année. C'est fait. Pour le vérifier, je vous invite à prendre en mains le graphique, puis de le retourner à 180° pour lire la courbe, ce que les esprits chagrins et mal intentionnés omettent de faire : la courbe est bien dirigée vers le bas, non ? J'ajoute qu'il faut en faire de même pour la courbe de ma popularité, puisqu'elle s'adapte à celle du chômage : vous noterez alors que ma popularité avoisine les 78 %, du jamais vu jusqu'alors ! Ce retournement est la clé du changement que je vous avais promis.

Certains doutaient de ma capacité à restaurer l'image de la France dans le monde, fortement altérée par d'inopportunes gesticulations passées ! Le changement a maintenant fait son oeuvre : il suffisait de se référer aux bons vieux principes de l'almanach Vermot pour effacer les séquelles de décennies de discours diplomatiques lénifiants et faire à nouveau rayonner notre pays dans l'univers. Chacun de vous a pu constater la jubilation de mes interlocuteurs étrangers dès que j'apparais.

Nombreux étaient ceux qui me disaient incapable d'être le chef de nos Armées : ils en sont pour leurs frais ! J'ai déclaré et mené la guerre contre des indigènes que nul n'osait affronter, et nos féroces soldats ont vaincu en terrain hostile, payant de leur sang la liberté du monde. Mon expérience de chef de guerre me conduira dorénavant à intervenir partout où nul ne veut aller, coûte que coûte. Maintenant, le terre entière craint notre force d'intervention, dotée de matériels certes anciens, mais tous réparables : c'est ça, le « made in France » !

En outre, je vous dis ma fierté d'avoir mené les âpres combats promis sur notre propre territoire. Qui aurait cru que les couples homosexuels puissent s'unir par mariage ? Le mariage pour tous, c'est moi et c'est maintenant : promesse tenue ! Malgré une minorité agissante très hostile, la majorité de couples homosexuels composant notre société moderne sera désormais dotée de livrets de famille et bénéficiera enfin du droit au divorce. Il me faut ici rendre publiquement hommage à la gardienne des sceaux qui, avec délicatesse et poésie, a permis l'adoption de cette Loi ouvrant des perspectives immenses pour nos généticiens et nos avocats.

Je n'oublie pas mon combat pour l'écologie : après avoir été contraint de signer divers engagements illusoires pour pouvoir être élu, d'accepter ensuite la présence de doux mais turbulents rêveurs dans mon propre gouvernement, j'ai dû faire face à leurs extravagantes demandes de taxes nouvelles, qui ont généré un développement massif de la fabrication « made in France » de bonnets rouges : on ne peut confondre écologie et commerce ! J'ai pris la décision courageuse, pour l'exemple, d'alléger le bateau, en passant par-dessus bord l'une de leurs égéries.

Et puis enfin, après la honteuse et injuste rétrogradation de notre triple A, j'ai pris les mesures nécessaires, en me référant au parfait exemple de notre valeureuse équipe de foot, qui, elle aussi avait été rétrogradée dans les classements FIFA après s'être malencontreusement enfermée dans un bus ; et bien, elle s'est quand même qualifiée pour le prochain mondial ! Alors, j'ai taxé les clubs de foot pour payer les pots cassés et tous les supporters français pour financer l'acquisition de cierges brésiliens, qui éclaireront notre route vers la restauration, en finale, de notre cher AAA.

J'ajoute que les taxes, qui vont certes augmenter très bientôt (tout augmente en ce bas monde), ne seraient rien sans les économies drastiques que j'ai mis en oeuvre et dont vous constatez maintenant les effets : les fermetures d'hôpitaux, de tribunaux, et autres établissements publics inutiles, c'est moi ! Les déremboursements de soins, c'est moi ! Et ça n'est pas fini ! Oui, je sais, certains vont me dire qu'un autre avait prévu ça avant moi : oui, mais qui est-ce qui trinque, c'est quant même moi !

Voilà, mes chers concitoyens, quelques réussites majeures du changement promis : il est possible que j'oublie quelques promesses que j'avais formulées dans la période euphorique d'une campagne électorale, dont le résultat m'a tout autant surpris que vous. Ce n'est pas par amnésie, mais tout simplement parce qu'elles étaient trop utopiques, voire stupides pour être mises en oeuvre. Mais, vous avez suffisamment l'expérience de ces promesses de campagne non tenues, pour ne pas m'en tenir rigueur.

2014 sera une année clé, celle de l'explosion possible de notre économie, certes, mais en contrepartie d'un extraordinaire essor du plus beau fleuron de notre Nation, ses Restos du Coeur, que nous envient tous les pays sous- développés. Quand la mondialisation est en marche, froide et dévastatrice, rien n'est plus beau que cet esprit solidaire de notre peuple de Gaulois et apparentés, forgé en supportant le poids de son chef, hissé sur le bouclier de Brennus.

François et Françoises, en 2014, année électorale, je souhaite que vous utilisiez votre droit de vote à bon escient, en gardant en mémoire tous ces changements que vous me devez, annonciateurs de bien d'autres que je vous concoctés pour demain ; car, maintenant, le changement se sera pour demain ou peut-être après-demain. On ne peut pas perdre sa confiance en son chef pour quelques niaiseries.

Profitez bien de votre dernier repas de fête, et bonne année quand même, enfin, je veux dire bonne santé.

Vive la République

Vive moi

Et survive la France.