Par jean-claude.guillard le 04/05/10

Le temps se met au diapason : pour ne pas peiner les masses laborieuses, le froid sibérien s'est installé sur ce pauvre mois de Mai, qui cette année, s'annonçait déjà peu propice aux week-ends prolongés sur les plages, faute de ponts ou viaducs. On ne mettra donc pas le nez dehors, alors, autant rester au chaud auprès de son ouvrage.

La nouvelle n'est pas si triste : on nous avait annoncé la fin du monde avec cette foutue pollution atmosphérique, son effet de serre, son réchauffement climatique et son Grenelle. Ah, on en a bavé à force d'économies d'énergies, de bonus/malus et de perspectives de taxes éco-diverses ! Alors, bravo à tous, nos efforts ont été récompensés plus tôt que prévu et ça se voit.

En fait de réchauffement climatique, toute crainte est écartée et nous pouvons rallumer nos chauffages au grand bonheur d'EDF et consorts. Heureusement que les climatiseurs sont réversibles, car pour ce qui concerne l'option « frais » le ciel y pourvoit. Bon, alors les glaciers se reforment, les stations de ski vont faire le plein au grand dam de celles estivales qui se réjouissaient déjà du malheur des autres. Non, nous ne finirons pas rôtis, ni noyés sous les débordements marins.

Vous imaginez les conséquences de ce rafraîchissement de l'atmosphère au plan politique ? C'est la disparition des partis écolos, punis de nous avoir fait aussi peur ces derniers temps : ils ne servent plus à rien, tel le Grand Couturier annonçant la fin du monde ; c'est la fin des syndicats, qui profitaient jadis du soleil de Mai pour envahir gaiement nos rues au son des flons flons, sous le doux fumet des merguez ; aucun d'eux n'ira mettre le nez dehors par un tel temps de gueux ; ça s'est déjà ressenti le 1er mai, comme quoi il faut toujours bien commencer un mois.

La reprise du travail intensif, bien au chaud au boulot, nous promet de beaux jours pour notre économie nationale, échaudée par les néfastes effets solaires et d'annonces : nous fonçons vers le plein emploi, les accroissements des salaires et des retraites.

Saloperie de réchauffement climatique ! La nature fait quand même bien les choses...La fin d'un aussi beau monde n'est pas pour demain.

Par jean-claude.guillard le 24/07/09

DROIT DU TRAVAIL – SYNDICATS – CONFLIT

- TU M'EXPLOSES , JE M'EXPLOSE -

Depuis le Front Populaire, notre pays avait pu se doter d'un bienheureux système de régulation de la lutte des classes, en offrant au monde du travail un outil incomparable, le syndicat représentatif ; il servait de tampon pour éviter que le monde ouvrier, quelquefois en pétard contre le monde patronal, ne se soulève en masse pour déclencher une révolution populaire, voire une guerre civile : le syndicat doit maîtriser des troupes et canaliser l'ire pour aller ensuite s'asseoir autour d'une table, évidemment ronde, pour négocier.


DROIT DU TRAVAIL – SYNDICATS – CONFLIT –

- TU M’EXPLOSES , JE M’EXPLOSE -

Depuis le Front Populaire, notre pays avait pu se doter d’un bienheureux système de régulation de la lutte des classes, en offrant au monde du travail un outil incomparable, le syndicat représentatif ; il servait de tampon pour éviter que le monde ouvrier, quelquefois en pétard contre le monde patronal, ne se soulève en masse pour déclencher une révolution populaire, voire une guerre civile : le syndicat doit maîtriser des troupes et canaliser l’ire pour aller ensuite s’asseoir autour d’une table, évidemment ronde, pour négocier.

Qui n’a pas en mémoire les photos traditionnelles publiées à la Une du journal local montrant la délégation syndicale, épuisée et hirsute, sortant à l’aube d’une éprouvante nuit de tractations, levant le poing ou faisant le V de la victoire, pour être acclamée par les salariés inquiets, agglutinés devant un brasero.

