Par jean-claude.guillard le 08/05/11

Le petit village de Saint Cuq sur Ginette est en émoi. Après la défaite historique au début de l'an 2011 du quinze cucuginestois, sur son terrain, face aux voisins héréditaires de la proche cité de Ducom les Deux Joyeuses, rien ne va plus au siège du club « chez Popeye », jusqu'alors paisible (sauf troisièmes mi-temps) et seul bistroquet du bourg.

En cause, la parution dans le Cri Ginestois d'un article ravageur relatant des propos tenus dans l'arrière salle de « chez Popeye », par les dirigeants cucuginestois lors de leur traditionnelle partie de belote hebdomadaire ; selon le Cri, l'un des participants, alors qu'il était débattu de l'avenir du club, aurait remis en cause le recrutement chez les jeunes pousses, pour oser évoquer l'idée d'un ...quota !. Un tel mot ordurier, éradiqué de la langue française, a mis le feu aux poudres. L'affaire est à l'origine banale : de tous temps, le quinze du cru avait été constitué de huit solides gaillards choisis parmi les plus beaux poulets du village, affectueusement nommés « les gros », de six chevaux légers choisis parmi les maigrichons les plus véloces surnommés « les petits », et enfin d'un morpion de petite taille, rusé comme un goupil, surnommé... « Le morpion ». La cruelle défaite, ressassée chaque semaine, avait conduit à une réflexion, devenant plus intense au fil des pastagas engloutis : et c'est là que Marco la science, l'entraineur, aurait soumis à ses pairs, une idée novatrice, fondée, selon lui, sur ses observations télévisuelles des matches des « blacks » ; heu, pardon, des All Blacks ; il suggérait tout bonnement de renforcer ses arrières, en recrutant de nouveaux « gros » plus véloces qui viendraient supplanter les « petits ».

« 14 gros ? », interrogea le vieux Louis, dit La Pigne, figure historique du club, ancien pilier aux oreilles en chou fleur et au nez décalé sur la joue. « T'es pas fou », lui souffla Gilbert dit « Mont Blanc », du haut de son mètre quatre vingt douze. « Tu vas provoquer une révolution chez les « petits », déjà qu'ils se sentent oubliés sur le terrain, les pôvres ». Marco, précisa sa pensée: « Non, on le fera en douceur, on commencera par prendre deux nouveaux « gros » seulement, pour remplacer les deux du milieu de derrière, et on laissera deux « petits » aux ailes... de toute façon, en match, la pelote n'arrive que rarement vers la touche : c'est au milieu du terrain que les comptes se règlent ». Sourires entendus autour de la table. Et, c'est alors que Fredo, fils de Marco, entraineur adjoint chargé des gros, ex talonneur de son état, privé de dents depuis une mauvaise entrée en mêlée, résuma en employant le mot honni : « Ouais, les gars, j'chuis d'accord, mais faut pas que cha che chache, chinon on est morts : au recrutement prochain, on fixche un petit... quot... (NDLR : murmuré) pour les « petits ». « On en reparlera , conclut Marco, et on verra avec le Président ». Le Président, Môssieur Marcel, comme on l'appelait dans le village, était dans les affaires et son principal mérite consistait à doter le club de quelques liasses de billets ; nul ne savait réellement son métier, et on s'en fichait, tout autant que lui des matchs dominicaux ; il jouait au golf à la ville le dimanche, pour ses affaires ; pour le recrutement, on était bien obligé de lui en parler, because les biffetons.

Nul n'avait remarqué, vu sa petite taille, qu'à quelques pas de là, dans l'ombre du comptoir, le morpion était là et avait tout entendu ; pire, ayant fait de longues études de dactylographie, pour devenir gendarme (réformé sous la toise), il avait acquis quelques notions de sténo et avait ainsi pu remplir le carnet de commandes HEINEKEN, subtilisé au patron, d'un verbatim des malodorants propos entendus, soulignant même celui de « KOTA ». Le morpion, classé comme « petit », mais aimé des « gros » à force de gueuler sur eux en match pour les doper, finit par trahir les siens ; devenu taupe, il refila son manuscrit codé au rédacteur du Cri qui en fit sa Une, étalée sur la seule page de sa feuille de chou, avec un titre ravageur : J'ACCUSE. Sa vieille ronéo tourna toute la nuit.

