Nov
01
Le cimetière marin

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,

Entre les pins palpite, entre les tombes ;

Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencée !

O recompense après une pensée

Qu'un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume

Maint diamant d'imperceptible écume,

Et quelle paix semble se concevoir !

Quand sur l'abime un soleil se repose,

Ouvrages purs d'une éternelle cause,

Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,

Masse de calme et visible réserve,

Eau sourcilleuse, Oeil qui garde en toi

Tant de sommeil sous un voile de flamme,

O mon silence !... Edifice dans l'âme,

Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit !

Temple du temps, qu'un seul soupir résume,

A ce point pur je monte et m'accoutume,

Tout entouré de mon regard marin ;

Et comme aux dieux mon offrande suprême,

La scintillation sereine sème

Sur l'altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,

Comme en délice il change son absence

Dans une bouche ou sa forme se meurt,

Je hume ici ma future fumée,

Et le ciel chante à l'âme consumée

Le changement des rives en rumeurs.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !

Après tant d'orgueil, après tant d'étrange

Oisiveté, mais pleine de pouvoir,

Je m'abandonne à ce brillant espace,

Sur les maisons des morts mon ombre passe

Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

L'âme exposée aux torches du solstice,

Je te soutiens, admirable justice

De la lumière aux armes sans pitié !

Je te rends pure à ta place première :

Regarde-toi !... Mais rendre la lumière

Suppose d'ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,

Auprès d'un coeur, aux sources du poème,

Entre le vide et l'événement pur,

J'attends l'écho de ma grandeur interne,

Amère, sombre et sonore citerne,

Sonnant dans l'âme un creux toujours futur !

Sais-tu, fausse captive des feuillages,

Golfe mangeur de ses maigres rivages,

Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,

Quel corps me traîne a sa fin paresseuse,

Quel front l'attire à cette terre osseuse ?

Une étincelle y pense à mes absents.

Ferme, sacré, plein d'un feu sans matière,

Fragment terrestre offert à la lumière,

Ce lieu me plait, dominé de flambeaux,

Composé d'or, de pierres et d'arbres sombres,

Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombre ;

La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !

Paul valery

Toussaint et jour des morts appellent à la beauté...

Laissons de coté la crise, la défaite de l'OM

Et le Conseil National des Barreaux

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA