Par jean-claude.guillard le 21/02/14

AVIS AUX LECTEURS

Il ne m'était pas apparu inutile, en 2007, de répondre au Conseil National des Barreaux, l'ordre national des avocats, qui entendait s'adresser à tous les justiciables en mal d'informations juridiques, en leur proposant une blogosphère animée par des avocats volontaires et bénévoles.

Il était mis à leur disposition l'outil indispensable à ce grand projet, un blog qu'il appartenait à chacun d'ouvrir et de remplir au gré de ses capacités, de ses disponibilités et finalement de vos interrogations sur des sujets divers et variés, objets de vos préoccupations de profane confronté à la machine judiciaire.

J'ai donc adhéré en 2007 à ce projet, et vous ai proposé quelques articles informatifs, parfois agrémentés de mes humeurs judiciaires, dont certains sont apparus comme vous étant utiles au point que j'ai dû faire face à une explosion de questionnements, que je me suis astreint à traiter, en veillant à ne pas user de termes juridiques vous étant étrangers.

Les échanges que nous avons entretenus, en espérant qu'ils vous aient utilement renseigné, m'ont néanmoins permis de constater l'abime existant entre le justiciable et l'institution de la Justice au sens large : langage incompréhensible pour le commun des mortels, pas seulement du fait des juges, mais aussi d'avocats en charge de dossiers, au point que leur client m'interrogeait pour connaitre le sens de mots employés, pour définir les phases d'une procédure, pour connaitre ce que pouvait être un acte d'huissier reçu, etc. Je ne suis modestement attelé à proposer, parfois avec une teinte d'humour pour dédramatiser, des posts responsifs les plus adaptés possible vos attentes .

Le Conseil National des Barreaux avait bien compris votre besoin d'information et de conseils, en créant ce génial outil de communication.

C'est avec regret que mes confrères et moi-même, impliqués dans cette oeuvre collective bienfaisante et généreuse, avons appris par la rumeur que notre Conseil National des Barreaux avait décidé de la liquidation finale de sa blogosphère, pour d'obscurs motifs lié à sa relation avec la plateforme hébergeante qu'il avait choisi. La rumeur vient d'être confirmée, générant une désespérance des avocats blogueurs, dont vous aviez plaisir et intérêt à consulter les écrits.

Des solutions encore incertaines sont proposées à la hâte afin au moins de ne pas perdre le bénéfice de cette bible d'articles divers et variés destinés à vous éclairer ou guider dans la jungle juridique ou judiciaire.

Notre inquiétude est surtout grande de perdre tout contact avec vous, chers lecteurs.

Ces blogs n'étaient pas ceux des avocats qui les faisaient vivre, mais étaient avant tout les vôtres, justiciables confrontés ou non à des problèmes les dépassant, cherchant apaisements à leurs angoisses ou inquiétudes, ou simplement des informations sur des questions de Droit ; certains d'entre nous, connus par leur blog, ont pu aussi répondre à des interrogations formulées par des journalistes souhaitant compléter un article, aider des étudiants à parfaire un mémoire, ou encore intervenir dans des émissions de radio ou de télé.

Je pense à cet instant aux plus de 450.000 connections intervenues en 2013 sur mon blog, soit autant d'internautes ayant eu un besoin d'informations judiciaires, et qui risquent, par l'effet de la disparition annoncée, de devoir tenter de trouver leur bonheur sur d'improbables forums où prévaut l'avis du « frère de la belle-mère du concierge qui a rencontré à peu près le même problème il y a quelques années ».

Je n'ose croire que le Conseil National des Barreaux ait pu ignorer l'importance du service généreusement rendu par ceux d'entre nous qui se sont consacrés à faire vivre leur blog dans l'intérêt général des justiciables, objectif pourtant initialement assigné.

Voilà donc la mauvaise nouvelle pour nous autres avocats, mais aussi sans doute pour vous.

Alors, si vous trouvez intérêt à ne pas laisser nos blogs disparaitre, indiquez-le vite, non pas seulement par votre commentaire au pied de cet article qui risque d'être le dernier, mais en faisant part au Conseil National des Barreaux des bienfaits que vous avez pu retirer de feu sa blogosphère.

blog@cnb.avocat.fr

Cette manifestation permettra peut-être de contribuer à la mise en oeuvre d'une solution alternative que nous recherchons activement, avant qu'il ne soit trop tard.

Par jean-claude.guillard le 04/01/14

Dans les médias, on appelle ça les marronniers ; en Ecosse, c'est le monstre du Loch Ness ; en Provence, c'est l'Arlésienne... Périodiquement, ça s'en va et ça revient.