Le syndicaliste représentatif, même si le nombre de ses adhérents ne permettait pas forcément une telle qualification, était l’homme clé du conflit, le partenaire incontournable du patronat, l’idole des foules laborieuses : lui seul avait été formé pour négocier avec la fermeté voulue et la résistance indispensable, disposant dans les poches de son bleu de travail de quelques menaces bien senties de nature à attendrir les représentants patronaux, eux mêmes rompus aux nuits sans sommeil. La grève prolongée angoissait les actionnaires et les ramenait à la raison, mais c’était quand il y avait du boulot pour tous ; aujourd’hui, la menace de grève n’effraie plus le patron, qui n’a plus de boulot à donner à ses salariés. Un accord salarial ne se formant qu’au petit jour, après une exténuante nuit de débats incertains, le syndicaliste le plus prisé devait non seulement être doté d’une grande gueule, mais aussi être insomniaque pour veiller aussi longtemps sans faiblir.

La crise économique actuelle donne une curieuse vision du rôle des protagonistes.

Elle engendre des conflits majeurs, par ses licenciements économiques, ou ses fuites d’entreprises sous des cieux plus cléments, économiquement s’entend. Les victimes protestent, manifestent, hurlent leur désespoir, et en viennent à régler eux-mêmes leur problème.

Un tournant majeur est survenu dans nos départements îliens d’outre mer, frappé au premier chef par la crise ; sous l’égide d’un représentant spontané, issu du syndicalisme, le conflit a pris une tournure plébéienne, mêlant les revendications ouvrières aux populaires, avec quelques dérives indépendantistes : les organisations syndicales traditionnelles furent débordées par leur base, le patronat réduit au silence apeuré, et le gouvernement, longtemps aux abonnés absents. Vu d’ici, une vraie chienlit, comme disait le Grand. On a obtenu par la force ce que l’on voulait, la discussion n’étant plus vraiment une négociation, mais un ultimatum avant révolution populaire. Un test grandeur nature, à valeur d’exemple.

Se propageant, cette foutue crise et ses conséquences a gagné la métropole.

Chaque semaine qui passe annonce son lot de licenciements et de fermetures d’entreprises : le salarié résigné quant à la perte de son emploi, situation économique oblige, veut alors des compensations financières, sans doute légitimes, mais qui sont au prime abord refusées, crise économique oblige, également.

Apparaissent alors de nouvelles formes de conflits, basés sur la violence, la menace, la séquestration, ou la destruction de machines et, alors que les syndicats restent prudemment dans l'ombre des bâtiments menacés.

Il fut un temps où l’image de bonbonnes de gaz alignées et reliées entre elles, signes visuels de l’explosion promise d’une usine à l’abandon, aurait déclenché une réaction violente de la Force Publique mandatée dare dare par le Préfet de l’endroit, pendu au téléphone avec un ministère en état de crise, en présence d’un Procureur de la République supervisant quelques cars de CRS en grande tenue d’apparat.

Apparemment, chacun la joue fine, face à la politique du bélier : les troupes de fantassins, bien remontées contre l’ennemi, sont expédiées en première ligne, face aux cameras, sur l’air de « on les aura », déployant ses armes et merguez ; l’ennemi se terre derrière les remparts de son château en refusant en bloc les réclamations ; certaines sentinelles des postes avancés sont capturées et prises en otage ; l’ennemi, encerclé ou prisonnier, attend son Grouchy, qui comme toujours ne vient pas : en fait, Grouchy n’a aucun ordre pour encercler les insurgés et mater cette rébellion. Alors, un chef ennemi, abandonné et dépité, sort son drapeau blanc et vient proposer l’armistice, qui ne sera accepté que s’il lâche partie de son trésor de guerre. Les chefs des insurgés apparaissent alors, toutes bannières au vent, pour négocier la part de butin : en attendant le dénouement, les insurgés maintiennent la pression, et lorsque l’accord se dessine, un représentant du Roi vient enfin le concrétiser, en grande pompe.

Notons quand même que, durant le combat, quelques roitelets locaux viennent apporter leur soutien aux insurgés, espérant qu’ils se souviennent plus tard, au moment de choisir leur futur Roi ou Reine, de cette visite intéressée.

En fait rien n’a changé depuis des lustres, sauf que, jadis les chefs insurgés étaient à la tête de leurs troupes pour leur donner l’exemple et le cœur à l’ouvrage ; ils périssaient parfois ; aujourd’hui, ces interlocuteurs traditionnels, et privilégiés du pouvoir en place, ne peuvent s’impliquer dans des actions de violences, sous peine d’affaiblir leur rôle de négociateur, et cautionnent les exactions sans y participer ; aujourd’hui, le Roi laisse ses vassaux régler leurs querelles internes, sans leur envoyer des troupes fraîches et libératrices. Appelons ça la pax republica.

