jean-claude.guillard

Par jean-claude.guillard le 31/10/11
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Un nombre important de plaintes diverses et variées reçues par le Procureur de la République était classé sans suite, étant considérées comme fantaisistes, dénuées de preuves, ou ne correspondant pas à une qualification pénale ; s'y ajoutait l'opportunité des poursuites permettant au procureur de ne pas donner suite à une plainte pour des motifs lui étant propres.

Il a été décidé ensuite que toute plainte méritait une suite, même sans sanction. Une batterie d'alternatives pénales a été imaginée pour ne pas que la plainte reste sans réponse, et il a été crée des bataillons d'assistants du procureur de la république pour mettre en oeuvre les réponses appropriées à des infractions mineures : ce sont notamment les délégués et médiateurs du procureur. Ce sont des citoyens ordinaires, qui disposent d'un peu de temps, généralement à la retraite, qui ont pu avoir quelques attaches avec des secteurs de la Justice, et qui vont être nommés à ces fonctions ; ils auront la charge de mettre en musique une partition orchestrée par le Procureur, concernant le sort réservé à l'auteur des faits : rappel à la loi, médiation pénale, mesure de réparation, composition pénale...

Il arrive parfois, dans le Droit de la famille que je connais bien, que la rupture d'un couple génère quelques crises avant qu'un juge n'organise la vie des futurs divorcés ou séparés. Cris, colères, assiettes brisées sur...le sol, menaces en l'air, parfois bousculades, agrémentent parfois la fin d'une histoire et le début d'une autre. Evidemment, ces scènes de ménage ne font pas toutes l'objet d'un dépôt de plainte, ou quand elles le font, sont souvent classées sans suite faute de preuve, parole contre parole. S'il apparait au procureur que les faits ne sont pas suffisamment graves pour qu'il engage des poursuites, mais que le dossier ne peut être classé, alors il l'oriente vers une procédure alternative aux poursuites. Souvent la médiation pénale est envisagée, qui devient vite inutile lorsque le juge civil a organisé les conséquences de la rupture, mais l'intéressé peut aussi être convoqué devant le délégué du procureur. Et là, ce délégué, doté du dossier succinct de la plainte, reçoit ... l'auteur désigné, pour lui faire part du mécontentement du Procureur et lui administrer un savon, avant de clore la séance. La chose pourrait être satisfaisante, si l'auteur ainsi désigné ne niait pas s'être énervé et avoir tenu des propos excédant sa pensée. Dans ce type de débats houleux, difficile de savoir qui a provoqué l'autre et qui est réellement l'auteur. Il est souvent insupportable au convoqué d'être traité comme agresseur, alors qu'il s'estime victime.

Ce traitement simplifié des dossiers, par procédure alternative, à l'aube d'un divorce, devient une mine d'or pour qui est plus malin que l'autre. Deux exemples récents que j'ai connus, viennent agrémenter ce propos. Les deux concernent des couples qui en étaient arrivés au bout de leur histoire commune, et qui envisageaient d'engager une procédure.

Un mari rentre fort bougon du travail et interpelle grossièrement sa femme à propos du diner qui n'est pas à son goût ; le ton monte et la dame excédée par cette odieuse diatribe ancillaire, prend l'assiette et la laisse tomber au sol à ses pieds, avant de tourner le dos et partir prendre l'air dans sa cuisine ; l'homme l'y rejoint et lui assène un coup violent sur l'omoplate alors qu'elle est penchée sur son évier ; surprise par le choc, elle se retourne et tente de gifler l'agresseur, sans y parvenir compte tenu des statures respectives des protagonistes ; la bousculade se poursuit jusqu'au salon où la dame est projetée sur le canapé ; l'homme tente de s'acharner sur elle, qui le repousse à la force de ses jambes. Puis, devant les cris de la dame, l'homme s'enfuit hors la maison et part chez les voisins pour se plaindre d'avoir été agressé ; la dame reprend ses esprits et regagne à l'étage la chambre des enfants pour les tranquilliser, les coucher et prendre sa douche ; peu de temps après, elle entend la porte d'entrée s'ouvrir, et découvre quatre policiers qui lui demandent de les suivre ; le temps de se rhabiller, elle est priée de monter dans le véhicule de la maréchaussée, est transportée derechef au commissariat, où elle est attachée au mur par des menottes durant deux heures avant qu'il lui soit révélé que son mari a déposé plainte contre elle pour violences, muni d'un certificat médical délivré par un interne des Urgences, qui a décelé... une trace de griffure de 1cm sur un sourcil ; évidemment aucune ITT. Elle dépose en racontant sa version, précisant qu'elle n'a fait que se défendre ; elle est relâchée dotée d'une convocation devant le délégué du procureur, duquel elle apprendra que la Sécurité Sociale lui réclame paiement, comme auteur de violences, du coût de la consultation médicale. Elle refusera d'être considérée comme auteur, estimant au contraire avoir été la victime. Il lui sera reproché de ne pas avoir elle-même été déposer une plainte contre le mari pour le coup qu'elle avait reçu à l'omoplate et de ne pas avoir été consulter un médecin.

Moralité, pour bien préparer son dossier de divorce, pensez à être le premier à déposer plainte pour être catalogué comme victime et n'hésitez pas à orchestrer une bonne petite mise en scène.

Le second cas est tout aussi révélateur, pour les couples vivant en concubinage, pour lesquels la notion de faute n'est pas de mise, puisque la rupture intervient par le départ de l'un, sans autre formalité.

Cette fois, la dame qui est propriétaire du domicile commun, entend en évincer son compagnon au motif, révélé peu de temps après, qu'elle souhaite y installer sa nouvelle conquête ; le trompé, qui est toujours le dernier informé, ne comprend pas cette demande de départ immédiat que rien ne laissait présager ; quelques relations familiales musclées de la dame viendront lui faire comprendre que son intérêt est de partir au plus tôt. Ce qu'il fait dès le lendemain, apeuré. Quelques temps plus tard, il est convoqué à la Gendarmerie locale pour apprendre que son ex avait déposé contre lui une plainte pour violences, et qu'elle exhibait un certificat, datant de plusieurs semaines auparavant, sur lequel un estimé carabin avait noté avoir décelé un petit « bleu » sur la cuisse de la dame de deux centimètres de diamètre, sans ITT. Elle l'imputait à son ex, sans donner la moindre explication sur les conditions d'un tel dommage ; il expliqua à son interrogateur qu'il n'avait jamais commis la moindre violence sur quiconque, ce qui fut confirmé ensuite par de multiples témoignages, que la dame exerçait une profession où elle manipulait des charges lourdes et qu'il lui arrivait fréquemment d'être porteuse de ce type de traces, et qu'au surplus, au jour ancien du certificat, il n'existait aucun motif de discorde entre eux, la preuve en étant que ce jour là, ils avaient reçu des amis à diner, qui ont témoignés de leur parfaite entente. Bref, ça sentait le coup monté pour accélérer le départ forcé du compagnon devenu gênant. Il répondait donc à la convocation du délégué alors qu'il ne vivait plus avec la dame.