L'aimable Mme TAUBIRA avait donné des devoirs de vacances de Noël aux jeunes énarques ayant fait leur stage de 3ème au sein du ministère de la Justice. Objectif : délester les malheureux juges, rescapés de la grande purge de tribunaux supposés inutiles et débordés par les accélérations procédurales aussi stupides que vaines, de tout travail à connotation domestique, soit principalement de certains pans traitant des affaires familiales.

Il s'agissait en réalité, dans le cadre global des économies d'échelle à réaliser pour assainir les finances publiques, de maintenir au plus bas le nombre de magistrats, en ménageant aux survivants d'entre eux un temps d'analyse plus conséquent pour traiter de plus nobles dossiers, temps qui leur faisait défaut depuis qu'ils ont été assujettis aux contraintes de la statistique, qui, comme chacun le sait, privilégie la quantité à la qualité.

Notre douce et poétique Ministre a sans doute pris conscience d'un des effets pervers de son désormais illustre mariage pour tous, permettant par voie de conséquence le divorce pour tous : à terme, ça risquait de bouchonner dans les prétoires.

L'apprenti énarque, malin mais fainéant, a retrouvé, dans les cartons de la dernière mouture de la réforme du divorce de 2004, la trace d'âpres débats quant à l'utilité du juge pour traiter du divorce par consentement mutuel : émoi des magistrats et avocats, inquiétude des Maires que l'on voulait contraindre à défaire misérablement ce qu'ils avaient mis en oeuvre au jour béni du mariage, appétence des notaires toujours prompts à récupérer les surplus des autres.

Bref, 10 ans plus tard, coucou le revoilà, ce bon vieux divorce par consentement mutuel qui est censé encombrer nos juridictions ; mais attention, on fait du neuf avec du vieux : ce serait donc, non plus au Maire, mais au Greffier du Juge de se charger d'écouler le stock, fort de sa glorieuse expérience d'être en charge de sceller les PACS, au grand dam des notaires qui y voient une concurrence déloyale.

Mais, jeune énarque impubère, il fait sortir de son bureau doré et faire un stage préalable dans une juridiction pour pouvoir prendre la mesure du problème : un greffier est lui-même submergé par le flot des démarches liées à sa fonction première, plus encore que les juges qui lui fournissent la matière pour égayer ses journées : dans les procédures familiales, constituant parfois les 3/4 de tous les dossiers d'une juridiction, ce greffier assiste le juge lors des audiences, avant de vite revenir vers son ordinateur pour taper le texte du jugement et l'orner, après signatures, des glorieux sceaux de la Justice. Mais aussi, ce pauvre greffier a été mis en faction devant l'ordinateur dédié au juge de la mise en état, pour apprécier du flot quotidien de la production littéraire des avocats, issu de l'inénarrable RPVA, et finalement, fut de facto commis d'office pour gérer des calendriers procéduraux, quasiment automatisés sans grande considération de la spécificité des dossiers. Bien que le code de procédure civile n'ait pas fait disparaitre ces juges de la mise en état, voilà notre greffier promu au rang de magistrat pour organiser, aussi, le grand bal des affaires.

Alors, finalement, l'idée géniale serait donc d'expulser le juge de son bureau pour y laisser le seul greffier, avec la charge de gérer les couples adeptes du divorce par consentement mutuel. Mais, un greffier n'est pas magistrat, et une rupture amiable de mariage est encore soumise à la condition essentielle du... consentement de chacun des deux époux ; juge et greffier travaillent ensemble, mais ont chacun suivi un cursus très différent pour disposer d'une formation spécifique et autonome de leurs activités respectives ; le juge, issu de la prestigieuse école de la magistrature, en sort doté d'un pouvoir très particulier que n'a pas le greffier au sortir de l'école des greffes : celui de rendre la Justice.

Selon le rapport établi par notre énarque aventureux, il ne s'agirait, nous dit-on, que de confier au greffier le soin de devenir juge par accident, seulement pour les dossiers de divorce par consentement mutuel les plus basiques, tels ceux de couples n'ayant pas d'enfant, ni biens en commun, et qui ne se demandent rien. Certes, mais en préambule, est-on sûr que les deux soient bien d'accord sur le principe de leur divorce ? Un conjoint n'aurait-il pas contraint l'autre à accepter cette rupture du mariage ? En d'autres termes, n'y aurait-il pas répudiation déguisée, laquelle est bannie (pour l'instant) de notre Droit ?