Désolé, je suspens l’écriture de mon billet, on frappe à la porte de mon bureau….

Au secours ! Ma secrétaire vient de me séquestrer ! Elle a kidnappé ma vieille robe noire, ma compagne de 30 ans, et menace de la détruire, en brandissant une paire de ciseaux ! Elle exige d’avoir des vacances, et en plus, payées !!! Et puis quoi ? Ça, jamais de mon vivant ! On fera comme d’habitude : son contrat prévoit qu’elle prendra des vacances qu’en même temps que moi ! Et, ce n’est pas demain la veille…

Deux heures plus tard… on glisse sous ma porte un petit morceau de tissu noir !!! Au secours, on a mutilé ma penaille, mon traje de luz, ma compagne de tous les jours, mon porte bonheur qui m’a fait gagner tant de combats, l’étoffe de ma chair bénie de Sainte Rita ! Je me meurs … non quand même pas…je me rends, sous la contrainte et la douleur de la torture.

Je suis seul, enfin non : j’ai récupéré ma vieille compagne : je la soigne de son infâme blessure : j’ai fait une greffe avec le lambeau mutilé, suturé la plaie, et attends la cicatrisation.

Notre bourreau est parti à la plage : il pleut, c’est bien fait ! Sainte Rita est encore avec moi.

Par jean-claude.guillard le 01/06/09

- MERCI A TOUS -

Mois placé sous l'égide de la Fête du Travail : non, non ce n'est pas une boutade : 14 jours possibles de bronzage sur les plages pour entrecouper les jours ouvrables, pour les salariés les plus habiles à jongler avec les arches des ponts.

Il reste quand même 17 jours de sunlights au bureau pour gérer le traitement des coups de soleil !

C'est vraiment le mois de Fête du Boulot.


- FINI LE JOLI PETIT MOIS DE MAI-

- MERCI A TOUS -

Mois placé sous l’égide de la Fête du Travail : non, non ce n’est pas une boutade : 14 jours possibles de bronzage sur les plages pour entrecouper les jours ouvrables, pour les salariés les plus habiles à jongler avec les arches des ponts. Il reste quand même 17 jours de sunlights au bureau pour gérer le traitement des coups de soleil ! C’est vraiment le mois de Fête du Boulot.

Merci à nos glorieux aînés, qui, sur l’air de l’Internationale, nous ont permis de ne pas être précipités en plein cagnard de Juillet ou Août sur les mêmes plages, au risque de succomber à un aussi brutal changement de température ; la canicule tant redoutée se prépare sur la durée à grands coups de protections solaires. Merci camarades !

L’internationale a ensuite passé le relais aux militaires pour célébrer dignement la victoire de 1945, qui avait notamment permis de nettoyer les plages, un temps encombrées, pour nous les rendre encore plus belles. Merci les Alliés !

Et puis, comme souvent Dieu vient soulager les laborieuses souffrances terrestres de ses créatures en leur permettant de célébrer les ultimes épisodes de la vie humaine de son fils sacrifié, les premiers leur ayant déjà permis de profiter de quinze jours de repos pris sur le mois précédent : l’Etat laïc, dans sa générosité, permet aux païens de bénéficier de cette pause salvatrice. Merci donc à Dieu !

Ah, j’allais oublier : Merci également à Mme Martine AUBRY, grande visionnaire économiste du XX ème siècle (après Jésus Christ) d’avoir pensé aux 35 heures, sans lesquelles rien n’aurait été complètement possible; Heureusement qu’elle n’avait pas vu se profiler la crise économique mondiale, sinon, on en serait encore aux 37 heures… Merci à Martine !

Quelque chose ne navre profondément : le calendrier de ce mois de Mai écoulé a un vilain trou béant : entre le Lundi 11 et le Lundi 18, à part de week-end, rien, rien de rien, nada ! Scandaleux, non ? Moi, j’aurais bien vu un petit jour férié le vendredi 15 pour équilibrer tout ça : un petit trois jours pour boucher le trou. Hein, pour fêter quoi ? Bon, c’était la Sainte Denise et à part la bise c’est vrai que ça ne justifie pas… Après réflexion, Denise, ça somme un peu comme Dany, si, vous savez Dany le Rouge, celui de Mai 68, le Ché de chez nous, qui a permis à des milliers d’étudiants d’être en vacances dès le mois de Mai, l’exilé teuton reconverti en chantre de l’écologie gauchiste urticante. Comme le grand Jack a eu sa fête de la musique (non encore férié, mais c’est en Juin), Dany devrait obtenir son jour férié en Mai à la mémoire de tous ses camarades aux crânes recousus pour avoir croisé la matraque d’un CRS indisposé par les pavés.