A l'aube suivante, la cloche de la chapelle Sainte Ginette sonna le tocsin pour la première fois depuis le Débarquement des alliés ; alors que les pigeons effrayés s'enfuyaient, les cucuginestois, incrédules, se regroupèrent sur la place du village, pour découvrir la Une du Cri que le curé avait affiché sur la porte du lieu saint, et, abasourdis, se tournèrent, l'oeil méchant, vers l'estaminet de Popeye, devenu lieu du crime, sur la porte duquel le patron avait apposé un mot tendancieux « fermé pour cause de KOTA ». Les premiers arrivés furent évidemment les « petits » du village, joueurs ou maigrelets sympathisants , les premiers trouvant pour une fois le soutien populaire des seconds, bien défaillants les jours de matchs pour cause de feuilleton télé.

Les premiers conciliabules devinrent revendications et colères : « non aux kotas », « honte aux gros », « les gros au poteau », « les gros, salauds, on vous aura la peau » entendait-on de ci delà.

Les « gros » justement par le tocsin alertés, arrivaient sur la place pensant que Popeye avait eu un malaise fatal ; cette arrivée en masse eut le mérite de faire taire l'invective des « petits,... on ne sait jamais. Lecture faite de la Une affichée, les gaillards, pris d'un éclat de rire général, décidèrent d'aller fêter ça chez Popeye, qui leur ouvrit boutique pour la refermer aussitôt, sous les huées des manifestants. Les « non aux quotas » reprenaient de plus belle : la révolution était en marche.

Le Maire, par le vacarme attiré, vint aux nouvelles : on le mena lire le Cri ce qu'il fit en dodelinant la tête ; « Je ne comprends rien à cette histoire de gros et de petits » dit-il ; il faut dire que Mr le Maire, venu de la Ville il y a trente ans pour prendre l'étude de notaire de Saint Cuq sur Ginette, n'a jamais été vu autour de la main courante du stade Amédée FILOU, fondateur de la gloire du village, son équipe de « ruby ». La foule des « petits » s'empressa de révéler à l'édile que sa commune était depuis la veille frappée d'apartheid, que les gros entendaient limiter le nombre de petits dans l'équipe, que les dirigeants s'étaient mis d'accord sur un KOTA... « Quoi ? Un quota ?" s'étrangla le Maire. On avait osé, dans sa propre commune, employer le mot honni, passible des plus graves sanctions ou ce qu'il en restait depuis l'abolition de la peine de mort.

Mandant illico le garde champêtre, l'édile se fit ouvrir la porte du bar maudit, et devint rouge de colère en entendant « les gros » installés autour du zinc, trinquant et saucissonnant, achever le dernier couplet des « Stances à Sophie *». Il hurla un « qui a dit ça ? », qui coupa le son. « Qui a dit quoi ? » lui lança la Pigne ; « Qui a dit le mot quota ? » s'étrangla le Maire. Il n'eut que le silence, car dans ce monde là, Monsieur, ce qui se dit dans un vestiaire, en troisième mi-temps ou même chez Popeye, c'est sacré et même secret défense. « Mais qui était là ce soir là ? » interrogea le bailli ; La Pigne, Mont Blanc et Fredo, sortirent des rangs et par un réflexe lié à leur pratique ancienne en cas de danger, se placèrent face au Maire, en ligne, se lièrent par les épaules et se mirent en position de mêlée : « Nous y étions » dirent-ils d'une même voix ; la première ligne se retourna d'un bloc et l'édile découvrit d'un coup qu'il n'obtiendrait pas d'autre réponse, sinon la vision de trois postérieurs bien joufflus. Mais là, sans doute par la mêlée attiré, le morpion qui s'était faufilé dans l'estaminet, vint, tel Judas durant la Cène, pointer son doigt sur le postérieur de Fredo.