Qu'elle ne fut pas sa surprise de découvrir, dans le dossier transmis au délégué du procureur, qu'il était constitué essentiellement d'une liasse de feuillets regroupés sous le titre « questionnaire d'accueil dans le cadre de violences au sein du couple », avec des cases à cocher ! De quoi s'en donner à coeur joie pour « charger la mule », d'autant que, pas besoin de se creuser la cervelle, les réponses y étant suggérées. Document très complet, il comporte des rubriques distinctes: violences verbales, violences psychologiques et économiques, violences physiques, violences sexuelles.

Rubrique violences verbales : cette partie, comme les autres, commence par « je suis victime de » et suivent les cases à cocher : insultes - chantage - menaces de mort - avec arme - autre menaces ; [plusieurs cases peuvent être cochées]. Puis « cela arrive une ou plusieurs fois » : par jour - par semaine - par mois. En quel lieu ? Depuis quand ? « Les faits se déroulent-ils en présence » : des enfants - d'autres personnes ; « avez-vous, vous-même, répondu verbalement à votre conjoint/concubin ? »

Rubrique violences psychologiques et économiques : « je suis victime de » : comportements et/ou propos méprisants : dénigrant mes opinions - mes valeurs - mes actions - ma personne. « Rencontrez vous également certaines de ces situations » : [à cocher OUI ou NON] je ne peux pas sortir - j'ai déjà été privé(e) de nourriture - je n'ai pas le droit de travailler - je n'ai pas d'activités extérieures - les personnes étrangères à ma famille ne peuvent venir à mon domicile - je ne peux pas rencontrer les ami(e)s - j'ai peur de mon (ma) conjoint(e)/concubin(e) - je n'ai pas accès aux comptes bancaires du ménage et aux documents administratifs -

Rubrique violences physiques : « je suis victime de » : coups - blessures -autres ; à main nue - avec un objet - avec une arme. « Cela arrive : » une ou plusieurs fois : par jour - par semaine - par mois. [À cocher OUI ou NON]

Rubrique violences sexuelles : « je suis victime d'une sexualité forcée » - accompagnée de brutalités physiques et/ou menaces - je suis contrainte à subir : des scénarios pornographiques - des relations imposées avec plusieurs partenaires. [À cocher OUI ou NON]

Suit la rubrique dite « attitude de l'agresseur » : [à cocher OUI ou NON] possède-t-il une arme ? Est-il également violent avec l'entourage ? Défie-t-il ceux qui vous défendent ? Suit un questionnaire sur la consommation d'alcool, de stupéfiants, de médicaments ou autres de l'agresseur. Puis, un quizz sur son attitude après les violences : devenu protecteur - devenu accusateur - s'est excusé - s'est apaisé - est devenu directif - autre...

Signé par l'OPJ et la « victime », voilà le dossier au vu duquel, sur les seules déclarations d'un(e) plaignant(e), une personne est convoquée comme auteur de violences devant le délégué du procureur. Dans la plupart des cas, si les violences sont avérées par d'autres éléments du dossier, l'orientation devrait être celle de l'engagement de poursuites et non point celle d'une procédure alternative. Le délégué est souvent embarrassé lorsque l'auteur présumé, confronté à un tel dossier, s'étrangle à hurler sa totale innocence, d'autant qu'il est à même de prouver le contraire de ce qui a été affirmé, bien que n'y étant pas obligé puisque la preuve de sa culpabilité doit être rapportée par l'accusation; s'agissant d'une procédure alternative, aucun débat n'intervient à ce sujet, puisqu'aucune sanction n'est à ce stade envisagée.

Fort de tels exemples, il est aisé d'imaginer l'intérêt que peut avoir une partie à un futur divorce ou à une prochaine fixation de droits sur un enfant mineur, à monter un dossier de ce type pour en tirer ensuite avantage. Présenter un dossier particulièrement noir de son adversaire, au surplus s'il a subi une procédure alternative devant un délégué du procureur, n'a pas de prix, et surtout pas celui de la loyauté et de l'honneur. Etait-il bien utile de traiter de tels dossiers de manière alternative, sans engagement de poursuites ?

Sans doute, pour des infractions aux conséquences nulles ou minimes, reconnues par l'auteur. Sûrement pas dans le cas contraire. Comme autrefois, soit le dossier devrait être classé sans suite faute de preuve (un certificat médical n'ayant jamais été preuve de la culpabilité), soit il devait être poursuivi pour qu'un débat contradictoire ntervienne devant un juge du siège.

Finalement, en l'état, le plus malin et surtout le plus rapide à déposer une plainte, même illusoire, va pouvoir se présenter en victime de l'autre, situation qui va, comme le sparadrap collé au doigt, le poursuivre tout au long des déroulements civils du litige.

Par jean-claude.guillard le 16/10/11
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Demain, le bon vieux paquet de Gauloises figure au rang des produits de luxe.

Quelle promotion et quelle reconnaissance de la Nation pour ce vulgaire étui de tabac. L'Etat, remarquable parrain de la drogue nicotinée, a su habilement créer l'addiction et rendre accrocs des générations de bidasses, à une époque pas si lointaine où les hommes, les vrais, devaient accomplir leur service militaire durant une année. Chacun recevait sa dotation gratuite, sous forme d'une cartouche entière par mois, qu'il soit fumeur ou non. Les habiles non fumeurs endossaient alors la casquette de dealer pour refiler sous la vareuse leurs stocks de cartouches, moyennant finances pour aller satisfaire quelques besoins hygiéniques dans le tripot du coin, ou en échange de boissons alcoolisées pour fêter leur nouvelle réussite sociale.

Le choix était alors réduit à l'intoxication des poumons, à la chaude-pisse ou à l'alcoolisme, à moins de passer pour le navet du régiment, qui se tapait toutes les corvées avant d'être renvoyé dans ses foyers avec une infâmante lettre P (comme psychopathe) frappée en rouge sur son livret militaire.

Avec les bonnes vieilles goldos spéciales bidasse, baptisée « Troupes », l'adolescent à voix fluette était assuré de muer en deux semaines maxi pour marcher au pas cadencé en hurlant les chants guerriers (la plupart issues après francisation de quelques airs entrainants du Reich) avec une voix de vieux baryton enroué. Merci encore à la mère Patrie pour sa générosité, peut-être pas si désintéressée, vu le pognon qu'elle encaisse aujourd'hui sur le prix de la goldo civile en taxant tous ses fidèles serviteurs qui se sont cramé le gosier à inhaler un tabac de qualité incertaine, sans filtre bien sûr, et qui ont ensuite basculé vers un modèle plus allégé et plus onéreux. Gratuites les goldos « Troupes », oui mais pour mieux encaisser ensuite.