Rappelons que la Loi précédente sur le divorce avait maintenu, même pour ces divorces par consentement mutuel présumés basiques, l'obligation pour les deux époux de se présenter devant un magistrat, et de comparaitre séparément dans son bureau, pour qu'il puisse s'assurer par lui-même que ce consentement était bien mutuel ; en cas de doute, comme de voir un des conjoints en larmes ou totalement mutique, le juge a seul la capacité de ne pas prononcer le divorce, basique ou non, s'il estime que l'un des époux exprime, même implicitement par son attitude lors de son audition personnelle, une réserve sur la rupture du mariage ; il doit être rappelé que les conventions antérieurement établies par l'avocat, reflet d'un accord intervenu devant lui sur les conséquences du divorce, même une fois signées par les deux époux, n'ont aucune valeur juridique tant que le Juge ne les a pas validées, en acceptant le prononcé du divorce s'il a acquis la conviction que les deux époux ont librement consenti à la rupture de leur mariage.

Oui, mais me dira-t-on, ce ne sont que des divorces très basiques, sans aucune conséquence majeure ; Certes, mais si ce jeune énarque impétueux et ignorant des choses de la Justice s'était renseigné, il saurait qu'un divorce est moralement une épreuve puisque mettant fin à une union que le couple avait voulu solennelle devant le Maire et les familles et amis, au contraire du PACS ou d'un vulgaire concubinage.

Notre délicieuse Garde des Sceaux sait mieux que quiconque combien cette solennité du mariage est précieuse à tous, puisqu'elle l'a faite graver dans le marbre par une loi récente : comment pourrait-elle se contredire pour prôner désormais qu'un démariage, par un divorce présumé consenti, soit vulgairement acté dans un bureau de greffe, hors la présence solennelle d'un Juge, pourtant seul doté de l'imperium lui permettant de déterminer si les conditions légales sont réunies pour prononcer la rupture du mariage ?

Transmettre le pouvoir d'un juge à un autre acteur de la justice qui en est dépourvu pose un grave problème constitutionnel, que même un jeune énarque ne peut ignorer.

La solution proposée est aussi stupide que d'autoriser un infirmier à suppléer un chirurgien pour opérer un patient atteint d'une appendicite au motif qu'il s'agirait d'une intervention bégnine, et qu'une telle substitution permettrait surtout des économies sur le budget de la Sécu, en réduisant le nombre des chirurgiens hospitaliers !

Alors, il s'impose que chacun des acteurs de l'oeuvre de Justice accomplisse le travail pour lequel il a été formé et nommé par le pouvoir régalien. Chacun doit rester à sa place, là où elle lui fut assignée : l'avocat pour s'assurer d'un accord initial des conjoints quant au traitement des conséquences de leur futur divorce et mettre en oeuvre des conventions destinées à être soumises au juge, pour devenir à terme, si ce juge le décide, le jugement des parties ; le greffier pour gérer les convocations des époux à se présenter devant le juge, pour l'assister lors de cette audience et mettre en forme le jugement, dès lors que le Juge a considéré préalablement que les deux époux étaient bien consentants au divorce, et ce, quelle que soit la simplicité de leurs conventions, dont la valeur juridique ne pourra résulter que de l'accord final du seul juge, leur conférant force de jugement.

Alors, cher énarque en devenir, oublions le marronnier du jour, et remisons au rang des nombreux projets illusoires garnissant les greniers ministériels, cette idée de divorce en catimini. Tant qu'à faire, et dans le même ordre de réflexions, oubliez aussi ces martingales imaginées par des informaticiens en herbe qui proposent des calculs automatisées et improbables de pensions ou prestations ; la cour de cassation n'en veut d'ailleurs pas, en rappelant à nouveau que seul le Juge a la capacité de déterminer ce qui est juste, pour chaque cas qui lui est soumis. La précision est importante pour qui aurait l'idée de demander au greffier d'appuyer sur le bouton magique d'un logiciel pour obtenir illico le montant d'une pension ou d'une prestation.

Ah oui, j'oubliais ! Et le problème des juges et greffiers surbookés ? Eh bien, permettez-moi de vous suggérer une piste sérieuse : abandonnez d'urgence et par priorité la stupidité du règne de la Statistique, fléau des temps modernes, afin que la Justice retrouve au plus tôt sa qualité au détriment de la quantité : la Justice doit disposer du temps qui lui est nécessaire pour mener à bien son oeuvre, et non pas de celui imposé par des marabouts mathématiciens étrangers à notre monde judiciaire, n'ayant jamais mis les pieds dans une juridiction.

La supposée lenteur de l'esquif Justice, balloté par des vents mauvais venus d'ailleurs, ne justifie pas de saborder le navire en pleine mer, dès lors que l'équipage, chacun étant à son poste, est en état d'acheminer à bon port tous ses passagers, dans un délai raisonnable.

Dessin signé par son auteur, dans Le Télégramme.

Par jean-claude.guillard le 02/01/14

Merci à tous les lecteurs de ce blog.

J'espère que chacun y a trouvé ou y trouvera les informations qu'il recherche sur certaines situations délicates de la vie, auxquelles on ne peut parfois échapper. Le Droit apporte des réponses de principe, mais chaque cas est différent et suppose une analyse personnalisée, qui nécessite un recours aux professionnels habilités, avocats, notaires ou huissiers.

Dans la plupart des villes dotées d'un Tribunal, les Avocats organisent des consultations gratuites vous permettant d'avoir une première approche de la solution à votre problème : n'hésitez pas à profiter de cette aide indispensable ; l'ordre des avocats proche de chez vous vous renseignera sur les lieux, jours et heures de ces manifestations, auxquelles participent de nombreux avocats, en donnant aussi de leur temps à ceux qui en ont besoin.

Ayant depuis très longtemps participé à ces consultations, puis ayant ensuite profité de la création de radios locales pour créer et animer des rubriques juridiques, j'ai ainsi tenté d'apporter ma contribution à ceux qui se sentaient démunis face à la complexité du Droit et à son langage si particulier.

C'est tout naturellement que j'ai conçu, fin 2007, de créer mon blog, dans un contexte proposé par notre Conseil National des Barreaux, permettant à tous les avocats français d'y contribuer, et d'ouvrir ainsi une fenêtre informative à l'intention des justiciables. J'avais pu considérer que les internautes avaient pris l'habitude de consulter des forums divers, et obtenaient la plupart du temps des réponses à leurs interrogations de la part de personnes qui n'en savaient en fait pas plus qu'eux.

Mais, la gestion d'un tel blog reste accessoire à mon activité d'avocat, qui doit privilégier le traitement des dossiers de mes clients : il peut parfois arriver que ma réponse soit en décalage avec l'urgence de la question : je ne peux, à ce moment-là, faire mieux. De même, si une question très simple peut être traitée très vite, il n'en est pas de même pour celle qui est exposée de manière très complexe ou qui porte sur un point de Droit nécessitant des recherches approfondies ; ce blog doit rester purement informatif, et ce d'autant que, ne disposant pas de tous les éléments du dossier de l'internaute, il est m'est impossible de fournir une analyse détaillée.

Avec, durant l'année 2013, plus de 452 000 connexions, la gestion devient de plus en plus difficile : alors, avant de poster votre question, recherchez dans les articles disponibles ou dans les réponses apportées aux questions similaires à la vôtre, la réponse qui s'y trouve dans la majorité des cas.

Je vous souhaite une excellente année 2014, avec surtout une bonne santé, pour vous et vos proches.

Par jean-claude.guillard le 27/09/13

A l'attention des lecteurs

Si c'est bien volontiers que je tente de répondre aux commentaires figurant sous les articles de ce blog, et ainsi donner des informations profitables à tous, il doit être considéré que les délais de réponses peuvent être plus longs que prévus, dans la mesure où j'exerce ma profession d'avocat et que je dois évidemment traiter prioritairement les dossiers de mes clients.

C'est aussi pourquoi, il m'est impossible de répondre aux demandes de consultations postées à partir du lien de contact existant dans la rubrique "a propos" de ce blog , qui est exclusivement réservé à une première approche en vue de la fixation d'un rendez vous à mon cabinet, notamment pour établir une analyse de dossier ou pour m'en confier la gestion procédurale.

De même, il ne peut être répondu aux demandes d'analyse d'une situation juridique transmises par mail anonyme directement à l'adresse de mon cabinet . Seule une analyse personnalisée lors d'un rendez vous permet de disposer de toutes informations de nature à traiter utilement un questionnement.

Merci de l'attention que vous aurez porté à ce message.

Par jean-claude.guillard le 04/08/13

Chers Amis lecteurs de ce blog

Certains me postent des messages depuis la plage où ils caramélisent; si, si, je le sais, il y a parfois des grains de sable entre les pages !

D'autres m'envoient des posts depuis le bord de leur piscine; si, si, je le sais, des messages sentent le chlore !

Normalement, en août, les huissiers sont sous les cocotiers

Les juges épuisés sont tous partis vers des centres de remise en forme ou en cure de sommeil.

En août, on ne divorce pas : on refléchit... soit chacun de son coté, soit en couple avec les enfants en cas de dernière chance.

ALORS ? à quoi ça sert que je perde dix kilos dans la chaleur de mon bureau ? Même l'ordinateur souffre et souffle du ventilo !

BON C'EST DECIDE, JE FAIS UNE PAUSE DE TROIS SEMAINES.

ATTENTION : VOS MESSAGES N'ETANT PAS LUS, INUTILE DE LES POSTE DURANT CETTE PAUSE (Ils s'accumuleraient au point d'être perdus à tout jamais) - GARDEZ LES EN RESERVE POUR LES POSTER VERS FIN AOUT;

En attendant, prenez la peine de relire les articles que j'ai mis en ligne qui contiennent souvent la réponse à vos questions les plus courantes, ce qui m'oblige à donner à vos posts cent fois la même réponse !

Allez, bonnes vacances à tous, et vive la rentrée, que tout le monde nous annonce très chaude à tous points de vue...

Par jean-claude.guillard le 11/05/13

Ça y est, une de nos instances professionnelles, il est vrai plus proche du terrain que l'autre, a répondu aux craintes que je n'ai eu de cesse d'émettre dans ce blog. L'avocat muet était annoncé depuis quelques années, par l'effet de multiples réformes privant nos juges du bonheur de bénéficier de nos plaidoiries.

Certains d'entre eux, pour se ménager le temps qui leur fait désormais défaut pour se consacrer à une plus noble tâche, celle de la rédaction de leur décision, avaient trouvé l'astucieux moyen de rappeler aux avocats que la procédure civile avec représentation obligatoire était écrite, et que, dans la mesure où ils avaient appris à lire à l'ENM, la plaidoirie était surabondante.

Pourtant, dans les matières civiles concernées, le juge de la mise en état fixait une audience de... plaidoirie, dont les clients impatients avaient plaisir à être informés. Des juges adeptes du symbolisme avaient réduit le temps de cette audience au strict appel des causes, tendant sans discontinuer le bras vers les avocats pour happer leur dossier de...plaidoirie dès l'énonciation de leur affaire : le risque d'épicondylite étant encouru, il était temps de réagir.

Il est vrai que des avocats y trouvaient leur compte, évitant par cet habile dépôt de dossier l'ancestral et déontologique délai d'attente de leur tour de passage, qui avait conduit des générations d'entre eux à développer diverses pathologies nicotinées, à l'époque où les salles des pas perdus disposaient de cendriers ; désormais, l'addiction les expose en plus aux conséquences médicales des rigueurs climatiques sur les marches du palais. Il était urgent d'épargner les caisses maladies des coûts issus de tels risques.

Par une coupable complicité, des avocats tentaient de persuader leur client de ne pas venir à de telles audiences, sous des prétextes divers bien peu sérieux, mais de nature à lui éviter la confrontation, devant un juge devenu sourd, des avocats devenus muets par solidarité. Hélas, le client, parfois taquin ou trop soucieux du devenir de son dossier, bravait les interdits et faisait une irruption très remarquée dans la salle d'audience : malheur à l'avocat non physionomiste ayant ignoré sa présence ! Le risque est alors grand de devoir plaider sa propre cause au sortir de la salle pour expliquer à son client l'absence d'effets de manches, sinon celui du furtif transport de dossier d'une main à l'autre. Au mieux, l'entrée impromptue du gêneur, méritait un accueil très sobre du juge, lui exposant que la procédure était exclusivement écrite, et que, si son avocat entendait user de son organe vocal, il ne pourrait formuler que quelques observations sommaires « compte-tenu-du-nombre-de-dossiers-à-juger ».

Cette tendance conduisait à terme à une disparition certaine de la plaidoirie, l'avocat étant contraint au mutisme lors d'une audience qui était consacrée aux joutes oratoires: d'aucun avaient anticipé cette révolution de Palais, en rédigeant des conclusions très développées, exposant tous éléments factuels qui auraient autrefois été développés lors de la plaidoirie ; l'émoi des juges s'est alors fait jour de devoir lire, sous la plume des avocats écrivains, le long feuilleton des péripéties de la vie des justiciables; certains ont qualifié de "fastidieuses" ces conclusions pourtant adoptées sans réserves par le client aux anges : la Chancellerie, bonne mère du temps compté de ses juges, a fait en sorte que la Loi rappelle aux égarés, adaptes du style proustien, les règles de la synthèse.

En résumé, le procès tendait à se réduire à des écritures sommaires, sans aucun développement oral possible. Il était temps de réagir avant que la phase ultime de la révolution en marche ne mette à nu les avocats, en les défroquant à tout jamais de leur robe noire, devenue inutile.

Face à ce mini-cercle vertueux du débat judiciaire qui leur était offert, des avocats ont entendu faire entendre leur voix, d'abord pour ne pas perdre leur âme, mais aussi et surtout pour rappeler qu'ils sont les incontournables porte-parole de leurs clients, les intermédiaires obligés entre le juge et le justiciable.

Pour les procédures dont nous parlons ici, le justiciable a passé de très longs moments avec son avocat pour lui confier ses secrets, ses espoirs et ses craintes face à une institution qu'il ne maitrise pas : il place en son conseil une confiance aveugle pour qu'il puisse convaincre le juge du bien fondé de sa thèse ; comment imaginer que ce justiciable puisse se satisfaire d'écritures synthétiques et d'un vulgaire dépôt de dossier, alors que son avocat avait tant à plaider ?

Le juge a un avantage inestimable : une fois rendue sa décision, il passe au dossier suivant. L'avocat aussi, sauf que lui aura à gérer la réaction de son client qui en prendra connaissance : si le sort lui a été favorable, le client n'aura cure des accommodements pris avec sa vision idyllique d'un procès ; s'il lui est funeste, il maudira son avocat avant de critiquer un juge qu'il n'aura jamais vu. Et pire, le jugement étant lui-même une synthèse des arguments écrits échangés, il reprochera à son conseil d'avoir escamoté certains points factuels ne figurant pas dans la décision, et surtout de ne pas les avoir exposés lors de l'audience de plaidoirie. Le second avantage dont le juge bénéficie est de satisfaire l'une des deux parties, laissant à l'avocat de l'autre le soin de gérer les suites.

Le juge aura la satisfaction d'avoir ainsi pu respecter ses obligations statistiques malgré de temps qui lui est compté ; l'avocat n'aura que celle d'avoir fait tout son possible pour lui permettre de remplir ses quotas, bien loin de la considération qu'il doit à son client quant au traitement de son dossier, imposant au contraire de disposer du temps nécessaire pour porter sa parole, lors de la seule confrontation orale des thèses opposées prévue par la Loi : une véritable audience de plaidoirie. C'est seulement au terme d'une telle audience que le justiciable, qui doit y être invité, aura confirmation qu'il a bien été entendu voire écouté par le juge et défendu par son avocat, et qu'il pourra être apte à admettre, quel qu'il soit, le choix du magistrat.

En cela, l'initiative de la Conférence des Bâtonniers, d'avoir pris une résolution alertant les pouvoirs publics sur le sort de l'expression de l'avocat devant les juridictions, est louable en ce qu'elle tend à se préoccuper, au-delà d'intérêts corporatistes, du devenir de notre Justice, très sévèrement mise à mal par diverses réformes inconséquentes, que nulle préoccupation économique ne saurait justifier.

La Justice a besoin de temps pour être bien administrée, la quantité ne pouvant prévaloir sur la qualité. Il était urgent de le rappeler, avec l'espoir que le Conseil National des Barreaux s'empare également de ce sujet pour s'opposer à une dérive de l'institution judiciaire, que les avocats constatent, étant les mieux placés pour en apprécier et la dénoncer.

En fichier joint : résolution de la Conférence des Bâtonniers.

Par jean-claude.guillard le 23/04/13

Hollande candidat l'avait promis, Hollande Président l'a fait ! Ce sera sans doute une des rares promesses tenues, mais à quel prix...

75 % de français mécontents, meilleur score de toute la V° République, pour l'ensemble de son oeuvre indigente en... à peine un an de « normalitude ». Il faut bien dire que, dans le marasme économique actuel, la nation attendait d'autres mesures plus urgentes à prendre que la satisfaction à la hussarde d'une demande minoritaire, qui n'a générée qu'une crise sociétale.

Le Président de tous les français a réussi mieux que quiconque, par des artifices médiatiques coupables, à diaboliser à l'extrême les innombrables familles qui se sont risquées à battre le pavé sous les fenêtres des palais de la république pour ne pas voir disparaitre leurs valeurs ancestrales ; n'a-t-on pas odieusement outragé les paisibles manifestants de tous âges en les livrant aux gaz et bâtons de cerbères, au prétexte qu'ils étaient tous devenus de dangereux casseurs fascisants ? N'a-t-on pas orchestré un battage médiatique irresponsable en les taxant tous d'homophobie à l'occasion de quelques faits divers odieux générés par quelques malades mentaux ? Etait-il besoin pour en arriver là de transformer l'hémicycle en stand de foire du trône où la duplicité des uns répondait aux invectives des autres ?

Un président normal, comme il en fut dans le passé, aurait su écouter les émois du bon peuple et retirer à temps un projet décrié, bâti à la hâte sur une promesse démagogique. Celle-ci était impérative à satisfaire, quoiqu'il arrive, comme si elle avait été la seule cause de son accession au pouvoir ; et bien, c'est fait : merci et adieu ; le reste n'est que billevesées, dont il faudra s'accommoder.

Le merci n'est pas celui du citoyen, mais celui de l'avocat qui ne peut que se réjouir, alors que l'institution du mariage était en déclin, de sa relance par son ouverture au plus grand nombre, bien qu'il ne soit pas certain que la plupart des bénéficiaires soient intéressés à entrer dans le moule. Ce merci est évidemment intéressé, puisque le mariage est le seul moyen d'accès au...divorce, matière essentielle qui occupe des milliers d'avocats chaque année. Cependant, le gain espéré risque d'être contrarié par la perte irrémédiable de bon nombre de couples, qui avaient rêvé trouver dans l'institution du mariage le cadre unique dédié aux valeurs de la famille et de la descendance, dans une composition issue des règles naturelles de la procréation. Cette sacralisation est quelque peu écornée dès lors que le mariage pour tous ouvre les portes à une autre approche de la famille, dont la descendance ne pourra être, pour l'essentiel, qu'assurée par manipulation médicale et génétique : des enfants ne seront donc pas issus de leurs père et mère. La loi nouvelle a tué le mariage de papa et maman. La famille sera l'affaire du médecin généticien, et de sociétés commerciales, fleurissant déjà dans les pays adeptes de ce type de communauté familiale, qui vont pouvoir déposer leur carte de visite dans la corbeille de mariage ; au nom de l'égalité des couples une inégalité est créée : papa et maman procréeront une descendance soumise aux aléas de la génétique familiale, alors que d'autres auront la capacité de faire choix, sur catalogue, des caractéristiques de leur prochain rejeton.

Et là, la promesse est tenue de manière bien incomplète pour ceux à qui elle fut faite : malgré les réticences du président normal, il faudra bien achever le travail, au besoin sous la pression de nouvelles manifestations de rue avec ses rengaines d'homophobie et de dérives fascisantes, qui appelleront des contre-manifestations. Cette fois là, il s'agira de définir les règles tenant à cette procréation artificielle, que l'on n'a pas eu le courage d'annoncer en préambule à la loi nouvelle : tous ceux qui ont pu jusqu'alors avancer masqués devront alors se dévoiler, à moins que, par un nouveau tour de passe-passe, le bon peuple soit à nouveau berné.

Il est étrange que dans une démocratie, encartage oblige, l'expression de scrutins ne soit que rarement le reflet de l'émoi populaire manifesté sous les banderoles.

En tous cas, si tout président entend laisser trace de son règne, au moins celui là n'y manquera point, en ayant instauré le divorce pour tous.

C'est bien ce qui nous manquait.

Par jean-claude.guillard le 20/04/13

Le décret « poubelle » enfin abrogé !

Merci à la profession qui n'a rien lâchée et qui s'est battue avec force contre ce décret, pondu à la hâte avant une élection s'annonçant calamiteuse, pour recaser dans les barreaux français des élus retoqués.

Quelle insulte faite aux avocats que d'avoir ainsi permis une accession directe à notre profession par passerelle, ou plutôt toboggan, à des parlementaires ayant jadis râpé leurs fonds de culottes sur les bancs d'une fac de droit, avant de les lustrer sur les bancs plus moelleux d'une assemblée parlementaire.

Quelle insulte aux avocats qui n'ont été autorisés à porter la robe qu'après avoir franchi tous les obstacles des formations théorique et pratique et du certificat d'aptitude à la profession d'avocat permettant de déceler leur capacité à exercer et à appliquer le ciment déontologique indispensable à leur participation à l'oeuvre de justice. Comme imaginer que les retoqués de la république, même ayant participé à l'élaboration de la loi, puissent détenir ex nihilo les principes permettant de revêtir notre robe noire pour défendre la veuve et l'orphelin ?

La plupart des impétrants, politiciens de métier, n'avaient d'autres aspirations que de retrouver leur siège perdu, et de repartir comme ils étaient venus, en intermittents du spectacle pour faire quelques piges avec pour seul bagage leur carnet d'adresses, en attendant des jours meilleurs.

Justice est rendue à notre profession par cette abrogation du décret « poubelle » : nul ne pourra désormais revêtir notre robe du seul fait du prince.

Par jean-claude.guillard le 01/01/13

2012 nous avait apporté humour et gaité, avec ce petit brin de folie générée par un nouveau Président normal, adepte du costard improbable et de la valse à deux temps, faisant tournicoter ses ministres méconnus sur le rythme d'un pas en avant, un pas en arrière, du plus bel effet. Quelle riche idée aussi d'avoir intégré dans ce ballet la petite Cécile, aux sonorités gutturales si communicatives. La France ne pouvait que voir la vie en rose.

Nous ne pouvons que nous souhaiter une aussi belle et plaisante année pour 2013.

Mais voilà qu'hier soir, à l'heure où les petites mains s'activaient en cuisine, notre bon roi François nous est apparu dans le poste avec un air sérieux et grave, au point que j'ai un instant redouté l'annonce d'un retour de Ségolène, ou d'une déclaration de guerre à la Belgique ou au Vatican. Nous avons tous été rassurés en constatant que notre aimé monarque maniait aussi bien l'humour noir qu'il pratiquait la danse des canards : le meilleur moment fut l'annonce d'une prochaine année... difficile, et même... plus difficile que celle passée. Même grand-mère, à ces mots, fut stoppée nette alors qu'elle farcissait la dinde de marrons. (Chez nous, nous nous imposons de reporter de noël au jour de l'an le sacrifice du païen volatile, laïcité oblige)

Oui, bien sûr, nos voisins en bavent avec leur crise, mais chez nous rien de spécial : nous sommes bénis des dieux : souvenez-vous du nuage de Tchernobyl, qui avait contaminé l'Europe entière, et qui avait pris soin de contourner nos frontières. François, le pince-sans-rire, nous a fait hier soir le même coup que lorsqu'il avait promis de taxer les riches à 75 %, en voulant imiter un des meilleurs sketches du grand humoriste Mélenchon qui entendait leur prendre 100% ; du grand art, au point que certains y ont cru, et ont derechef pris un billet aller-simple vers quelques pays exotiques frontaliers: ah, la crise de ...rire quand des vieux sages sans humour ont dit à François que la plaisanterie avait ses frontières.

Grand-mère s'est avalée un coup de gniole et a achevé de bourrer sa dinde avant de l'enfourner. Elle n'aime pas l'humour noir, ça lui rappelle ses souvenirs d'enfance quand son aïeul lui racontait comment la ligne Maginot protégeait notre beau pays de toute misère. « Y devrait pas nous faire peur comme ça, le François » grommela-t-elle. Mais, c'est pour rire Mémé !

En réalité, François offrait champagne ou mousseux pour tous : fiesta en 2012, grosse nouba en 2013, voilà le message, une fois traduit ; elle n'est pas belle la vie ? Mais, attention, pour ça, il faut la santé.

Alors, au moment de vous présenter mes voeux les plus sincères, je vous fais grâce des usuels souhaits de bonheur et de prospérité dont nous profitons déjà tous. Le bonheur sera encore présent et même accru en 2013 par l'effet d'une explosion de mariages imprévus (ce dont les avocats se réjouissent pour des motifs qui leur sont propres) et la prospérité profitera, avec de nombreux emplois à la clef, aux agences de pôle emploi. C'est de l'humour noir, grand-mère !

Alors, il ne me reste qu'à vous souhaiter la meilleure santé possible pour 2013 , quoiqu'il arrive.

Par jean-claude.guillard le 14/12/12

Pauvres juges de proximité : promis à une disparition qui apparaissait urgente, les voici sauvés, temporairement, par un mouvement de balancier de nos parlementaires : un coup je te tue, un coup je ne te tue plus.

On imagine les effets dévastateurs pour le moral des intéressés, condamnés à la disparition, face au report de leur exécution au 1er janvier 2015 : ça fait militer pour l'abolition de la peine capitale...

Il est cependant légitime qu'ils bénéficient d'un délai qu'ils connaissent bien, celui de l'article 1244 du code civil.