Par jean-claude.guillard le 22/10/09

INTERDIT DE BLOG

En déplacement vers un tribunal extérieur, un long appel de causes m'a permis, comme souvent de prendre le pouls du Barreau local : un bon lot de confrères flirtant avec l'âge de la retraite, les bras chargés d'une lourde pile de dossiers du jour, ployant sous le joug de la charge, parcourant la salle pour saluer leur public : les vieux de la vieille ; une masse de jeunes confrères, les bras moins chargés, se préparant à plaider leur dossier au terme d'une très longue attente, les anciens préférant se faire marcher sur le corps, plutôt que de leur laisser une opportunité de passer avant eux. Cette jeunesse m'est apparue moins féminisée que dans les autres Barreaux que j'ai pu fréquenter : signe curieux que cette particularité locale.

Mon attente fut momentanément agrémentée par le contact d'un de ces jeunes avocats, non débutant et ayant quelques années de pratique derrière lui, que je ne connaissais pas personnellement, et qui est venu se présenter à moi très courtoisement, situation de plus en plus rare, l'enseignement de la déontologie dans les écoles d'avocat n'étant souvent qu'un lointain souvenir lorsque l'on passe à la pratique. Ce confrère me révéla qu'il avait reconnu ma face joviale, grâce à son assiduité à lire mon modeste blog, où figure mon portrait, en buste ; il avait à l'évidence envie d'utiliser lui-même l'outil de communication mis à la disposition de tous les avocats de France et de Navarre et venait aux informations.

Sous les yeux courroucés de la jeune magistrate qui tentait de gérer son fastidieux appel des causes, j'indiquais sommairement à mon interlocuteur qu'il était techniquement fort simple de créer son blog, surtout pour une génération élevée du biberon de l'informatique, et que le reste était question de temps et de volonté pour s'exprimer.

« Hélas, notre Ordre n'autorise pas de telles publications » me dit-il, navré. J'essayais d'en savoir plus : j'entrais apparemment dans le tabou, et d'un coup, les murs semblaient avoir des oreilles. Je tentais de le convaincre de l'idiotie de la position ordinale, lui rappelant que le blog CNB était un outil de communication de la profession, devant au contraire mobiliser toutes ses forces vives. Son regard attristé me révéla que le niet était définitif, et que toute tentative de franchissement de la prohibition, non écrite, serait de nature à générer quelques tracas.

Cette prohibition découlerait d'une analyse très brillante des cerveaux ordinaux du cru, selon laquelle il s'agirait là d'une forme de publicité personnelle prohibée par la déontologie. Aucun d'eux n'a cependant entendu coucher sur le papier cette superbe théorie. En sortant de l'audience, je me suis précipité vers le tableau de l'Ordre des avocats locaux, pour identifier les membres de leur si éminent Conseil : on comprend vite ; les mêmes qui ploient sous la charge des dossiers, lors des audiences, vont chaque mois détendre leurs vertèbres endolories dans les moelleux fauteuils de la salle du conseil, et libèrent leur stress en édictant des règlements non écrits, au nom d'une déontologie qui existait à leurs débuts professionnels, qui voulait que seuls les anciens méritaient d'être localement connus, les bizuths devant attendre au moins une décennie pour montrer leur existence. Ils n'ont pas évolué depuis, alors que la déontologie, en matière de communication, a franchi des pas immenses, tendant à installer l'avocat à sa place dans la société, sortant de décennies d'immobilisme et d'obscurité.

Il existe donc encore des avocats talibans, dotés de pouvoirs locaux, qui imposent leur loi personnelle, contraire à l'esprit de la Loi divine du CNB ! Il est des Barreaux qui entendent méconnaître l'évolution de la profession, et qui n'ont aucun de leurs ressortissants inscrit sur la carte magique des avocats bloggueurs français.

J'ai donc eu la révélation de ce que plusieurs d'entre eux meurent d'envie de se lancer dans l'aventure de la communication sur Internet, et qu'ils en sont injustement privés.