Les non fumeurs rescapés sont devenus des chantres de la guerre anti-tabac pour ceux qui ont survécu et que l'on trouve parfois dans les ministères, à s'essayer goulument au havane barreau de chaise ; les fumeurs sont taxés au maximum comme prévu par le Ministère des Armées et paient désormais leur obole au Ministère de la Santé pour un trou de la Sécu creusé par une majorité de non fumeurs. A moins que ce ne soit l'inverse : que voulez vous, la fumée à ce prix là, ça fait tourner la tête à en perdre l'esprit.

En tous cas, avec ce que l'on donne pour la goldo civile, et en réparation du préjudice subi par tous les accros aux « Troupes », j'espère au moins que l'hosto sera encore gratuit pour eux, pauvres victimes des parrains de la nicotine, et ce d'autant plus que certains abandonneront de facto aux générations suivantes leur retraite si chèrement constituée.

Moi, si j'étais vous, je ferais un procès à l'Etat pour intoxication génocidaire par création de dépendance à une substance dangereuse.

Par jean-claude.guillard le 02/10/11
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Plat de jour : choucroute garnie : 35 €.

Et bien voilà, nous sommes au 1er octobre... chaque justiciable doit désormais payer ses 35 € de taxe de procédure pour avoir le droit de s'adresser à un juge qui lui tranchera son petit litige.

Il fallait faire dans l'urgence au regard du trou budgétaire de l'aide juridictionnelle, de la nouvelle garde à vue et tutti quanti, pour que le payeur paie au plus tôt : donc, Lundi 3 octobre mon premier client taxé pour engager son divorce va payer ses 35 €.

Le Ministère, prévoyant, vient in extremis de prévoir la sanction : pas de sous, pas de juge ! En langage judiciaire, la demande en justice sans obole est irrecevable. Ça veut dire que votre dossier ne sera pas traité et qu'il prendra la direction « poubelle ». C'est comme pour les toilettes publiques en zone urbaine ou dans les gares SCNF : il faut vite trouver de la monnaie au fond de vos poches, malgré l'urgence qui vous conduit en ce lieu, pour l'insérer dans la mini-tirelire qui permet l'ouverture de la porte ; sinon, c'est l'accident ! Oui, mais imaginez ces mêmes toilettes closes, sans la tirelire, avec une affichette sur la porte vous annonçant que vos pièces ne seront acceptées qu'au 1er janvier 2012 ! Un long temps de réflexion pour comprendre qu'on se moque de vous, et vous voilà à soulager votre envie pressante sur la porte de l'édicule.

Et bien, le Ministère a prévu la taxe et la sanction du défaut de paiement préalable au 1er octobre 2011, mais n'en encore rien prévu sur le mode de paiement, ou plutôt une affreuse cacophonie : si le justiciable saisit la justice sans avoir besoin d'un avocat, il devra joindre un « timbre mobile » de 35 € ; et où le trouver ? On le saura sans doute en 2012...

Mais si l'avocat est nécessaire, c'est lui qui transmettra votre obole, et pas n'importe comment : pas de timbre mobile, mais par une transmission...électronique ! Style paiement par carte, sans doute, à moins que ce ne soit par virement bancaire... ça, on ne sait pas encore. Oui, mais c'est à partir d'aujourd'hui ! Et la sanction est déjà prévue : pas de sous, pas de procès !

Et là, le Ministère cafouille, l'énarque ne suit plus, comme l'intendance.

Déjà, les avocats ont été soumis à une réforme procédurale, modifiant totalement leur mode de travail : finies les paperasses tamponnées par nos amis huissiers qui s'échangeaient entre avocats du procès et qui s'accumulaient sur les bureaux des greffes ; désormais, on dématérialise, la justice étant devenue moderne et presque virtuelle. Elle a fini par découvrir les joies et avantages de l'informatique bien après les autres, et y trouver matière à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Elle s'y vautre avec délectation et insouciance.

Le Ministère a doté sur le tard ses Tribunaux d'outils informatiques, a crée un réseau sécurisé de communication auquel les avocats ont été autorisés à accéder, à la condition que leur profession se dote elle-même de son propre réseau sécurisé : chose faite permettant à l'avocat, pour le seul besoin de ses dossiers, d'entrer dans l'outil informatique des greffes : depuis, s'échangent des mails, se déposent et se communiquent des conclusions, bref, finie la paperasserie, sauf pour les réceptionnaires qui vont devoir imprimer tout cela. Petit détail, rien n'étant gratuit en ce bas monde, chaque avocat a vu ses frais de gestion accrus des coûts et abonnements à ce merveilleux outil, qui, comme tous ce qui est dépendant de l'informatique génère quelques couacs, qui peuvent devenir bavures ; le code de procédure civile s'est adapté pour valider, comme actes officiels, les transmissions réalisées par ce réseau ; les délais impératifs sont maintenus, peu important la survenance d'un bug.

Tout cela pour vous expliquer que l'on envisage d'utiliser ce réseau pour faire circuler votre petite taxe de 35 € ; le tout sera sans doute de doter le système d'une capacité de traiter les opérations financières. (Et pour quel coût d'équipement par les avocats ?)

Et là est le problème : le Ministère qui a inventé la taxe de procédure, et a prévu la sanction de son défaut de paiement, n'a pas encore réglé la situation bassement matérielle du paiement, alors qu'il a prévu que cette taxe soit payée dès le... 1er octobre 2011 !

On s'active au Ministère pour réparer l'omission de ce menu détail, et le meilleur de ses prévisionnistes estime que le « bouzin » ne sera pas prêt au moins avant 2012, puisqu'on en n'est qu'au stade de la préparation d'une plate forme permettant ce paiement électronique...

Et alors, quelle solution en attendant ? Il est à craindre que justiciables et avocats doivent se doter du timbre mobile, moyen ancestral de paiement faisant tache dans cette Justice dématérialisée new look.

Tout cela fait un peu désordre et gestion à la petite semaine : on comprend l'urgence à récupérer 35 € par tête de pipe face au faible budget dont dispose notre pauvre Justice, mais de là à sortir des dispositions légales incomplètes et bredouillantes, ça en devient franchement affligeant et inquiétant.

Et les timbres mobiles, où sont-ils, sont-ils fabriqués ? Réponse peut-être Lundi 3 octobre....

Par jean-claude.guillard le 09/09/11
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À compter du 1er Octobre 2011, l'accès à la Justice ne sera plus gratuit.

Dans le cadre du grand téléthon national destiné à boucher les trous abyssaux de notre économie surendettée, chaque justiciable engageant une procédure va devoir préalablement passer à la caisse. La chose se nomme « contribution à l'aide juridique », et est annoncée comme devant financer la réforme de la garde à vue.

Ça balaye large, car sont concernées les procédures civiles, commerciales, prud'homales, sociales ou rurales devant une juridiction judiciaire, et même les instances engagées devant une juridiction administrative.

