Par jean-claude.guillard le 30/12/13

François, Françoises, mes chers concitoyens

Au terme de cette année 2013, je suis heureux de faire avec vous le bilan de tout ce que je vous ai apporté.

Je vous avais promis que le changement, ce serait maintenant : eh bien, promesse tenue ! Chacun de vous a pu constater que son mode de vie avait grandement changé en à peine une année.

Certains se plaignaient légitimement d'avoir trop de travail pour un revenu inadapté. Maintenant, ils pourront bénéficier d'un allègement, voire d'une décharge de temps de travail, mais ne seront heureusement pas privés de leur droit à payer l'impôt, ou au moins des taxes nouvelles adaptées à leur état, comme tout bon citoyen ; j'ai ainsi mis fin à une injustice qui perdurait depuis trop longtemps, d'écarter les plus modestes d'entre vous de cette indigne discrimination de ne point pouvoir abonder le budget de l'Etat. L'impôt pour tous, jeunes ou vieux, actifs, chômeurs ou retraités, riches ou pauvre, c'est maintenant, et pour longtemps.

D'autres fustigeaient ces patrons amassant honteusement des fortunes ! Je vous avais promis un changement dès maintenant : c'est fait ! plutôt que de priver quelques individus de 75% ou plus de leurs revenus, Il suffisait de taxer suffisamment les entreprises de toutes tailles pour qu'il ne leur reste rien, sinon de quoi payer encore leur ultime imposition ; certes, quelques-uns d'entre vous y ont perdu leur emploi, mais j'ai personnellement veillé à ce que l'accueil au Pôle Emploi soit encore plus chaleureux qu'autrefois. La tournée de vin chaud pour tous, elle sera pour moi !

A ce sujet, je vous avais promis d'inverser la courbe du chômage, avant la fin de l'année. C'est fait. Pour le vérifier, je vous invite à prendre en mains le graphique, puis de le retourner à 180° pour lire la courbe, ce que les esprits chagrins et mal intentionnés omettent de faire : la courbe est bien dirigée vers le bas, non ? J'ajoute qu'il faut en faire de même pour la courbe de ma popularité, puisqu'elle s'adapte à celle du chômage : vous noterez alors que ma popularité avoisine les 78 %, du jamais vu jusqu'alors ! Ce retournement est la clé du changement que je vous avais promis.

Certains doutaient de ma capacité à restaurer l'image de la France dans le monde, fortement altérée par d'inopportunes gesticulations passées ! Le changement a maintenant fait son oeuvre : il suffisait de se référer aux bons vieux principes de l'almanach Vermot pour effacer les séquelles de décennies de discours diplomatiques lénifiants et faire à nouveau rayonner notre pays dans l'univers. Chacun de vous a pu constater la jubilation de mes interlocuteurs étrangers dès que j'apparais.

Nombreux étaient ceux qui me disaient incapable d'être le chef de nos Armées : ils en sont pour leurs frais ! J'ai déclaré et mené la guerre contre des indigènes que nul n'osait affronter, et nos féroces soldats ont vaincu en terrain hostile, payant de leur sang la liberté du monde. Mon expérience de chef de guerre me conduira dorénavant à intervenir partout où nul ne veut aller, coûte que coûte. Maintenant, le terre entière craint notre force d'intervention, dotée de matériels certes anciens, mais tous réparables : c'est ça, le « made in France » !

En outre, je vous dis ma fierté d'avoir mené les âpres combats promis sur notre propre territoire. Qui aurait cru que les couples homosexuels puissent s'unir par mariage ? Le mariage pour tous, c'est moi et c'est maintenant : promesse tenue ! Malgré une minorité agissante très hostile, la majorité de couples homosexuels composant notre société moderne sera désormais dotée de livrets de famille et bénéficiera enfin du droit au divorce. Il me faut ici rendre publiquement hommage à la gardienne des sceaux qui, avec délicatesse et poésie, a permis l'adoption de cette Loi ouvrant des perspectives immenses pour nos généticiens et nos avocats.

Je n'oublie pas mon combat pour l'écologie : après avoir été contraint de signer divers engagements illusoires pour pouvoir être élu, d'accepter ensuite la présence de doux mais turbulents rêveurs dans mon propre gouvernement, j'ai dû faire face à leurs extravagantes demandes de taxes nouvelles, qui ont généré un développement massif de la fabrication « made in France » de bonnets rouges : on ne peut confondre écologie et commerce ! J'ai pris la décision courageuse, pour l'exemple, d'alléger le bateau, en passant par-dessus bord l'une de leurs égéries.

Et puis enfin, après la honteuse et injuste rétrogradation de notre triple A, j'ai pris les mesures nécessaires, en me référant au parfait exemple de notre valeureuse équipe de foot, qui, elle aussi avait été rétrogradée dans les classements FIFA après s'être malencontreusement enfermée dans un bus ; et bien, elle s'est quand même qualifiée pour le prochain mondial ! Alors, j'ai taxé les clubs de foot pour payer les pots cassés et tous les supporters français pour financer l'acquisition de cierges brésiliens, qui éclaireront notre route vers la restauration, en finale, de notre cher AAA.

J'ajoute que les taxes, qui vont certes augmenter très bientôt (tout augmente en ce bas monde), ne seraient rien sans les économies drastiques que j'ai mis en oeuvre et dont vous constatez maintenant les effets : les fermetures d'hôpitaux, de tribunaux, et autres établissements publics inutiles, c'est moi ! Les déremboursements de soins, c'est moi ! Et ça n'est pas fini ! Oui, je sais, certains vont me dire qu'un autre avait prévu ça avant moi : oui, mais qui est-ce qui trinque, c'est quant même moi !