Cela mérite bien un billet pour parler au nom de ces jeunes avocats réduits au mutisme, foi d'avocat oblige. Hé, les gars, le mur de Berlin est tombé !

Ouvrez votre blog, aussitôt ! Et si il advenait que quelque roitelet du cru vous cherche misère, demandez lui l'écrit correspondant à sa prohibition, pour l'adresser au responsable de la communication du CNB. Je pense que le problème sera vite réglé.

Allez, bienvenue sur la blogosphère.

Par jean-claude.guillard le 04/09/09

- ALLO, ON EST BIEN SUR LA BLOGOSPHERE DU CNB ? -

Ça fait du bien de retrouver son computer préféré, joyeux compagnon de tant d'heures de tête à tête ; il est content aussi de me revoir : « bonjour, Jean-Claude » affiche t-il joyeusement à l'ouverture ; le fidèle ne m'a pas oublié. Après nos brèves politesses d'usage, je sens bien qu'il va tester ma réactivité : la bête est taquine.

Aussitôt, il me fait sortir de nulle part une petite fenêtre, sur laquelle j'ai à peine le temps de lire que plusieurs mises à jours se bousculent au portillon, devant être installées pour que sa protection soit maximale : je clique là où l'on me dit, ne voulant pas entrer en conflit après une si longue séparation, et là, malheur, de clic en clic, de fenêtres de chargement en fenêtres de chargement, avançant au rythme d'un gastéropode asthénique, me voilà planté depuis trois quart d'heure à surveiller un écran insipide, avec une petite fenêtre où défilent des barres, style wagons d'un tortillard à la queue leu leu. C'est un omnibus, j'ai eu droit à tous les arrêts, même en rase campagne !

A peine terminée la laborieuse mise à jour, considérant que mon fidèle ami a avalé tout ce qu'il lui était nécessaire pour survivre, je m'apprêtais à... quand une nouvelle fenêtre surgit ; nouvelle mise à jour de je ne sais quel logiciel, à l'évidence installé, qui réclame mon attention ; je n'en ai aucune, et zappe pour faire disparaître l'inopportun ; il résiste : trois clics vengeurs viendront à bout de la chose.

Enfin seuls, lui et moi : il sait, le bougre, que, machinalement, chaque jour, je vais lui ouvrir mon blog : ma page, ou plutôt une page d'accueil s'ouvre. Misère, sacrilège... on a touché à ma page d'accueil ! Rien n'est plus là où ça devait être ! Je vois bien la photo de mon crâne très légèrement dégarni, mais elle a changé de coté : j'étais plutôt à droite, me voici à gauche ! Mon dernier billet, d'avant mon départ estival, y figure, mais dans quel état ! Il s'étale sur toute la largeur de mon écran et les listes de publications et commentaires sont entassées, dans un fouillis indescriptible, avec des liens et tutti quanti, et un horrible compteur indiquant le nombre de jours écoulé depuis chaque publication ! Gare aux fainéants ou vacanciers de la blogosphère : 8 jours sans écrit et vous êtes retraité d'office ; 15 jours et vous devez être décédé ! Déboussolé, dépité, je tente de savoir si la modernité graphique a également affecté tous mes camarades blogueurs, ou si j'ai été tiré au sort pour essuyer les plâtres dune expérience de relooking à la mode du père Ségala, inspiré dune idée choc du ténébreux théoricien multicartes Attali. Direction en un clic sur l'icône de la blogosphère du CNB : « no found » ! Ça y est, à force de critiquer et délirer, on nous a coupé le sifflet ! Même Google s'y met, et là, c'est grave : site CNB : « no found » ! La vache, on ne peut pas s'absenter 15 jours sans radio ni télé : Tchernobyl à encore sévi !

