Jan
27
Le juge à la caserne ?

Il paraît que le tribunal de grande instance de Marseille ne peut plus payer ses factures d'électricité.

Je ne sais pas si c'est vrai, mais l'autre jour, une audience de divorce se tenait dans une salle sans électricité, les justiciables se trouvant, eux, dans un couloir noir ; mais on est toujours un peu dans le noir quand on s'adresse à la justice.

En revanche, il est décidé que le palais de justice « historique » de la ville doit faire l'objet de travaux de reprise important signifiant le transfert pendant deux ans de l'activité du tribunal d'instance et de la juridiction de proximité.

Hier, un journaliste de la chaîne LCM. a voulu connaître mon opinion de professionnel sur la misère matérielle de la justice marseillaise.

Ça m'a fait plaisir de devenir pour un instant avocat à la télé comme...

Que dire sinon que ce manque de moyens, humains surtout, entraîne finalement une certaine déshumanisation car gérer des lignes budgétaires éloigne de l'acte de juger.

Ainsi j'observais que pendant que les travaux auraient lieu dans le palais historique, le tribunal d'instance et la juridiction de proximité allait être déplacés, selon ce qui se dit, à la caserne du Muy.

Le juge à la caserne, cela fait certainement plaisir au pouvoir politique.

Mais j'observais simplement que si l'on prenait l'humain comme critère, il fallait en cette hypothèse se préoccuper de l'accessibilité des lieux, parce que les litiges en question, litiges populaires, de consommation ou, surtout, locatifs concernaient une population utilisant les transports en commun.

Et j'observais également que les avocats eux-mêmes, s'ils pouvaient assurer actuellement une présence simultanée au tribunal d'instance, à l'audience des divorces, devant le juge de l'exécution, le pouvaient grâce à la proximité des lieux.

Or dans ce qui est prévu il allait falloir prendre le métro jusqu'à la Gare Saint-Charles, puis marcher une vingtaine de minutes aller et une vingtaine de minutes retour, plusieurs fois par semaine, voire par jour.

Ou alors prendre la voiture, ce qui n'est pas forcément un gain de temps et qui de surcroît n'est pas... écologique.

Autrement dit, ce choix curieux ne pouvait que générer des dysfonctionnements importants dans le fonctionnement de la justice et le déroulement des procès.

Autrement dit, encore, la solution choisie prenait en compte les lignes budgétaires et

pas celles de métro !

Il doit bien être possible de trouver, dans Marseille, un lieu facilement accessible permettant aux avocats la défense du citoyen le plus fragile.

Il y a d'ailleurs une caserne de gendarmerie libre sur l'avenue du Prado.

Caserne pour caserne, celle-là au moins est accessible.

Le journaliste me dire d'ailleurs que la chose lui avait été confirmée.

Dans le reportage diffusé, j'ai pu observer que le président du tribunal était rassurant sur les factures d'électricité et sur les travaux du palais.

Et, s'agissant du transfert à la caserne le journaliste de dire alors que rien n'était fait.

Là, j'ai peur.

Soit, il est dit que rien n'est fait , parce que rien n'est fait, mais c'est contraire à tout ce que nous avons entendu.

Soit, il est dit que rien n'est car il faut bien annoncer officiellement les choses quand elles sont devenues inexorables plutôt que de susciter une contestation, voire une révolte.

À la caserne, on ne discute pas ; on marche au pas.

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