Voilà, mes chers concitoyens, quelques réussites majeures du changement promis : il est possible que j'oublie quelques promesses que j'avais formulées dans la période euphorique d'une campagne électorale, dont le résultat m'a tout autant surpris que vous. Ce n'est pas par amnésie, mais tout simplement parce qu'elles étaient trop utopiques, voire stupides pour être mises en oeuvre. Mais, vous avez suffisamment l'expérience de ces promesses de campagne non tenues, pour ne pas m'en tenir rigueur.

2014 sera une année clé, celle de l'explosion possible de notre économie, certes, mais en contrepartie d'un extraordinaire essor du plus beau fleuron de notre Nation, ses Restos du Coeur, que nous envient tous les pays sous- développés. Quand la mondialisation est en marche, froide et dévastatrice, rien n'est plus beau que cet esprit solidaire de notre peuple de Gaulois et apparentés, forgé en supportant le poids de son chef, hissé sur le bouclier de Brennus.

François et Françoises, en 2014, année électorale, je souhaite que vous utilisiez votre droit de vote à bon escient, en gardant en mémoire tous ces changements que vous me devez, annonciateurs de bien d'autres que je vous concoctés pour demain ; car, maintenant, le changement se sera pour demain ou peut-être après-demain. On ne peut pas perdre sa confiance en son chef pour quelques niaiseries.

Profitez bien de votre dernier repas de fête, et bonne année quand même, enfin, je veux dire bonne santé.

Vive la République

Vive moi

Et survive la France.

Par jean-claude.guillard le 20/10/13

Dans le cadre du "changement c'est maintenant", devenu très rapidement "le changement c'est après", et pour apporter ma modeste contribution au travail acharné de nos énarques épuisés d'avoir à chercher des sources de financement à une dette abyssale, je suggère de ressortir des cartons poussiéreux un impôt révolutionnaire imaginé sous la Constituante.

Il avait été alors conçu de taxer les propriétaires d'immeubles à partir du nombre et de la taille des fenêtres et portes ; il avait même été ajouté en prime une petite taxe complémentaire sur les jardins et parcs; c'est par stupidité ou imprévision que ces impôts avaient été ensuite supprimés, au motif que les constructions nouvelles n'étaient plus dotées que d'une petite porte d'accès et d'une lucarne en guise de fenêtre; les illustres médecins de l'époque avaient alors prôné que l'aération des maisons n'était plus assurée et que les maladies prospéraient; rien à craindre de nos jours, avec la VMC ! De plus, avec de tels orifices réduits, finis les problèmes de déperdition d'énergie: frais l'été et chaud l'hiver; alors, elle n'est pas bonne, mon idée ?

En tous cas pas plus stupide que celle de vouloir taxer les propriétaires habitant leur maison sur sa valeur locative: avec la taxe foncière, la taxe d'habitation et le montant du remboursement d' emprunt, ça fait un petit plus bien sympathique; il risque de générer des choix de vie très écolos, comme celui d'acquérir une cabane au fond du jardin pour y loger sa petite famille à moindre coût.

Eh, les crânes d'oeufs, continuez dans la même voie avant que le chômage ne vous guette: de toutes façons, il parait que le ridicule ne tue pas. Créons vite, avant qu'il ne soit trop tard, soit un téléconcon, soit une cérémonie annuelle des "Achille Talon" de l'énarque le plus génialement inventif.

Un monarque digne de ce nom ne peut vivre sans ses bouffons.

Par jean-claude.guillard le 01/05/13

D'aucuns redoutent une explosion sociale en mai, mois devenu historique depuis 1968 ; le problème est qu'il va falloir trouver le motif et le temps pour exploser.

Pour ce qui concerne le motif de l'explosion, c'est en discussion : la France a choisi pour cinq ans un Président normal, qui s'est doté d'un gouvernement normal, pour mener une politique normale dans un monde à économie normale. Il serait anormal de contester la normalitude comme le dirait Ségolène. Bon, c'est vrai que nul n'a perçu ce que serait cette normalitude, sinon qu'elle devait apporter le changement, maintenant ; et bien, ça y est, ça a bien changé... on est même champions : on a déjà battu un record, celui du nombre de chômeurs et on peut encore faire mieux dans les quatre ans à venir. On ne va pas non plus se plaindre de la stature mondiale de notre chef suprême, qui acquiert à chacun de ses déplacements une célébrité égale à celle d'Achille Talon et de Gaston Lagaffe réunis. Pas plus que de l'économie qui repart de plus belle, grâce aux bienfaits du mariage pour tous, s'ajoutant à ceux des 35 heures du François précédent, grand visionnaire en la matière. Non, tout est bien normal dans ce monde apaisé.

Quoique... chacun a noté, ce jour, 1er mai, un léger frémissement populaire à parfum de muguet. Mais quel est donc le problème ? Une analyse du calendrier 2013, et plus spécialement du mois de mai, apporte la réponse.

Pourtant, un mois dont le premier jour est férié, qui tombe au surplus cette année un Mercredi, n'est pas si vilain que cela pour qui sait s'organiser et bénéficie de RTT lui permettant de disposer de ses vendredis : il est aisé de tenter un pont pour zapper ce foutu jeudi 2 de labeur ; commencer le mois par 5 jours d'affilée de repos, ça requinque son bonhomme.

Enfin je parle de ceux qui sont rentrés des vacances de printemps (une petite quinzaine de jours) pour reprendre le boulot le 29 avril ; c'est quand même bon de repartir ensuite du 1er au 5 mai si le pont est acquis, et d'aborder ensuite, ainsi reposé, la seconde semaine de mai avec deux jours de labeur, pour buller à nouveau du 8 au 13 mai !