Rusé, je parviens par la bande a retrouver le site du CNB, qui a aussi subi un relooking sévère : et là, c'est du sérieux, même plus un petit lien direct avec la blogosphère : c'est la fin, finie la belle expérience de comm. Pensée émue pour les fructueux échanges de commentaires... Mais, pourtant, mon blog, il existe bien encore, même si je ne le reconnais plus ! Il faut que je retrouve un lien pour aller sur la vieille blogosphère : quelques manoeuvres de contournement des « no found » et la voilà, avec sa vieille mappemonde et sa carte hexagonale à onglets pour winners : je mets précieusement un lien sur le bureau, et me transporte immédiatement à l'adresse de l'illustrissime collègue marseillais : s'il n'en reste qu'un, il sera forcément celui là : il est là, tout bronzé et fier du recrutement de l'OM, au pied de la bonne mère. Et, misère, son blog est tout neuf, comme le mien ! Surprenant, mais la bonne nouvelle, c'est qu'on est pas morts !

Bon, et bien allons y : revenant sur mon petit espace redesigné par Stark, je trouve le nouveau lien de connexion, évidemment placé à gauche, pour vous annoncer mon retour aux affaires au terme de ma brève absence : et là, acharnement suprême, la fenêtre de connexion s'affiche, et me demande, à moi, comme à un vulgaire bizuth du blog, mon identifiant et mon mot de passe ! Ils étaient jadis mémorisés, démarche me dispensant d'encombrer mon pauvre disque dur personnel, dans sa boite crânienne dégarnie, de ces codifications : il y a longtemps que mes identifiants sont passés à la trappe, perdus avec les milliers de neurones dont je me déleste chaque jour. Mortifié, je suis contraint de demander l'aide offerte aux vieillards décrépis pour se « remémorer » les codes, attendant la réponse pour retrouver ma page blanche.

Le progrès, c'est bien beau, mais faut pas nous bousculer avec brutalité : c'est qu'on a nos petites habitudes.

Si vous lisez ce message, c'est que j'aurais survécu au modernisme ; il s'autodétruira automatiquement, par l'effet de la balayette programmée par le CNB.

PS : j'ai finalement retrouvé dans mes mails en souffrance, celui de notre bien aimé CNB qui m'annonce la modernité de nos blogs... Punaise, le mode d'emploi est coton ! Y a même des mots que je ne comprends pas... ça va ramer dur pour intégrer tout ça ! J'espère que ça n'est pas comme le RPVA, et qu'il faudra attendre des mois avant que la maquette ne devienne un outil opérationnel. Bon, allez, je me plonge dedans...

Par jean-claude.guillard le 17/06/09

La lecture matinale de mon quotidien local LA CHARENTE LIBRE m'apporte toujours une certaine délectation entre la page des faits d'hiver, et celle des sports, en passant par les avis d'obsèques. Ce matin, je me prends en pleine tronche un excellent article d'un des plus intrépide grand reporter de la rédaction, évoquant les écrits fantaisistes d'un homonyme sur un blog d'avocats, agrémenté d'une photographie de l'intéressé, fraichement sorti d'un asile psychiatrique, les yeux exhorbités et l'air franchement ahuri ; le plus drôle est que certains de mes amis ont cru me reconnaître ; d'autres m'ont demandé le nom du photographe, comme si on allait dénoncer le coiffeur d'un chauve pour une raie au milieu mal placée !


UN JEUNE BLOGUEUR DU CNB A L’HONNEUR

La lecture matinale de mon quotidien local LA CHARENTE LIBRE m’apporte toujours une certaine délectation entre la page des faits d’hiver, et celle des sports, en passant par les avis d’obsèques. Ce matin, je me prends en pleine tronche un excellent article d’un des plus intrépide grand reporter de la rédaction, évoquant les écrits fantaisistes d’un homonyme sur un blog d’avocats, agrémenté d’une photographie de l’intéressé, fraichement sorti d’un asile psychiatrique, les yeux exhorbités et l’air franchement ahuri ; le plus drôle est que certains de mes amis ont cru me reconnaître ; d’autres m’ont demandé le nom du photographe, comme si on allait dénoncer le coiffeur d’un chauve pour une raie au milieu mal placée !