Qui y échappe ? D'abord ceux qui bénéficient de l'aide juridictionnelle pour leur procédure (il faudra donc attendre pour l'engager d'avoir obtenu cette aide) ; ne sont pas taxables les procédures de traitement des situations de surendettement, de liquidation ou redressement judiciaire, les saisines de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions ; mais aussi celles devant le juge des enfants, le juge de la liberté et de la détention, le juge des tutelles, ni les référés-liberté ; sont enfin exclus les recours engagés devant la juridiction administrative contre toute décision individuelle relative à l'entrée, au séjour et à l'éloignement d'un étranger sur le territoire français, ainsi qu'au droit d'asile.

Et combien ça coute ? Ça reste encore accessible : 35 euros (Pour chaque procédure engagée bien sûr)

A qui payer la taxe ? À l'avocat qui va engager votre procédure qui sera chargé de la reverser dans les caisses de l'Etat.

Et si la procédure est engagée par le justiciable lui-même ? il n'y échappera pas car on mijote actuellement les modalités du versement de son obole, sans doute par timbre mobile.

Et si on ne paie pas ? La sanction est encore à l'étude et devrait tomber bientôt ; a priori, si l'on n'a pas mis son écot dans la fente de la porte de la justice, elle ne s'ouvrira pas.

Allez, c'est pour la bonne cause, pour que les gardés à vue présumés innocents puissent bénéficier d'une assistance précieuse durant toute cette épreuve. A première vue, au regard du nombre de procédures concernées, ça devrait représenter un joli petit pactole. Disons que cette taxe à l'accès à la Justice est comme le ticket modérateur en matière de Santé : on le supporte quand on en a besoin, sauf qu'en matière de santé on n'a pas trop le choix. Alors que pour profiter des bienfaits de cette contribution des justiciables, il faut être placé en garde à vue : il est vrai que souvent les gardés à vue sont relâchés, ayant été suspectés à tort.

Finalement, autant participer à titre préventif, on ne sait jamais...

Par jean-claude.guillard le 29/08/11
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Superbe retour de vacances ! Déjà, les feuilles tombent à profusion de l'arbre fiscal, envahissant nos boites aux lettres, histoire d'en revenir aux choses de la vie. Mais cette année, par peur de perdre sa cotation surfaite, notre beau pays va mettre le paquet. Benoitement, notre premier sinistre est venu atténuer les chaleurs caniculaires par une annonce de serrages de ceintures tous azimuts.

Et là, je me demande si un Big Brother ne m'a pas désigné comme le cobaye idéal ! On a du me repérer, depuis un satellite géostationnaire, allongé sur une chaise longue, clope au bec, me rafraichissant le gosier sous mon parasol avec mon soda préféré, avant d'aborder la soirée par un petit apéro anisé. « La vache, regarde celui là... c'est un bon » dit l'opérateur ! Et bingo, les taxes vont venir gonfler mon budget « agrément de la vie » !

Oui, mais pourquoi moi ? C'est injuste ! Comment, c'est pour mon bien ? Quoi ? Je vais coûter trop cher à la Sécu comme futur obèse, cirrhotique, et pneumopathique ou pire ? Moi qui pensais participer à l'oeuvre d'assainissement de nos caisses de retraites, en abandonnant mon dû à la collectivité... Voilà que l'on veut me contraindre à la percevoir jusqu'à mon centième anniversaire au moins, et pire sans clope, sans soda et sans un petit remontant. A y penser, je risque de devenir un vieux grincheux dépressif, une terreur psychopathe des maisons de retraites. Tant pis pour eux, ils l'auront voulu.

Donc, si je comprends bien, depuis au moins une trentaine d'année, nos élus successifs ont engloutis les budgets colossaux dans des oeuvres incertaines que le pire des surendettés n'aurait jamais imaginées : ils jetaient à qui mieux mieux par les fenêtres le pognon qu'ils n'avaient même pas, et chaque année le trou s'ajoutant aux précédents, un fonds abyssal est apparu. Ils ont du en fumer des havanes, en boire des alcools millésimés et en siroter des sodas, pour en arriver là. Et la plupart ne sont même pas malades, à voir l'âge canonique de nos sénateurs, de nos membres du conseil constitutionnel et autres politiciens aux retraites multiples, tous encore en activité ; il est vrai que certains ont entretenu leur forme par quelques exercices de souplesse du bassin bienvenus contre la ventripotence. La Sainte Vierge veille sur eux, sans doute, alors que le commun des mortels qui se fournit en liquides au Lidl et achète son tabac à rouler, va forcément en crever même en effectuant le pèlerinage à Lourdes.

Et bien non, citoyen, toi qui n'es pour rien dans la déconfiture nationale, tu vas devoir boucher le trou, ou plutôt verser une goutte d'eau dans l'océan pour faire semblant de le boucher, et ça parce que tu es un futur malade qui plombe notre budget de santé. Salopard de futur malade, va ! Et en plus, tu as une bagnole, espèce de tueur ? Attends, tu vas voir la petite taxe que je vais te rajouter sur ton plein, en plus de la nécessaire augmentation des prunes de stationnement et de la suppression de panneaux avertisseurs de nos gagnes pain quotidiens !

Le premier sinistre nous présente la note des incuries passées avec une certaine désinvolture et audace, en punissant les victimes du désastre économique pour des motifs imaginaires et puérils, sans aucune autocritique du monde politique, de ses conseillers et économistes distingués...par quelques décorations affichées au revers de leur veste. Au moins, vous pourrez les repérer à ce signe d'infamie et d'incompétence.

C'est tout aussi benoitement qu'il nous est annoncé que le plan de rigueur ne nous concerne qu'au delà des 83 % de mesures prises ; c'est quand même taxer les citoyens lambdas de 17 % en plus des prélèvements divers de taille, gabelle, octrois et autres impôts ou contributions de solidarités de tous crins, si provisoires qu'elles en sont devenues pérennes.

Bon, ne soyons pas égoïstes, et pensons à notre prochain : quel émoi de penser que Liliane B., qui a tant donné pour la France, va devoir contribuer à hauteur de 3% comme ceux de son cercle de connaissances. Il est vrai qu'un vent venu d'Outre Atlantique est venu rafraichir les grands profiteurs du système économique en goguette : certains de ceux qui ne savent même plus chiffrer leur fortune (attendant que Forbes ou Challenges leur en fournisse le montant dans son édition spéciale annuelle) ont trouvé opportun de verser leur obole aux bonnes oeuvres ; ceux de chez nous se sont ralliés à la générosité ambiante de leur clan, au point d'annoncer qu'ils exigeaient presque de contribuer, subodorant qu'on allait les oublier. Voeu exaucé : à contre coeur, Liliane et ses pairs, vont devoir s'acquitter d'une taxe « provisoire » de 3% de leur revenu fiscal de référence à partir de 500 000 € ; Liliane, elle n'a plus qu'un vague souvenir de ses premiers 500 000 €, mais déjà ça fait 15 000 € à mettre dans le pot ! Presque le prix de la Dacia Logan prestige ! ; Ça fait très mal, mais c'est pour la France. Merci aux généreux donateurs, Dieu vous le rendra au centuple.