Mais là se situe le scandale : une inégalité inacceptable, voire anticonstitutionnelle ! Ces deux premières semaines de rêve en mai ne sont réservées qu'aux privilégiés de la zone B des vacances scolaires ; pour les autres zones, bernique ! Pensez donc : la zone A achève ses vacances de printemps le... 5 mai, et pire, la zone C, le ... 12 mai !!! Fixer des vacances de printemps durant les meilleures semaines de Mai, chevauchant ainsi les jours fériés et ponts, c'est de la provoc' ! C'est véritablement scandaleux... à vous dégouter de prendre des vacances.

Et, là je sens poindre l'exaspération des masses laborieuses et monter la sève explosive de la société, face à une telle injustice. D'autant que les semaines suivantes de Mai n'annoncent rien de bon, à part les week-ends ordinaires et un malheureux lundi de Pentecôte dont ce n'est même pas la peine de parler. Les citoyens des zones A et C sont outrés, au contraire de ceux de la zone B ; la France est divisée et deux blocs s'affrontent.

Encore un coup de Hollande et sa clique diront certains, très remontés, et prêts à en découdre pour exiger à l'avenir un respect des traditions de Mai, mois béni des fêtes ou commémorations propices aux ponts et viaducs. Il faut en finir avec ces vacances dites de printemps (alors qu'il n'y a plus de saisons) pour en revenir aux bonnes vieilles vacances de Pâques, fête tombant cette année le 31 mars ; le respect laïc de la tradition religieuse impose que les vacances de Pâques soient fixées en avril exclusivement, et non plus en débord sur le mois sacré de mai, de manière à pouvoir aussi profiter pleinement des largesses du calendrier de ce mois.

Non mais ! la vie est déjà bien assez dure que nous ne soyons obligés d'attendre le 5 juillet pour partir en vacances d'Eté, après huit semaines entières de labeur...

Et là, ça va péter, c'est sûr.

Ainsi, le temps de fourbir ses armes, dès que tout le monde sera rentré de ces honteuses vacances de printemps, de retrouver les vieilles banderoles rangées après le départ de Sarko, et d'en rédiger de nouvelles au nom de son successeur, ça devrait nous amener vers la dernière semaine de mai pour exploser socialement. Au moins, avec des manifs et grèves, ça fera quand même une petite coupure dans ce calendrier laborieux démentiel.

Et pas la peine de me dire que l'on verra ça l'année prochaine, à la sortie du calendrier 2014 : il faut battre le fer tant qu'il est chaud ! Et osons même davantage : exigeons aussi un mardi de Pâques et un mardi de Pentecôte, à la place du lundi ; imaginons de nouveaux jours fériés pour fêter les sacrifices de nos anciens à Alésia, Marignan, Arcole et bien d'autres encore, sans oublier le 12 août, jour béni ayant vu naître notre Président normal.

Aux armes, citoyens ! Sauver nos ponts de Mai et d'autres mois, c'est garder intactes notre économie nationale et la productivité de nos entreprises.

Photo: "AnAwesomeShot"

Par jean-claude.guillard le 11/01/13

Alors que la chasse au lapin est en passe de fermer et que la saison de pêche ne bat pas encore son plein, je déambulais sur le web en quête de bonnes histoires naturelles.

Par association d'idées, je suis parvenu sur un blog traitant de mes deux passions (ou vices) cynégétique et halieutique : je tombais en arrêt, tandis que mon bouchon de liège en frétillait, sur un article traitant du mariage de la carpe et du lapin, qui révélait la fable dont cette expression était tirée. Surprise : l'article n'émanait pas du Chasseur Français, mais d'un blog intitulé « les échos de la gauchosphère », sous titré « Humeurs de gauche et de combat ». Peu important le contenant politique, le contenu littéraire présentait un tel intérêt que je n'hésite pas à renvoyer mes lecteurs à la page en question.

Certes, la fable y a un usage autre que celui auquel elle était destinée et ce explique la date de sa mise en ligne (5 août 2009), mais peu importe, seul son texte ravira les petits enfants, qui sont tous férus d'histoires nouvelles.

ICI

Après cette lecture en famille, je vous invite, à consulter une question d'actualité en suivant le lien fourni en marge droite de l'article précité, rubrique « les blogs de la mort qui tue » (sic), intitulée « mariage pour tous : pour un débat dans le respect ».

Pour ceux qui voudraient y accéder immédiatement, vous pouvez cliquer: ICI

Il n'y a pas que moi qui fais des associations d'idées...

Par jean-claude.guillard le 14/12/12

Pauvres juges de proximité : promis à une disparition qui apparaissait urgente, les voici sauvés, temporairement, par un mouvement de balancier de nos parlementaires : un coup je te tue, un coup je ne te tue plus.

On imagine les effets dévastateurs pour le moral des intéressés, condamnés à la disparition, face au report de leur exécution au 1er janvier 2015 : ça fait militer pour l'abolition de la peine capitale...

Il est cependant légitime qu'ils bénéficient d'un délai qu'ils connaissent bien, celui de l'article 1244 du code civil.

Par jean-claude.guillard le 27/08/12

Bof, comme dirait l'autre...normal : le flot et le jusant.

