Jul
06
Considérations marseillaises sur la gouvernance de la profession d'avocat

Cela fait un certain temps que je n'ai pas fait bénéficier le lecteur de considérations profondes, mais il aura survécu.

Il y avait hier la revue du barreau de Marseille, instant d'insolence, héritage en quelque sorte du carnaval.

Et donc, le peuple des avocats et ses hiérarques se sont confrontés.

Je discutais avec un hiérarque du RPVA et de la caserne du Muy dans laquelle le tribunal d'instance allait s'installer.

Un endroit improbable, comme on dit.

Le débat finalement est constant : doit donc s'opposer frontalement ou négocier?

Je laisse le RPVA et reviens à cette caserne lointaine ou le tribunal va s'installer.

Chacun le sait depuis fort longtemps et l'Ordre ne s'est pas opposé.

Ou tout au moins pas frontalement.

Sans vouloir donner dans la salade on en revient à Daladier.

Je n'ai pas le goût du passé, mais respecte les grandes gueules.

Autrefois, sur certaines choses, les grandes gueules auraient gueulé.

Aujourd'hui ce mode d'expression est probablement désuet et inefficace.

Mais, négocier sur tout, sans rien dire à son peuple est aussi une possibilité de ne pas se confronter avec son insuffisance de révolte.

Finalement, il était peut-être inévitable que le tribunal d'instance de Marseille aille s'installer dans un endroit inadapté.

Il me semble qu'il aurait été légitime que l'Ordre des avocats du barreau de Marseille fasse entendre sa voix

Il ne l'a pas fait, ou pas officiellement.

En fait cela revient à constater que la gouvernance de la profession est la même que celle du pays : on ne dit pas la vérité à l'électeur.

L'élu assume donc son rôle de menteur.

Tout le monde sait, mais on nie.

Pour ma part, si cela intéresse quelqu'un, je pense qu'il est désormais nécessaire que les délibérations des conseils de l'ordre soient publiques parce que ceux qui siègent tiennent cette réflexion là, de savoir s'il faut s'opposer ou pas, et que la conclusion de leurs délibérations serait légitime si elle n'était pas couverte par un secret permettant aussi d'instituer en règle l'insuffisance de caractère.

Je ne sais en effet qui faisait observer qu'en politique les dirigeants européens avaient actuellement comme caractère commun une certaine ternitude.

La transparence des débats permettrait de justifier les décisions prises tandis que le secret permet au conformisme de devenir la colonne vertébrale de la profession là où c'est la révolte qui devrait l'être.

Je sais, je ronchonne.

Si ça vous intéresse, il n'y a que ma douce pour me faire ronronner.

Et si ça vous ne intéresse pas, c'est que vous êtes discourtois !

Commentaires

Pourquoi en effet votre ordre n'a-t-il pas été impliqué dans ce transfert?

Pourquoi l'Etat n'a-t-il pas pris la peine d'ouvrir le débat?

En 1979, le tribunal de grande instance de Rochefort était transféré dans une enceinte militaire désaffectée. Le Bâtonnier fut associé à l'établissement des plans d'aménagement. A chaque étage, un local était prévu pour les avocats.

A l'époque, le pouvoir reconnaissait le barreau comme l'interlocuteur incontournable. Aujourd'hui nous n'existons plus et avec une certaine habileté, on a su créer une instance, le CNB, pour nous représenter et confisquer le droit à l'expression dans la pratique.

Nous avons déjà souligné ici l'omerta qui impose aux avocats de se taire au cours des audiences solennelles de rentrée, qui n'est transgressée que dans de très rares exemples.

C'est aujourd'hui banalité que de rappeler que nos prérogatives judiciaires se réduisent comme peau de chagrin, abandonnant le justiciable aux soins de structures improbables supposées apaiser les conflits ou spécialisées dans le droit des victimes.

Les aseemblées générales sont desertées car elles ne sont plus des lieux de débat. Je ne suis pas sûr que les confrères investiraient les conseils de l'ordre mais la publicité des délibérations est en effet absolument necessaire.

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