L'édile pointa aussi son doigt vers le pauvre Fredo et lui annonça tout de go qu'il était interdit de stade jusqu'à nouvel ordre, et que le Sous -Préfet et le substitut du Procureur allaient être saisis de l'affaire.

L'affaire, qui n'est pas encore terminée, s'est propagée dans tout le royaume des rubipèdes et fait grand bruit : pensez donc, dans un monde qui s'en fout plein la tronche chaque dimanche, il y a toujours la troisième mi-temps pour réunir les adversaires contusionnés, les gros et petits rassemblés, les uns se moquant des autres dans la bonne humeur, pour se donner rendez vous la prochaine fois ; alors, quota ou pas quota, on sera tous là Dimanche prochain, petits et gros réunis pour la gloire de quinze cucuginestois, sauf ce pauvre Fredo, interdit de stade par un incompétent qui viendra sans doute pour la première fois au stade vérifier que la sanction est bien appliquée.

Pauvre Fredo ! Il ne cessait de répéter « ch'comprend pas ; ché même pas ch'que cha veut dire, quota ! » et puis, après une longue respiration, il ajoutait : « che voulais dire que cha cherait mieux d'avoir des « gros » derrière ». Eclat de rire général. « Heu, non, ...che voulais dire qu'on pourrait garder les petits et en faire grochir deux, en leur donnant double rachion chaque chour ».

« T'es mort Fredo, conclut la Pigne, quoique tu dises, t'es mort ; des incompétents se targuent de diriger le monde avec leurs statistiques et quotas, mais il ne faut pas le dire sous peine de passer pour un empêcheur de tourner en rond. C'est la politique, mon pauvre ». Du fond de la salle, on entendit un gros murmurer : « et bien moi, je dis qu'il faudrait un quota en politique pour limiter le nombre de cons » ; ces mots iconoclastes furent couverts par l'ensemble des « gros », serrés près du zinc autour de leur cher Fredo, entonnant à l'unisson de leurs voix puissantes un « De profundis morpionibus * » qui fit frémir la populace, terrée dans ses chaumières.

Voilà comment la vie d'une paisible bourgade, dans la vallée de Ginette, s'est trouvée perturbée à tout jamais par un seul mot, qui sans quota déterminé, a partagé les cucuginestois en deux clans hostiles.

* Pour qui ignore les oeuvres intemporelles citées dans cet article, un site symphonique fait référence. Si vous jurez sur la Bible être majeur, vous pouvez suivre ce lien, ICI

NDLR : le récit des faits de ce billet est une oeuvre de pure fiction et toute ressemblance avec des personnages ou situations ayant existés ne serait que pure coïncidence.

Par jean-claude.guillard le 05/07/09

Le bienfaiteur du bon peuple marseillais est mort ! en dehors de la tristesse légitime résultant de la disparition d'un homme qui a su démontrer qu'il était possible de réussir dans la vie malgré une scolarité chaotique, reste, dans les commentaires, qu'il a pu engloutir des sommes extraordinaires dans un club de football pour le seul amour de ce sport, vestige des jeux du cirque pour lesquels les puissants rivalisent, à coup de dizaine, voire de millions d'euros, pour s'attacher les services des nouveaux gladiateurs mercenaires.


TRISTE WEEK-END SPORTIF

LA VALEUR DES CHOSES

Le bienfaiteur du bon peuple marseillais est mort ! En dehors de la tristesse légitime résultant de la disparition d'un homme qui a su démontrer qu'il était possible de réussir dans la vie malgré une scolarité chaotique, reste, dans les commentaires, qu'il a pu engloutir des sommes extraordinaires dans un club de football pour le seul amour de ce sport et de l'espérance d'un profit, vestige des jeux du cirque pour lesquels les puissants d'aujourd'hui rivalisent, à coup de dizaine voire de millions d'euros, pour s'attacher les services des nouveaux gladiateurs mercenaires. Sa clientèle olympienne (au sens romain du terme) saura lui rendre un hommage à la hauteur du plaisir qu’il lui a procuré.

* * * *

Le grand cirque jaune a pris son départ depuis une principauté qui abrite quelques fortunes mondiales et qui est réputée pour ses jeux et banques ; à l’évidence, la principauté avait besoin d’un petit dopage, sans doute pour compenser la triste situation de son équipe de football, dont le mécène est plus économe que d’autres de ses deniers personnels. Le circuit emprunté ne fut pas le même que celui du Grand prix de formule 1, et la foule monégasque a, comme pour les tribunes du stade de foot, déserté les lieux, laissant les hordes de supporters populaires guetter les bienfaits de la caravane publicitaire.

Comme chaque année, l’appât du gain a remis en selle quelques appétits déjà satisfaits, avec l’espoir de rafler les mises et retombées ; comme chaque année, comme tel miraculé revenant de Lourdes, les éclopés de la veille seront les meilleurs du jour, biologiquement retapés par des pelotons de scientifiques besogneux et obscurs, qui ont patiemment concocté dans l'ombre, les breuvages incertains ; comme chaque année, les jambes lourdes de la veille deviendront des turbos dernier cri du lendemain, pour propulser leur propriétaire vers les sommets des cols et de la gloire ; comme chaque année, le vainqueur d’étape brandira vers le ciel son index pour remercier Dieu de ne point l’avoir fait mourir dans cet effort surhumain et surdosé ; comme chaque année, un groupe de suiveurs en uniformes viendra perquisitionner les valises des porteurs, pour prélever quelques seringues, qui n’ont servi qu’à traiter l’asthme chronique de ses sportifs de haut vol (l'asthme est contagieux et pandémique chez les cyclistes); comme chaque année, les moins chanceux ou les plus maladroits seront exclus du voyage, avant d’être autorisés à revenir l’année suivante, leurs urines ayant été passées au filtre éclaircissant des expertises, contre-expertises et plaidoiries devant les instances sportives ; comme chaque année, le plus malin sera richement doté, partie du gain étant réinvesti généreusement au profit de la recherche médicale, pour l’année suivante.

Le bon peuple est avide de jeux du cirque et vote en masse pour les généreux mécènes qui lui offrent de tels spectacles, ne lui laissant que son pain à acheter. Le bon peuple avide suit de très près le grand marché des esclaves modernes, où des hommes, transformés en marchandise de luxe, sont vendus par leur propriétaire pour les prix extravagants ; y trouvant leur intérêt, ces humains se laissent vendre ou acheter, sans avoir un quelconque émoi : ces mercuriales donnent annuellement le prix d’achat d’un homme, totalement étranger à celui évalué par les tribunaux français, lorsqu’il s’agit d’indemniser sa perte accidentelle : au mieux, vous ou moi, ne valez pas mieux que 15 à 20 000 €.

Certains hommes sont donc plus valeureux que d’autres selon, non point leur qualité intrinsèque, mais leur capacité à procurer du profit à ceux qui les ont acheté. L'homme s'achète encore: la journée en mémoire de l'abolition de l'esclavage devra penser à eux, même s'ils sont aujourd'hui consentants; malheur au vaincu !

Le pain et les jeux d’autrefois sont réapparus dans notre monde moderne : dans le tracé sinusoïdal de l’Histoire, il est connu que la chute de l’empire fait suite à de telles valeurs artificielles. Nous n’en sommes pas loin, puisque déjà le système économique s’est effondré et la renaissance ne découlera que d’un retour à des valeurs plus saines : nous allons entamer la remontée, l’ascension d’un long col escarpé, par notre seule force de volonté : c’est au prix de la souffrance que nous arriveront au sommet, et au prix du rejet du dopage qui finira par faire long feu, dès lors que les gains réduits ne suffiront plus à couvrir les dépenses de la tricherie.

Finalement, le seul intérêt de ce Tour est de découvrir nos belles contrées sur nos écrans de télévision, vues d'en haut: je serais devant mon écran, en espérant profiter longtemps de la vue aérienne, plutôt que de celle, très terre à terre, des postérieurs se dandinant sur une selle, meurtris et criblés d'impacts d' aiguilles, des malheureux mercenaires des temps modernes.

Par jean-claude.guillard le 11/09/08

Grand merci à TF1 pour son excellent prime time de MERCREDI soir. (10.09.2008)

Grand et remarquable programme sur les meilleures publicités du moment; Dommage que l'émission ait été entrecoupée de longues plages de football ! Heureusement, ça laisse le temps d'aller se désaltérer.

Par jean-claude.guillard le 08/10/07

Le rugby, jeu d'équipe, sport de contact, est d'abord une fête, joueurs et publics pouvant être pris en exemple pour leur fair play légendaire; c'est une école de la vie, avec ses bons et mauvais moments, où chacun, quelque soit son origine, sa taille, son poids, ses capacités, trouve sa place.

C'est aussi un sport présentant quelques risques, très exceptionnels, dans lequel le Droit peut faire irruption en cas de malheur: chacun doit apporter sa pierre à la sécurisation, joueurs, dirigeants, éducateurs, arbitres et surtout, en prévention des risques, les médecins qui peuvent interdire sa pratique.


Alors que le monde se passionne à juste raison pour les exploits de ses rugbymen, des moments cruellement douloureux sont vécus par des familles de joueurs, loin de l’agitation des foules.

Malgré ses aspects guerriers, son vocabulaire de combat, le rugby est un sport, un jeu d’équipe, doté de règles strictes et d’une éthique incomparable ; le public ne s’y trompe pas et combien d’autres sports pourraient envier les stades remplis de supporters, hommes, femmes et enfants, qui ignorent les grillages de séparation, les bagarres de tribune, les bousculades extérieures d’après match, les arbitres houspillés ou agressés ; joyeusement mêlé, tout ce monde participe, avec respect et admiration, à une immense fête, alors que, sur le terrain, les sportifs se livrent sans merci ; un jeu de voyous pratiqué par des gentlemen, dit-on avec raison.

Ce sport est rude : un contact incessant, des chocs parfois violents, un défi physique permanent ; quelques traces de l’âpre combat apparaissent souvent, impressionnantes pour le spectateur non averti, mais souvent bénignes : saignements, coupures ou atteintes ligamentaires ou musculaires ou KO momentané. Le soigneur et le médecin, autorisés en permanence à entrer sur le terrain, les traitent aussitôt, et le blessé repart le plus souvent au combat. "l'éponge miracle" dit-on...

Mais, dans tous les sports, il arrive exceptionnellement l’accident majeur et l’actualité se nourrit que ces quelques contre-exemples : tel joueur fut terrassé par une crise cardiaque et en est décédé ; tel autre, atteint aux vertèbres cervicales en restera définitivement paralysé.

Ces accidents communs à tous les sports sont extrêmement rares : ils font partie des risques que le joueur accepte de prendre dès qu’il s’engage dans une pratique sportive.

Les Fédérations ont réalisé un remarquable travail de prévention de ces risques, par un aménagement des règles de jeu, par l’usage d’équipements de protection, par la sanction impitoyable du joueur dangereux pour les autres ; elles ont aussi imposé, lors de la souscription d’une licence, une assurance contre les risques encourus, mais aussi une nécessaire visite médicale préalable.

Aucune protection, quelle qu’elle soit, m’empêchera la survenance d’un accident majeur, voire fatal, dans un sport rugueux ou violent.

Les Tribunaux ont eu à connaître de procédures douloureuses, où les familles de blessés ou de disparus du sport, ont voulu connaître des causes de leur malheur et rechercher une éventuelle responsabilité. La plupart du temps, ces démarches se heurtent à un principe de droit civil établi depuis longtemps par les juridictions, connu sous l’appellation de « l’acceptation du risque ».

Le sportif, en s’adonnant à la pratique d’un sport à risque, accepte par avance de courir le risque d’un accident lié à cette pratique, et ne peut donc être indemnisé si ce risque se réalise.

Cependant, l’accident survenant lors de la pratique du sport, peut découler d’une faute, qui permettrait de penser qu’elle ne faisait pas partie des risques habituels que le sportif avait accepté d’encourir.

Ce peut-être la faute d’un joueur adverse qui a commis un geste étranger à ceux fixée par les règles de son sport ; par exemple, un coup de poing, de pied, de tête volontaire, hors action de jeu, ou, dans le cadre d’une action de jeu, d’une violence et d’un intensité telle qu’il ne peut plus être considéré comme un acte normal de jeu.

Ces faits peuvent être établis, soit par vidéos lors d’événements importants, soit dans des matchs amateurs, par les rapports officiels de l’arbitre ou ses assistants, ou par tout autre témoignage de personnes ayant assisté à la scène.

Dans le cadre de la pratique du rugby, comme dans certains autres sports, le joueur coupable d’une faute est sanctionné d’un avertissement verbal, d’un carton jaune avec exclusion temporaire ou d’un carton rouge avec expulsion immédiate et définitive. Il est d’évidence que l’application de la sanction de jeu la plus grave révèle que le joueur exclu a été au-delà, par son geste fautif, des règles de son sport : elle permet d’envisager de mettre en cause devant une juridiction, sa responsabilité civile, voire pénale et de solliciter l’indemnisation des préjudices. Dans les autres cas, la notion de l’acceptation du risque peut contrarier l’établissement d’une responsabilité.

La pratique du rugby, sans que soit mise en cause la responsabilité d’un autre joueur, peut entraîner dans des cas infiniment rares, des séquelles corporelles irrémédiables ou pire des décès, dus à des atteintes des vertèbres cervicales et de la moelle épinière. Médicalement, les situations de jeu à risques sont la poussée en mêlée, les mêlées effondrées, les entrées en bélier, les regroupements et les placages Tous les joueurs sont exposés et les règles interdisent un placage au dessus des épaules, les entrées en bélier en imposant désormais des phases décomposées de cette mise en mêlée ; elles demandent de limiter dans le temps la durée des regroupements, de manière à protéger la zone cervicale des participants ; cependant, des postes restent naturellement exposés : ceux des joueurs de la première ligne, piliers ou talonneurs, principalement lors des mêlées fermées ; la raison en est simple : la mêlée fermée est une phase de jeu où huit joueurs de lourd gabarit, liés les uns au autres, vont pousser les huit joueurs adverses également liés, pour tenter de gagner le ballon qui est introduit entre ces deux groupes ; les joueurs de la première ligne vont subir une poussée intense, d’arrière en avant, de leurs coéquipiers, et supporter une poussée contraire de l’ensemble de leurs adversaires ; toute la force de cette poussée s’exercera sur les épaules des joueurs de première ligne, à proximité immédiate de la zone vertébrale cervicale, réputée fragile, leurs têtes étant imbriquées entre celles de leurs adversaires.

Sachant qu’un pack (l’ensemble des huit joueurs liés) pèse près de 800 Kgs ou davantage, la poussée commune représente une force considérable ; le rachis cervical des joueurs de première ligne est alors très exposé. Lors de ces mêlées fermées, si l’un des deux packs cède, soit la mêlée vaincue s’effondre avec un risque d’hyper extension du rachis des premières lignes, soit elle va se soulever, avec le risque d’hyper flexion. De plus, le rachis cervical est très sollicité en mêlée fermée, mais également lors des placages et des regroupements.

Qui n’a pas en mémoire, même lors d’un choc arrière bénin dans un accident de la circulation, le fameux « coup du lapin » : un simple mouvement brusque et incontrôlé de la tête, peut entraîner un déplacement vertébral portant atteinte de la moelle épinière. Ce risque est encouru plusieurs fois dans un match de rugby.

Il faut relativiser : sur des milliers de mêlées jouées chaque week-end dans le monde, l’accident est très exceptionnel, et représente statistiquement un risque infinitésimal.