Franchement, la surprise passée, après avoir examiné à la loupe cette photographie, je suis en mesure de démentir : non, ce n’est pas moi ; pour ceux qui en douteraient, vous avez la photo de l’original en page d’accueil de ce blog : c’est autre chose, non ?

Ceci dit, cet homonyme ne manque pas de culot : j’ai retrouvé dans sa plume quelques traits acidulés de certains écrits dont je revendique la paternité ; j’ai retrouvé un autoportrait qu’un de mes meilleurs amis, dessinateur débutant, avait pu commettre, à l’insu de mon plein gré ; j’ai même tressailli à l’évocation d’un temps ancien, où, ne sachant pas écrire, il m’arrivait de balbutier dans un micro fraichement ouvert par SAS François II. Roi de Charente et des françois.

Grande surprise que de voir dans un miroir son clône endosser vos habits et de ne pouvoir lui faire un procès pour contrefaçon, pour utilisation d’une copie servile.

Imaginons que cet article parle de mon auguste personne : il n’aurait pas manqué de mettre en exergue ma chevelure blonde et bouclée, mes jeans troués et mes santiags de rockeur ; le chat serait devenu tigre ; il aurait situé ma participation sur la toile parmi les échangistes de confidences de FACEBOOK et non point sur la blogosphère officielle des avocats français, et surtout, la photographie eut été plus pipole.

Je ne manquerais pas de surveiller les écrits de ce Maître blogueur qui, finalement m’amuse bien, et qui aura eu le mérite de me contraindre à sortir de ma légendaire réserve.

Vive la CHARENTE LIBRE

Vive la blogosphère des avocats du CBN

Vivent les collègues blogueurs

Et vive moi !

Par jean-claude.guillard le 30/12/08

UN AN DE BLOGOSPHERE CNB

La fin d'année est propice aux bilans : au terme d'une première année complète, la rédaction a souhaité interroger un jeune administrateur de blog pour qu'il dresse le bilan de son activité.

Une interview franche et sans langue de bois, dont nous vous présentons les meilleurs extraits.

NB : la totalité de l'entretien n'est pas disponible, la cassette des 10 heures d'enregistrement ayant été égarée ou volée (plainte a été déposée). Veuillez nous excuser pour la mauvaise qualité du son.


UN AN DE BLOGOSPHERE CNB

La fin d'année est propice aux bilans : au terme d'une première année complète, la rédaction a souhaité interroger un jeune administrateur de blog pour qu'il dresse le bilan de son activité.

Une interview franche et sans langue de bois, dont nous vous présentons les meilleurs extraits.

NB : la totalité de l'entretien n'est pas disponible, la cassette des 10 heures d'enregistrement ayant été égarée ou volée (plainte a été déposée). Veuillez nous excuser pour la mauvaise qualité du son.

Q : Comment avez-vous découvert la blogosphère du CNB ?

R : Comme tous les jeunes avocats qui débutent, je me demandais comment me faire connaître en arrivant dans la mégapole d'ANGOULEME, alors que je n'avais aucun réseau de connaissances, n'étant ni franc-maçon, ni catholique pratiquant, ni chasseur ou pêcheur... Un ami m'a parlé de la blogosphère du CNB

Q : Avez-vous rencontré des difficultés particulières pour créer votre blog ?

R : Au début, les difficultés furent générales : apprentissage du clavier, dressage d'une souris, etc. Puis, peu à peu, sont arrivées les difficultés particulières : faire un choix de couleur n'est pas neutre : la couleur influe sur l'internaute. Par exemple, le rouge le rend agressif ! J'ai choisi le rose, mais j'ai vu que c'était la couleur des filles ! Alors, en optant pour le rose foncé, j'ai eu une page d'accueil rouge. Il parait que chez CNB c'est ça ou rien, because charte graphique. C'est comme nous les avocats on a la même charte graphique que les juges : black and white (sauf certains qui mettent du rouge pour influer sur le justiciable)

Q : Et quoi d'autre ?