Des bouchons normaux à l'aller, des bouchons normaux au retour, et entre les deux flux, de l'eau...normale, l'étale sans bulles : une eau de mer fraîche, et peut- être trop fraîche ; Oh, pas partout : il y a bien un spot que seuls les aoûtiens à peau encore blafarde connaissent : le meilleur endroit du bain, là où l'onde fraîche est parcourue par un petit courant chaud, où ils s'ébattent seuls tranquillement, sans même qu'un seul poisson ne vienne les perturber : seule une mouette rieuse s'esclaffe en surplomb ; chut, ne le dites à personne, c'est juste en face du gros tuyau, là bas, derrière le rocher. Les initiés se gaussent à la vision des autres baigneurs normaux, parqués par des cerbères à jumelles au centre de la plage entre deux piquets, pour prévenir la noyade de ceux qui se jetteraient à l'eau sans savoir nager ; pauvres nageurs entassés par centaines dans cet enclos virtuel ; sont-ils conscients de patauger dans un bain de millions de bactéries échangées ici avec leurs congénères, dont chacun est naturellement porteur ? Et comme souvent, les parents normaux envoient leur progéniture tester le bouillon de culture, qui barbote durant des heures dans cinq centimètres d'eau, en lisière de la mousse blanchâtre qui n'a rien de l'écume des vagues inexistantes, respectueuses de deux piquets. Et dire que là bas, à quelques dizaines de mètres, les privilégiés ont accès au petit courant chaud... Non mais, il ne va pas nous pourrir les vacances avec son histoire d'eau légèrement polluée par les rejets normaux générés par le brutal quintuplement de la population locale !

Halte là, préservons les générations futures ! Ramenons la marmaille en lieu sûr, sur le sable blond et chaud. Mais là encore, c'est idiot cette histoire de marées qui réduisent un temps l'espace sablonneux, pour ensuite laisser la mer à des plombes de marche dans une vase douteuse ! Alors quand la bande de sable se fait symbolique, malheur aux amateurs retardataires ! Impossible de visualiser un quelconque lopin de sable disponible vu l'encombrement des draps de bain étalés à touche-touche : au moins, ce tapis en patchwork évite le contact direct avec une pollution encore pire que celle de l'eau : normalement, ce mouvement normal des marées doit lessiver à grande eau le sable chaud et rafraichir les petits courants chauds ; oui mais, un très vieil antagonisme oppose mer et serviette de bain : n'avez-vous jamais remarqué que plus le flot avance, plus les serviettes reculent et s'entassent pour faire front ! La nature étant cruelle, il arrive parfois que la mer emporte l'une d'elles, imprudente qui serait restée à sa portée...Mais globalement, il est établi que le lessivage du sable s'arrête à la lisière des draps de bains. Alors, que se passe-t-il sous ces draps, si le sable blond n'a pas été lessivé depuis la dernière pluie ?

Inutile de vous dire que tous les êtres microscopiques, marins ou humains, microbes ou bactéries malfaisants, qui ne sont pas nés de la première vague, ont bien compris que leur bien-être, voire la survie de leur descendance, résidait dans la présence de ces serviettes de bain ; ils vont tous ensemble, et par millions ou milliards, partager les vacances de adorateurs de Ra ; oh, non pas sur les serviettes, pour ne pas gêner, mais en dessous, et dans ce qui reste de sable apparent entre elles : vous savez ces bandelettes de sable chaud qu'il fait bon attraper dans ses mains pour en faire glisser les grains entre ses doigts ; ces mêmes doigts, qui d'ailleurs porteront ensuite à votre bouche le cornet de glace ou les morceaux d'un chichi bien huileux que son vendeur ambulant aura laissé rissoler toute la journée dans son panier, sous le plomb du soleil ; il ne pourra être taxé d'avoir rompu la chaîne du froid, que la chose vendue n'a jamais connue. Les bambins adorent le sable et ce qu'il contient : ils s'immunisent sans le savoir, trop jeunes pour connaître le microscope, révélateur de la faune inquiétante qui fréquente leur terrain de jeu estival.

Journée normale de plage en août pour les humains et micro-organismes ; faut bien que chacun y trouve son bonheur. Tiens, à propos de bonheur, on entend à peine, dans tout ce brouhaha, le haut-parleur qui crachouille que des parents ont perdu leur gamin, à moins que ce ne soit le contraire ; c'est vrai que dans les hurlements stridents et les pleurnicheries des mômes pour un oui ou pour un non, il nous avait bien semblé qu'il nous en manquait un ! Seuls les parents habitués au vacarme de leurs chérubins n'y font plus attention ; alors, on compte sur la charité humaine pour que la famille se reconstitue, sous les pleurnicheries angoissées de la mère et l'avoinée administrée par le père au petit fugueur, lequel n'est pas en âge de leur reprocher de l'avoir délaissé pour taper la causette avec les voisins de parasol, ou d'avoir lézardé au point de s'en griller la cornée à travers les paupières, perdant ainsi de vue la prunelle de leurs yeux. On remettra alors le petit à l'ouvrage, à ses creusements incessants de trous dans le sable, où, plus tard, à la fraîche, les vieux autochtones viendront s'y tordre la cheville.