Notre joli mois de Mai aurait quand même une autre gueule, bien plus bronzée encore que maintenant.

Et quand je pense à certains politiques qui se sont fait élire sur des slogans comme « travailler plus pour gagner plus » : ils n’ont pas tout compris ; en France, on arrive parfaitement à gagner plus en travaillant moins ! C’est un simple calcul entre le salaire du mois rapporté au nombre de jours travaillés.

Il suffit de rependre les bons vieux dictons populaires et les mettre en application.

« En Avril, ne te découvres pas d’un fil » (sauf pendant les congés de Pâques, s’il fait beau)

« En Mai, fais ce qu’il te plaît »

On pourrait rajouter, car toute chose a une fin

« En Juin, vient le rhume des foins » (surtout en récession économique)

Par jean-claude.guillard le 23/04/09

TRAVAIL – GREVES - VIOLENCE –

- LA LUTTE A SES LIMITES -

La situation économique actuelle génère des actions de désespoir de ses victimes, allant au-delà des manifestations traditionnelles de salariés en désaccord avec l'employeur. Bien plus que les débrayages, grèves ou même, occupations d'usines, apparaissent en France des opérations de séquestration d'employeurs ou de cadres, afin de tenter d'infléchir les décisions prises ou au pire d'obtenir des compensations.


- LA LUTTE A SES LIMITES -

La situation économique actuelle génère des actions de désespoir de ses victimes, allant au-delà des manifestations traditionnelles de salariés en désaccord avec l’employeur. Bien plus que les débrayages, grèves ou même, occupations d’usines, apparaissent en France des opérations de séquestration d’employeurs ou de cadres, afin de tenter d’infléchir les décisions prises ou au pire d’obtenir des compensations.

Une approche de cette tendance dure était apparue lors des évènements survenus dans les départements des Antilles, à l’initiative d’un collectif syndical, dans le cadre d’une paralysie orchestrée de l’activité locale, suivie d’une négociation sous une évidente contrainte, visant les pouvoirs publics étrangement dociles, sans doute pour éviter une explosion sociale. D’aucuns avaient été choqués par l’obtention d’avantages financiers au terme d’une situation excédant les limites d’une traditionnelle négociation.

La transposition en métropole de ce mode opératoire confirme que la contrainte permet d’obtenir certains accords qui n’auraient pas été régularisés dans un autre cadre, plus serein.

Quelle valeur peut-on donner à un tel accord ?

L’accord, signé par les parties, au terme d’une discussion librement acceptée, et après que chacune ait accepté des concessions, réciproques, est un accord parfaitement valide.

Mais dès lors qu’une des parties se voit imposée de participer à une réunion imprévue, qu’elle est retenue contre son gré dans une salle, et que, sous la pression résultant de cette situation, voire même de comportements agressifs, ou contraignants, la validité même de l’accord ainsi régularisé est devenue douteuse, voire illicite.

Le document signé est un contrat, soumis aux règles traditionnelles prévues par le Code Civil.

Il fait foi entre les parties, sauf si il est atteint d’un vice du consentement d’une des parties signataires : chacune doit donner son accord, matérialisé par sa signature, librement et en pleine conscience de son engagement.

La Loi décide que, si le consentement à un engagement n’a pas été donné régulièrement, le contrat peut être annulé.

Il en est notamment ainsi de la violence ayant conduit quelqu’un a signer contre son gré.

Deux articles sont à méditer :

Article 1111 du Code civil : La violence exercée contre celui qui a contracté l'obligation, est une cause de nullité, encore qu'elle ait été exercée par un tiers autre que celui au profit duquel la convention a été faite.

Article 1112 du Code civil : Il y a violence, lorsqu'elle est de nature à faire impression sur une personne raisonnable, et qu'elle peut lui inspirer la crainte d'exposer sa personne ou sa fortune à un mal considérable et présent. On a égard, en cette matière, à l'âge, au sexe et à la condition des personnes.