R : Le plus dur a été le choix de la photo en page d'accueil : sans cette photo, le CNB vous dessine : vous êtes soit une ombre bleutée unisexe, soit pire un gros cube également bleuté. Le cube m'a fait peur et j'ai retrouvé une vielle photomaton, vous savez celle qui vous donne l'air d'un gardé à vue depuis 96 heures ; je pensais que ça m'attirerait la sympathie de ma future clientèle pénale. Ma famille a opposé son veto, par respect pour nos ancêtres...

J'ai donc demandé à un ami de faire un photomontage sur une photo de moi en string lors de mes dernières vacances : il m'a copié/collé un costard avec cravate du catalogue KIABI, et a estompé ma chevelure peroxydée au profit d'une légère calvitie, faisant plus sérieux selon lui. On a retrouvé, pour le décor, une photo publicitaire d'un magasin de meuble, et voilà comment l'artiste se retrouve en situation sur sa page d'accueil !

Q : Le rédactionnel a-t-il été un problème pour vous ?

R : Alors là, franchement c'est la galère ! J'ai regardé les publications des anciens, les vieilles gloires de notre profession, pour voir comment aborder la situation ; j'ai eu peur : je passe suffisamment de temps, pour mes dossiers, à explorer la jurisprudence et ses revirements et je n'avais aucun goût à faire des heures sup' pour faire des commentaires d'arrêts, qui furent causes de multiples déprimes durant mes études ; je me suis interdit de transmettre mes angoisses aux lecteurs internautes.

Q : Quelle a été votre choix, alors ?

R : Pas de choix : si tu ne veux pas commenter lois ou jurisprudences, t'es fait comme un rat ! Il te reste à traiter les grandes questions existentielles de la vie judiciaire : pourquoi un avocat ? Pourquoi un Juge ? Pourquoi la Justice ? Pourquoi Carla ? J'avais pensé un temps à me spécialiser dans l'approche des plus belles décisions rendues par les juges du fond, mais ce fonds était si insondable qu'une vie entière de blogger n'aurait pas été suffisante.

Q : Qu'entendez vous par « plus belles décisions » ?

R : Celles dont on ne parle pas assez dans les médias, les oubliées de la littérature judiciaire, celles dont seuls les initiés ont connaissance, et qu'ils se refilent sous le manteau, les jours de temps gris, pour égayer leur morne vie ; ces décisions sont des trésors de poésie, ou dignes des meilleurs sketchs de notre bon Coluche, ou encore émouvantes comme du... Kafka. J'ai vu des avocats pleurer de rire, des justiciables pleurer tout court, à leur lecture. Heureusement que de tels auteurs existent encore et ont échappé au grand formatage de l' ENM ! C'est un régal, et il me semblait injuste que ces sauveurs de la littérature française ne soient pas mis en lumière. N'est-il pas plus beau pour un cocu de lire qu'il a découvert son infortune ?

Q : Oui, mais votre blog ne contient aucune de ces œuvres intellectuelles ; pourquoi ?

R : Souvent la grande littérature est méconnue et la censure veille : j'ai le souvenir cruel d'une sublime décision qui développait, sur quatre pages pleines, une allégorie sur l'idéal d'une médiation familiale, qui avait échouée comme en témoignait l'absence de procès verbal, mais qui, parait-il, laissait néanmoins transparaître la volonté des acteurs de trouver un terrain d'entente, formalisé illico par l'auteur, sur papier à en tête du Peuple Français, d'une manière interprétative, télépathique et directive, remarquable ; Ah, l'interprétation des songes, j'en ai encore les larmes aux yeux. Hélas, l'œuvre intellectuelle, soumise à la censure, a été infirmée brutalement, sans le moindre égard pour le travail imaginatif et poétique de l'auteur. Comment voulez vous que nous puissions sélectionner de telles prestations intellectuelles, aux fins de publication, si elles sont honteusement privées de leur jus initial, qui en fait le charme ? J'ai renoncé, par respect pour la propriété intellectuelle de leur auteur, à publier une œuvre tronquée.

Q : N'avez-vous pas pensé à créer un bêtisier ?

R : Bien sûr, mais je n'aime pas ce mot : il est très dévalorisant pour ces artistes méconnus. Vous savez, celui qui prend son temps pour rédiger une telle œuvre, qui consulte son dictionnaire pour vérifier le sens de chaque mot qu'il va coucher sur le papier, qui ose une théorie que nul n'a pensé développer, ne commet jamais une bêtise : il fait œuvre de création, signe d'intelligence et d'ouverture d'esprit. Si j'osais, je vous dirai qu'il est heureux que nos critiques d'art n'aient pas enterré trop vite les œuvres de Picasso. Comme on dit aujourd'hui, c'est pas parce que c'est destroy que c'est poubelle !

Q : Bon, mais pour en revenir à votre choix rédactionnel ?

R : Heu ....

Q : Ne connaissez vous pas l'angoisse de la page blanche ?

R : Voilà, c'est ça ! Je hais la page blanche ! Cette histoire de blog du CNB, c'est scandaleux ! On vous fait ouvrir un blog, et après, c'est pour qui la galère de la page blanche ? Ils ont trouvé en plus un truc qui ressemble à du harcèlement moral : on vous met des notes, qui montent ou qui baissent selon que vous publiez ou pas : on vous oblige à écrire, toujours écrire et toujours plus ! Moi, au bout d'un an, je suis vidé, sur les rotules, les neurones ne connectent même plus ! Pitié, le CNB...respectez les pages blanches.

Q : vous accusez le CNB d'esclavagisme ?

R : Exactement ! Je le dis aux jeunes, comme moi, si vous mettez le doigt dans l'engrenage, vous êtes foutus : chaque matin, selon que vous aurez fourni votre ouvrage ou non, vous allez consulter la page d'accueil de votre blog, et malheur à la baisse de notation dans la rubrique volontairement intitulée « popularité » : vous avez pris votre week-end avec votre petite famille, gros fainéant ? Et bien tant pis pour vous, chute de votre popularité ! En semaine, vous avez du gérer votre cabinet et vous n'avez pas eu le temps de produire votre billet quotidien ? Et vlan, te voilà une grosse baisse de popularité !

Si tu veux être populaire, t'as intérêt à nous sortir au moins une bafouille par jour ! Comment, pas eu le temps ? Et la nuit, feignasse ! Tu vois, à coté, la vie de Laurence Ferrari consultant l'audimat le lendemain du JT, est paradisiaque : quand elle n'est pas là, elle ne baisse pas !

Q : Vous m'avez l'air effectivement épuisé, mais d'autres y arrivent, eux ?

R : Oui, mais là, attention, on est dans les grosses pointures, ceux qui ont le coach et le comité de rédaction, le médecin particulier et la pharmacie adaptée ; j'en connais un, à Marseille, il parait que c'est pastaga tous les matins au petit déjeuner en dose concentrée injectable : il voit des oiseaux partout qui lui font caca dessus ; ça non, je refuse.

Et puis, ils ont leurs trucs : petits billets très brefs pour ne pas se vider la tête d'un coup, commentaires amicaux auprès de la concurrence pour mieux la surveiller, vidéos YouTube pour ceux qui n'ont pas de camescope : de vrais bloggers, quoi ! Mais, on n'est pas dans la même catégorie : eux, leur Graal, c'est la carte !

Q : La carte ?....

R : Oui, la carte de la page d'accueil de la blogosphère ! Alors là, seuls les très gros populaires y ont droit ! Encore une invention du CNB pour que ses esclaves travaillent encore plus. Un jour tu y es, alors forcément ça fait monter la popularité, puisque tout le monde veut voir qui a décroché le pompon à Lille ou à Tulle : alors ça connecte grave ; le lendemain, t'y es plus et t'as forcément moins de connexions que la veille ! Tu vois ce que je veux dire ? Tu baisses forcément et t'es redevenu une grosse feignasse ! Faut s'y remettre !

Q : Je vous sens désabusé ? Allez vous lâcher la blogosphère ?