Mais, au fait, pourquoi « provisoire » la taxette de Liliane ? Elle en sera libérée dès que les 3% de déficit public seront atteints. Ouf, on respire, la pauvre... Oui, d'accord, mais pour les autres mesures qui nous concernent, sodas, tabacs et alcool, on suppose que la sur-taxation sera aussi supprimée lorsque le taux du déficit sera ainsi régulé. Heu...et bien non, car bande de manants, c'est votre santé qui est en jeu, alors que Liliane, elle pète la forme, fumant des petits Davidoffs allégés, buvant du Champagne bio millésimé en guise de soda, et des boissons alcoolisées du groupe LVMH. Faut quand même ne pas confondre.

Et quand on pense que nos voisins européens en détresse économique n'ont même pas ce genre d'idées géniales : y a pas d'ENA chez eux ; vite, il faut protéger le concept pour ne pas se le faire piquer. Pensez, l'espagnol taxé sur les tapas et la sangria, le portugais sur la morue et le porto, le rital sur la pasta et le chianti et le grec sur l'ouzo et la fêta. Les indignés passeraient au stade révolutionnaire.

Et bien voilà, la rentrée est faite dans la joie et la bonne humeur : au moins, l'Etat veille sur notre santé et c'est bien la seule bonne nouvelle ; ça serait quand même idiot de laisser crever les vaches à lait. Mais ça va quand même de mal en pis.

Par jean-claude.guillard le 07/08/11
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Après 7 mois de labeur acharné, et m'étant épargné de subir les intempéries du mois de Juillet, me voici au temps du repos. Mon aimable personnel est venu me saluer, en me souhaitant de bonnes vacances, voeu que je lui ai retourné, tant l'appel de la plage se faisait pressant ces derniers jours.

Demain, je serais seul à bord pour me plonger dans les brochures de ma prochaine destination : je n'aime pas la plage, ses odeurs d'huile à frire ou à bronzer, son soleil agressif et sa mer à la propreté incertaine, ses gamins qui piaillent et vous balancent ballons ou sable, ses allures de patchwork de serviettes multicolores sur lesquelles gisent des hordes amorphes et alanguies.

La montagne m'oppresse tant à circuler au bas de vallées encaissées où le soleil se couche à l'heure de la sieste, qu'à gravir des pentes escarpées et incertaines dont le sommet est si proche du regard et si loin pour des pieds endoloris ; le ballet des oiseaux de proie et du sinistre hélico de mauvais augure me terrifie, tout autant que le vertige qui m'appelle irrémédiablement à redescendre au plus rapide.

La campagne est belle mais désespérante quand on a passé l'âge de s'extasier devant le cul souillé des vaches ou le chant du coq aux aurores ; les longues promenades dans les champs ou plutôt dans les chemins blancs sont certes sympas, à condition de ne pas penser au trajet du retour qui est le plus éreintant ou inquiétant quand monte un orage ; chaque pas doit être analysé pour ne pas marcher par erreur sur la queue d'un reptile agacé, ou dans une ornière vous expédiant pour le reste des vacances avec la jambe à l'horizontale à votre domicile, après un bref séjour à l'hosto du coin à des kilomètres de là, après être passé entre les mains indécises du remplaçant du barbier local.

Reste l'expatriation, avec ses plages, montagnes ou campagnes semblables aux nôtres, mais avec l'avion en plus, cher et soumis aux aléas des arrêts de travail des personnels navigants ou des petites mains délicates des bagagistes ; à moins que le téméraire du dépaysement ne vise les trajets routiers surhumains où l'on bat des records de lenteur et de statistiques de mortalité ! Déjà que chez nous le déversement sur le réseau routier de tous les bénéficiaires de congés payés est une inextricable cohue dont on n'est pas sûr de revenir vivant ou avec son permis, alors, vous pensez bien qu'au-delà de nos frontières, là où il n'existe aucun bison futé, aucun radar pédagogique, aucune statistique de mortalité, c'est s'ouvrir les portes du paradis ou de l'enfer. D'ailleurs, vous comprenez tous pourquoi notre chef bien aimé a demandé à ses subalternes de bien rester en France, période pré-électorale oblige, que nul ne peut risquer de manquer.

Il est un lieu que je connais bien, qui n'est ni à la mer, ni à la montagne, ni à la campagne, ni à l'étranger... Un lieu que je ne vous révèlerais pas, sous peine de ne plus y être seul. Je vous le laisse imaginer....

En attendant mon retour, je vais vous laisser seuls avec vos questions juridiques qui vont rester un temps sans réponse ; le mieux serait que vous ne les posiez pas maintenant sous peine d'être déçus, sachant que je suis persuadé que la réponse que vous attendez se trouve déjà dans le contenu des articles et commentaires de ce blog. Profitez de mon absence pour lire ou relire le ou les articles qui vous intéressent, et même ceux de mes confrères blogueurs qui assurent une veille en août.

Une courte absence va néanmoins générer pour moi un risque majeur : tout comme les USA, je risque d'être déclassé et de voir ma note de popularité abaissée par le grand inquisiteur de la blogosphère des avocats. Merci de maintenir votre présence sur mon blog pour me sauver de ce risque majeur, au moins en me souhaitant malgré tout de bonnes vacances.

A bientôt.

PS : en archivant vos dossiers achevés de divorce, merci de ne pas oublier de contribuer à alimenter mon billet recensant les montants de prestation compensatoires fixés par les juridictions de France et de Navarre.Cliquez ICI .

Par jean-claude.guillard le 21/07/11
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Alors que l'avenir de la zone euro apparait bien sombre au regard des divergences des uns et des autres sur les mesures à prendre pour sauver une économie précaire, l'euro tient bon à en juger par les titres de la presse du jour, qui est bien réconfortante.

Monsieur X va empocher 23 000 000 de pièces d'un euro pour avoir coché les bonnes cases d'une grille de loto, gain bien misérable comparé aux 185 000 000 de pièces engrangées par un britannique il y a quelques semaines, qui n'a que faire du cours de la livre sterling.

Dans le même temps, nos médecins, nettement moins bien lotis, peuvent espérer un bonus de 9000 misérables pièces par an, s'ils ont été performants ; diable, y aurait-il des médecins non performants ? Horresco referens ! Il faut souhaiter qu'un palmarès annuel des médecins soit établi pour que les patients évitent les moins performants, et viennent enrichir un peu plus les heureux bonifiés. Il est vrai que les conventions liant les toubibs aux caisses maladie sont quasiment à ranger dans les archives tant la mode est au dépassement d'honoraire et que la plupart des spécialistes n'a même plus souvenir que de telles conventions aient été signées. Je suis persuadé que si l'on interroge un médecin faisant fi des conventions pour lui demander s'il est performant, il répondra que sa performance personnelle résulte du nombre d'euros qu'il aura empoché dans son année ; a priori, l'indice de performance n'est sans doute pas le même pour les caisses et les mutuelles. Mon vieil instituteur de l'école communale nous collait un coup de règle sur les doigts si l'on additionnait les pommes et les carottes. En fait, la seule performance d'un médecin est de tout faire pour soigner au mieux ses patients, tant que faire se peut, et celle qui mérite bonus est seulement celle qui fut accomplie gracieusement, si le patient ne disposait pas de moyens de payer. Le bonus devrait être pour le médecin ce que la promotion dans l'ordre du mérite était autrefois pour la société civile, avant que ne soient récompensés ceux dont le seul mérite n'était que d'avoir bien voté.

Heureusement qu'il existe encore des personnes qui ne pensent qu'à leur prochain : dans cette guerre de l'euro, notre première Dame montre l'exemple en révélant comment se procurer quelques subsides pour les reverser aux pauvres gens ; l'imagination est d'une aide précieuse et l'audace est souvent récompensée. Toute à la joie de donner à la France un héritier, elle a l'heureuse idée de solliciter d'un magazine galactique spécialisé une contribution de quelques milliers d'euros pour en doter la caisse des orphelins de la Marine, en contrepartie de la publication d'une photographie de son ventre rond. Cette générosité est à remarquer et à louer. Cet exemple ne peut qu'être vanté et permet de constater qu'il est aisé de faire le bien autour de soi sans trop se ruiner.

Quoique l'on en dise, l'euro, comme notre bon vieux franc, a toujours du succès, et comme le diraient tous les précités, mieux vaut être bien portant et plein d'oseille que pauvre et malade.

Si vous n'êtes pas médecin déconventionné ou célèbre, il ne vous reste que de tenter votre chance au loto : pas besoin de se ruiner, puisque, comme vous n'avez qu'une seule chance sur 76.275.360 de cocher les bons numéros, une seule grille suffit pour la tenter, avec les pièces jaunes qui vous restent et qui trainent au fond de vos poches. Deux grilles sont inutiles, puisqu'il n'existe qu'une seule chance, forcément la votre. On ne va quand même pas gaspiller nos chers euros.

Et puis, si vous ne gagnez pas cette fois là, réjouissez vous : vous aurez eu le bonheur de participer à la constitution du gain de l'heureux gagnant, comme vous aurez contribué au bonheur des médecins performants, ou même mieux à celui des orphelins de la Marine en ayant acheté le généreux magazine. Il y a toujours un cochon de payant, et là vous êtes toujours gagnants.

Par jean-claude.guillard le 12/07/11
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Voilà, c'est encore pour ma poire !

Mon journal préféré fait sa Une avec la photo de mon cabinet, dans une configuration avant- gardiste, tout ça parce que notre bon prévôt a quelques idées de grandeur, histoire de se rappeler au bon souvenir de ses administrés.

Le problème est le suivant : depuis les Illusions Perdues, nul n'ignore dans le royaume que notre Cité perchée sur son Plateau enserre dans ses murailles « la noblesse et le pouvoir », dont le regard hautain méprise et envie « le commerce et l'argent » du bas, vautré le long du fleuve ; l'accès au Plateau, à l'origine fermé par de hautes portes, était permis au bas peuple, lors d'invasions barbares, par de petites ruelles étroites qu'il fallait escalader à la hâte sous la menace. Puis, des urbanistes rénovateurs ont entendu réduire la hauteur des murailles, démolir les portes et ouvrir des avenues, dont l'une fut longtemps appelée « de la Folie ». Il n'en restait pas moins que le Plateau restait et reste difficilement accessible aux non sportifs, épuisés à l'avance de constater la rudesse de la pente.

Mais voilà que notre ville est entrée dans le XXIème siècle avec un cadeau du ciel, ou plutôt de la SNCF qui va transformer notre vieille gare à bidasses en chef d'oeuvre économique, pour accueillir le nouvelle ligne à très grande vitesse, permettant de situer ANGOULEME dans la couronne périphérique de la capitale du royaume et en banlieue bordelaise. L'Eldorado du prévôt. Le « commerce et l'argent » vont renaitre de leurs cendres dans les faubourgs d'en bas, et ceux d'en haut entendent bien partager le festin et la gloire.

Le seul problème est qu'aucun train n'a jamais réussi à se hisser en haut du Plateau, et que la énième merveille du monde est en bas, où vit la populace ; comment donc partager le trésor annoncé entre ceux du haut et ceux du bas ? Les idées n'ont pas manqué depuis des lustres, tel celle d' un pionner de l'aviation qui avait trouvé comment descendre rapidement du Plateau avec l'ancêtre du deltaplane et qui s'est ensuite retrouvé infirme, faute d'avoir imaginé comment remonter ; ou encore, version moderne, le funiculaire de Montmartre, ou les cabines suspendues chères à nos stations de ski, jolis oeufs planant au-dessus de nos têtes.

Bref, il fallait une étude sérieuse : elle fut confiée à un cabinet d'architecte parisien apparemment seul apte à concevoir un projet d'envergure pour relier le commerce au pouvoir. Moyennant quelque rétribution non encore connue, le génial créateur a trouvé une idée originale, piochée dans sa contemplation de la configuration des lieux. Il existait jusqu'alors, à hauteur du Marché qui domine la gare, un escalier fort raide et souvent mal famé, emprunté par les voyageurs pressés, qui le dévalaient au péril de leur vie, pour arriver à proximité de la station. De mon observatoire privilégié je n'ai que rarement vu les mêmes entreprendre l'escalade à leur retour ! Bref, au prix d'une cogitation intense, la lumière fut : escalier = pénible ; escalier pénible à monter = ascenseur ! Yes, eurêka, I do !

De là naquit un projet inimaginable, donnant du rose aux joues à notre prévôt et à sa Cour. Certes, un ascenseur est connu pour monter et descendre à la verticale, ce qui justifiait une petite adaptation, par la création d'une longue passerelle joignant d'un coté le dernier étage d'une tour desservie par l'engin, et de l'autre le rebord du Plateau, soit GRRRRR, face à la porte de mes bureaux !!!! Malheur à ceux qui sont sujets au vertige, les murailles étant à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Rassurez-vous, nos pompiers disposent d'une équipe spécialisée apte à intervenir en zone hostile pour aller chercher l'imprudent tétanisé au milieu du gué. Réjouissez-vous, vous avez échappé au pont de singe que la crise économique vous promettait. Petite pause humour : dans une boite à idée, il doit rester la trace d'un vestige bédéphile, dit « fusée Tintin » ; la tour pourrait être ainsi habillée au pays de la BD...

L'ascension vers le Saint des saints est donc assurée, et vu le trafic promis une fois la new station en service, ça risque de bouchonner grave aux portes du paradis ; pour ceux qui descendront, et qui ont un train à prendre, le risque de devoir prendre le suivant est réel, sauf..., si je puis me permettre une modeste suggestion, à envisager un mode de descente accéléré, à mi chemin entre l'escalier et le descenseur : une bonne vieille tyrolienne qui ne dénoterait pas à coté du pont de singe.

Enfin, notre bonne ville, coupée en deux, va pouvoir recoller les morceaux, et retrouver ses illusions. Hein ? Combien ça coûte ? Ne vous inquiétez pas ! Un stage dans l'Ile de Ré vous apprendra qu'un bel ouvrage d'art est très vite rentabilisé, si l'on a la sagesse de mettre un guichet en haut et en bas. Rien n'est gratuit en notre royaume.

Quant à moi, sur cet emplacement devenu stratégique, je pense ouvrir une boutique à souvenirs avec plein de boules à neige avec un TGV dedans, d'assiettes et mazagrans à l'effigie du prévôt, et des tirelires en forme d'ascenseur qui montera et descendra pour engloutir la menue monnaie.

Dernier petit détail : le Peï de l'ascenseur devrait trouver un emplacement en bas pour installer des « bulles » en dur, pour libérer nos places et esplanades d'en haut, afin de les rendre aux habitants ; le coût d'un monte charge serait ainsi économisé.

Photo repro. Charente Libre-

Atelier Cité Architecture

Par jean-claude.guillard le 05/07/11
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Le prix de la gaudriole ou la rançon de la gloire

Notre philosophe rocker, le grand Johnny lui-même, estime que plus on est riche, plus on est exposé aux malfaisants de tous poils. Pour avoir lui-même fait l'expérience d'une accusation semblable à celle dans laquelle DSK se débat, de laquelle il fut blanchi, il compatit aux misères de l'ex-patron du FMI.

L'avocat ne peut que faire le lien entre richesse et pauvreté, entre justice à l'américaine et justice de chez nous. Plus on est riche, mieux peut-on se défendre. A la mode US, les millions de dollars engloutis dans l'affaire DSK pour tenter de faire la lumière sur la vérité du dossier donnent le vertige ; c'est le prix de cette vérité sans doute : mais à ce stade qu'en est-il réellement ? L'accusé sortant soulagé de son bracelet électronique au terme de la dernière réunion chez le juge, allant joyeusement festoyer entre amis dans un restaurant huppé, mais restant encore inculpé d'un viol qui ne pourrait être qu'un simple rapport consenti avec une femme de ménage ; une accusatrice manipulatrice ou vénale qui aurait offert son corps à un people, sans être payée en retour, et qui voudrait gonfler sa mise. Le tout sur fond politique d'un procureur élu qui ne tient pas à perdre la sienne et d'avocats illustres qui aspirent à accroitre la leur.

Au royaume de France, la Sainte Inquisition avait les moyens pour faire avouer le coupable désigné qui finissait illico sur le bucher l'expédiant derechef en enfer ; la laïcité moderne a permis que les aveux plus ou moins spontanés soient recueillis par la maréchaussée au terme d'une garde à vue éprouvante, le tout dans le plus grand respect du contribuable, l'interrogateur percevant le même salaire mensuel que s'il avait vaqué à une autre occupation. Peu de frais non plus générés par le défenseur des démunis, dont le rôle d'assistant social lui interdisait d'avoir la moindre idée du dossier. Les nantis pouvaient cependant s'offrir un tel assistant social de prestige, à leurs frais, adapté à leur condition. Et, puis, patatras, voilà que les grands principes imposent une défense plus active en permettant aux avocats de passer leur temps en compagnie de leur client interrogé. Grand chamboulement pour les enquêteurs, qui préfèrent désormais travailler la nuit, allez donc savoir pourquoi ; grand chamboulement pour les avocats insomniaques qui doivent gérer les urgences nocturnes. Le riche client pourra s'offrir deux avocats, un de jour, l'autre de nuit. Le démuni découvrira l'avocat assurant la permanence qui ne pourra s'empêcher la nuit de penser à la miséreuse indemnité prévue pour sa participation, qui est encore débattue dans les ministères concernés. Dans les deux cas, le boulot sera le même, seule la rémunération différente.

L'enquête mode US mobilise de multiples intervenants, qui, sous l'égide du procureur, vont avoir accès à tout pour conforter la réalité de l'accusation, quitte à trouver des éléments à décharge qui ne pourront être masqués, sous peine que la défense, elle-même dotée de pouvoirs d'investigations, ne fasse main basse sur ces mêmes éléments pour mettre à mal l'accusation devant les jurés. Chez nous, à partir des éléments recueillis lors de l'enquête initiale, puis en garde à vue, le présumé innocent est renvoyé la plupart du temps devant ses juges, et l'avocat doit se débrouiller avec le dossier ficelé dont copie lui est alors donnée. Dans les cas les plus graves, le juge d'instruction, celui qui devait disparaitre du paysage de la justice pénale, va, sur la base du dossier d'enquête, instruire à charge et à décharge ; il est difficile de trouver dans l'enquête initiale de quelconques éléments à décharge, sinon un sommaire rapport d'expertise psychologique ou d'enquête sociale. L'avocat n'a aucun pouvoir d'investigation, et il doit demander au juge d'instruction, s'il le veut, de lancer ses enquêteurs ou experts à la recherche de tel élément pouvant être utile à son client.

J'ai en mémoire, dans un dossier de viol supposé destiné à alimenter une session de Cour d'Assises, la contribution à décharge d'un juge d'instruction auquel je demandais seulement de poser une question à la victime lors d'une confrontation avec son supposé agresseur. La demoiselle avait attendu 6 mois, après ce jour maudit où elle avait invité le type à monter chez elle prendre un verre, pour déposer sa plainte, et mon client avait eu entretemps confirmation d'un de ses copains qu'elle avait entretenu une liaison intime totalement consentie avec ce dernier, le lendemain du supposé viol, ce qui m'apparaissait incongru pour une femme qui venait juste de subir une agression criminelle. La question consistait seulement à savoir si elle reconnaissait ce fait. Le juge, outré par ma question à décharge, refusa qu'elle soit posée et sur mes protestations dénia aussi qu'il en soit fait mention dans le PV de confrontation, malgré mon ire. Le motif invoqué fut : la vie privée de la supposée victime, auquel je ne pouvais ainsi porter atteinte. Le nom de l'heureux témoin fut fourni avec demande d'audition, en vain, pour le même motif. Son témoignage écrit fut produit au dossier, mais rejeté itou par le juge !

Cet exemple, appliqué au dossier DSK, n'aurait pas permis de fouiller dans la vie privée de la victime, et nul doute que l'intéressé, ainsi privé de tous moyens à décharge aurait achevé sa carrière à croupir au fond d'une prison US ; Il est heureux que l'ex patron du FMI ait commis son geste outre atlantique, là où le procureur accusateur lui-même vient lui servir des éléments majeurs de défense.

Reste à savoir si la fortune dont disposait l'intéressé, ainsi que sa renommée, n'ont pas éveillé une crainte légitime de bavure dans l'esprit du procureur élu, le conduisant à une prudence bienvenue, qui n'aurait peut-être pas été de mise pour un vulgaire péquin sans le sou, comme il en existe beaucoup là bas, attendant la chaise électrique, dont certains échappent par un miracle de la science biologique qui va les disculper au dernier moment, grâce aux fonds recueillis sur le tard par les abolitionnistes.