Tiens, voilà le groupe normal d'ados qui émerge à 16 heures d'une longue nuit sans sommeil : il s'annonce à grand renfort de « musique » crachée par un engin portatif si volumineux que l'un d'eux doit le porter à l'épaule ; quand on pense qu'à la maison, il refuse de sortir la poubelle ! La bande cherche désespérément un emplacement pour nicher : l'astuce consiste à repérer les serviettes orphelines pour cause de bain de leurs propriétaires, et de s'y coller : l'effet de groupe fait le reste ; le baigneur imprudent ne séchera pas sur sa serviette, à moins de la partager avec quelques postérieurs étrangers ; ses tympans ne prisant pas la bonne musique, il partira poser son tapis ailleurs, permettant ainsi d'agrandir le cercle de la jeunesse. Vous avez sans doute remarqué, qu'à peine le voisin parti, le groupe, qui a développé et marqué son nouveau territoire en y entreposant armes et bagages, file aussitôt au bain, en hurlant et gesticulant, sautant pardessus les corps étendus sur son trajet, pour se jeter à l'eau en arrosant copieusement ceux qui ne voulaient pas se mouiller ; le miracle de Moïse s'accomplit à chaque fois : la mer s'ouvre à leur passage ; il arrive même que les sourds entendent leurs braillements. Mais, trop fraîche la flotte, leur bain de termine vite, et la mer peut se refermer sur leur sortie ! Les amateurs de sable se réjouissent évidemment de leur retour : tels des labradors sortant de l'eau, filles et garçons vont s'ébrouer les tignasses pour gratifier leurs proches voisins d'un rafraîchissement bienvenu ; et puis, les plus maniaques vont chasser de leur drap de bain le plus petit grain de sable, en le secouant vigoureusement à tous vents : prière de fermer les yeux à cent mètres à la ronde. Un tel groupe de jeunes ne tient jamais en place bien longtemps : à peine assis, voilà que l'un d'eux sort de son sac à dos, l'engin maudit, l'instrument du diable : le ballon de foot !!! ALERTE ROUGE dans le voisinage ! Les jeunes mâles sportifs laissent les filles à leurs potins et trouvent au bord de l'eau l'aire de jeu idoine, délaissée des baigneurs depuis leur précédente équipée marine. Soulagement sur le sable, sauf que, la marée étant montante, le terrain de foot l'est aussi... Saint Zidane, priez pour eux : les passes ne trouvent jamais leur destinataire et finissent sur les corps alanguis des lézards apeurés, les grandes chandelles sont autant de scuds venant s'écraser, au hasard des frappes, sur les civils apeurés ; n'avez-vous jamais remarqué que le tireur fou répugne à aller affronter ses victimes, et implore du regard un retour de l'engin destructeur : ça marche une fois sur deux, tout comme le merci attendu.

Comme dans chaque guerre, le pilonnage de la base arrière finit par engendrer une fuite aux abris des populations : les mères regroupent rejetons et intendance, les pères abandonnent la buvette pour revenir plier les parasols et secouer les draps de bains ensablés, pour ne pas emporter avec eux la faune microbienne de la plage, qu'ils lèguent à leurs successeurs : le terrain se dégage pour les jeunes footeux. Mais, c'est justement le moment qu'ils choisissent pour siffler la fin du match. Génial, toute la plage pour eux : il fait moins chaud, on étale très largement en cercle les draps de bains, les ricanements saluent les âneries des uns, les messes basses filtrent les amours estivaux des autres ; le soleil décline : une nouvelle et longue soirée se prépare. Il y a longtemps que les vigiles sauveteurs ont remisé leurs piquets et fermé boutique, après huit heures de bronzage forcé, laissant l'océan entier aux ultimes nageurs avisés .

La marée redescendra et remontera ensuite, comme le flot des vacanciers qui garnissent le sable de nos plages au mois d'août, profitant des bienfaits des marées bactériennes des juilletistes. Plus tard, lorsque la nature aura repris ses droits hivernaux, la plage retrouvera son aspect initial, avec un sable maintes fois lessivé par les flux et reflux de l'océan, avec ses débris végétaux transportés et déposés par les vagues le long de la grève au bonheur des oiseaux de mer retrouvant leur territoire.

Des vacances normales vous disais-je. Un flot de dossiers s'est échoué sur mon bureau : il parait que le jusant emporte ce que le flot a apporté. La Justice ignore le jusant.

Par jean-claude.guillard le 11/08/12

Bonchour

Ché la femme de ménache du burau du mêtre GUILLARD : le burau il est fermé, le mètre il est parti sur la plache avec la madame

Il fôt pas envoillé de messaches chur chon blok, ya persone pour répondre et cha fé de la pouchière sur l'ordinatère et cha bloqe pour rien. En pluss, le povre mètre il et trait fatiqué et y va pas etre contan a chon retoure avek tou che travaye .

Alor merchi d'atendre juchqa la fin du moi, de toute fachon vous auré pas de réponches, moi yé ni coné rien.

Merchi pour loui

dolores

Par jean-claude.guillard le 07/07/12

Il circulait paisiblement dans son véhicule en maudissant l'insecte qui l'avait sauvagement agressé la nuit passée au niveau de la tempe droite ; sans doute un moustique de la pire espèce à en juger par cette douleur urticante qui le taquinait encore. Machinalement, il porta sa main vers l'endroit maudit où aller se gratter pour calmer la démangeaison : il pensa qu'il devrait sans doute passer à la pharmacie pour trouver une pommade apaisante.

Soudain, une sirène stridente le tira de ses pensées. Il vit surgir à la hauteur de sa portière une moto chevauchée par un cavalier casqué et ray-banné, lui intimant l'ordre de se garer illico, ce qu'il fit, alors que survenait un second écuyer portant le même uniforme. Par une brève analyse de sa mémoire immédiate, il chercha vainement un motif à cette immobilisation forcée. L'excès de vitesse n'était pas de mise, pas plus que son insuffisance ; il n'avait traversé aucun feu tricolore ; il n'avait pas refusé de priorité. Il devait alors avoir un feu de position défaillant ou une bricole de ce genre.

Après une brève présentation (des papiers du véhicule), l'un des pandores, brandissant son carnet à souche, l'informa de sa verbalisation pour... usage de téléphone portable durant un temps de conduite! Notre homme jura qu'il n'avait pas téléphoné, et que d'ailleurs son appareil était encore dans la poche de son jean, d'un accès très malaisé en position assise ; joignant le geste à la parole, il tenta devant son interlocuteur d'extirper l'engin de son logement, ce qu'il fit au prix de maintes contorsions et après dégrafage de sa ceinture de sécurité. Cette démonstration ne fut pas concluante pour les deux voltigeurs, jurant de concert qu'ils l'avaient bien vu, de leurs yeux vu, téléphoner en conduisant : deux paires d'yeux assermentés affirmaient l'infraction, et l'une d'elle avait déjà définitivement orienté son acuité vers la page d'accueil du cruel carnet.

Notre homme fut prié de venir confirmer son méfait, alors qu'une sourde colère montait en lui ; pendant que son accusateur, devenu scribe, s'appliquait à ne rien oublier du pedigree de son « client », la lumière jaillit de la mémoire de ce dernier : mais oui, mais c'est bien sûr, il avait bien, quelques instants plus tôt, porté la main à sa tempe, par la faute du... moustique ! Il y avait maldonne, osa-t-il, essuyant pour toute réponse un sourire goguenard de ses deux accusateurs. Malgré sa supplication, aucun des deux n'a daigné examiner la trace de l'effraction commise par la bestiole. « Un moustique... elle est bien bonne celle là», pouffaient les assermentés! Il fut invité à parapher leur parchemin, au pied duquel il ajouta néanmoins en codicille trace de sa contestation, sous leurs regards égayés.

La prune était chère et amère ! Alors, plutôt que de vaquer à ses occupations prévues, notre homme a dû partir en quête des preuves de sa bonne foi : pour enrichir le trou de la sécu, il alla derechef consulter son médecin pour être doté d'un certificat attestant de son bobo temporal avant qu'il ne s'estompe (qui lui a d'ailleurs prescrit, joignant l'utile à l'agréable, une pommade ad' hoc) ; il est ensuite passé à l'agence de son opérateur téléphonique pour obtenir un tirage certifié du journal de ses appels du jour, émis et reçus (qui n'en mentionnaient aucun à l'heure indiquée sur la prune) ; il a enfin pris contact avec un avocat pour donner suite à sa réclamation.

Il devra donc, ultérieurement, devoir perdre encore une demi-journée pour répondre à la convocation du juge qui aura à analyser le rôle déterminant du moustique, le geste d'une main près de l'oreille qui présumerait qu'elle ait été porteuse d'un mobile, et l'incidence de la coupe étroite d'un jean sur l'extraction, en position assise et avec ceinture de sécurité bloquée, d'un téléphone fourré dans la poche. Bien évidemment, le tout sous le rappel par le ministère public agacé de la force des constatations de deux représentants assermentés de la maréchaussée. Le juge trouvera-t-il la force morale de faire analyser l'acuité visuelle des deux ou se contentera-t-il de penser que, même borgnes, les jumeaux verbalisateurs auraient encore disposé d'une paire d'yeux valides. A moins que l'avocat, dénué d'humour ou compatissant pour le magistrat, ne présente d'entrée le journal des appels, pour alléger la durée d'une audience dédiée à une trentaine de cochons de payeurs, tous venus clamer leur innocence, les bougres.

Alors, au terme de ce long périple, notre homme sera peut-être blanchi et force sera alors de constater que l'oeil du gendarme n'est plus ce qu'il était, ou que l'obligation de faire du chiffre entraine parfois l'apparition de troubles visuels.

Quoiqu'il en soit, l'histoire méritait d'être racontée, afin que vous, automobilistes mes frères, preniez garde à l'usage de vos mains lors de la conduite : tout contact manuel avec l'oreille ou la région temporale crânienne vous est fortement déconseillé, étant susceptible de vous exposer à une amende et un retrait de points si vous aviez dans l'habitacle de votre véhicule, l'engin maudit en fonctionnement ou même éteint. Ce qui est vu est vu.

Un jour viendra où un Sherlock Holmes en vélo, plus avisé qu'un autre, stoppera net le véhicule d'un conducteur atteint d'un toc lui faisant se gratter l'oreille à répétition, tel un chien au pavillon auditif endolori, qui n'aura pas pris la précaution d'avoir avec lui un certificat de son toubib ; ou encore, un vieux pilier de rugby aux oreilles en feuille de chou, qui portera ainsi la preuve d'un usage intensif de son portable, au point d'être présumé multirécidiviste.

L'oreille vous gratte, la prune vous guette : arrêtez votre véhicule sur le bas coté, avant de vous soulager, mais n'oubliez pas de mettre préalablement votre clignotant, ce serait idiot d'être verbalisé.

Par jean-claude.guillard le 21/05/12

Les temps sont durs avec cette crise qui nous oppresse : tout augmente et ça risque d'être pire encore. Le changement s'était hier et maintenant on est au pied du mur pour savoir comment on va changer.

Le premier mois du changement va s'écouler : il fut bien arrosé au grand dam des contributeurs au redressement de l'économie nationale. C'est injuste. Tous ceux qui avaient prévu de relancer la consommation de glaces en cornet dans les zones balnéaires défavorisées sont atterrés.

Pensez, tous les calculs optimistes de nos brillants économistes ont été anéantis : on avait misé, dès la distribution du calendrier 2012 des pompiers, sur une croissance des jours de repos en Mai, soit, pour qui savait s'organiser, 14 jours sur 31. Excellent rythme de développement, permettant de produire pour moitié du temps, pour mieux consommer dans l'autre.

Hélas, cette consommation est scientifiquement dépendante des éruptions solaires et de la température extérieure générée. Et là, notre astre salvateur a méconnu les effets du changement, dont il n'avait peut-être pas été informé.

Résultat : des hordes de consommateurs avisés, qui avaient déjà pris leurs dispositions pour ne pas produire durant quatorze jours, ont remballé le matos, tentes, parasols et vélos, et sont restés dans leur nid douillet. Ils ont heureusement pu étancher autrement leur soif de consommation, pour participer néanmoins à l'effort national. La nature, venant au secours du changement, a ajouté à la précieuse récupération et au stockage des eaux de pluviales, de petits frimas, dédiés aux Saints de glace malgré la laïcité ambiante, qui ont permis à nos naufragés de Mai de consommer différemment : rallumer le chauffage central, faire chauffer le téléviseur ou faire ronfler le moteur de la caisse en faisant le tour du quartier sous la pluie pour fêter le prix de l'essence à la pompe. Tout est bien qui finit bien.