C’est à partir de ces deux textes que des tribunaux ont pu, par le passé, annuler des conventions ou accords intervenus dans des conditions de contrainte.

Un accord salarial passé dans des conditions d'agitation furieuse avait été annulé par le tribunal civil de Nantes, par jugement du 6 janv. 1956 ; un autre accord, signé lors de l'occupation d'un navire, avait été également annulé par la Cour d’appel de Douai le 16 juin 1982, et validé, par rejet du pourvoi, par la chambre Sociale de la Cour de Cassation, le 8 nov. 1984.

La colère, les pressions de toute nature, ou la violence morale ou physique ne font pas bon ménage avec le droit des contrats. Quels que soient les ressentiments exprimés, la recherche d’un accord doit s’exercer dans la sérénité, en dehors de toute agitation : c’est pourquoi, les représentants professionnels ou syndicaux, formés et rompus aux pratiques de la négociation, doivent seuls être les partenaires privilégiés d’une négociation, en vue de l’élaboration d’une convention.

Les manifestations de victoire, au terme d’un accord arraché à un employeur séquestré sous la pression, sont prématurées, cet accord pouvant être annulé par la Justice.

Les principaux intéressés, comme le sont dans les cas visés les salariés en souffrance, doivent durant cette négociation s’abstenir de toute ingérence qui pourrait être considérée comme une pression assimilable à la violence prévue par le Code civil.

Par jean-claude.guillard le 19/03/09

GREVE, MANIF, OU DEFILE ?

DES LETTRES ET DES CHIFFRES

En principe, on se met en grève quand on a du travail et que l'on veut en améliorer les conditions, voire même sauver son outil de travail ; on bloque l'outil de travail pour contraindre l'employeur à souscrire à la revendication exprimée. Mais quand on a pas de travail, on ne peut qu'en revendiquer un : on va alors manifester, et si l'on obtient satisfaction, on pourra alors devenir ensuite gréviste. Mais on peut aussi manifester pour tout autre chose : les trains qui m'arrivent pas à l'heure, les agences postales ou tribunaux supprimés, la cruauté envers les animaux, le ramassage des étrons canins, bref, l'infini. Le point d'orgue est le grand défilé.


GREVE, MANIF, OU DEFILE ?

DES LETTRES ET DES CHIFFRES

En principe, on se met en grève quand on a du travail et que l’on veut en améliorer les conditions, voire même sauver son outil de travail ; on bloque l’outil de travail pour contraindre l’employeur à souscrire à la revendication exprimée. Mais quand on a pas de travail, on ne peut qu’en revendiquer un : on va alors manifester, et si l’on obtient satisfaction, on pourra alors devenir ensuite gréviste. Mais on peut aussi manifester pour tout autre chose : les trains qui m’arrivent pas à l’heure, les agences postales ou tribunaux supprimés, la cruauté envers les animaux, le ramassage des étrons canins, bref, l’infini. Le point d’orgue est le grand défilé.

En Mai 68, les étudiants, qui, par définition n’avaient pas encore de travail, manifestaient pour pouvoir en obtenir un dans le cadre d’une société nouvelle éprise de libertés, de type « travailler moins, pour gagner plus » ; le monde ouvrier les a rejoint, en se mettant en grève, c'est-à-dire en cessant le travail…pour en améliorer le sort. Nos DOM, plus récemment, furent en ébullition, du fait de grévistes souhaitant en principe des augmentations salariales, mais devenus manifestants, puis défilants, pour chantonner des revendications beaucoup plus radicales…

Ainsi dans un défilé, on va trouver des manifestants, pas forcément grévistes, et des grévistes qui, pour le temps du défilé, sont devenus manifestants. Après le défilé, d’ailleurs qualifié d’unitaire, le manifestant rentre chez lui, attendant les réformes ; le gréviste revient sur le lieu de travail pour continuer le blocage, ou chez lui en attendant l’aboutissement de négociations.

Une grève est rapportée par les médias en termes de paralysie d’un ou plusieurs secteurs d’activités, la manif est relatée en termes de nombre de participants ; à ce sujet, on mesure la fragilité du témoignage humain, puisque les évaluateurs, qui ont pourtant tous appris les mêmes nombres et opérations de calcul à l’école primaire, annoncent des chiffres totalement distincts : comme le disait mon bon maître d’école en me donnant un coup de livre sur la crâne : « on n’additionne pas les carottes et les cerises ». Bien sûr, une légère différence ne poserait pas trop de difficultés, à instar du nombre de votants inscrits dans un fief tibérien, en regard des décédés non radiés, ou des radiés réinscrits car décédés… Mais là, pour les manifs, c’est souvent du simple au double, le simple étant le décompte des forces de police et le double celui des organisateurs. L’erreur provient sans doute de l’ordre donné aux forces policières de ne comptabiliser dans une manif que les seuls manifestants, à l’exclusion des grévistes égarés dans le défilé.