R : ça va pas, noooon ? Quant tu y es, t'as plus qu'aller au bout, jusqu'à la carte du trésor et alors là, bingo ! c'est un peu comme le gars de la Société Générale qui est allé jusqu'au bout pour piquer les économies des actionnaires ; pour nous, le bout c'est la carte, la carte, rien que la carte.

Q : Oui, mais si j'ai bien compris, le lendemain la popularité baisse ?

R : Mais qu'il est con celui là ! T'as pas fini de me poser des questions débiles ? j't'en pose moi des questions sur ce que tu vas écrire sur moi sur ta page blanche ?

Pas de quoi faire un billet !

Tiens tu vois, à force de regarder l'image de la blogosphère, je vois tout flou, maintenant !

Par jean-claude.guillard le 27/11/08

MA LETTRE AU PERE NOEL -

Cher Père Noêl,

J'ai regardé ton catalogue de cadeaux ; ils ne m'ont pas tous plu, sauf un


MA LETTRE AU PERE NOEL

Cher Père Noêl,

J’ai regardé ton catalogue de cadeaux ; ils ne m’ont pas tous plu, sauf un : j’ai été un gentil petit avocat bien sage : je n’ai pas fait grève, je n’ai pas refusé l’AJ, j’ai été aimable avec mes clients, je leur ai fait signer des conventions d’honoraires adaptées à leur situation financière, j’ai essayé de ne pas plaider trop longtemps, j’ai payé mes impôts et taxe professionnelle, je ne frappe pas ma sécrétaire même quand elle me passe Mme DUPONT, je n’ai pas dit de mal sur toi sur mon blog, comme tu le sais. Alors, cher père Noël, je sais que le cadeau que je te commande va être très demandé, mais c’est celui là que je veux et c’est pour ça que je m’y prends tôt : le pack divorce « référence CM SESP » (sans enfant sans patrimoine) à 1600 euros HT, ou plutôt à 1913,60 euros, puisque, comme tu le sais, les particuliers ne récupèrent pas la TVA. Je sais que c’est très cher pour un tel cadeau, mais je veux bien qu’il compte pour plusieurs Noëls.

Je compte sur toi, cher Papa Noël, et merci d’avance.

Réponse personnalisée du Père Noël

Mon cher enfant

J’ai bien reçu ta commande pour Noël. Tu es bien petit pour réclamer ce cadeau ; tu ne vas pas savoir t’en servir et peut-être seras tu déçu. Je te demande de bien réfléchir : tu sais, c’est un cadeau pour les grands, ceux qui savent le faire marcher ; on ne peut pas l’utiliser partout, car il peut perturber ; certains m’ont déjà dit qu’il faisait beaucoup de bruit et dérangeait ; d’autres disent qu’il est trop cher, d’autres pas assez ; d’autres prétendent aussi que c’est un gadget et qu’il ne marchera pas.

Tu sais ou tu sauras, quand tu seras grand, que la catalogue du Père Noël, comme tous les catalogues, affiche des cadeaux magiques appelés « offres d’appel publicitaires » : c’est pour faire envie, mais seulement pour vendre d’autres cadeaux moins magiques. Regardes les autres pages du catalogue : n’aurais tu pas envie, dans la même gamme, du beau cadeau sous la référence pack divorce "CM SESP AJT" . c'est le même modèle, de même qualité, mais beaucoup moins cher, et sûrement plus adapté à ta taille, petit morveux (non exprimé dans le texte du courrier, mais pensé par le Père Noël).

Allez, très cher enfant, on va faire comme ça, et puisque tu as été très sage, ça sera pas plus cher que l’année dernière. Et en plus, avec ce modèle, normalement, pas de risque de panne ; toutefois, je t’offre une garantie de deux ans, pièces et main d’œuvre gratuite. Comme tu le vois, le Père Noël est très gentil.

Tu recevras ton paquet le soir de Noël, sauf grèves postales.

Continue à être bien sage.

Ton Papa Noêl... du CNB.