May
03
Le mur des cons et la malhonnête arrogance des juges.

Sur les bancs de la faculté, étudiants, nous étions des bébés avocats ou des bébés juges.

Et la vie a donc fait que nous soyons devenus magistrats ou avocats.

Cette histoire, un peu ridicule, du mur des cons du syndicat de la magistrature me permet de comprendre, finalement, combien la nature de nos professions nous éloigne les uns des autres et, combien, intrinsèquement, le comportement qui en résulte est différent.

Les magistrats qui ont placardé sur leurs murs des photos de personnes parfaitement honorables en les qualifiant de cons ont fait, eux, une connerie.

Moi, avocat, je sais ce qu'est une connerie.

Et mon métier d'avocat, parce qu'il est fait de contradictions intellectuelles, me rend plus apte que d'autres, peut-être (et je pense que mes confrères seront d'accord), à dire que j'ai fait une connerie, m'en excuser, et passer à autre chose.

Pour un magistrat, c'est difficile.

Parce que son métier est d'affirmer, sans que personne ne lui apporte, finalement, la contradiction, sauf peut-être d'autres magistrats réformant ses décisions.

Cela finit par construire des personnes incapables, à défaut de démarche personnelle, de se remettre finalement question et pensant tout à fait naturellement que la raison est de leur côté, eux qui jugent et ne supportent pas d'être jugés.

Des étouffés du coeur.

Pour le citoyen normal qui peut comprendre, parfaitement, ce mur des cons, il aurait été naturel que le syndicat de la magistrature vienne s'excuser.

Chacun aurait compris ; c'était fini.

Au lieu de cela, nulle excuse, mais l'affirmation d'une arrogance qui est pourtant refusée à tout ceux qui passent devant les tribunaux.

Pire, le journaliste qui a rendu public ce mur va, pour sa part, faire l'objet de poursuites.

Le syndicat de la magistrature est copain avec le syndicat des journalistes.

Il y a donc, d' un côté, les juges qui insultent des personnes sur leur mur de connerie et qui viennent expliquer qu'il s'agit d'un geste de potache, et, de l'autre, un journaliste qui le révèle mais qui, lui, ne trouve aucunement grâce à leurs yeux et doit être puni !

Là, on se dit tout simplement que la déformation professionnelle génère une pathologie des comportements.

Et ça, c'est inquiétant.

En ce qui, aussi, que ce journaliste-là, même si son comportement n'a pas été innocent, doit être défendu.

Entre l'arrogance institutionnelle du juge et la liberté de la presse, je choisis la liberté de la presse.

On nous bassine d'émissions pleines de courageuses caméras cachées, de violations de toute vie privée et personne n'y trouve rien à redire.

Pour moi, il n'y a pas de différence avec ce qu'a fait Clément Weill-Raynal, mais lui est de droite.

Moi, avocat, j'abhorre l'injustice et l'hypocrisie.

Ces gens-là qui veulent le poursuivre sont d'un malhonnête intellectuelle aussi grande que le nez de Pinocchio.

Défendons Clément Weill-Raynal !

Commentaires

Je partage votre avis quant à la manière dont une partie des juges se comporte à l'égard du public, ceci étant lié à cet état de juger sans être jugé, et ce métier n'est pas choisi par hasard.

Bon. Mais vous ajoutez:"On nous bassine d'émissions pleines de courageuses caméras cachées, de violations de toute vie privée et personne n'y trouve rien à redire".

Et d'en déduire que c'est un mauvais procès qui est fait au journaliste d'avoir divulgué une info.

Le journaliste professionnel est tenu au respect d'une déontologie et à un code de bonnes pratiques. Celui qui est incriminé est un professionnel de la TV. La caméra cachée, dans un lieu privé où il était invité pour des raisons que j'ignore, mais sans doute ès qualité, n'avait pas lieu d'être mise en oeuvre. Si vous estimez que ce n'est pas grave, il faut admettre qu'un jour vous acceptiez que tel ou tel citoyen journaliste ou non et qui visitera vos locaux laisse traîner son smart phone soit pour filmer vos dossiers ou des noms figurent, ou enregistrer un entretien qui se voulait cordial avec des digressions destinées à demeurer confidentielles.

Mais je pensais surtout à la différence de traitement

Nom: 
N. Kattineh-Borgnat
Site: 
http://

Clément Weill-Raynal (à ne pas confondre avec son frère Guillaume Weill-Raynal, dont je vous recommande au passage les ouvrages, même si ce n'est pas le sujet) a déjà eu des "soucis" avec ses collègues journalistes (la société des journalistes de france inter) lorsqu'il était rédacteur en chef adjoint de France 3, pour un texte publié sur son blog. Et il a également eu des soucis avec la justice (condamnation pour diffamation) pour un article, écrit sous pseudo sur son blog. L'histoire est trop longue à raconter ici (facile à trouver sur le net), Charles Enderlin lui avait magistralement répondu dans un livre "Un enfant est mort". Bref, cette nouvelle affaire semble être juste un épisode de plus dans ses relations conflictuelles avec ses confrères qui sont peut-être exaspérés et avec la justice. Et il me semble que le problème n'est pas tant celui de la liberté d'expression que celui de son contrat de travail, puisque j'ai cru lire quelque part qu'il aurait du remettre cette vidéo à sa chaîne et non pas à un site concurrent, alors même qu'il avait déjà fait parler de lui pour une autre affaire (sa direction lui avait alors rappelé le règlement concernant les collaborations extérieures). En bref, l'histoire n'est pas aussi simple qu'elle n'y paraît, les journalistes sont tenus à une déontologie. Mais en conclusion, bien sûr qu'il doit être défendu, c'est incontestable, comme chacun. De là à invoquer la liberté d'expression et lancer des pétitions...

Nom: 
B8
Site: 
Google

"Malheure à la génération dont les juges méritent d'être jugés"

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA