Jan
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LE TONTON DE PROVINCE

JARNAC, petite cité charentaise paisiblement endormie le long du fleuve Charente, a le don de se réveiller chaque année pour accueillir les plus chers amis de son défunt héros local, venus trouver son secret ou l'inspiration divine permettant de gravir l'ultime échelon de l'escalier républicain. En cette année qui voit foisonner les candidats à la candidature suprême, chacun doit venir afficher son rose aux joues devant le caveau où leur tonton a trouvé la paix céleste, si possible avec l'uniforme adéquat, chapeau noir et écharpe rouge, avec en main la rose carminée symbolique.

Tonton croyait aux forces de l'esprit et a promis de veiller sur sa famille ; à en juger par les éclats de voix et les coups de Trafalgar de la défunte année, il ne doit pas avoir une minute à lui, à moins que l'éloignement ne facilite pas sa surveillance. Alors, autant se rapprocher de lui et tenter par l'esprit de recueillir ses conseils avisés, plutôt que de bourrer sauvagement les urnes pour évincer tel prétendant au profit d'un autre, au nom de la ...démocratie fort peu participative. Quoique l'affaire a sacrément du l'amuser, de là haut : faut bien que jeunesse se passe, comme en 14 !

Il aurait sans doute conseillé le recours à la force tranquille qui lui a été si chère, sauf que le costard est dur à enfiler pour des héritiers, d'accord pour la force mais rétifs à la tranquillité, qui n'est pas pour eux un moyen mais un objectif. Comment ne pas rêver de prendre les rênes d'un pays où, malgré la crise, l'argent est toujours disponible pour qui sait s'approprier les clefs du coffre ? Il y a les héritiers qui y ont goûté et qui crient famine, au point d'être capables d'assassiner père et mère pour se refaire une santé ; il y a ceux qui en ont entendu parler et qui en rêvent jour et nuit, même en se rasant ou s'épilant, et qui estiment que leur tour est arrivé.

Les chemins de ces drôles de pèlerins, poussés par des courants d'air divers, conduisent tous à Jarnac une fois l'an, au risque que ces souffles plus ou moins puissants, finissent en se rejoignant par provoquer une tempête destructrice. Tonton veille, et n'acceptera jamais qu'une tornade vienne ébranler sa chère ville natale.

Ils sont venus, ils sont tous là, ou presque, à espérer qu'une voix venue d'outre tombe leur révèle, en ce jour symbolique du quinzième anniversaire de l'extinction de la gauche triomphante, la voie menant à nouveau au graal. Pour éviter que les prières des habitants du cru venus fleurir les tombes de leurs proches, ne viennent interférer sur la parole divine attendue, la maréchaussée avait reçu ordre de bouter ces intrus hors des murs sacrés. Par contre, belle bataille de paparazzis piétinant les tombes désertées, pour mettre en boite la Commedia dell Arte !

Venue en voisine, la royale présidente de la région, ex-madone du peuple de gauche, aurait souhaité s'affubler du chapeau et de l'écharpe de son tonton, reliques pieusement conservées dans le musée du saint homme ; mais tout le monde avait eu la même idée, si bien que tous y ont renoncé pour éviter la parodie de l'élection du meilleur sosie. C'est donc toute de noir vêtue, pomponnée et fraichement permanentée, les cheveux enserrés dans un seyant serre-tête de bourgeoise, que la Lady Gaga locale, reine des Zéniths, est venue prêcher pour sa paroisse ; que ne lui a-t-il pas été conseillé d'y ajouter la Rolex et les Rayban qui font fureur dans les foyers plébéiens qui la soutiennent ? Si elle se cherche un nouveau look pour son nouveau show participatif, si je puis me permettre, l'interview au coin d'un feu de bois dans la cheminée où mijoterait une bonne soupe de légumes, en charentaises et robe de chambre de la Redoute, aurait une sacrée gueule ! C'est une simple question d'efficacitude.

Bonne nouvelle, son ex n'est pas venu lui tirer dans les pattes ! Oui, le Hollande. Aucune chance chez nous de faire recette pour un gars amaigri et adepte du Réjécolor ; pensez donc, avec un nom de fromage sans matière grasse... on n'est pas au régime chez nous ! Peut-être que s'il s'était appelé François CHABICHOU et avait masqué ses cheveux blancs sous le béret de nos ancêtres, aurait-il pu battre la campagne et faire carrière dans le coin, si propice aux plus hautes destinées.

Le dénommé DSK, lointain tonton d'Amérique qui nous y fait un remake d' « amour, gloire et fortune », n'est pas venu à Jarnac où il n'intéresse pas grand monde : pensez un homme qui fume le cigare plutôt que la gitane maïs, c'est douteux. Et, puis, Jarnac n'a pas de piste pour accueillir le jet, ni de palace cinq étoiles avec sauna pour se remettre de l'émotion d'une génuflexion devant le caveau de tonton. Pourtant, certains espéraient sa venue, puisqu'il lui arrive de visiter le quart monde...chéquier en mains.

Le Maire de Paris s'est payé une petite virée dans la France profonde et grand bien lui en a pris : il fut le seul a amener un peu de gaité dans cette noire assemblée, tel David Guetta dans une chapelle de bénédictins. Epuisant, un tel voyage si loin de son royaume enserré dans un périphérique, de son PSG et de ses copains du Stade Français. Bref, on ne l'y reprendra plus à venir se prendre la tête dans tel trou.

Et Martine alors ? Elle a eu beaucoup de mal à arriver faute d'avoir visualisé correctement la localisation de Jarnac, minuscule petit point sur la carte de son état major. Elle y fut transportée pour marquer à la culotte (comme on dit au PSG) sa très chère Ségolène ; elle est arrivée avec l'inquiétude du Nordiste pénétrant sur un territoire Apache, et après maintes ruses et approches, a réussi à retrouver son amie de toujours pour ne plus la quitter, surtout pour la photo de famille de l'AFP, où l'émotion, voire la douleur de l'instant doit transpirer face au caveau du grand homme. Que ne pouvait-on lire dans les pensées des illustres visiteurs, tout le bonheur de se retrouver ainsi, en rang d'oignons, pleurant ensemble au souvenir de l'aïeul, des larmes de crocodile que le vieux aimait tant ? Martine tenait son rang, forte du résultat sans appel des urnes bourrées et de son sacre admis au nom de l'unité du parti. A croire que « Papa-m'a- dit» lui avait confié le secret des recettes africaines de son paternel. Quelle belle image d'unité, le temps de la photo. Rien que cela méritait de venir au pays des cagouilles farcies, si loin des baraques à moules frites. Les demoiselles de Jarnac ont bien joué leur rôle de soeurs siamoises en attente de l'opération séparative.

Ça méritait bien un petit bon petit casse croute républicain dans la salle des fêtes du village, où les familles du défunt, Christophe et Mazarine en tête, ont joué les hôtes de service, s'acquittant parfaitement du délicat exercice des plans de tables. Bien sûr, la sécurité était assurée, et pour éviter tout dérapage, couteaux et canifs avaient été proscrits, si bien que les cuistots s'étaient attachés depuis l'aube à préparer de petites bouchées individuelles, fort prisées par les éléphants du parti ayant perdu de longue date leurs dents et défenses à force de rayer les planchers. Les mêmes cuistots ont cependant été ulcérés de constater que certains convives faisaient goûter préalablement les plats par leur assistant parlementaire ou leur chauffeur ! Agrémentée d'un apéro au pineau, cuvée Borloo, et clôturée par un cognac millésimé 1981, la fête fut belle, et aucun décès ne fut à déplorer, bien que la cène ait été égayée par un artiste patoisant local, qui a narré à sa manière l'histoire du fameux coup de Jarnac. Oui, vous savez ce duel sous Henri II, au cours duquel le plus faible des combattants a réussi à vaincre son adversaire, en lui administrant une botte de revers dont il avait le secret, lui sectionnant le jarret d'un coup de lame ; non, ce n'était pas un coup tordu, mais une attaque fort régulière, contrairement à ce que la légende a prétendu. Les convives furent été passionnés par cette histoire au point que certains prenaient des notes... d'autres ont regretté d'avoir passé une matinée entière à se les geler dans un cimetière sans entendre le moindre son divin sortant du caveau comme espéré, alors que finalement, un « deus ex machina » venait, entre le fromage et la poire, de leur donner partie de secret de tonton.

Le départ a permis de constater maintes étreintes et embrassades des participants, chacun promettant à l'autre que l'on se reverrait très vite et en toute camaraderie, et qu'en toute hypothèse, rendez vous était pris pour l'année prochaine, même lieu, même date, même heure, devant le caveau familial, tout au moins pour ceux qui auraient survécu d'ici là... Et bonne année à tous, clamait Ségolène en agitant royalement la main à destination des carrosses qui s'éloignaient....

PS : euh, non...rien.

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