Johnny n'a pas tort : plus on est riche, plus on est exposé, et plus on a de chances de s'en sortir.

Bon, DSK n'en est pas encore totalement sorti puisqu'il reste à juger s'il a honoré la dame du Sofitel, de son plein gré ou à l'insu de son plein gré, sans bourse délier ou moyennant commission impayée. Les deux protagonistes, seulement présumés coupable ou victime, vont être bientôt fixés sur leur sort.

Et, dans le lointain de nos campagnes, le coeur des vierges effarouchées entonne le chant du complot, avec le mince espoir de retrouver leur candidat blanchi, postulant à la quête du graal. Un tel complot, s'il avait existé, aurait pu être déjoué aisément. Comment un candidat très sérieux, à quelques mois d'une échéance capitale pour lui, aurait-il pu tomber dans un piège aussi grossier ? Ayant d'autres chats à fouetter, et doté d'une épouse aimante, n'aurait-il pu tout simplement repousser les avances ancillaires ou vénales, ou encore réfréner des ardeurs personnelles en pensant... à la France ?

Restera donc le fait que l'honorable politicien a commis à la sauvette un acte d'adultère, sauf à prouver qu'il fut lui-même violé par une diablesse : le puritanisme anglo-saxon s'étrangle, alors que le judéo-christianisme estampillé gaulois s'étouffe d'en rire sous cape, sexus politicus oblige.

La gaudriole deviendrait-elle un critère de choix de l'homme destiné aux plus hautes fonctions de l'Etat, ajoutée à la fortune nécessaire pour payer la rançon de la gloire ?

Par jean-claude.guillard le 02/07/11
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Chaude période pour les cabinets d'avocats traitant du droit de la famille. Le divorce était bouclé depuis longtemps, le dossier archivé, et voilà que le téléphone n'arrête pas de sonner, le client étant dans un état d'excitation extrême. Le motif ? Toujours le même en cette période ! Le droit d'hébergement sur les enfants durant les vacances d'été. Faute de dialogue entre les parents pour s'accorder sur les jours et heures d'exercice de ce droit, puis sur ceux du retour, on a ressorti les armes.

- Allo Maître, mon ex vient de m'appeler pour me dire qu'il emmenait les enfants en vacances demain, dès l'aube, et que je devais les tenir prêts et... il refuse de me dire où il va ! Demain, c'est le premier juillet mais c'est un vendredi, et ce n'est pas son week-end de garde !!!

- Allo Maitre, ma femme, heu...mon ex, refuse que je prenne les enfants en vacances demain, mais dimanche soir parce que c'est son week-end de garde, et en plus, elle voudrait que je lui dise où je vais avec eux, sinon, elle ne me les donne pas ! Et puis quoi aussi, elle ne me dit pas où elle va quand ils partent avec elle !!!

- Allo Maître, c'est encore moi, mon ex vient de me rappeler ! Il dit qu'il sera bien là demain, avec la police ! Et en plus, il ne veut pas me dire quand il me les ramènera...

- Allo Maître, ma femme, heu...mon ex, ne veut plus me laisser les enfants si je ne lui donne pas la date de mon retour et l'heure, et elle me menace de porter plainte pour violation de domicile si je viens chez elle !

Ah, heureuse période pour les cabinets d'avocats, qui répondent sans cesse que le jugement fixe les droits d'accueil, qu'il faut donc le ressortir du placard, le lire et l'appliquer. La plupart du temps on ne retrouve plus ce foutu jugement...Peu de temps après, lecture faite s'il a été retrouvé, les deux joyeux parents ne sont toujours pas d'accord sur l'interprétation de son contenu, qu'il leur faut donc expliciter, selon la rédaction du juge qui peut être variable;

il y a en effet la fameuse « première moitié des vacances d'été les années paires pour le père » (sans doute pour la rime) suivi évidemment de la « seconde moitié les années impaires pour la mère » (aucune rime riche possible). Misère, voilà les deux opposants, dotés chacun d'un calendrier, en train de compter les jours de chacun, pour voir si l'autre ne va pas lui en piquer un. Et encore faut-il déterminer le jour du retour ou plus exactement de la restitution des têtes blondes.

Le tout étant traité téléphoniquement entre eux, avec répercussion immédiate sur les avocats respectifs, la journée est longue et la facture téléphonique salée, d'autant évidemment de nombreux couples ont tous les mêmes discussions et problèmes au même moment. Le secrétariat est mobilisé au standard ainsi que tout le staff technique pour gérer les départs en congés payés de parents et marmaille ; on dirait la pagaille des contribuables au guichet des impôts au dernier jour de la déclaration de revenus !

Au bord de l'épuisement l'avocat reçoit alors le coup fatal : « allo Maître, c'est encore moi ; bon ça tourne au vinaigre, saisissez immédiatement le juge pour fixer les jours et horaires de départ et de retour » !!! Il faut là expliquer que demain, il n'y a pas d'audience, que les juges ont aussi des congés, qu'il est impossible, de toute façon, de faire convoquer l'autre du jour au lendemain, etc.

Après quelques amabilités sur le fonctionnement de la Justice, l'homme épuisé finit par exiger de vous une négociation immédiate avec l'avocat adverse, par fax ou mail, pour que les dates et heures soient fixées derechef. Par chance, le confrère est là, également anéanti par sa cliente ; on discute, on reprend le jugement et ses énonciations, on tombe d'accord sur les jours, et on propose des heures ; on demande au secrétariat d'établir des courriers confirmatifs dont les termes seront soumis aux deux clients...

Et puis, plus rien ! La soirée s'achève dans un silence assourdissant du téléphone. Le temps des valises est venu ; certes, il arrive parfois que la maréchaussée mobilisée sur les routes soit contrainte de lâcher le cinémomètre pour aller calmer l'ultime rencontre les parents avant le départ pour que soit assurée la sécurité des biens et des personnes ; Ouf, ça y est, on a réussi à enfourner les gamins dans le véhicule paternel, au milieu des valises, et du bocal du poisson rouge ; démarrage en trombe sous les vociférations maternelles ; les menottes des petits s'agitent par la fenêtre de la portière, tandis que papa gratifie aussi son ex d'un geste amical, le majeur élevé.

Allez, encore quelques heures d'effort dans les bouchons, pour parvenir au camping.

Les cabinets d'avocats respirent, le téléphone surchauffé commence à refroidir. Débriefing, car demain on reprend les affaires courantes... jusqu'au grand chassé croisé de fin juillet début août !Alors là je ne vous dis pas : retards de restitution de mômes ou traitements des incidents mineurs survenus durant les vacances pour les juilletistes de retour, problèmes de jours et horaires pour les aoûtiens sur le départ.

Et vous, cher Maître, quand prenez vous vos vacances ? Heu, à la rentrée des classes...