Les règles ont évolué pour protéger ces joueurs particuliers des « fauteuils d’orchestre » : dans le rugby amateur, pour les séries inférieures et pour les jeunes, les mêlées sont simulées, c'est-à-dire que la poussée n’existe plus ; pour les autres, la règle impose que seuls, les joueurs formés pour ces postes, puissent jouer des mêlées ; en cas de changement, s’il n’existe pas de remplaçant spécifiquement formé pour le poste, les mêlées doivent être alors simulées.

Le risque accepté par ces joueurs de première ligne, suppose que, dès leur plus jeune âge, ils aient compris non seulement les règles de jeu spécifiques à leur poste, mais aussi la nécessité de se doter d’une musculature adaptée à la charge que leurs épaules et leur rachis cervical va supporter ; c’est le travail des éducateurs et formateurs, des entraîneurs successifs du joueur que de veiller à ce que le joueur affecté à un tel poste soit physiquement apte à le tenir, sans risque.

Mais au surplus, la prévention doit être permanente : chaque année, un médecin doit fournir un certificat d’aptitude pour que le joueur puisse accéder à ces postes de jeu. Les joueurs professionnels ou de séries supérieures, disposent, au sein même de leur club, de services médicaux performants, assurant une prévention des risques, une préparation physique adaptée, et un suivi constant.

Les clubs plus modestes n’ont pas ces structures, et la seule visite médicale préventive est souvent celle rendue obligatoire par la Fédération pour prétendre à jouer des matches officiels.

En cas de sinistre grave, il peut être découvert que le joueur de première ligne avait une contre-indication non révélée par l’examen sommaire du médecin, tenant souvent à une malformation ou à une usure vertébrale ; ce médecin pourrait-il voir sa responsabilité engagée ? On lui demande de vérifier si l’état de santé d’une personne lui permet de pratiquer un sport : c’est donc une lourde responsabilité du médecin que d’établir un certificat positif ; il doit cependant avoir réalisé, en cas de doute, tous examens exploratoires indispensables à assurer une bonne valeur à son certificat d’aptitude.

Pour ces piliers ou talonneurs, un examen traditionnel, même cardiaque ou pulmonaire est insuffisant, et le médecin doit s’attacher à rechercher si le joueur dispose d’une capacité musculaire, au niveau du rachis cervical, pour supporter les lourdes compressions qu’il subira chaque week-end ; il doit explorer l’état vertébral cervical du joueur, par tous examens appropriés, afin d’éliminer le risque de l’existence de toute affection existante ou naissante, de nature à subir une aggravation fatale en cours de match.

Même si ce joueur a été formé, depuis son plus jeune âge, à jouer à un poste de pilier ou de talonneur, il doit être surveillé, à chaque nouvel examen, que des chocs ou les répétitions de chocs subis, n’ont pas altéré cette zone vertébrale sensible. En cas d’incident survenu en cours de match, avec des indices révélateurs tels des irradiations douloureuses et des fourmillements dans les extrémités des membres, un nouvel examen complet s’impose.

Si un risque apparaît lors de ces examens, le médecin doit savoir interdire au joueur la pratique de son sport.

En clair, ce médecin doit parfaitement connaître la pratique de ce sport, la spécificité des postes de jeu et les causes de traumatismes possibles, pour déceler d’éventuelles contre-indications à la pratique.

A défaut, attestant par son certificat qu’un joueur est apte à tenir des postes de jeu exposés, ce médecin pourrait voir sa responsabilité engagée : il lui serait reproché de ne pas avoir été suffisamment vigilant, pour éviter à ce joueur un accident majeur. Un joueur informé d’une contre indication à sa pratique du rugby, n’acceptera nullement de courir le risque de rester paralysé au détour d’une phase de jeu et même voudrait-il le courir que sa licence sportive ne lui serait pas accordée au seul vu du certificat d’inaptitude, qui est donc essentiel.

Puissent les quelques rares accidents dramatiques servir d’exemples pour que les risques propres à chaque activité sportive n’assombrissent pas l’esprit ludique d’une saine pratique, et que chaque acteur d’encadrement, médical ou sportif, soit conscient de sa responsabilité à l’égard des joueurs, afin de leur permettre de s’adonner à leur passion en toute sérénité et à nous faire vibrer à leurs exploits.