Ce mois de Mai, propice aux révolutions, fut bien le premier mois annonciateur du changement de notre économie ; mais attention, se profile le vilain mois de Juin, désolant avec ses fêtes des Mères et des Pères odieusement fixées le Dimanche par l'ancien régime, alors que l'intérêt national imposerait le choix du Vendredi, voire du Lundi ! Voilà, une réforme économique majeure à traiter au plus tôt.

Bon, ce maudit mois de Juin passera vite, surtout si le Soleil et le foot nous viennent en aide.

Après, ce n'est que du bonheur, avec une longue période de repos bien mérité de préférence en Juillet, permettant de profiter ensuite du meilleur mois de consommation de l'année, soit l'excellent mois d'Août quand la production n'existe plus, faute de fournisseurs. « Vacances en juillet se prolongent en août », comme le disait Léon (Blum pour les plus jeunes)

En réalité, pour le changement, on y verra plus clair en Septembre, lorsque les premières feuilles d'impôts tomberont, que les hausses de toute nature nous seront révélées et que les marchands de glaces en cornet défileront pour exposer leur triste sort.

Vivement demain.

Par jean-claude.guillard le 20/04/12

Ouf, ça y est, on va pouvoir en finir de soirées fastidieuses et répétitives qui nous gâchaient l'épisode fatidique de notre série américaine préférée, ou nous privaient d'une mi-temps au moins du match de foot de l'année, ou pire encore du documentaire sur la vie intime du frelon asiatique. Et tout ça pour savoir quel bulletin mettre dans l'urne le jour J.

Pas un soir sans que l'on ne trouve sur nos écrans familiaux l'un des personnages ayant réussi à dégoter 500 signatures pour avoir le droit de venir nous asséner de lénifiants discours sur sa vision future de notre monde franchouillard. Et, pour ceux qui l'auraient raté, le même se produit sur une autre chaine dès les jours suivants, à la suite de ses compères. Une vraie tournante, je vous dis.

Désormais, pour les allergiques aux médias, le portrait des impétrants à la Présidence de la République (il convient quand même de le rappeler) s'affiche dans nos villes, sur des panneaux idoines, tels les piloris de jadis qui permettaient à la plèbe de bombarder les têtes exposées de tous projectiles disponibles.

Dans quelques heures, les candidats seront muets pour laisser aux citoyens le temps de digérer la pitance servie jusqu'à l'indigestion ; il leur faudra choisir les deux survivants aptes à leur préparer la meilleure soupe, ou à défaut celui ayant la meilleure facture. Et pour les membres du jury qui n'auraient ni vu ni entendu, nos boites à lettres se sont remplies d'un coup de la prose de chacun, avec son portrait dédicacé.

Alors, sur les dix candidats, à la fin du jeu après les épreuves de confort et de survie, il n'en restera qu'un, comme dirait un présentateur télé spécialiste en survivance.

Il est déjà possible de les classer par rubriques, selon qu'ils croient vraiment à leur chance d'endosser le costar du détenteur du code de la force de frappe, ou bien qu'ils ne sont là que pour faire de la figuration, pour leur compte ou celui d'un autre candidat, le temps du premier tour de manège.

Dans la seconde catégorie, figurent deux candidats révolutionnaires portés par les militants au rang de têtes de gondole ; un homme au regard attendrissant et au nom enfantin, totalement atypique dans sa course au pouvoir, puisqu'il n'en veut pas pour lui-même, rêvant de l'offrir à ses sympathisants pour qu'ils coupent dans la joie et la bonne humeur quelques têtes d'un ancien et honni régime capitaliste. Son discours est particulier, mais il a su trouver le ton de la bonne humeur, ce qui prouve que nul n'est parfait. Et, puis, vient son pendant féminin, héritière de l'illustre Arlette détentrice du record de participations au jeu, qui affiche aussi son goût prononcé pour les thèses radicales tendant à liquider tout ce qui n'appartient pas à la classe laborieuse, dont elle exclut les bourgeois, qui ne seraient pas à ses yeux des producteurs, mais des privilégiés: c'est bon à savoir ; la dame, au look idoine à celui d'une Arlette jeune, a par contre le défaut de ne pas pouvoir maîtriser son discours, emportée par quelques mimiques haineuses qui font froid dans le dos de l'auditeur, qui ne peut s'empêcher de se tâter le col pour savoir si sa tête est encore sur ses épaules.

En vérité, ces deux là qui n'ont aucun espoir de bien figurer, roulent, sans vouloir le révéler, pour autrui, si bien que la bourgeoisie décriée aura la chance de bénéficier indirectement de leurs ultimes faveurs.

Et puis, à ranger aussi dans la catégorie des figurants, un homme d'âge mûr, dégarni et grisonnant, portant cravate et lunettes fines, sorti de nulle part, au discours cohérent, chantre de la physique nucléaire et des voyages interplanétaires, qui, faute de parti, en est à chercher des sympathisants martiens plutôt que des honneurs : un gourou de la politique scientifique pour amateurs éclairés

Dans une catégorie supérieure, l'erreur de casting de l'année : la dame qui ose porter de vilains bésicles verts en plastique, sans doute pour que l'on identifie ce qui est écolo chez elle ; elle est la suppléante par défaut de l'icône d'Ushuaia, coq effrayé par la cacophonie du poulailler bio. La Nature étant disparate, la candidate n'a pas le profil télégénique, et son discours est hésitant et mièvre, au point que l'on a du mal à imaginer qu'elle fut il y a peu la terreur des délinquants en col blanc, réels ou supposés. Tous en ont gardé un souvenir ému et regrettent sans doute qu'elle n'ait pas été dotée à l'époque de ses vertes lunettes qui auraient détendu l'ambiance. L'ex blonde scandinave, à l'accent délicieux mais peu compréhensible, n'a pas su mettre ses charmes en valeur, et risque d'entrainer ses adeptes au ras des pâquerettes du pré verdoyant de leurs rêves.