Comment reconnaître la seconde catégorie ? Ils sont généralement porteurs d’oriflammes rouges estampillés du logo de la Confédération Générale du Travail : ils sont donc travailleurs, donc grévistes, et sont décomptés du chiffre des manifestants. Le problème est que, la distribution de ces signes de reconnaissance étant très largement dispensée, sans vérification de la carte d’adhésion ; tous les porteurs d’oriflammes et autres intruments logotés sont exclus du décompte des manifestants, étant considérés comme des grévistes; Au contraire, les organisateurs comptent tous ceux qui défilent, avec ou sans drapeau, y compris les enfants en bas âge, juchés sur les épaules parentales ou installés dans une poussette, qui participent ainsi au défilé, puisque les garderies ou écoles sont fermées pour cause de grève. Certains animaux domestiques sont parfois abusivement comptés, alors qu’ils accompagnent leur maître, pour prendre l’air et déposer l’étron, contre lequel d’autres ont par ailleurs défilé..

Bref, c’est le foutoir, et nul ne saura le nombre exact de participants, ni les proportions de manifestants purs, de grévistes défilants, de défilants non grévistes, de chômeurs forcément défilants, de manifestants non grévistes mais néanmoins défilants, ou de travailleurs cumulards grévistes et défilants.

On ne connaîtra pas non plus les pourcentages des défilants, selon leur propre revendication, ce qui est gênant pour les satisfaire au cas par cas. A cet égard, il semblerait qu’au terme d’une brève réunion préparatoire, sur le lieu de rendez vous, et après distributions de badges autocollants, d’oriflammes, banderoles, calicots et pétards, un possesseur de porte voix ait résumé l’esprit général de la manif et donné les slogans correspondants, ainsi que les notes de quelques tubes franchouillards aux paroles réadaptées ; remarquable esprit de synthèse des motivations diverses ayant conduit à cette réunion de défilants.

Bref, tout est prêt, la manif peut s’ébranler, avec la ferme intention d’ébranler les gouvernants : tous en branle, tous en branle…

Bon, navré, mais il faut que j’y aille : moi, mon problème, c’est celui de la crise internationale qui a frappé la planète entière ; c’est le fait que cette putain de crise a mis à plat les économies, qu’elle génère des situations dramatiques dans le monde entier et que des populations de continents défavorisés, qui n’ont jamais eu de travail, n’ont plus de quoi bouffer, et rêveraient de la ventrêche du barbecue géant clôturant généralement les manifs de chez nous.

Chacun voit midi à sa porte, alors que les améliorations évidemment nécessaires ne seront pas celles qu’une grève, une manifestation ou un défilé permettront d’obtenir : la refonte totale de l’économie mondiale, qui a trouvé et démontré ses limites dans les conséquences de la crise actuelle, est seule d’actualité : ce ne sont pas seulement des banques qui doivent être sauvées, ce ne sont pas les réductions ou suppressions des jackpots des grands dirigeants qui doivent être imposées, ce ne sont pas les quelques euros supplémentaires grappillés de ci delà, qui assureront la moralisation d’une économie mondiale génératrice chez nous de grèves, manifestations ou défilés.

A crise mondiale, réponse mondiale : nos défilés locaux, voire nationaux, ne sont que gouttes d’eau dans un océan d’hypocrisie. Ces gouttes sont celles d’un micro-climat qui irrigue la zone où il est installé, alors que, partout ailleurs la sécheresse règne.

Au fait, pourquoi, face à une telle crise universelle, les autres pays, même parmi les plus démocratiques ignorent grèves, manifs ou défilés ? En dehors des régimes totalitaires, à la merci d’un soulèvement révolutionnaire, les autres n’ont sans doute pas trouvé que ces moyens d’expression étaient de nature à générer le grand changement qui s’impose.

Alors, défilons puisque nous le pouvons, si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire trop de mal, mais n’en espérons pas trop.