Et, puis, voilà Jean-Luc, ex-socialiste reconverti dans un front de gauche, qui s'est trouvé une vocation de rock star pour organiser des concerts géants et gratuits très prisés par le peuple avide de jeux du cirque, à défaut de pain. L'homme a la verve et la dialectique pour faire vibrer ses fans : on n'est jamais aussi heureux que d'écouter ce que l'on a espéré entendre. C'est dans la lignée d'un célèbre « je vous ai compris », dont nul n'ignore désormais la portée. Jean-Luc récolte des fruits qu'il ira ensuite déposer dans la corbeille de ses anciens compagnons de route ; il n'a heureusement aucune vocation à endosser le treillis de chef des armées, lui qui a voté jadis contre l'entrée en guerre de la France aux cotés de ses alliés pour venir au secours du petit Koweït envahi. NDLR: rien à voir avec Jean-Luc LAHAYE, chanteur et gloire des années passées.

A tribord toutes : au bout de l'échiquier, Marine, jeune femme ayant hérité des gênes gênants de son paternel, mais qui affirme avoir subi un traitement spécifique pour les faire disparaitre. Aucun certificat médical n'est produit. Elle a son franc-parler, cogne sur tout ce qui bouge, et prétend avoir entendu des voix célestes pour bouter hors de France tout ce qui ne lui apparait pas franc, mais prône le rétablissement du franc ! Va comprendre Charles... Sa spécialité, c'est l'économie : elle a pu traduire à sa manière les fiches dont on l'avait dotée en cas de trou de mémoire, si bien qu'elle s'estime parée pour boucher les très gros trous de notre économie.

A l'impossible, nul n'est tenu : le descendant géographique de notre bon Roi Henri le quatrième, use de maints stratagèmes pour tenter de se situer sur l'échiquier, en jouant des coudes pour trouver une place qui lui est refusée. De quoi bégayer sa politique. En se proclamant arbitre de deux blocs opposés, il risque l'écrasement : selon l'écartement des couches tectoniques, parfois il respire, parfois il étouffe. Il est certain qu'il ne pourra tenir ce rythme, et qu'il devra à terme choisir son bloc pour ne pas périr. En attendant, il distribue cartons jaunes et rouges à tout va quand résonne en lui la célèbre phrase du jeune Philippe le Hardi à son royal père Jean II, « Père, gardez vous à droite ! Père, gardez vous à gauche ! ». Résultat, bataille perdue et dislocation de notre bon royaume de France. Ah, Histoire, quand tu nous tiens...

Enfin, on en arrive au lourd : deux candidats qui risquent de se retrouver dans l'épreuve finale, dite des poteaux. Ils ont pour eux d'avoir pu bénéficier de coachs réputés, d'être durs au mal et de savoir haranguer leurs troupes pour les galvaniser, tant que faire se peut.

L'un d'eux présente la particularité d'être un excellent grimpeur, puisque, s'il atteignait le plus haut barreau de l'échelle, il serait l'un des rares à devenir chef sans avoir été sous-chef ; peu lui importe de ne pas avoir testé les rouages ministériels du pouvoir, il se sent propulsé vers le haut par les multiples courants de ses partisans, soufflant tous, une fois n'est pas coutume, dans le même sens ; habilement, il a su changer de compagne sans réitérer l'erreur passée qui l'avait conduit à laisser la première tenter sa chance sur l'échelle avant lui, le réduisant à des tâches ancillaires. Il se voit entrer dans les habits d'un ancien Président défunt issu de sa caste, et a entrepris pour ce faire un régime alimentaire rigoureux, l'ayant mis à la maille. Il semble toutefois ne pas avoir totalement pris la mesure de la tâche qui l'attend, puisque, par atavisme sans doute, il promet à grands frais monts et merveilles à ses partisans, alors qu'ils n'ignorent pas que l'époque est plutôt à l'économie. Mais, ils savent aussi par expérience que les promesses sont faites pour ne pas être tenues, comme le disait François son mentor.

Enfin, le dernier n'aura pas besoin d'essayer le costume du capitaine ou plutôt du pacha : il le porte déjà, ce qui est un avantage mais aussi un gros inconvénient tant il est taché de sueur. Ce petit homme a la démarche volontaire et chaloupée du marin qui a essuyé de multiples tempêtes, en sauvegardant jusqu'alors la peau des passagers et équipage. Il prétend conserver le cap pour arriver à bon port, alors qu'il n'est qu'à la moitié de la traversée. Certains lui font une confiance absolue, d'autres enfilent déjà les gilets de sauvetage pour se jeter à l'eau. Chacun croit en son destin, alors que le navire tangue et que l'horizon est incertain. Contrairement aux autres, il ne promet pas la mer plate mais annonce de fortes houles, qui rebutent ses partisans en avivant leurs craintes. Son sort est lié aux caprices de la météo et à la résistance des passagers de son esquif aux troubles nauséeux. Hélas, la célébration du 100ème anniversaire du naufrage du Titanic intervient au mauvais moment, malheureux hasard du calendrier.

Et voilà à quoi nous allons passer notre Dimanche, non pas à voter pour le winner, mais à éliminer huit candidats, pour revoir ensuite en guest-stars les deux finalistes, avant de désigner le survivor. Pas folichon au premier abord. Vivement que cela se termine pour retrouver les plaisirs de la soirée télé avec ses jeux, ses séries américaines et ses matches de foot, et bientôt les Jeux Olympiques... on verra bien ensuite pour la chienlit promise : de toute façon, in fine ce seront toujours les mêmes qui trinqueront.